‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 37 sur 80 · PREMIÈRE SÉRIE D'OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE D'OBSERVATIONS

UYPSBTROFniB PARTIECLE.

§ I. Observations d'hypertrophie du Tentricule gauchCé

1° Hypertrophie simple ou avec capacité noiviale de la cavité

'ventricidaire.

Homme de 65 ans. — Battemens du cœur forts, arec bruit sourd , concentré. — Attaque d'apoplexie. — Hypertrophie simple du Tentricule gauche. — Epanchement de sang dans les ventricules cérébraux.

Péchard, âgé de 65 ans, paveur, ayant le cou gros et court, d'un tempérament sanguin, d'une taille moyenne , fortement constitué, d'un caractère doux et tranquille, était sujet, depuis quatre à cinq ans, à des maux de tête et à des étourdissemens , quelquefois suivis d'une perte de connaissance momentanée : ces accidens étaient ordinairement calmés par d'abondans saignemens de nez. Depuis quelques jours, cet homme éprouvait des étourdissemens plus violens que de coutume, et attendaitqu'une heureuse épistaxis vînt l'en délivrer, lorsque, le i3 septembre 1822, pendant qu'il travaillait avec ses camarades , il tomba tout-à-coup privé de connaissance. Il fut apporté à l'hôpital Cochin , où nous l'examinâmes , à dix heures du soir.

Il était couché sur le dos et immobile. Il avait vomi une bile verdâtre , et rendu involontairement ses matières fécales dans le lit : son visage était injecté , sa tête penchée à droite, et la bouche tournée du même côté; la pupille droite était plus dilatée que la gauche ; on observait une perte absolue de l'intelligence , du sentiment et des mouvemens volontaires ; les membres droits exécutaient quelques mouvemensa«?owa^/ç//ej, mais les gauches, soulevés et abandonnés à leur poids, tombaient comme des corps

OBSERVATIONS d'hYPERTRÔPHIE. ISS inertes; la respiration était irrégulière et stertoreuse par intervalles; pouls grand, fort, superficiel, un peu fréquent; les battemens du cœur, particulièrement ceux du "venlri* cule gauche, étaient forts, et les bruits concentrés et sourds.

Diagnostic. — Hypertrophie du -ventricule gauche ,* héinor' rhagie cérébrale.

On pratiqua sur-le-champ une saignée de 4 palett. ^ et des sinapismes Jurent appliqués aux pieds.

Le i4, à neuf heures du matin, peu de changement, quelques secousses convulsives dans le bras gauche, intermittence et irrégularité du pouls {^une saignée de 3 palett. ^ potion avec lo gr. d'émétique, pour en prendre une cuillerée d^ heure en heure) .

Dans la journée , -voici ce que l'on observa : difficulté de la déglutition , continuation delà J^(^7■^e^^r intermittente ; le bi'as le plus paralysé ayant été pincé , a /ait un léger mouvement pour se retirer; les paupières , le globe de l'œil, le sourcil et les ailes du nez , surtout. la droite , sont agités de mouvemens convulsifs; le malade remue la mâchoire inférieure et semble ruminer; la dilatation de la poitrine ne s'opère sensiblement que par la contraction du diaphragme ; point de vomissemens ; borborygmes , hoquet , selles involontaires, sueur générale.

A dix heures du soir, le pouls est plus irrégulier, lent, la déglutition plus laborieuse , la résolution des membres est complète.

Le i5 au matin, ronflement slertoreux continu, mais moins bruyant; strabisme; roulement des yeux ; agitation convulsive des ailes du nez; nul signe de sentiment ni de mouvement {^même potion, 20 sangsues à chaque tempe , "vésic. aux jambes) .

Le soir, visage pâle et livide, sueurs, alternatives dê suspension de la respiration et de sterteur ; pouls petit et très inégal, selles involontaires , point de vomissement. . 1, Mort à huit heures.

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Autopsie cadapérique f la heures après la mort.

ï* Habit, extér. — Cadavre d'un homme robuste et bien conformé ; face pâle , point gonflée.

2° Org. respirât, et circulât. — Poumons volumineux, bien crépitans, adhérens, à peine engorgés aux parties les plus déclives.

Cœur d'un bon quart plus volumineux que le poing du sujet, arrondi. L'augmentation de son volume tient exclusivement à l'hypertrophie du ventricule gauche , qui semble constituer le cœur tout entier , et dont les parois , à la partie moyenne, ont environ i4 lignes d'épaisseur : celle-ci diminue vers le sommet, et aussi un peu vers la base. Les colonnes charnues sont très robustes. La cavité venlriculàire offre très sensiblement sa capacité naturelle.

