‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 42 sur 80 · COEUR · texte numérisé non relu

COEUR

ARTICLE PREMIER

CiRACTÈBHS ANATOMIQUBS DE l'hyPBBTBOPUIS DD IISSD MDSCOLAIRR Dn CCEUH (l).

I. Considérée par rapport à l'état dans lequel se trouve la capacité des cavités qu'elle affecte , l'hypertrophie présente trois formes bien distinctes, dont la détermination appartient à M. Bertin.

La première forme est celle ou lés cavités dii cceut côn^ servent leur capacité naturelle, en même temps que leurs parois sont plus ou moins épaissies : on la connaît sous le nom d'hypertrophie simple.

(i) Pour pouvoir apprécier, d'une manière un peu exacte, les divers degrés de cette Iiyperlrophie, il faut avoir bien présentes à l'esprit les données que nous a'îons établies dans nos prolégomènes sur le poids ét les dimensions du cœur. Nous rappellerons seuiemeijt ici les principales de ces données :

Giiez un adulte, d'une taille ordinaire et bien constitué , la moyenne du poids du cœur est de 8 à 9 onc. ; la moyenne delà circonférence de cet organe, à sa base , est de S à g pouc. ; la moyenne des diamètres longitudinal et trahSTCrsal est de ô pouc. i\i ( le diamètre transversal l'emporte un peu , en général, sur le longitudinal ) ; la moyenne du diamètre antéro-postérieur est d'environ 2 pouc.

La moyenne de l'épaisseur des parois du ventricule gauche , à la base , est

6 à 7 lig.

La moyenne de l'épaisseur des parois du Tentricule droit , à la base , est de a Hg, jjj

La moyenne de l'épaisseur des parois de l'oreillette gauche

^ l lig. 112

La moyenne de l'épaisseur des parois de l'oreillette droite est de ^ 1 lig.

La cavité ventriculaire, terme moyen, peut contenir un œuf de poule (toutes fois, la cavité du ventricule droit l'emporte un peu sur celle du gauche).

Dans la seconde forme , il y a augmentation de la capacité des cavités dont les parois sont épaissies : on la désigne sous le nom d'hypertrophie excentrique ou anévrismale (i).

La troisième/o/v«e, opposée à la précédente, est celle où il existe une diminution notable de la capacité des cavités dont les parois ont augmenté d'épaisseur : elle porte le nom d'hypertrophie concentrique ou centripète (2).

L'hypertrophie avec dilatation est la plus commune de toutes les formes de l'hypertrophie. Quand la dilatation n'est pas très considérable, la nutrition semble avoir suivi, dans la formation de celte espèce d'hypertrophie, les mêmes lois que dans l'évolution normale du cœur. Dans l'accroissement régulier de cet organe, en effet, il y a simultanément augmentation de sa masse et agrandissement de la capacité des cavités dont les parois prennent plus d'épaisseur.

L'hypertrophie simple n'est pas très commune, surtout dans le ventricule droit. Nous n'avons rapporté qu'un seul cas de cette dernière (obs. 120"), et trois, ou quatre de la même forme affectant le ventricule gauche (obs. 65% ii3% 129"). A ces trois ou quatre cas qui nous sont propres, il faut en ajouter trois autres, dont l'un appartient à Morgagni, l'autre à Corvisart, le troisième à Legallois. Nous n'exagérerons point en disant que, pour vingt cas d'hypertrophie anévrismale , c'est à peine si l'on en trouve un d'hypertrophie simple.

(1) Il n'est pas rigoureusement nécessaire, quand les cavités sont très dilaté.-s, que les parois aient augmenté d'épaisseur, pour qu'il y ait réellement liyperiroplilc. Il suffit , en effet , dans ce cas, que les parois aient conservé leur épaisseur normale, pour qu'il existe une hypertrophie plus ou moins considérable , selon l'augmentation de la capacité des cavités. Ainsi, par exemple, le sujet de notre observation 117e, chez lequel la capacité du ventricule gauche était triple de l'état normal, offrait assurément une hypertrophie considérable de ce ventricule, bien que ses parois n'eussent que 6 lig. d'épaisseur.

