Mort à 6 heures du soir
Autopsie cadavérique , 39 heures après la mort. ( Voy. la planche V^.)
i" Habit, extér. — Pâleur générale et amaigrissement ; infiltration considérable du bras droit.
OBSËRVATIOJN!» d'u\Pë11TU0PHIE. 36 J
a" Organ. circulât, et respir. — Sous le sternum exisle une tumeur, dont la surface adhère très intimement avec la face postérieure de cet os et des côtes correspondantes, qui présentent une légère excavation pour recevoir la convexité de la tumeur. Les adhérences s'étendent jusqu'au sommet du côté droit de la poitrine ; séparée du sternum , la tumeur présente, à l'endroit de cette sépai'ation, une matière molle, friable, qui n'est autre chose que de la fibrine coagulée, altérée, en grande partie décolorée. Le poumon gauche répond par son bord antérieur à la partie inférieure de la tumeur qu'il limite ; il l'ecouvre complètement le ventricule et l'oreillette gauches et environ les deux tiers du ventricule droit. Il est volumineux , abondamment parsemé de matière noire et gorgé de sang à sa base et à son bord postérieur.
Située derrière la partie moyenne du sternum, la tumeur, en se portant à droite, avait refoulé le poumon correspondant contre les parties latérale , supérieure et pos-
jtérieure du côté droit. Le poumon , ainsi refoulé par la tumeur avec laquelle il avait contracté de solides adhérences, était atrophié. La tumeur avait en même temps exercé une compression considérable sur la veine-cave supérieure, la jugulaire, et la sous-clavière droites.
Après avoir bien isolé la tumeur de ses adhérences avec les parties voisines, on voit qu'elle est en quelque sorte greffée sur le côté droit de l'aorte ascendante , laquelle formait là une poche ovoïde, du volume de la tête d'un fœtus. La tumeur était longée par le nerf de la huitième paire. Un peu flasque, on sentait en la palpant qu'elle contenait une énorme quantité de sang en caillots. Les côtes droites semblaient rentrées en dedans, et le foie présentait trois pro-
fondes scissures dues évidemment à la pression des côtes, dont ces scissures étaient pour ainsi dire le moule (le tissu du foie, dans les points ainsi déprimés, n'était point altéré dans sa
"structure.)
36a MALADIES DU CflEUR EN PARTICULIER.
Appuyée sur la partie inférieure de la trachée-artère et sur les bronches, la tumeur avait notablement aplati ces canaux , lesquels offraient inférieurement une teinte d'un rouge foncé , contrastant avec la pâleur des autres régions du tube respiratoire.
L'aorte ayant été ouverte , voici ce qu'on a observé : sa portion sous-sternale est remplie par un caillot , qui n'est décoloré que là où il se trouve en contact avec les parois de la tumeur ; ce caillot est ailleurs d'un noir foncé et composé de caillots secondaires , entassés confusément et sans former de couches distinctes. A droite , on aperçoit la communication de l'aorte avec le kyste anévrismal; l'orifice de communication offre i pouce et demi de longueur sur i de largeur; sa circonférence est ellipsoïde. Les caillots dont il a été question plus haut étaient séparés des véritables parois delà tumeur par d'autres caillots bien plus anciens ; et ceux-ci étaient disposés par couches d'autant plus denses , qu'elles étaient plus rapprochées du kyste anévrismal. Ges couches fibrineuses adhéraient entre elles par un tissu lamineux facile à détacher. Les parois du kyste semblent formées elles-mêmes par les couches les plus extérieures du coagulum lamelleux , couches organisées dans lesquelles on aperçoit des faisceaux analogues aux faisceaux de fibres musculaires (i); autour de ces faisceaux existent les productions celluleuses ou fibreuses qui font adhérer le sac anévrismal aux parties voisines.
Les parois de l'aorte, dilatées au point que ce vaisseau offrait 8 pouces de circonférence , étaient épaissies et ressemblaient à du Cuir blanc. La portion de l'aorte ainsi dilatée présentait des bosselures et des enfoncemens, et était criblée intérieurement de plaques cartilagineuses, osseuses, plus ou moins saillantes et raboteuses.
(i) Quelques autres couches ressemblaient a de ia chair décolorée et devenue friable.
OBSKRVATIONS 1)'h Yl'ERTROPHIE. 363 Il existait une ligne de démarcation des plus évidentes, lun véritable bourrelet, à l'endroit où les parois de l'aorte • se continuaient avec la circonférence de l'orifice de commiunication entre la cavité de ce vaisseau et celle du sac .anévrismal. Ce|boun'elet, épais, saillant, indiquait l'endroit où les parois de l'aorte avaient été ulcérées et rupturées. Du ireste , la structure du sac différait complètement de celle ides parois de l'aorte elle-même ; ce kyste , formé de fibres I linéaires, rougeàtres, résistait avec assez de force à la ipression et à la traction.
L'altération crétacée de la crosse de l'aorte se continue i dans la portion thoracique descendante de ce vaisseau, ainsi (que dans les troncs qui naissent de la crosse, mais à un fai- Ible degré. Cette altération va en diminuant dans la portion ; abdominale de l'aorte, et devient presque nulle dans les I troncs qui en naissent.
! Le péricarde ne contient pas de sérosité. Le cœur, bien (conformé , est un peu plus volumineux qu'à l'état normal. :Son tissu est un peu mou et rougeâtre (i).
Le ventricule gauche est sensiblement dilaté, et ses parois
sont un peu plus épaisses qu'à l'état normal (2). Les oreil- . lettes sont un peu dilatées.
i< Les diverses valvules ne présentent pas de notables alté- : rations.
3° Organ. de Vinnerv. — A l'ouverture des méninges, il s'écoule une abondante quantité de sérosité, et la surface du cerveau est abreuvée du même liquide. Les ventricules
(1) 11 ne faut pas oublier que l'ouverture n'a faite que 09 heures après la ihort, et dans une saison rliaude, circonstances dans lesquelles tous les tissus tendent à se ramollir et à se décomposer.
; (2) Gomme nous avions consacré à l'examen minutieux de la tumeur un temps ppnsidérable, nous en manquâmes pour prendre les dimensions du cœur; mais on verra dans la planche Ve, où ce cœur est représenté, qu'il existait bien réellement une hypertrophie excentrique ou avec dilatation , à un degré moyen.
364 MALADIliS DU CŒUR EN PAUTICULIËR.
latéraux sont très vastes et contiennent aussi de la sérosité ; deux cuillerées environ de ce liquide existent dans les fosses occipitales inférieures. Les mailles de la pie-mère en sont infiltrées. — La substance cérébrale est un peu molle et médiocrement pointillée de sang; il en est de même de la substance cérébelleuse.
Les artères de la base du crâne sont minces et non ossifiées.
40 Organ. digest. — Pointillé rouge et ramollissement léger dans la portion splénique de la membrane muqueuse gastrique (arborisations noires dans quelques points de la même région); partout ailleurs, la membrane muqueuse est saine. — Gros intestin contenant des matières fécales à demi solides, parfaitement sain.
RÉFLEXIONS
Voilà un nouveau cas dans lequel une hypertrophie du ventricule gauche, avec légère dilatation, n'a point donné lieu à cet ensemble de symptômes dits généraux que plusieurs médecins attribuent encore aujourd'hui à ce qu'ils appellent \ anévrisme du cœur. Hé bien , chez ce sujet , les valvules et les orifices étaient à l'état normal.
Il est survenu, il est vrai, un gonflement des veines jugulaires et une infiltration du membre supérieur droit^ et du visage , surtout à droite. Mais , ainsi que l'a démontré l'ouverture du cadavre, et comme nous l'avions d'ailleurs annoncé, pendant la vie ces accidens étaient dus à la compression exercée par la tumeur sur la veine-cave supérieure et sur la veine sous-clavière droite. Aussi les membres inférieurs et l'abdomen n'ont-ils été le siège d'aucune accumulation de sérosité. Les accidens cérébraux (perte de connaissance, difficulté déparier, respiration stertoreuse,etc.), ont été également le résultat de la congestion veineuse du cerveau, laquelle dépendait elle-même de l'obstacle au cours du sang dans la veine-cave supérieure.
