‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 36 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'hypertrophie DU cœuR.

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Passer de l'étude de l'hypercrinie du cœur à celle de l'hyperlrophie du même organe , ce n'est pour ainsi dire pas changer de sujet. Qu'est-ce, en effet, que la nutrition, sinon une véritable sécrétion nutritive?

M. Dupuytren et les élèves de son école ont rattaché Y hypertrophie en général à la grande classe des irritations , sous le titre d'irritation nutritii^e. Notre intention n'est pas de nous engager ici dans de vaines disputes de mots : nous prévenons donc les lecteurs que lorsqu'il nous arrivera de désigner l'hypertrophie sous le nom d'irritation nutritive, nous n'attacherons à cette dernière expression d'autre sens que celui d'une augmentation pure et simple de nutrition , sans altération dans les qualités physiques et chimiques ou la composition intime des tissus hypertrophiés .

Jusqu'ici, les auteurs n'ont traité que de l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Cependant , tous les autres tissus qui concourent à la structure de cet organe sont susceptibles de ce mode morbide. En traitant des suites de ia péricardite, de l'endocardite et de Ifi çardite, nous avons

DE l'hypertrophie. 345 rapporté un grand nombre d'observations dans lesquelles il existait une hypertrophie des tissus séreux, fibreux et cellulaire du cœur. Il est vrai que dans la plupart des cas, les tissus dont il s'agit étaient à la fois hypertrophiés et transformés en des tissus anormaux ; mais dans quelques cas l'hypertrophie était pure et simple. Les valvules en particulier se présentent chez certains sujets avec tous les caractères d'une véritable hypertrophie. Nous pourrions donc consacrer ici un article spécial à l'hypertrophie de chacun des tissus du cœur. Toutefois , comme l'hypertrophie du tissu musculaire est la seule qui mérite sérieusement d'être étudiée sous le point de vue clinique et pratique, c'est d'elle seule que nous nous occuperons d'une manière spéciale (i).

Ce n'est qu'à une époque encore assez récente, que les observateurs ont assigné à Vhypertrophie ou super- nutrition du tissu musculaire du cœur le véritable rang qu'elle doit occuper dans la longue série des maladies de cet organe. Lancisi, Sénac, Morgagni , et beaucoup d'aulres médecins contemporains de ces derniers, n'étudièrent point à part l'hypertrophie du cœur (2) : ils la subordonnèrent à la dilatation ou à Vnnéviisme de cet organe. Il y a plus , c'est que , loin de considérer l'épaississement du cœur, qui accompagne si souvent la dilatation de cet organe, comme une simple augmentation de la nutrition de celui-ci, Lancisi attribue cet épaississement à un vice des fluides, et le compare à l'engorgement et à l'augmentation de volume que l'obstruction

(1) L'hypertrophie du tissu séro-fibreux et du tissu cellulaire du cœur se dé- Teloppant le plus ordinairement, d'ailleurs, à la suite des inflammations dont ils peuvent être le siège, nous lui avons consacré quelques lignes en nous occupant de la pérkardlte, de Vendocardile et de la cardite.

(2) Par le mot hypertrophie du cœur, nous entendrons désormais l'hypertro- ^phie de la substance charnue de cet organe , bien que , comme nous l'avons dit plus haut, les autres tissus soient aussi susceptibles d'hypertrophie.

346 MALADIES DU COEDïï EN MRTICUUER.

et la stagnation des Jluides font cproiwer aux autres viscères. Un tel rapprochement n'est pas entièrement dénué de vérité ; mais il est clair que Lancisi confondait ici deux choses fort distinctes, savoir : l'accroissement de la masse normale des organes par suite d'une simple augmentation dsiXisY acte nutritif, avec le même accroissement par suite d'une altération, et non d'une pure et simple augmentation de l'acte nutritif. Lancisi confondait, en un mot, V hypertrophie avec Y hêtérotrophie ( je dirais la cacotrophie, si celte expression était plus euphonique). Il faut, d'ailleurs, convenir de bonne foi que très souvent ces deux états morbides se rencontrent à côté l'un de l'autre dans le même organe, et qu'une simple augmentation de nutrition peut dégénérer assez facilement en une altération de nutrition.