(2) Voy. les pl. IV et VIII, où se trouve représentée une hypertrophie concentrique du ventricule droit et du ventricule gauche, et comparez-les avec les pl. Il et V, où l'on a figuré une hypertrophie excentrique du ventricule gauche.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROPHIE. ^33 L'hypertrophie concentrique, centripète, ou avec diminution de la capacité de la cavité dont les parois sont épaissies, n'est, pas aussi rare que l'hypertrophie simple, bien qu'elle ait été presque entièrement inconnue avant M. Bertin.

D'après les observations que nous possédons actuellement, nous serions autorisé à établir que cette forme d'hypertrophie est plus commune dans le ventricule droit que dans le gauche, et qu'elle se développe à un plus haut degré dans le premier que dans le second (i). Mais il est possible que des observations ultérieures ne confirment pas le rapport ou la loi que nous venons d'énoncer.

Rappelons quelques exemples propres à fixer les idées sur le degré de la dilatation et du rétrécissement des cavités du cœur, dans les cas extrêmes d'hypertrophie atiévrismale et d'hypertrophie concerUrique.

Chez le sujet de l'observation 182% la cavité du ventricule gauche aurait pu contenir le poing. Chez le sujet de l'observation 62% la cavité du ventricule droit, très vaste , aurait pu contenir un œuf d'oie, et celle du gauche, plus dilatée encore, le poing d'une femme. Chez le su jet de l'observation 63" , le ventricule droit aurait pu, contenir un œuf d'oie. Chez îe sujet de l'observation 77% jeune fille de 7 ans, V oreillette droite était tellement dilatée ^ qu'elle pouvait contenir un caillot plus gros que le poing d'un adulte.

Chez le sujet de l'observation 65", la cavité du ventricule droit pouvait à peine contenir le pouce. Chez le sujet de l'o'Sservation ^S*, la cavité du ventricule droit aurait pu contenir un œuf de pigeon. Chez le sujet de la 76° obser-

(1) lies cas d'hypertrophie concentrique du ventricule droit contenus dans cet ouvrage sont au nombre de S ( observ. 65, jS, 76, 77, 1 aî, i23, iS3, i34 ), tandis que celles de la même forme d'hypertrophie du ventricule gauche ne sont qu'au nombre de 5 (observ. 118, 119, ia8, i55 et i54 ). Dans aucun de ces cinq cas, l'épaisseur des parois ne s'est élevée à 16 lig., comme cela s'est rencontré dans l'observation 75, relative à uce hypertrophie concentrique du ventricule droit.

434 MALADIES DU COEtJR EN PAIlTICUtTER.

valion , la cavilé du -ventricule droit, dit M. Louis, était réduite à très peu de chose, et presque nulle vers sa pointe, dans la hauteur de deux pouces. Chez le sujet de l'ob^ervaiion 77®, le ventricule droit aurait pu contenir à peine la seconde phalange du pouce.

Chez le sujet de l'observation laS", les colonnes charnues du ventricule droit, adhérentes entre elles, étaient en même temps tellement épaissies , qu'il n'y avait presque plus de cavité, et que le sang ne pouvait plus que filtrer dans l'espace étroit qu'elles laissaient entre elles.

Chez le sujet de l'observation 118", le ventricule gauche pouvait à peine contenir le doigt.

II. Le poids du cœur, lorsque l'hypertrophie est générale et portée à un très haut degré , peut être triple du poids normal.

Voici d'ailleurs quelques exemples qui feront connaître les principales différences du poids du cœur dans les cas d'hypertrophie bien prononcée :

Chez la femme de l'observ. èo", le cœur pesait 688 gram, (env. aa onc. ) Chez le sujet de l'observ. 1 29e, le noids du cœur était de 20 onc.

Chez les sujets des observ. 4^° et 63', de 18 onc-

Chez le sujet de l'observ. ai«, de * 17 onc. 1 gros.

Chez le sujet de l'observ. 34'=, de 17 onc.