OBSERVATIONS n^nyrilRTBOPHÏE. 30^ L'observation suivante est extrêmement remarquable èn ce qu'elle nous offre l'exemple d'une hypertrophie du ventricule gauche, qui paraît être survenue très rapidement chez un individu affecté d'un rhumatisme aigu.
OBSERVATION 115« (i).
Jeune homme de 22 ans. — Rhumalisme arliculaire aigu , avec baltcmens violens du cœur. — Mort environ uu mois après le début. — Hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche.
« Angelot (Denis), tailleur, âgé de 32 ans, d'un tempé- » rament sanguin, fut admis à l'hôpital Cochin (12 jan- » vier 1818), présentant les symptômes d'un rhumatisme " articulaire aigu. Il seplaignait en même temps d'une dou- » leur au côté gauche et vers la base de la poitnne , qui , » du reste, était bombée et sonore daps toute son étendue. » Le pouls était fort, plein et vibrant , les battemens du » cœur étaient aussi très prononcés. Le visage était un » peu pâle ; la peau était couverte d'abondantes sueurs. La » langue était humide et blanchâtre ; l'abdomen tendu , >• sensible à la pression.
» Le deuxième jour après l'entrée, les douleurs articu- » laires deviennentplus aiguës, et les moindres mouvemens » les rendent insupportables ; la respiration est pénible ; » la langue présente de la rougeur sur ses bords; la soif est » très vive ; un frisson de deux à trois heures est suivi d'une » chaleur violente et de copieuses sueurs. Les battemens » du cœur sont plus forts , la 'vibrance du pouls est plus mar- » quée.
» Même état le ti'oisième et le quatrième jours. Le cin- » quième, les symptômes sont un peu diminués; mais les
(1) Cette observation appartient à M. Bertin (je l'extrais du Traité des ma^
36© MALADIES DÛ tmVR EPÎ PARTICUtrER.
» jours suivans, les douleurs rhumatismales furent portées M au plus haut degré d'intensité. Elles se calmèrent le » huitième jour , la tuméfaction des articulations diminua ; » cependant^ les hattemens du cœur augmentèrent de force. — » Le neuvième jour, une douleur pongitive se fit sentir » vers la douzième côte gauche. Elle fut enlevée par une » saignée de trois palettes, mais se renouvela le lendemain » avec les palpitations et la inhrance du pouls.
» Le douzième jour , les symptômes de rhumatisme dis- » paraissent ; viais le cœur continue de battre avec la même » violence, et la 'vihrance du pouls persiste. — Un état de » constipation est combattu par des laxatifs.
»Le quinzième et leseizième jours, les batlemensdu cœur )> et la vibz'ance du pouls sont moins marqués.
» Les jours suivans, le malade se croyant entièrement » rétabli, se disposait à sortir.
» Le i" février , il éprouve de nouveau une assez vive » douleur au même côté de la poitrine; elle cesse le soir, » se renouvelle avec plus de violence le lendemain , dis- » paraît encore , revient le jour suivant et persiste.
» Le 5 février au soir, le malade, après s'être promené )) assez long-temps dans le jardin , éprouve un frisson vio- » lent , suivi de nausées et de vomissemens ; toux , douleur » de côté très aiguë, respiration pénible et même slerto- » reuse, palpitations tumultueuses. — Une saignée de bras » pratiquée à minuit le soulage au point qu'il peut se lever » et même se promener le lendemain; mais les mêmes » symptômes se répètent encore le soir.
» Le 8 février, survient une expectoration sanguino-
lente; les membres commencent à s'infiltrer; les extré- » mités se refroidissent; le pouls est petit et irrégulier: » le malade ne parle plus qu'avec la plus grande diffi- » culte ; ses paroles sont entrecoupées de soupirs et de » sanglots , et il tombe , le 9 février , dans un état coma- » teux : sa respiration est bruyante et haute ; le viwge qui
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 367 » était resté constamment pâle , offre un aspect cadavé- » reux , et la mort arrive le lendemain à huit heures du » soir.
» Autopsie cadavérique.
» Les poumons étaient très engorgés par le sang. Le » poumon gauche était un peu refoulé vers la partie supé- » rieure de la poitrine il était uni par quelques adhéren- » ces à la plèvre costale. Le péricarde contenait une sérosité n jaunâtre.
» Le cœur était très volumineux. ■ — Les parois du ^ventricule » gauche avaient plus d'un pouce d' épaisseur "vers la base ; » hypertrophie qui allait en diminuant "vers la pointe , oîi elle » était encore très prononcée. Les colonnes charnues étaient » plus développées que dans l'état naturel. La cavité ventricu- » laire était plus que doublée.
» L'oreillette gauche et les valvules ne présentaient rien » d'extraordinaire. — -Les parois du ventricule droit étaient » amincies, mais sa^^cavité était dans l'état ordinaire, ainsi Tt que l'oreillette de ce côté. — 'L'aorte avait un calibre sin- » gulièrement petit , non seulement comparativement à la » capacité du ventricule gauche , mais d'une manière ab- « solue (i).
(i) Il est bien fâcheux que l'ouverture n'ait pas été plus détaillée. D'après les symptômes rapportés plus haut , il est certain qu'il existait une inflammation aiguë de la plèvre et du poumon , probablement accompagnée d'endo-péricardite ; et il n'est rien dit des altérations que ces maladies devaient avoir entraînées à leur suite. Cette observation est encore un exemple de la coïncidenc||(|gs maladies du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu. *^
mal.Vdïës nu tmvt PAnTictJtïÉR.
ODSEUVATION
l'Vmme de 7g ans. — Baltemens du cœur très forts, semblables à des coups dc marteau. — Paralysie du côlé gauche, avec raideur du brâs droit, cris et agitalion. — Hypertrophie avccléi^ùre dilatation du ventricule gauche; arachnitis , ramollissement de l'hémisphère droit du ceryeau.
Jeanne Bossuet, âgée de 79 ans, d'omestique, d'une taille élevée, maigre , pâle et nerveuse, fut apportée à l'iiôpiial Goehin le 12. janvier 1822. Les personnes qui la conduisaient ne purent nous apprendre rien autre chose , sinon qu'elle avait perdu subitement connaissance quinze jours auparavant; que les facultés intellectuelles s'étaient en partie ranimées au bout de quelques insians , mais que depuis le côlé gauche était paralysé. Voiçi, au reste, les symptômes que la malade présentait à son arrivée. Tête penchée à droite , bouche déviée dans le même sens, langue obliquant un peu à gauche, quand là malade la montre , ce qui lui est difficile ; pupilles égaies, mobiles ; visage exprimant une sorte d'étonnement stupide; paralysie des membres gauche? , cris, agitation, loquacité , subdelirium. — Toutes les artères , mais surtout les carotides, battent avec force et le pouls est un peu fréquent. Les battemens du cœur soulèvent les vêtemens de la malade; ils sont vigoureux, bien détachés, et repoussent brusquement la main appliquée sur la région précordiale. Explorés avec le cylindre, ils ressemblent véritablement à des coups de marteau , et produisent un son assez clair.
DiAGNOS^U£. — Hypertrophie du cœur , p/de^masie cérébrale.
De si grJves maladies, jointes à l'âge très aA'ancé du sujet, ne laissent aucun espoir de guérison.
Cependant le visage se décompose , le membre supérieur droit se raidit, et résiste à l'extension ; la malade, plongée dans un état comateux, pousse des gémissemens et des cris, et succombe dans le cours du cinquième jour après son rntvée.
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 869 Autopsie cadacrrique , 3o heures après la mort. 1° Orgnn. respir. et circulât. — Les deux poumons sont parfaitement crépitans ( le droit était adhérent à la plèvre pariétale).