Morgagni n'a point commis l'erreur dans laquelle était tombé Lancisi : il dit positivement que l'épaississement des parois du cœur, dans les cas que nous étudions, est une augmentation de la substance musculaire du cœur [prœternaturale çarnis musculosœ augmentuni), et qu'elle n'est point fjjue à un viçe des fluides [vitio fluidonim).

A l'instar de ses prédécesseurs , qu'il laissa néanmoins bien loin derrière lui, Corvisart décrivit pour ainsi dire en bloc et la dilatation et l'hypertrophie du cœur, en continuant à subordonner celle-ci à la dilatation, comme l'indique sa fameuse distinction des anévrismes du cœur en actifs et en pa^^i/^. L'anévrisme actif de cet illustre observateur n'est , en effet , que la réunion de la dilatation des cavités du cœur avec l'hypertrophie de leurs parois.

Tel était l'état de la science sur la matière qui nous occupe, lorsque, le lo août 1811, M. Berlin en fit le sujet d'un Mémoire qu'il présenta à l'Institut , et dont Coi'visart fut nommé rapporteur. Plus tard, M. Berlin communiqua de ïiouveaux mémoires à cette savante compagnie. Comme c'est particulièrement sous ce point de vue que ce médecin

BE t^HYPERTROPIIlE.

; a bien mérité î^e la science , et que personne plus que moi ne désire qu'une justice pleine et entière soit rendue àcel^^ dans le service duquel j*aî commencé mes preipièrçs re-

.cherches sur les maladies du cœur, et dont j'ai rédigé le^ travaux, le lecteur me permettra de consigner, da^s note ci-dessous, le rapport qui fut fait à Tinstitiit par M. Pinel , sur les différens mémoires de M. Bertin (i).

(0 IMSTITUT DE FRANGE.

^GADÉUIB nOYALB DBS SÇIBIVC^S.

Le Sbcbbtaibb perpétdbl de l'Académie pour les sciences naturelles certifie que ce qui suit est extrait du procès-verbal de la séance du lundi i5 janvier iSai.

Pfpuis Morgapnî Jusqu'à nous, les meilleurs esprits en médecine , el tous les bomraes dont Içs IrayAu% ont servi aux progrès de la science, ont pris l'unalomie piilliologique pour baie de leurs rechercbes. Pour ne parler que des maladies du cœur, nous citerons les travaux de Lâ.ncisi , de Seniq , Mil. PonxiL, ('oRTiSAiiT, KRBTf>iG , Bon.NS, Testa, Meckel, IIogdson , et Labnnec

Les Mémoires de M. Bertin , dont l'Acadèaiie a chargé MM. Pblletan , Boméhil et moi de ïuirendre compte , ne le'cèdent en rien aux écrits dont nous venons de citer les auteurs, et nous pourrions , à beaucoup d'égards, revendiquer en faveur do M. Bertin l'anlériorilé de l'observation et de la counaissance de plusieurs lésions organiques du cœur, tur lesquelles il a communiqué à l'Académie dçs observailoub, à une époque oii quelques uns des ouvrages les plus estimés sur ce sujet n'avaitnt pas encore été publiés. Loin de nous l'idée que les faits et ks rechercbes de M. Bektin lui aient été emprunlés et rendus publics sans sa parlicipatiou et à son insu I Le cbaïup de l'ob.^ervatioa est ouvert à tout le

XQonde , et mujme la vérîié est une, elle duit se montrer à tous sous les mêmes formes. Notre remarque 1. ; , , , ' T, .... 7'»

a seulement pour but de garantir M. BeiiTin de loule accusation de plagiat en lui assurant l'anlérmrilé.