Le ventricule droit p-\raît n'être qu'une sorte d'appendice du gauche. La clpison ventriculaite, hypertrophiée dans la même proportion que le ventricule gauche, semble lui appartenir en propre.

Les deux oreillettes sont épaissies ; la droite est plus ample que la gauche.

Le tissu du cœur est rouge , ferme et vermeil.

Les orifices et leurs valvules sont dans l'état normal.

L'artère coronaire gauche est beaucoup plus volumineuse que la droite.

L'aorte, dilatée à son origine, plissée et comme bosselée à son extérieur, contient des caillots de sang. Sa face interne est jaune, rugueuse, ulcérée, et parsemée de plaques, dont les unes sont cartilagineuses, et les autres o^.v//?^'/?^ , minces et semblables à des coquilles d'œuf. La surface des ulcérations est rougeàire; autour d'elles, le tissu artériel est friable et comme terreux ; elles intéressent la membrane •interae et la moyenne. Les parois de l'aorte, généralement épaissies dans toute sa longueur, crient sous l'instrument qui les divise; elles réagissent cependant assez fortement .sur le doigt introduit danj le tube art^rjeJ. Les vaisseaux

OBSliRVATlONS d'h YrtllTROPHlE. 307

de la membrane celluleuse sont très nombreux , rouges et comme injectés. La memhvanejiljrineuse , dans l'épaisseur de laquelle semblent situées plusieurs des plaques osseuses indiquées, se sépare facilement des autres. Les artères qui naissent immédiatement de l'aorte, celles de la base du crâne et leurs ramifications, les ophthalmiques , sont également incrustées de lames cartilagineuses , calcaires ou plâtreuses.

3° Organ. digest. et annex. — Les circonvolutions de l'intestin grêle sont contractées; elles contiennent cependant de la bile, ainsi que l'estomac. — La membrane muqueuse de celui-ci est généralement rouge ; ses rides , très grosses, offrent une belle couleur rosée ; la membrane muqueuse de l'intestin grêle est généralement pâle. La membrane muqueuse du gros intestin présente un fond verdâtre , sur lequel se dessinent des arborisations d'une couleur rosée ou d'une teinte plus foncée. — ■ Le foie est gorgé de sang. La vésicule contient une bile noire. — La vessie, distendue par l'urine, s'élève bien au-dessus du pubis.

4° Centr. neiveiix. — Les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang; les méninges en sont comme infiltrées, surtout dans les anfractuosités cérébrales. Les ventricules latéraux sont dilatés par une grande quantité de sang liquide ; toutefois, l'épanchement est plus considérable dans le ventricule droit que dans le gauche ; leur cloison est déchirée. La substance cérébi^ale est ferme et ponctuée de sang.

RÉFLEXIONS

Dans cette observation d'une hypertrophie simple du ventricule gauche , remarquez bien qu'il n'existait point cette lividité du visage, cet engorgement veineux, cette infiltration , ces étouffemcns que les auteurs regardent comme inséparables de ce qu'ils appellent anévrisme, ou vaguement hypertrophie du cœur. C'est qu'en effet ces symptômes n'appartiennent point à l'hypertrophie, et n'indiquent

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au contraire qu'un obstacle à la circulation veineuse. Or, dans le cas présent, non seulement il n'y avait point d'obr Blacle au cours du sang, soit veineux, soit artériel, mais encore le mouvement et l'impulsion communiqués à la masse sanguine, étaient tellement actifs et impétueux, qu'il en est résulté des hémorrhagies , à l'une desquelles le malade a succombé.

a" Hypertrophie excentrique ou avec dilatation de la cavité

-ventriculaire.

OBSERVATIOIV IIA».

Homme de Sg ans. — Plusieurs fluxions de poitrine. — Plus tard, symptômes d'anévrisme de l'aorte sous-sternale. — Point d'infillralion générale , ni d'ascite ^ ni d'orthopnée. — Congestion cérébrale, par suite de la compressioo.ejerGée par la tun^eur anévrisroale sur la veine-cave supérieure. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec dilatation légèrê. — Valvules du cœur à l'état normal. — Anévrisme de l'aorte , avec état crétacé des parois du vaisseau.