Le péricarde est injecté.
Le cœur est bien plus gros que le poing du sujet. Le ventricule droit , environné d'une grande quantité de graisse, est d'ailleurs sain. Il ne contient pas de sang, non plus que l'oreillette correspondante, dont les colonnes charnues sont très fortes.
Le ventricule gauche est hypertrophié. Ses parois, à la base, ont environ 1 1 lignes d'épaisseur ; la cloison ventriculaire est épaisse d'environ 7 lignes. Les colonnes du ventricule gauche sont très nombreuses, et sa capacité l'emporte un peu sur celle du droit. Les parois de l'oreilelte gauche sont épaissies. Le tissu des ventricules est rouge et ferme .
Des points jaunâtres existent dans toutes les valvules du cœur ; les valvules aortiques sont même parsemées de quelques plaques osseuses ou calcaires. Les artères coronaires forment un relief très marqué à la surface du cœur. Elles sont dures et ossifiées dans tout leur trajet.
L'origine de l'aorte est dilatée ; dans toute la longueur de cette artère, la surface intérieure est inégale, hérissée de lames jaunes, terreuses, et de squammes ca,lcaires, analogues à des coquilles d'œuf , mais plus épaisses, et dont plu sieurs soulèvent la membrane interne. Les artères qui nais' sent immédiatement de l'aorte, cellesdes membres et surtout des pelviens, les artères de la base du crâne , les ophthalmiques, partagent la dégénérescence de l'aorte; leur membrane celluleuse est très injectée (i). Le tronc de l'artère mésenlérique supérieure , entièrement ossifié , forme un.
(i) Ilestasseï; remarquable que les carolides primitires avaient en quelqu» sorte échappé à l'altération.
MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, tube dur et inflexible ; mais les branches et les rameaux qui se distribuent aux organes digestifs sont exempts de cette altération. Tout le système artériel, en général, est gorgé de sang liquide, tandis que le système veineux, revenu sur luimême, en contient à peine.
2^ Organ, digest. — Les circonvolutions de l'intestin grêle sont petites, contractées et rouges. Le rectum est distendu par des matières fécales endurcies. La membrane muqueuse de l'estomac est d'un rouge foncé dans la région splénique.
3° Centres nerveux. — Il existe une grande quantité de sérosité à la base du crâne et dans les ventricules. L'arachnoïde qui recouvre les circonvolutions supérieures du cerveau est opaque et d'une couleur laiteuse. Le lobcpostérieur de l'hémisphère droit offre une teinte jaune très prononcée: il est ramolli et comme déliquescent, A son centre existe une matière blanchâtre, crémeuse, vraiment purulente; sa substance offre d'ailleurs une rougeur et une injection considérables, et est parsemée de caillots de sang très petits, ainsi que de masses jaunes , plus grosses, faciles à écraser, dont l'intérieur est infiltré de sang. Le foyer est tapissé d'une membrane très fine ,' parcourue de vaisseaux rouges très apparens. L'arachnoïde qui enveloppe les circonvolutions ramollies leur adhère si intimement, qu'elle parait confondue avec elles. Le reste du cerveau est sans altération notable. Les plexus et la toile choroïdes contiennent des globules hydatidiformes.
OBSERVATIOÎV 117».
Homme d'environ 4o ans. — Battemens du cœur peu sensibles à la main , BTcc pouls fort et vibrant. — Dyspnée extrême, inâltralion , etc. — Hypertrophie et dilatation énorme du ventricule gauche. — Hydrothorax.
Pierre Brisson , âgé d'une quarantaine d'années , maçon, d'une taille peu élevée, mais fortement constitué, assurait n'être malade que depuis une quinzaine de jours, lorsqu'il
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 87!
entra à l'hôpital Cochin le i3 juin 1822. L'état très alarmant où il se trouvait nous portait cependant à croire que sa maladie datait d'une époque plus éloignée. Voici quel était cet état : douleur à la partie moyenne du thorax et à là région précordiale, où le malade éprouve un sentiment d'oppression insupportable. Toux , orthopnée, pouls fort, vibrant et régulier ; battemens du cœur peu sensibles à la main (l'état d'angoisse et d'agitation ne permet pas de pratiquer l'auscultation); céphalalgie, étourdissemens, éblouissemens fréquens, insomnie des plus cruelles ; visage blême et bouffi, lèvres grosses et un peu livides (i). Prescription. — Tisane apéril. ;jul. digit. Le 16 juin, quatrième jour après l'entrée, le malade, incessamment menacé de perdre la respiration , ne peut plus rester couché ; la frayeur et l'anxiété sont peintes sur son visage. Le 17, le malade reste assis, appuyé sur le bord de son lit, la têle basse et le corps penché en avant : il gémit et est haletant : il implore nos secours et nous conjure de ne pas le laisser mourir. On pratique une saignée du bras; mais le sang ne coule que goutte à goutte, ce qui oblige de remplacer la saignée générale par l'application de trente sangsues à la région précordiale. Le 18, peau froide, œdème du pied droit (vésicat. sur la poitrine). — Environ deux heures de sommeil la nuit suivante. — Le 19, jour d'orage et de pluie, augmentation rapide de tous les symptômes, étouffement, angoisses affreuses; le malade nu, assis sur sa chaise , le tronc tendu et fortement courbé en avant, la tête appuyée sur le bord du lit, ne peut conserver d'autre position et s'attend à une mort prochaine. — Le 20,
(1) Celte obseryation, recueillie en 1822, manque de quelques détails Uméio'ogiques. Si je la rapporte ici , c'est qu'elle offre de l'intérêt sous lÈ ooint de vue analomique , ainsi que sous celui de la rapidité arec laquelle l'hypertrophie parait s'être développée.
situation de plus en plus déplorable ; contraction comme convulsive du diaphragme, sun'ocation imminente, visage plus gonflé, yeux égarés, peau froide, désir de la mort, qui arrive enfin à dix heures du matin.
Autopsie cadavérique y 20 heures après la mort, i" Habitude extérieure. Cadavre bien conformé; infiltration des membres , dont les veines sont gorgées de sang.
2° Organ. respir. et circul. — Son mat des deux côlés de la poitrine; épancheraent d'une grande quantité de sérosité, légèrement rougeâlre , dans les deux cavités de la plèvre. Pressés par ce liquide et par la masse énorme du cœur, les deux poumons, peu volumineux, présentent un tissu encore crépitant, mais condensé par la compression.
Le péricarde contient une petite quantité de sérosité rougeâtre. Le cœur, gorgé de sang, énorme (quatre fois environ plus gros que le poing du sujet ) , occupe autant d'espace que les deux poumons réunis : il est situé transversalement, de manière que sa base comprime un peu le poumon droit, tandis que les deux ventricules pèsent pour ainsi dire de tout leur poids sur le poumon gauche. Débarrassé des caillots fibrineux noirs qui l'engorgent, le cœur conserve encore un volume extraordinaire. Le ventricule gauche a une capacité triple de celle qui lui est naturelle, et ses parois ont environ six lignes d'épaisseur. Son tissu est rouge et assez ferme. L'oreillette gauche , extiémement petite en comparaison du ventricule, pourrait contenir un œuf de poulette. — Le ventricule droit, bien moins ample que le gauche, un peu dilaté néanmoins, conserve son épaisseur ordinaire. Cette épaisseur , assez uniforme dans toute l'étendue de ce ventricule, comme cela avait aussi lieu dans le gauche , diminue seulement un peu vers la pointe. L'oreillette droite , épaisse et charnue, est d'un bon tiers plus volumineuse que la gauche. — Les orifices du cœur sont sains. L'aorte et l'artère pulmonaire sont gorgées de caillots de sang ; la crosse de
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE.'
la première est sensiblement dilatée, tandis que son orifice est peut-être un peu rétréci.