JUn effet , Ionique l'auteur présenta à l'Académie , le 10 août 1811, son premier mémoire sur les maladies organiques du cœur, on n'avait encore que faiblement distingué l'épaississement de cet or^a^e d^avnc la dilatation de t'es parois , et de l'augmenialion de ses cavités désignées sous le uum d'anévrisine^ on paraissait avoir confondu sous la dénomination d'épaissiseomeni un état inverse, et tout opposé sous le rapport analoniiqtie et physiologique. Ou ne sembt^iit pas avoir distingué l'augmenlation simple de DUiriiiun des parois mufculaires du cœur, d'avec les vices ou les altérations plus ou moins profondes que peut présenter celte nutrition. À cette époque. M, ConvisAiiT nommait ces e>pèces d'alléraliuns , aiiévritmet aetifi , sans déterminer les circonstances et les caraclères analomiques qui tendent à diminuer ou même à détruire cette activité , soil par les ramolltssemens , soit par les endurcissemens des parois ou des colonnes musculaires du cœur et d'une fouie d'autres altérations résultant de l'augmentalïoa de nutrition , mais qui souvent aussi peuvent épaissir le* parois sans les hypertrophîer. C'est èn'cpre à la même épogue que M. Vortal ne considérait dans cet épaissisuement du cœur qu'une transformailoa -<i'une substance étrangère au tisïu mu&culaire de cet organe , et avait été ainsi conduit à ne regarder <Bel état analomique que comme toujours passif. • ■ -'■» '■-««■i

Ce fui alors que M. Bertis , apiè» dix années employée», dans les hôpitaux confiés à ses soins, à recueillir, comparer el rapprocher entre clle& un grand nombre d'observations confirmées par l'inspec* lîoo cadavérique , essaja de d'émouirer, dans son premier mémoire , que la dénomin.ilioh d'anévrismo oe donnait pas une idée de la dilatation du cœur; que l'aciivilé trop généralement attribuée à une espèce de dtlalatioD des parois, accompagnée dë leur 'épaississement, oé ctevait êlrê recoonue due^diâni {êscas

Cet observateur distingua trois formes d'hypertrophie du cœur.

Dans la première forme , les parois d'une ou de plusieurs cavités du cœur sont hypertrophiées , sans que ces cavités aient augmenté ou diminué de capacité : c'est l'hypertrophie simple.

Dans \di seconde forme , les parois des cavités sont hyper-

d'une véritable augmentation de nutrition du lissu museulairo ; que cette augmentation de nutrûion ne co-cxistait pas toujours avec la dilatation; que la dilatation et répaissîssement réunis ne constituaient pas l'augincnlation d'aclÏTité des parois musculaires , puisque l'auteur avait vainement cLercbé i ta trouver les dispositions analomiques dans un grand nombre d'observations ; que souvent au contraire , les cavités du cœur étaient très diminuées ( disposition dont la première découverte parait appartenir à M. Bbiitin); et qu'enGn t'aclivité morbide du cœur s'alTitiblissait en raison de ses complications, surtout lorsque répai.'>si$sement , doué d'abord des caractères du tissu musculaire, mais perdant ensuite de sa densité, de sa consistance, de sa couleur, devenait d'un brun foncé, se ramollissait, se relâchait,- ou lorsqu'il présentait une disposition inverse, c'est-à-dire un endurcissement de 60Dtis^u, rencontré le plus souvent dans les piliers et les colonnes de la cavité des ventricules.

Tels sont les résultats les plus marquaus du premier mémoire sur lequel M- Curtisirt fut chargé, en 1811 , par l'Académie , de lui faire un rapport , mais que ses nombreuses occupations ne lui laissèrent pas le temps de vous préseiïtcr. Nous allons poursuivre l'analyse des autres mémoires de M. Bbrtin , que l'on ne doit considérer que comme le développement des idées et des observatioat consignées dans la première partie de son travail.