Jouin (Louis-Roche) , porteur, âgé de Sp, était malade depuis dix-huit mois , lorsqu'il fut admis dans le service delaCharilé (n° 4> salleSaint-Jean-de-Dieu), le4avril i833. Il disait avoir éprouvé des fluxions la poitrine. A lage de 26 à 28 ans, il avait eu aussi les bras enflés. C'est depuis 18 mois seulement que, sans cause à lui connue, il lui était survenu une petite grosseur dans la région droite du stepnum. En même temps, le malade s'aperçut qu'il ne pou-» vait se livrer à quelque exercice fatigant ou monter un escalier , sans éprouver des palpitations et des étouffemens. Il eut aussi, à différentes reprises, des crachemens de sang (i^.

(1) Le malade est entré à rHôtel-Diei^, il y a troismois.il fut saigné assez abondamment, après quoi on prescrivit l'application de la glace sur la grosseur de la région slernale. Le malade ayant refusé ce deinier mpjon, il sortit de rhôpital . après un séjour d'une semaine seulement.

OBSERVATIONS D'lIYPERTHOrHIE. 35g Voici ce que nous observâmes au, moment de l'entrée: A droite du sternum , dans l'étendue de deux pouces , dans la région correspondante à l'origine de l'aorte, on observe im relief très sensible , une sorte de tumeur en forme de voussure. Cette tumeur présente des battemens isochrones au pouls , et en appliquant la main à sa surface on sent un frémissement vibratoire ou cataire très distinct. La percussion pratiquée sur cette région donne un son mat. La région précordiale elle-même rend un son clair dans toute son étendue, si ce n'est vers la tumeur où il y a de la matité (un pouce carré).

Les battemens du cœur sont réguliers, un peu étendus, mais d'ailleurs assez normaux. Les bruits qui les accompagnent sont un peu forts, et on les entend très bien dans la région sous-claviculaire droite (il semble que la tumeur en les propageant en augmente l'intensité).

Le pouls radial est égal des deux côtés, la respiration est faible en arrière, et l'on entend à la partie supérieure, du côté gauche, un ronchus sec, très fort.

Diagnostic. — Anéi^risme de l'aorte soiis-sternale , et probablement plaques osseuses ou cartilagineuses , et ulcémtions de cette artère.

Prescriptiok du 5 auril. — Saignée de 3 palet. ; oompreiss. résolut, sur la tumeur; julep calm. avec acét. de plomb 3 gouttes; 2 bouilL, 3 potag. au riz.

6 avril. Couenne luisante, verdâtre, à la surface du caillot. Le frémissement vibratoire de la tumeur est moins iparqué.

8 avril. Saignée de 2 palettes.

1 1 avril. Les battemens de la tumeur sont moins forts* Saignée de 2 palettes (point de couenne sur le caillot, qui est assez abondant).

i4> i5, 16, i|7. Le malade crache un peu de sang.

1 5 sangsues autour de la tumeur. '

A la fin du mois d'avril, la tumeur formait un relief moins prononcé (le malade mangeait le quart) Jfor isulôn:

v)(3o MAIADIEis ))U COlilR EN PARTICULIER.

3 mal. Saignée de a palettes ( le sang se recouvre d'une couenne légère).

5 mai. Insomnie, langue sèche, nausées; batlemens irréguliers du cœur.

Rien de nouveau jusqu'au 22 mai. Ce jour-là, on remarque une bouffissure assez considérable de la face , avec gon- Jlenient énorme des 'veines jugulaires.

28. Le malade accuse pour la première fois une douleur dans la région de la tumeur; la joue et les paupières du côté droit sont fortement œdémaliées.

i^'" juin. La veille, le malade est tombé tout-à-coup sans connaissance. Avant la visite , une saignée lui avait été pratiquée, il avait repris sa connaissance, mais la parole était 'encore gênée, et la face plus rouge qu'avant l'accident.

5 juin. Pendant la visite, le malade perd connaissance; il tombe dans un état comateux , et sa lespiration devient stertoreuse; la face est bouffie, vultueuse (saignée 3 palet.; lav. laxat.). — Il reprend connaissance après la saignée, mais plusieurs rechutes ont lieu dans le cours de cette journée.

6 juin. Le malade a repris sa connaissance.

8. En auscultant en arrière dans le point correspondant à la tumeur , on constate, lorsque le malade parle, un tremblottement de la voix, une sorte d'égophonie.

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