3° Organ. ahdom. — La membrane muqueuse de l'estomac, de l'intestin grêle et du gros intestin, présente une rougeur foncée, analogue à la couleur du kermès, et pror duite par l'engorgement mécanique des vaisseaux sanguins. Un taenia vivant parcourt toute la longueur de l'intestin iléon. — Le foie et la rate sont gorgés de sang. La vessie est contractée, rosée intérieurement.
4° Organ. encéphal. — Le cuir chevelu est aussi gorgé de sang ; il existe une assez grande quantité de sérosité dans l'arachnoïde. A la convexité du cerveau, le feuillet viscéral de cette membrane adhère avec le feuillet pariétal, et présente çà et là diverses granulations; -sur les côtés des hémisphères, l'arachnoïde est opaque, laiteuse et injectée; la substance cérébrale est d'une grande mollesse (i).
3° Hypertrophie concentrique ou avec rétrécissement de la Cavité 'ventriculaire.
Femme de 4o ans. — Battemens du ventricule gauche violens , sourds et péta étendus; palpitations. — Paralysie du bras droit, puis érysipèle de la face. — Mort. — Hypertrophie du ventricule gauche, avec rétrécissement de sa cavité. — Ramollissement du cerveau et du cervelet.
Sally (Prudence) , âgée de 4» ans , domestique , d'un
(i) Cette hypertrophie paraît avoir affecté une marche aiguë i puisque le malade nous assurait n'en avoir éprouvé les premiers symptômes que quinze jour» avant son entrée. Nous avons déjà dit qu'il nous semblait probable que la maladie dont il s'agit remontait à une époque plus ou moins éloignée. Néannaoins , des faits de ce genre méritent d'être publiés, afin que l'on parvienne un jour à déterminer si véritablement , dans certains cas, l'hypertrophie du cœur peut acquérir en quelques semaines un développement qu'elle n'acquiert ordinairement qu'au bout d'un temps beaucoup plus long,
Déjà, au reste, l'observation ii5« nous a offert un remarquable exemple d'une hypertrophie à marche probablement aiguë.
37/f MALADIES DU CŒUR £N PARTICULIER,
tempérament sec et nerveux, née à Saint-Domingue, éprouvait, depuis huit ans, par intervalles, des palpitations, lorsqu'elle entra à l'hôpital Cochin, le 8 avril 1822. Les menstrues, habituellement peu abondantes, mais régulières, avaient cessé de couler depuis un mois seulement. Pendant les trois années précédentes on lui avait fait plusieurs saignées , qui l'avaient soulagée. Au mois de janvier dernier (1822), le bras droit avait été entièrement paralysé. Lors de l'entrée , la paralysie n'était pas encore entièrement dissipée; le membre exerçait néanmoins des mouvemens volontaires , à la vérité très faibles. La malade se plaignait d'une céphalalgie assez violente, continuelle, occupant particulièrement les côtés et le derrière de la tête. Quand on l'interrogeait, elle répondait avec une lenteur extrême ; ses traits exprimaient une sorte de stupeur idiotique ; elle éprouvait de temps en temps des palpitations et des élouffemens; le pouls était régulier, peu développé y mais dur et fort; les battemens du ventricule gauche, ex- - plorés avec le cylindre, étaient forts ^ concentrés , sourds et profonds.
Diagnostic —Hypertrophie du ^ventricule gauche; affection cérébrale.
On prescrit 1 5 sangsues au siège et une infusion de fleurs de tilleul et d^oranger.
Il ne se passa rien de remarquable dans l'état de la malade , jusqu'au i" mai. A cette époque la conjonctive droite était vivement enflammée ; la céphalalgie était intolérable et il existait de la constipation {yésic. à la nuque; hydromel glauh, ; pédil. sinap.) .
Le vésicatoire détermine un gonflement très douloureux des ganglions lymphatiques du côté droit du cou , dans lesquels il se forme quelques foyers de suppuration. On pratique une petite incision, qui est suivie de soulagement.
Le i5 itiai, après s'être promenée toute la journée, la
OBSERVATIONS d'itYPERTROPHIE. S^S malade éprouva une attaque de nerfs, sur les symptômes de laquelle on ne put recueillir rien de satisfaisant. Elle dit en avoir éprouvé plusieurs autres semblables. La nuit suivante fut agitée {pot. calin. , péclil.).
i6. L'accès nerveux est tout-à-fait disparu ; mais le côté droit du visage est le siège d'un érysipèle œdémateux ; fièvre ; quelques signes de délire dans la journée.
ij. L'érysipèle s'étend à toute la face (3o sangsues au cou et au visage ; petit-lait émétisé ; limonade; diète).
i8. Fièvre très vive, tendance continuelle à gortir du lit; pas de réponse aux questions. Appelé auprès de la malade, à deux heures après midi, je la trouve sans connaissance ; ses lèvres sont décolorées , la turgescence inflammatoire du visage est presque nulle ; le visage est pâle ; les paupières sont fermées ; le sentiment est éteint ; le .pouls est fréquent et petit; la respiration rare, lente, accompagnée de râle ; cependant les mouvemens respiratoires se ralentissent de plus en plus ; le pouls perd sa fréquence , devient lent, s'évanouit... Les battemens du cœur lui sur- , vivent ; quelques inspirations demi-convulsives s'opèrent encore; pendant leur long intervalle, on croit la ipialade morte... La main appliquée svr la région du cœur le sent encore tressaillir. Deux autres inspirations profondes se manifestent ; un liquide écumeux abreuve la bouche, une sorte de frémissement se fait sentir dans les muscles de l'avantbras; leurs tendons \tressaillent ; la respiration ne s'opère plus... La malade est morte.
Autopsie cadavérique , 48 heures après la mort.
Habit, extér. — Cadavre maigre, sans infiltration, bien conformé.
a" Organ. respirât, et circul. ■ — Les deux poumons sont sains.
Le cœur, gorgé de sang, et, dans cet état, double du poing du sujet , remplit toute la partie antérieure gauche de la poitrine, en s'étendant jusque vers la davioule. Lé»
3^6 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,
orifices ne présentent rien de notable que la rougeur de leurs valvules. Le ventricule gaucke , extrêmement robuste, a ses parois épaisses d'un pouce dans leur partie moyenne : l'épaisseur diminue vers la base et le sommet. Quelques colonnes charnues sont également hypertrophiées. La cavité du 'ventricule est très sensiblement rétrécie.
Les deux oreillettes, et le ventricule droit, dont la pointe descend bien nipins bas que celle du gauche, sont à peu près dans leur état normal. La cloison interventriculaire a 6 lignes d'épaisseur. Le tissu musculaire du cœur est rouge, ferme et vermeil.
V L'aorte, dont le calibre est peu considérable, contient de longs cordons fibrineux. Sa face interne est parsemée d'écaillés jaunâtres, terreuses, calcaires ou fibro-cartilagineuses. La même altération se remarque dans les artères du bassin , des membres abdominaux et surtout dans celles du cerveau. Les artères coronaires, les carotides, les artères de membres thoraciques , sont saines , si ce n'est que les premières sont plus volumineuses que dans l'état naturel.
3" Cent. nerv. — Ramollissement inflammatoire du corps strié droit , et de la partie moyenne inférieure de l'hémisphère gauche. Ramollissement de la partie centrale de l'hcmisphère droit du cervelet (i).
Homme de 5o ans. — Deux fluxions de poitrine. — Palpitations.; batlemens du cœur forts et étendus ; matité augmentée de la région précordiale ; pouls petit, étroit, vibrant. — Hypertrophie concentrique du ventricule gauche. — Traces d'ancienne endo-péricardite.
Raudouin , âgé de 5o ans , cultivateur , d'une forte constitution , fut reçu à la clinique (n°7, salle Saint-Jean-de-
(i) Je ne fais qu'indiquer ces altérations, que j'ai décrites atvec soin danj le traité de VEncèplialite, où cette observation a été consignée.
OBSERVATIONS b'iIYPERTROPIITE.' 877 Dieu), le i5 novembre i833. Il a eu deux fluxions de poitrine, la première , il y a onze ans , et la seconde , il y a quatre mois. La douleur qui accompagna cette maladie exista les deux fois dans le côté gauche.