Chacune des formes de l'hypertrophie, considérée plus particulièrement dans le ventricule gauche, parait surtout avoir été approfondie dans les trois mémoires présentés successivement depuis plus d'une année à l'Âcarémie. Ainsi, Si. Bbbtim, suivant dans son deuxième mémoire la même marche analytique , commence par exposer des faits et des observations propres à établir la première espèce d'hypertrophie suivante : i'épaitsuiement tant dilatation du ventricule gauche. Cette altération est d'abord conitdérée à son état primitif et ensuite avec les diverses complications dont elle est souvent accompagnée. Chacune de ces observations présentées, avec les pièces anatomiques, à plusieurs sociétés de médecine, est suivie de réflexions dont on peut tirer pour la physiologie pathologique descunséquenc» nouvellu cl avanlageu.tes.

Le troisième mémoire a pour but de faire connaître et de déterminer le» signes caractéristiques et les altérations organiques propres aux hypertrophie) du ventricule gauche et du ventricule droit, avec diminution de leurs cavttéi.

8bn*s avait déjà consacré un des articles de son bel ouvrage à la diminution de volume, à la peti- « tessc des carilés, au dessèchement du cœur.

MiLucBi et FsBRicB Ds HiiDiH parlent de cœurs petits, ridés, flétris; Convisimfait mention du rétrécissement du ventricule gauche ou droit , d* la diminution des cavités produite parla rétraclilité des psrois, à la suite des indurations , des altérations cartilagineuses et osseuses des valvules tricuspides et mitrales.

Dans les observations que M. BFiiTm a recueillies, il a observé que le volume du cœur n'était pas sensiblement altéié ; que les vcnlricules étaient cependant plus charnus que dans l'état naturel, et que l'épaississement musculaire était évidemment formé aux dépens de la cavité, sans cependant paraître présenter aucune trace d'altération quelconque. ,

Ce troisième mémoire contient six observations remarquables, tant sous le rapport de la description des symptômes, que sous celui des détails d'anatomie pathologique.

Le quatrième est consacré à faire connaître fhypertrophie des parois du e mur jointe à leur dilatation. L'auteur a reconnu cette disposition morbide dans dix observations détaillées. Il expose ensuite les différens degrés d'hypertrophie dans le ventricule gauche, dans le ventricule droit , dans les oreillettes! i( fajl rcmarijuer «qu'elle est loin d'être uniforme dans le» parois du eœur , dans la cloison des venlri.

DE l'hypertrophie- 349' trophiées en même temps que la capacité de ces cavités est augmentée : c'est \ hypertrophie excentrique ou Tanévrisme actif de Coi'visart.

Dans la troisième forme ^ Tépaississement hyperlrophique du cœur coïncide avec la diminution de capacité de ses cavités, comme si d'hypertrophie s'était opérée à leurs dépens : c'est V hypertrophie concentrique.

culea et des oreillettes; qu'elle Tarie dan<i les coIoDDes charnues et dam les différens points des pnroia de^caviiéâ \ et qu'elle olVre différens d«gré» , selon la dilatation plus ou moins grande et les dimeuàious proportionnelles des cavités correspondantes.

Ced diverses nuances d'altérations sont décrites avec beaucoup de Hoin par M. Bbhtiit.