Dans le cours de la présente année , il a été pris d'un écoulement hémorrhoïdal qui n'a duré que 24 heures , et c'est aussi depuis un an environ qu'il s'est aperçu que ses jambes et son -ventre enjlaient. Voici quel était son état au moment de l'entrée :
Peau paie, tendue en raison de l'infiltration, qui est considérable aux membres inférieurs (les supérieui's sont à peu près à l'état naturel). L'abdomen est tendu et la fluctuation y est très sensible. — Le pouls est étroit, un peu 'vibrant, à 76, régulier, sans intermittence. Les veines jugulaires ne sont pas notablement dilatées. Les baltemens du cœur, réguliers comme le pouls, se voient à un pouce environ plu» haut que dans l'état normal ; ils frappent fortement et repoussent la main qui les explore; la matité de la région précordiale occupe une surface de 12 à 16 pouces carrés. Dans toute l'étendue de la malité , les bruits du cœur sont plus forts qu'à l'état normal (dans la région des cavités gauches, le second est un peu sec et étouffé). On les entend dans toute, la partie antérieure de la poitrine. 11 survient des palpitations, lorsque le malade se livre à quelque exercice ou qu'il monte un escalier ; mais il n'en existe pas à l'état de repos, et le malade n'a pas besoin d'avoir la tète très élevée pour respirer. Le sommeil est assez bon; quelques réveils en sursaut.
Dans le côté gauche, en arrière, la résonnance est très claire jusqu'au dessous du scapulum , où elle devient nulle et où on entend un râle crépitant très gros (la peau du dos est infiltrée). — A droite, la résonnance est comme à gauche, mais on n'y entend pas de râle. — Il n'existe ni égophonie , ni bronchophonie.
Diagnostic. — Hypertrophie du cœur. — Commencement (V induration des -valmles. — OEdëme du poumon.
Prescription. — Une saignée deS palett.; org.sir. des cinq racin. et sir. pointe d'asperge ; 3 houill. ; 1 potag.
18. Fièvre vive avec sécheresse de la langue et delà peau; pouls à 116, toujours étroit , petit, quoique dur et vibrant. Le malade éprouve une vive douleur à la cuisse (saignée de 3 palett. ; diète).
19. Le ventre paraît moins tendu. La fièvre continue (pouls à 96); il est survenu du dévoiement ; persistance de la douleur de la cuisse.
21 , 22 , 23 , 24) 25 , 26. On remarque que les veines qui rampent sur les parois de la poitrine sont très volumineuses.
On fait quelques mouchetures au scrotum, qui est énormément infiltré.
Les jours suivans, le dévoiement augmente; la douleur de la cuisse continue; la figure s'altère j l'amaigrissement fait de rapides progrès.
Mort le 29 à 7 heures du soir.
Autopsie cadai>érique, 4o heures après la mort.
Habit, extér. — Les membres inférieurs sont fortement infiltrés; la tuméfaction du scrotum et des parois de l'abdomen est beaucoup moindre qu'elle n'était il y a quelques jours.
A la partie externe de la cuisse gauche, là où le malade avait accusé une vive douleur, existe un vaste foyer purulent , à la fois sous-cutané, sous-aponévrotique et intermusculaire : il s'étend depuis la partie supérieure externe de la cuisse jusqu'au tendon du triceps, et embrasse toute la partie externe du membre.
Le^ sérosité abdominale présente une teinte citrine foncée.
2" Organ. circul. et respir. — Le péricarde contient uil
OBSERVATIONS d'hYPEIITIIOPHIE.
demi-verre de sérosité roussâtre; il adhère de toute part avec la plèvre voisine ; les poumons adhèrent, de leur côté, aux parois pectorales par un tissu celluleux ou fibro-celluleux. Les veines du cœur sont plus saillantes qu'à l'état normal. Cet organe estpresque entièrement dépourvu de graisse à sa partie antérieure ainsi que sur le commencement de l'aorte, où l'on observe des taches laiteuses , traces d'aiicienne péricardite.
Poids du cœur non encore vidé , avec l'origine des gros vaisseaux, 388 grammes.
Le cœur semble presque entièrement formé par le ventricule gauche et la cloison. Le ventricule droit forme à peine le cinquième de la masse totale du cœur ; le tissu cellulaire de ce ventricule est infiltré ; la cavité ventriculaire ne contient presque aucun caillot de sang; sa capacité est d'un bon quart plus grande qu'à l'état normal ; l'épaisseur de ses parois est de 2 lignes à 1 lignes elles sont molles et flasques. L'oreillette droite est plus dilatée encore que le ventricule ; ses parois sont un peu amincies. — L'orifice auriculo-ventriculaire droit a 5 pouces de circonférence ; la circonférence de l'orifice ventriculo-pulmqnaire est de 3 pouces i|2. Les valvules droites ne sont pas sensiblement épaissies; elles sont rouges comme le reste de la cavité, ce qui tient, peut-être, à l'imbibition cadavérique.
La cavité du ventricule gauche estrétrécie et forme une espçoe de canal cylindrique , contenant à peine le doigt indicateur. Cç rétrécissement coïncide avec une hypertrophie considérable des parois, lesquelles, à la base, ont un pouce d'épaisseur. Cette épaisseur reste à peu près la même dans les trois quarts de la longueur du ventricule, et diminue ensuite vers la pointe; l'épaisseur de la cloison intervenlriculaire est de 10 lignes.
L'oreillette gauche a une cavité d'un bon tiers moindre que celle de la droite. Sa capacité absolue est un peu moindre qu'à Vétat normal. L'épaisseur de ies parois est un peu plus que norniale. (Les cavités gauches ne conténaj^nt presque
38o MALADIES Ï)U CCEUR EN PARTICULIER.
aucun atome de sang, et elles étaient cependant rougics
comme par irabibitiori.)
L'orifice auriculo-ventriculaire gauche a 4 pouces 3 lignes de circonférence. — La valvule bicuspide est notablement épaissie , principalement la lame qui répond à l'ouverture aortique. Là, son tissu crie sous l'instrument qui le divise à l'instar d'un fibro-cariilage ; l'épaisseur de la section est d'une demi-ligne; d'ailleurs, la valvule est mobile el peut fermer exactement son orifice : — l'orifice aortique a 3 pouces 5 lignes de circonférence ; ses valvules ne sont pas sensiblement épaissies, et sont mobiles comme à l'état normal.
La substance du cœur est assez ferme, mais plus brune que dans l'état ordinaire.
L'intérieur des gros vaisseaux estd'un rouge plus ou moins foncé (i); dans toute son étendue l'aorte présente çà et là des taches blanchâtres ou légèrement jaunâtres, analogues à celles qui existaient sur la portion du péricarde qui se déploie sur l'origine du vaisseau et sur le cœur.
Les deux poumons sont gorgés de sang et de sérosité ; leur tissu condensé, et comme carnifié, est d'un rongebrun. Les bronches offrent une teinte rouge assez prononcée, violâtre en quelques points.
3° Organ. digest. et aimex. — Le foie contient une quantité de sang assez considérable; son tissu, d'un rouge-marron ou chocolat , est légèrement induré. — La rate est hypertrophiée et mélanosée à sa surface externe, où elle présente quelques plaques fibro- cartilagineuses. — La membrane muqueuse de l'estomac offre une teinte grisâtre sur laquelle tranche un pointillé rouge, disséminé en divers endroits.
(i) Comme le cadavre ne fut ouvert que 4o heures après la mort, il se peut que celle rougeur, ainsi que celle du cœur, dépendît, du moins en partie, d'une imbibilion cadavérique, bien que la saison ne fût pas favorable à la promple décomposition putride. N'oublions pas cependant que pareille rougeur, dans des cas analogues à celui-ci , est quelquefois le résultat d'un état phlegmasique. ' " ' .
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 38>l
La teinte grisâtre de l'eslomac existe dans toute l'étendue de l'intestin grêle, plus foncée sur les plaques de Payer que partout ailleurs. (Il semble que les plaques intestinales ne contiennent pas de sang; elles sont plus épaisses qu'à l'ordinaire, ce qui tient à un commencement d'infiltration.) — La muqueuse du gros intestin, généralement pâle et comme lavée, offre çà et là, cependant, quelques arborisations rosées. Les parois de l'intestin sont épaissies par l'infiltration. — Les reins sont plus pâles qu'à l'état normal : on observe à leur surface quelques kystes. — La muqueuse de la vessie est blanche.
S II, Hypertrophie du ventricule droit.
I* Hypertrophie simple ou avec capacité normale de la cavité
ventriculaire (i).
OBSERVATION 120e.
Femme de ôoans. — Palpitations , battemens très étendus du cœur, dyspnéf, infiltration , etc. — Hypertrophie simple du ventricule droit. — Rétrécissement de l'oriGce aurieulo-ventricuiaire gauche, etc.
« Lassole (Elisabeth), âgée de 3o ans, d'un tempéra- » ment sanguin, d'un embonpoint très prononcé, avait » une mauvaise santé depuis trois ans, lorsqu'elle entra » à l'hôpital Cochin, le 12 décembre i8i8.
» Elle avait éprouvé dès le commencement une légère » dyspnée et quelques palpitations passagères; plusieurs » affections catarrhales augmentèrent la difficulté de res- » pirer , et déterminèrent un sentiment de suffocation bien » prononcé.
» Celte malade se plaignait de céphalalgie violente et
(i) L'observation que nous allons rapporter lur cette forme d'bvpertroDhie du venU-icule droit appartient à M. Renia. v ^ ^
382 MALADIES DT3 COEUR EN PAllTICUtlER.
» d'une sensation fréquente de vapeurs chaudes qui sem- » Liaient s'élever de la poitrine vers la tôle : les palpiia- » tions se renouvelaient plus souvent et affectaient en quel-
> que sorte un caractère de périodicité.
« On avait regardé cette affection comme nerveuse , et » l'on s'était borné à un régime adoucissant et à quelques » antispasmodiques. Les symptômes cessaient de temps en
> temps ; des intermittences assez longues semblaient con- » firmer une guérison illusoire.
» Lessymplômesquenousvenons de mentionner s'étaient » manifestés un mois avant son entrée à l'hôpital.
» La figure, assez pleine, offrait un teint bleuâtre; les » yeux étaient légèrement injectés ; les bailemens des ca- » rotides étaient assez prononcés ; la poitrine, très grasse, » ne permettait pas d'éclairer le diagnostic par la percus- » sion (i). Les extrémités supérieures et inférieures étaient » œdématiées, mais le doigt ne les déprimait que difficile- » ment ; la position verticale était devenue indispensable.
» La respiration était pénible, courte, précipitée; les » palpitations fréquentes ; les battemens du cœur se fai- / > saient sentir jusque dans la partie droite de la poitrine ; I ces battemens étaient mous; ils n'étaient ni secs ni dé-
> tachés. La moindre compression sur la poitrine détermi- « nait une dyspnée plus grande ; la toux était peu fréquente » et accompagnée d'une expectoration muqueuse ; le pouls
> était profond; la dilatation des parois semblait se faire » difficilement : les pulsations n'avaient ni la force ni la
> vibrance si ordinaires dans l'hypertrophie.
j> L'abdomen était "souple , nullement douloureux au 9 toucher.
» La malade conservait presque constamment la tète
(i) Nous n'avons pas besoin de dire que nous rapportons ce passage de l'obgCTTalion sans adopter l'assertion qui s'y troure exprimée.
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 383 penchée sur la poitrine, quelquefois elle la portait en arrière avec force, et ce mouvement était suivi de plaintes et de soupirs ; ses bras se croisaient sur la poitrine , et elle conservait cette position la nuit comme le jour. » Les symptômes continuèrent les jours suivans avec la même intensité. Quelques stries sanguinolentes teignent les crachats ; les palpitations et les battemens du cœur diminuent quelquefois sans que la malade éprouve un grand soulagement.
ï Enfin les symptômes augmentent de plus en plus; les crachats sanglans deviennent plus fréquens, et la malade succombe, neuf jours après son entrée , lé 20 décembre , à onze heures et demie.
» Autopsie caclauérique.
» Lapoitrinecontient unepetitequantitédesérosité ; les » poumons sont adhérens : ces adhérences sont anciennes » et bien organisées.
» Le tissu des poumons ne laisse presque point échapper
> de sang : ils sont mous et crépitans ; on observe seu- » lement sur leur lobe inférieur deux ou trois points » durs et engorgés. La plèvre, aux adhérences près, est » saine. — Le péricarde, sain, transparent, ne contient
> que peu de sérosité. Le cœur est un peu plus volumineux » que dans l'élat naturel et chargé d'une assez grande quani tiié de graisse : la capacité de l'oreillette droite est aug- » mentée , et ses faisceaux charnus sont plus marqués que » dans l'état sain ; le ventricule droit , d'une capacité à peu » près naturelle , a ses parois beaucoup plus épaisses et ses » colonnes plus développées que dans l'état sain.
» L'orifice auriculo-ventriculaire droit est libre ; la val- » vule tricuspide présente quelques points d'induration : » elle est épaissie et d'une couleur jaunâtre; les filets ten- » dineux qui s'y attachent sont plus courts que dans l'état » sain. L'orifice de l'artère pulmonaire n'offre rien de par- » ticulierj il en est de même du ventricule gauche; mais
384 MALADIES DU CŒUR EN rAllïICUtlER.
» l'orifice auriculo-ventriculaire gauche est très altéré.
» L'ouverture qu'interceptent les deux bords libres de la
» valvule mitrale est très petite : elle a dans son plus grand » diamètre quatre lignes et demie, et dans le plus petit » une ligne et demie ; les deux extrémités de ses bords » libres sont réunies et confondues ; les cordages qui la ten- » dent sont ramassés et très courts. La valvule est épaissie, » fibro-carlilagineuse, parsemée d'un grand nombre de » petits grains formant de petites couches irrégulièrement » compactes et quelques petits mamelons isolés : la couleur » de cette valvule est d'un jaune pâle. » 1/abdomen contient de la sérosité. >
a° Hypertrophie excentrique ou avec dilatation de la cavité
'ventriculaire.
OBSERVATION 121e (i).
Femme de 35 ans. — Battemens violens du cœur, surtout dans la région du Tcntricule droit; palpitations , dyspnée extrême, hémoptysie abondante , inCltration des membres, etc. — Hypertrophie avec dilatation du ventricule droit. — Induration fibro-cartilagineuse de la valvule bicuspide, avec rétrécissement de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche.
Neuray (Louise) , âgée de 33 ans , d'une constitution plus nerveuse que sanguine , avait cessé d'être réglée depuis six mois , lorsque des étouffemens et une grande anxiété la décidèrent à entrer à l'hôpital Cochin , le 21 septembre 1822, Il y avait alors huit ans qu'à la suite d'une chute sur la région précordiale, elle avait éprouvé de violentes palpitations, avec orthopnée et crachement de sang. Admise à l'Hotel-Dieu pour cette maladie, elle y fut traité par feu M. le professeur Pelletan. Des saignées répétées et un régime
(1) J'ai déjà rapporté cette observation en extrait, à l'article Induration du tœur ( observ. 109» ). Je la donne ici avec tous ses détails.
oiîSEUvATioNs d'hypeïitrophie. 385 sévère lui pi'ocurèrent un soulagement considérable, et elle sortit au bout de cinq mois. Cependant' elle continua à éprouver de temps en temps des palpitations que le moindre exercice augmentait , et qui quelquefois étaient accompagnées d'orthopnée. Lorsque la malade entra à l'hôpital Cochin , les palpitations étaient très fortes.