D'après les travaux et les recherches que cet auteur a présentés à l'Académie , il a été conduit à re* connaître, f que, dtins les dilTèrentes ei«pèccs de lésions organiques, le tissu musculaire peut être^plus ou moins altéré ; 2° que le cœur s'épaissît en se dilatant et sans se dilater; 3° que Tépaidsissement des parois oITre deux caractères anatoraïques dillérens, l'augmentation ou l'allération de la nulritiun, lantût simultanés, tantôt ezislans isolément; M- BiîitTiiir prouve que l'épaissis^ement par hypertrophie, objet |urincipal des mémoires que nous venons d'analyser, oflVe trois formes dilTércntes , dont deux n'avaient pas été , avant l'année iSll , rattachées à la doctrine des maladies du cœur , et que nous avons déjà indiquées plus haut , c*est>à-dire rsugmentulion du volume du cœui sans accroissement des cavités , et la diminution des cavités causée par l'hypertrophie; 5** il pense que la dénomination ^anéovhme n'est applicable sous aucun rapport à ces deux espèces d'aitéralions , et qu'elle n'a été donnée à l*épaissi&>euienl joint à la dilntutïon des cavités, que d'après des rapports que Ton avait cru apercevoir entre celle dilatation et celles des parois arlérielicb { dilatation assez rare, et que beaucoup de pathologistes , et surtout Sesxert , L&uunB et Scari»* , ont révoquée en doute ou niée formellement ; 6" il allirme qu'il faut bien se garder d'appeler les hypertrophies des dilatations actives ^ parce que l'énergie de la paroï «st singulièrement moditîée , quelquefois même très alfaiblie , soit par l'endurcisscmént , soit parle ramollissement de la paroi épaissie, et par toutes les autres complications ; 7° il pent^e , enlin , que Vépaississement , avec ou sans dilatation des parois, doit être distingué d'après ses caractères analomiques , et non d'après les phénomènes physiologiques qui sont si nombreux et si variables.

Os divers aperçus pathologiques, conllrmès depuis par des travaux réceus et recommandnblcs, mais -que nous n'avons pas dû citer, nous étant surtout appliqués à faire connaître les altérations organiques du cœur sur lesquelles M. Bebtin a le^remier ou l'un des premiers fixé l'attention des observateurs, ne «raient pas sans doute nouveaux aujourd'hui ; mais si l'on se reporte à l'époque où l'auteur a présenté -son premier mémoire , dont les autres ne sont que le développement, on verra que ses travaux sont loin •d'avoir été sans utilité pour la science.

Les distinctions admises par l'auteur sont- déduites d'un grand nombre de faits bien observés, et qui ont demandé beaucoup de sagacité et de patience dans les recherches anatomiques. L'auteur a toujours eu soin de s'en tenir ù la description exacte des laits , el de rallier les symptômes avec les divers résultat» fourniâ par Tanatomie pathologique.

Aussi pensons-nous que les travaux de M. Bbutiiï n'ont pu que concourir aux progrés de la connaj*. ^ance de ces maladies ; nous croyons même qu'ils y ont déjà servi , et que la clause ne sera que juste •envers M. Bertin , en accueillant favorablement ses travanx , et en reconnaissant l'antériorité de ses re- •cberches sur plusieurs alléralions oiganiques du cœur. Qu'il nous soit permis de nous féliciter de voir 310US comumniquer le fruit de ses veilles , le fils d'un homme que l'Académie compta parmi ses membre» ies plus distingués , et qui a laissé des souvenirs glorieux dans les seienccs anatomiques.

Signé DDMÉaiL, PELLETAN. PINEL, rapporteur,

L'Académie approuve le rapport et en adopte les conclusions.

CerliGé conforme à l'original :

Le tteritaire perpétuel , contfititr d'Etat , officier de Vordrt royal de la LégUn d'honn$urt

B. CUVI£Ki

356 MALADIES bû COEUR EN PARTICULIER.

DëJ)iiîsM. Berlin, plusieurs observateurs ont eu occasion dë rencontrer les trois espèces, les trois formes d'hypertrophie qu'il avait signalées, et nous en avons rapporté dans cet oùvràge plusieurs exemples que nous avons recûeillis nous-mêmes (i).

Chez les auteurs antérieurs à M. Bertin , oniie trouve réellement aucun fait qui se rapf)orte exactement à sa troisième forme d'hypertrophie (hypertrophie concentrique). Mais il n'en est pas ainsi de la première forme (hypertrophie simple).