Elle nous offrit d'ailleurs l'état suivant : pâleur du visage, air d'anxiété et de souffrance , œil saillant , exprimant la frayeur et l'égarement, lèvres assez vermeilles. Oppression, orthopnée, toux, crachats teints de sang, respiration râlante, pouls petit, dur, fréquent, régulier; les battemens du cœur se font sentir à la main dans une grande étendue , ils soulèvent les vêtemens ; ils sont plus forts dans la région du ventricule droit que dans celle du gauche (i).
Les battemens du cœur sont accompagnés d'une vive impulsion , et ressemblent véritablement à des coups de marteau; les bruits de cet organe s'entendent jusqu'à la partie postérieure de la poitrine. On entend un bruit de soufflet dans la région des cavités gauches.
Râle ronflant très sonore, dans plusieurs points de la poitrine.
Diagnostic. — Hyperti'ophie aiiévrismale du cœur, rétrécissement de V orifice auriculo-ventriculaire gauche.
Prescription. — Deux saignées du bras , les juleps caïmans et le repos ayant adouci la position de la malade , elle sortit de l'hôpital un mois après son entrée.
Elle revint six semaines plus tard dans un état très alarmant. Depuis cinq jours, elle avait craché une grande quantité d'un sang écumeux ; l'anxiété, la crainte d'une suffocation prochaine, lui laissaient à peine goûter quelques in-
(i) La malade sentait très bien, disait-elle, que ses palpitations étaient plus Violentes à droUt qu'à gauche,
stans d'un sommeil promptement interrompu par des réveils en sursaut.
Uemploi des saignées ^ de la digitale, des bains de pied, des /vésicatoires , ne produisit que des améliorations momentanées. La situation de cette malheureuse était déchirante; les battemens du ventricule droit conservèrent toujours leur violence, ils retentissaient dans toute l'étendue du thorax; la main appliquée à la partie postérieure de cette cayilé les ressentait ; mais elle les entendait, s'il est permis de! s'exprimer ainsi , plutôt qu'elle ne les touchait ; on eût dit qu'elle faisait les fonctions du stéthoscope. La malade ne pouvait rester le dos fixé contre ses oreillers ; car dans cette circonstance les battemens lui semblaient beaucoup plus violens. Elle restait ordinairement assise sur le bord de son lit, les jambes pendantes, le tronc fortement courbé en avant, la tête appuyée sur ses membres supérieurs, qui étaient eux-mêmes soutenus par ses genoux; elle crachait toujours du sang , mais l'expectoration se faisait avec beaucoup de peine ; le moindre effort , tel que celui nécessaire pour rendre les urines ouïes matières fécales, déterminait une suffocation imminente ; l'ingestion des alimens augmentait notablement l'étouffement ; les lèvres furent toujours assez vermeilles ; le pouls , constamment régulier, conservait sa petitesse. Quelquefois les accidens se calmaient; pendant pette sorte de trêve , la malade se berçait de l'heureuse idée d'un prochain rétablissement ; mais le retour de l'oppression ne tardait pas à dissiper cette douce espérance. Enfin, les membres s'infiltrent, la peau des inférieurs s'ulcère. En proie aux plus horribles angoisses , ne goûtant aucun instant de sommeil, poussant des gémissemens plaintifs et entrecoupés , la malade accuse l'impuissance de la médecine , et appelle la mort à son secours ; son visage est pâle, défait , profondément abattu ; les muscles inspirateurs se contractent avec d'énormes efforts et presque convulsivement ; les membres supérieurs fixés sur le lit leur fournis-
OBSERVATIONS d'hYPERTROPHIE. 887 sent un point d'appui; pendant l'inspiration les narines se dilatent, la bouche s'ouvre, la tète se redresse par une sorte de synergie ; si l'on demande à la malade où elle éprouve de la douleur, elle répond qu'elle ne souffre poixjt, mais qu'elle élouffe. Elle succombe le 9 janvier iSaS, trentetrois jours après sa seconde entrée.
Autopsie cadai>érique, 67 heures après la mort.
\^ Habit, extér. — Infiltration considérable des membres et des parties génitales ; visage violacé.
2° Organ. respir. et circul. — Très peu de sérosité dans la poitrine ; poumons volumineux, marbrés, bien crépitans, ayant leur bord postérieur gorgé d'un liquide écumeux jaunâtre. Bronches d'un rouge foncé et pleines de mucosités.
Le cœur, gorgé de caillots de sang, présente un volume énorme. Vidé du sang qu'il contient, il est encore d'un tiers plus gros que le poing du sujet.
La cavité du ventricule droit est d'environ un tiers plus grande que dans l'état normal ; la dilatation est surtout très prononcée vers l'insertion de l'artère pulmonaire : les parois du ventricule ont de trois à cinq lignes d'épaisseur, leur tissu est d'un rouge-rose, d'une consistance très grande et dans un commencement d'induration cartilagineuse ; les colonnes charnues sont très fortes et très nombreuses. Les orifices ventriculo-pulmonaire et auriculo-ventriculaire droit sont libres.
L'oreillette droite est dilatée dans la même proportion que le ventricule; ses parois sont épaisses, charnues, munies de colonnes très prononcées.
Le ventricule gauche est sensiblement dans l'état naturel, sa pointe descend moins bas que celle du droit j ses parois ont environ cinq lignes d'épaisseur à la base ; son tissu est vermeil , mais moins dur que celui du droit.
La capacité de l'oreillette gauche est presque double de l'état naturel ; ses parois sont fortes et épaissies.
La cloison vcnlriculaire est épaisse de cinq lignes.
Uori/ice auriculo-vcntriculaire gauche , rétréci , peut à peine admettre l'extrémité du petit doigt; sa figure est elliptique et son grand diamètre n'a pas plus de quatre lignes. La valvule bicuspide est transformée en une sorte d'anneau ovalaire, d'un tissu resplendissant, blanc, résistant, tendineux ou fibro-cartilagineux, criant sous le scalpel. Ce bourrelet, épais d'environ deux lignes, s'avance dans la cavité du ventricule, comme s'il y eût été poussé par le choc du sang, et reçoit l'insertion des filets tendineux des colonnes charnues.
Les veines cardiaques sont gorgées de sang. Les artères coronaires et les valvules aortiques sont saines.
3' Organ. digest. et annex. — La cavité du péritoine contient environ une pinte de sérosité roussâtre. Les circonvolutions de l'intestin grêle, rouges à l'extérieur, sont peu volumineuses et contractées. — La membrane interne de l'estomac offre une rougeur foncée et très vive; cette rougeur, en quelque sorte artérielle , se continue, en s'affaiblissant un peu, dans l'intestin grêle qui contient des matières sanguinolentes d'un brun rougeâtre ; dans le gros intestin la rougeur est simplement rosée. — Le foie et la rate, très volumineux, sont gorgés de sang d'un noir mêlé de rouge.
4° Centres nerv. — Les méninges sont un peu rouges ; les ventricules cérébraux renferment une petite quantité de sérosité sanguinolente ; la substance cérébrale est d'une bonne consistance.
OBSERVATIONS d'iiYPERTROPHIE. 38^
3" Hypertrophie concentrique ou avec rétrécissement de la ca-
(>ité uentriculaire .
OBSERVATION 122e.
Femme de Sa ans. — Asthme habituel ( défaut de rense'gnemens sur les autres anlécédcns de la malade). — Péripneumonie aiguë de tout le poumon droit. — Mort le second jour après l'entrée. — Hypertrophie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité , qui reçoit à peine le doigt indicateur. — Plaques laiteuses sur ce ventricule, — Etat crétacé de l'aorte. — Ramollissement et suppuration du poumon droit.
Une couturière, âgée de Sa ans, d'une taille élevée, d'une grande maigreur , d'une constitution médiocrement forte, fut reçue à la clinique , le 8 septembre 1833. Cette femme était plongée dans un état d'assoupissement, qui ne lui permit pas de nous donner des renseignemens bien satisr faisans sur son état antérieur. Elle nous assura n'être malade que depuis cinq jours, ajoutant toutefois qu'elle était depuis très long-temps asthmatique.