Dans une observation qu'il a rapportée dans sa iy lettre, Morgagni dit positivement que la cavité du ventricule droit était à l'état normal, mais que les parois de ce ventricule lëtaient très épaissies : ventriculus déxteïi caveam quidem

(t) M. le professeur Cruveilhier est, à Adtrie connaissance , le seul observateur qui ait coiileslé l'existence de l'une des foimes de l'hypertrophie du cœur établies par M. Bertin , savoir l'hypertrophie conce/i/ri^oe. Les raisons qu'allègue ce savant analomo-pathologiste contre l'existence de celte forme d'hypertroiihie, sfembleraicnl prouver qu'il n'a pas lu avec attention les faits rapportés dans le Traité des maladies du cœur, de 1824 ; car aucune de ces raisons n'est réellement applicable aux faits dont il s'agit,

« Lfes faits que j'ai eu occasion d'observer, dit M. Gruveilhièr, ne me permet- «tetlt pas d'admettre l'hypertrophie concentrique. L'effacement de la cavité, l'cl> {)aisseur des parois , proportionnellement plus considérable , me paraissent le «résultat du genre de mort. Le cœur de tous les suppliciés que j'ai eu occasion «d'examiner m'a offert ce double phénomène au plus haut degré. Les parois ven- »lriculaires se touchaient dans tous leurs points. J'ai fait la même observation «chez les individus qui ont succombé à une mort violente. Les cœurs hypeitro- » phiés concentriquement des auteurs que je viens de citer (MM. Bertin et «Bouillalid) me paraissent des cœurs plus ou moins hypertrophiés, que la mort »à SUrfjris dans toute leur énergie de contractilité. On peut d'ailleurs s'en con- » vaincre en voyant la facilité avec laquelle CÉS ventricules, sans cavité propre- »ment dite, se laissent dilater par l'introduction de plusieurs doigts. »( Voy. Vai't. Hypertrophie, du Dict. de méd. et de cliir. pratiq.)

Les observations d'hypertrophie concentrique que nous allons rapporter dans la première section de ce chapitre répondront, de la manière la plus victorieuse aux objections de M. Cruveilhier, si compétent, d'ailleurs, en matière d'anatomie pathologique , cette branche de la médecine que ses travaux ont contribué puissamment à îUuslrër.

DE L'ïiYPËllTROPilIE. 35 i

SÊCÙNDUM NÀTURAM , SED CRASSISSIMAS PARIETES IIABEBAT. [Dé

Sedib. et Caus. viorbor. , etc. ; Epist. XVII , art. 21.)

Borsiéri admet formellemènt l'espèce d'hypertrophie dont il est ici question , comme le prouve le passage sui- Vàiit de ses Institutions de médecine : Interdum moles tan-

TÎifli CÔilDis iPSA VIDÈTUR AUCTA , QUÏN TAMEN JUSTO MAJOil CÂVEÂRUà AsiPLÏTUbO DICX POSSIT.

Enfin , Corvisart lui-même a publié dans son ouvrage un exemple d'hypertrophie simple du ventricule gauche. Chez un malade mort d'un anévrisme de l'aorte, « le ven- » tricule gauche du cœur, sans être dilaté, offrait des

» PAROIS BEAUCOUP PLUS ÉPAISSES ET BIEN PLUS FORTES (jt*ELLÈS

» NÉ LÉ SONT ORDINAIREMENT, et déjà, ajoute Corvisart , cette » force du 'ventricule gauche lion dilaté explique comment la i crosse de V aorte, qui recevait la 'vive projection du sang par » c'è ventricule, trop fort pour céder, a dû subir une dilatation » à laquelle le cœur se refusait. » (Op. cit. , pag. 335.)

Lé lecteur trouvera dans le cours de ce chapitre le résultat des recherches qui nous sont propres sur les causés, les signes et les effets de l'hypertrophie du cœur, soit qti'èlle existe Sans dilatation ni rétrécissement des cavités dé cèt organe , soit qu'elle co-existe , au contraire , avec Tûii bii l'autré dé Ceâ déux états inorbides. Nous ajoutë- TÔhs seuléiiient ici qué dans la plupart des orgaties creux autres que le cœur, nous avons obsei'vé ( et d'autres ont fait là même observation) les trois formes d'hypertrophie admises pour le cœur par M, Bertin.

MéMiêre section.