Visage rouge, injecté, fièvre très vive (peau très chaude, pouls à 112, assez développé, souple), oppression considérable (36 inspirations par minute).
La malade ne se plaint nullement de douleur dans la poitrine.
Battemens du cœur assez forts, accompagnés de leur double claquement accoutumé.
Distension des veines jugulaires, de la gauche principalement.
Côté droit de la poitrine. Résonnance assez bonne en avant, moindre cependant que celle du côté opposé. Souffle bronchique et bronchophonie ( en arrière, le souffle bronchique et la bronchophonie sont plus prononcés qu'en avant); râle crépitant vers la partie moyenne, et partout ailleurs absence de la respiration vésiculaire. Matité dans toute la partie postérieure , un peu moindre à la partie moyenne qu'en haut et en bas.
Côté gauche. Ce côté rend un son très clair à la percussion; la respiration y est pure, forte, puérile.
Le crachoir contient quelques crachats visqueux, d'un rouge-sale, tournant à la teinte jus de pruneaux.
Diagnostic. — Ilnenous fut pas difficile de reconnaître V existence d'une pneumonie de tout le poumon droit. Mais faute de renseignemens sur les antécédens de la malade, nous hésitâmes sur le diagnostic des lésions qui avaient pu donner lieu à 1'éja.t ASTHMATIQUE quï paraissait avoir précédé la maladie actuelle.
Prescription. — N'espérant pas triompher d'un cas aussi grave par la méthode des émissions sanguines telle que nous la pratiquons, j'étais disposé à m'en abstenir, lorsque les assistons, témoins des succès que nous avions obtenus par les émissions sanguines, m'engagèrent à les employer dans ce cas, ^tielque désespéré qu'il me parût. 'En conséquence, deux saignées de 2 à 3 palettes furent prescrites , une pour le matin et Vautre pour le soir; dans l'intervalle des deux saignées , vingt sangsues devaient être appliquées sur le côté malade.
La mort survint la nuit suivante.
Autopsie cadavérique, 3o heures après la mort.
1° Habit, extér. — Cadavre d'une grande maigreur ; point d'infiltration, teint jaune-pâle.
2® Organ. circul. et respir. — Cœur arrondi , à pointe ihousse, plus gros que ne le comportent la constitution et le marasme du sujet. Vers la parJie supérieure de la face àntériëure du ventricule droit , existent quelques plaques fibreuses , d'une teinte blanchâtre , laiteuse.
Lés cavités droites du cœur sont gorgées de caillots adhéf éns , en grande partie décolorés ; les cavités gauches en èoritiennent à peine. Les parois du ventricule droit sont fort épaisses, surtout dans les points où existaient les plaques laiteuses : là, elles avaient utie épaisseur de 4 lignes, abstraction faite de la couche graisseuse , qui , dans cet endroit, avait énvifiJn itnè demi-ligne d'épaisseur. — La cavité du ventricule droit est rétrécie à tel point qu 'on y introduit à peine le doigt
OBSERVATIONS d'hYPERTIIOPHIÈ. SqI
indicateur. Les colonnes charnues de ce ventricule sont très nombreuses et forment un réseau serré. L'oreillette droite n'est pas sensiblement dilatée; ses parois sont épaissies.
Les parois dii ventricule gauche ont 6 à 7 lignes d'épaisseur. Les colonnes de ce ventricule sont peu développées. Sa capacité absolue, bien qu'un peu moindre qu'à l'état normal, l'emporte cependant sur celle du droit. L'orèillettè gauche est moins hypertrophiée què la drbite, et sa cavité est senàiblemeut normale.
Les orifices artériels et auriculo-ventriculaires sont parfaitement libres. Les valvules ne sont pas notablement épaissies.
La substance musculaire du cœur est assez vermeille t\ d'une consistance médiocre.
Quelques taches jaunes existent à l'origine de l'aorte ; dans sa portion pectorale et abdominale, cette artère est criblée de plaques plus épaisses, fibreuses ou fibro-cârtilagineuses.
Les veines jugulaires contiennent des caillots fibrineux, blancs, élastiques, très probablement formés avant la mort (i).
Poumon droit recouvert de fausses membranes minces, de la consistance de la couenne du sang. La plèvre pariétale était dépourvue de fausses membranes (2). 11 existait à peine 2 ou 3 cuillerées de sérosité floconneuse. ■ — Poumon droit hépatisé , ramolli dans toute son étendue , un peu
(x) Là glande thyroïde , considérablement tnméfeée, du volùinè à'ùhe pelîtê rate, était en grande partie transformée eh niatière calcaire. Ainsi tuméfiée, elle exerçait sut les veines jugulaires uhe compression qui pouvait s'opposer au libre cours du sang dans ces Vaisseaux.
{2) C'est d'après ce cas et quelques a utt-és semblables que j'ai éiè conduit a établir que la douleur pleurélique tient surtout à l'inflammation du feuillèl pariétal (il n'etistait pas de poiût de fcôté chek cette femme).
MAUDIES Ï)U COEUR EN rAUTICtîtlER.
moins à la partie moyenne de sa face postérieure que partout ailleurs. La surface des incisions pratiquées dans son tissu était d'un gris-rougeâire , et il en ruisselait un liquide sale, évidemment purulent : il existait un mélange du 2*^ et du 3* degré de la pneumonie, avec prédominance de ce dernier. Au sommet, le pus étaitdéjà réuni de manière à former de petits foyers ou des abcès commencans. Le tissu pulmonaire était vide d'air et imperméable. — La membrane muqueuse des bronches droites était d'un rouge-violet.
Le poumon gauche, très riche en matière noire, était moelleux , élastique , parfaitement sain , si ce n'est que son tissu nous parut un peu raréfié, ainsi que cela est assez commun chez les sujets déjà avancés en âge, surtout dans les cas d'asthme. C'était réellement là un commencement d'emphysème (i).
(i) Les observations yS^, 76e et 77e de cet ouvrag-" sont de remarquables exemples d'hypertrophie du ventricule droit, avec rétrécissement de sa cavité.
Chez le sujet de la y5e observation ( femme de 67 ans ) , la cavité du ventrl^ €ule droit aurait pu contenir seulement un œuf de pigeon. Ses parois avaient une épaisseur qui variait de seize à onze lignes. Les cordes vatvulaires étaient fortes et comme enveloppées d'un prolongement de la substance charnue. ( Voy. la planche IV. ) — Le coeur tout entier pesait 12 onces.
Chez le sujet de la 76e observation (jeune homme de aS ans), le ventricule droit était très bombé, très dur ( trois fois plus dur que le ventricule! gauche). Ses parois étaient épaisses de 8 à 10 lignes; sa cavité était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe. Cet épaississement était en partie le résultat du développement des colonnes charnues, pressées les unes contre les autres, et formant au premier coup d'oeil un plan continu.
Chez le sujet de la 77 observation (jeune fille de 7 ans ) , le ventricule droit était presque oblitéré par l'hypertrophie concentrique de ses parois qui avaient prés d'un pouce d'épaisseur à la base, et offraient une coloration rouge et une fermeté considérables ( il aurait pu contenir à peine la première phalange du pouce ).
Obs. ia3e. — Ace» cas j'ajouterai le suivant, recueilli par M. Berlin, chez un sujet âgé de 37 ans , qui succomba à une affbctioi» dd coeub , dont
IBS PREMIERS SYMPTÔMES SB DÉVELOPPÈHBNT PENDANT LE CODRS d'dW BROHATISUE
ABTiCDLÀiBB kiGv.Les colonnes charnues du ventricule droit , développées au point d'égaler une plume à écrire , avaient contracté de telles adhérences entre elles, qu'elles remplissaient la cavité du ventricule, de sorte que pendant la vie le sang
OBSERVATIONS ft'lIYPÉRTROPHIE/