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR l'hYPEÎITIIOPHIE i)U TISSU MUSCULAIRE DU COEUR.

L'hypertrophie du tissu musculaire du cœur se rencontrant bien moins souvent à l'état simple ({u'à l'état decom'

Linaison avec quelque autre maladie de cet organe, il n'est pas étonnant qu'un grand nombre des observations que nous avons déjà rapportées , soient des exemples de l'affection qui fait l'objet de ce chapitre.

La péricardite et surtout l'endocardite chroniques sont des maladies avec lesquelles co-exisle presque constamment l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur. Et pour que le lecteur ne puisse conserver aucune espèce de doute à cet égard , il nous suffira de mettre sous ses yeux un relevé exact des observations d'endocardite et de péricardite chroniques consignées dans les deux premiers chapitres de cet ouvrage.

Nos cas de péricardite chronique sont au nombre de sept(Observ. 20% 21% 22% 28% 24% 25% 26*^). De ces sept cas , il en faut retrancher deux (Observ. 25* et 26*) , comme ne contenant pas des détails complets sur l'état du cœur. Restent cinq cas , parmi lesquels il n'en est aucun dans lequel on n'ait constaté l'existence d'une hypertrophie du tissu musculaire du cœur.

Le chiffre de nos endocardites chroniques s'élève à trenlequaire (Observ. 43% 44% 5i% Si" 53% 54% 55% 58% 59% 60% 61% 62% 63% 64% 65 , 66% 67% 68% 69% 70% 71% 72<= , 'jr , y 4" , 74-= bis-, 75" , 76' , 77" , 78" , 79" , 80% 81" , 82", 83"). De ces trente-quatre cas , il en est six (Obs. 54* , 55", 6i",73", 74" et 74' bis qui, faute de détails suffisans sur l'état du cœur , ne doivent pas être placées en ligne de compte. Les vingt-huit cas restans nous offrent tous des exemples incontestables d'hypertrophie du tissu musculaire du cœur. ^

D'où il suit', en définitive, que sur trente-trois cas bien décrits d'endocardite, de péricardite ou d'endo-péricardite, terminées par épaississement , induration des tissus affectés ou par le développement des diverses productions décrites ailleurs, il n'en est pas un seul où l'on n'ait trouvé un état d'hypertrophie du tissu musculaire du cœur.

m l'hypertrophie. 3Ô3

Nous l'ccommautlons à toute l'attenlion du lecteur ce remarquable résultat, cerapport important sur lequel noua reviendrons en traçant l'histoire générale de l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur, et que tendront à confirrjier les observations qui vont suivre.

Ayant déjà rapporté trente-trois cas d'hypertrophie du cœur (et ces cas nous présentent la maladie sous toutes ses formes principales) , nous aurions pu , à la rigueur, nous dispenser d'en consigner ici de nouveaux exemples. Toutefois, comme la matière est d'un grand intérêt , nous avons cru devoir faire précéder l'étude générale de l'hypertrophie musculaire du cœur de vingt-une autres observations particulières que nous avons divisées en deux séries. Dans la première série se trouvent les observations relatives à l'hypertrophie de chacun des deux ventricules (i) , et dans la, seconde celles d'hypertrophie affectant à la fois plusieurs des cavités ou même toutes les cavités du cœur. J'appellerai celle-ci hypertrophie multiple on générale, et l'autre hypertrophie partielle.

(i) Nous n'avons pas cru nécessaire de consacrer des catégories spéciales d'observations à l'hypei lrophie des oreilletles et à celle de la cloison et des colonnes cliainues. Il est exlrêmement rare de rencontrer l'hypertrophie de ces parties, sans qu'il existe en môme temps une hypertrophie des ventricules. Nous verrons cependant plus loin un cas fort curieux, dans lequel une énorme hypertrophie des colonnes charnues du ventricule droit a paru coïncider avec une atrophie des parois de ce ventricule.

MALADIES ne COEUft EN PA11TICULIÈR~

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