Chez le sujet de l'observ. i25e, de \(\ onc. 4 gros.

Chez les sujets des observ, aS", Sa» et ôô», de 16 onc.

Chiz les sujets des observ. 32"=, 62', 64" et ia4e, de i4 à i5 onc. Chez les sujHs des observ. 55', 691: et 75'', à& 12 à i5 onc.

Uépaisseur des parois du ventricule gauche varie €e 7 à i41ig-

U épaisseur des parois du ventricule droit est de 3 à 5 lig. Toutefois, dans quelques cas, elle s'est élevée beaucoup plus haut : ainsi, dans l'observation 76", elle était de 8 à 10 lig.; dans l'observation 77% d'environ i pouc. ; et de 11 à 16 lig. dans l'observation 75' (i).

(1) La règle posée par M. Laënnec, savoir : « que l'épaisseur absolue des pa-

IIISTOIHE G^NÉRALlî DE l'iiYPERTROPIIIE. 43^

III. Le -volume du cœur est augmenté en raison composée de l'hypertrophie de ses parois et de la dilatation de ses cavités.

La circonféi^rice de la base du cœur s'élève Solivèiit à 12 pouc, et quelquefois même au-delà. Chez quèlqilès sujets, le diamètre longitudinal du cœur est de 5 pouc, et le diamètre transversal de 8 pouc. : c'est ce qui avait lieu, par exemple, chez les malades des observations 21* et iSa». (Voy. les pl. II et VII. ) Chez le sujet de la dernière de ces observations, et chez celui de la 53°, le cœur avait trois fois le volume du poing du sujet, et réuni à une tumeur anévrismale de la crosse de l'aorte , grosse comme la tête d'un fœtus à terme, il remplissait les trois quarts de la cavité thoracique.Chez le su jet de l'observation jeune fille de 7 ans, le cœur occupait le tiers environ de la moitié antérieure de la poilri)ie. Chez le sujet de l'observation 81', femme de 3o ans, le cœur occupait une grande partie du côté gauchë de la poitrine.

IV. L'hypertrophie du cœur entraîne des changémèns notables dans la forme, la situation, la direction, les rtxppbttà de cet organe. Il est ordinairement placé transversalement ou à peu près dans le côté gauche de la poitrine, et si pointe, ainsi lout-àfait déviée à gauche, est mousse et comme effacée (i). Le cœur est , en général , arrondi , globuleux, sphéroïde, pour ainsi dire rebondi et dodu. Tôtiffei'

V inT.:':

• rois du ventricule droit n'est, dans aucun cas, très considérabré ,'» se trouve ' donc ici en défiiut. D'après l'observation de M. Laêiinec, celte épaisseur né Sfr^ rail jamais de plus du 4 ou 5 lig.

(i)Ce cliangemenl de direction du cœur, et l'effacement de sa pointe, tiennent probablement, le premier à ce que le cœur, en augmentant de volume , éprouve moins de résistance à se porter du côté vers lequel il est nalurelfcmertt incliné, que partout ailleurs , et surtout en avant ; et le second , à la réaction des parois contre la [)oinle, qui tend à les presser d'autant plus, que l'iiypertroplrie est plus considérable.

436 MAÏADIES DU COEUR EN PARTICULIEH.

fois, dans les grandes hypertrophies, avec dilatation, son diamètre transversal l'emportant heaucoup sur les diamètres vertical et antéro-postérieur, il offre assez exactement , ainsi que l'a indiqué M. Laënnec, la forme d'une gibecière (voy. la planche Vil et l'obs. i32'). Lorsque le cœur hypertrophié occupe, comme nous l'avons dit, le quart, le tiers et même la moitié de la cavité pectorale, il est évident que ses rapports avec les parties voisines doivent être modifiés. Les poumons sont refoulés de chaque côté , la base du cœur remonte vers la clavicule , et la pointe descend vers les 6% j , et même 8" espaces intercostaux. Dans l'observation 53% par exemple , la base du cœur répondait au a' espace intercostal, et la pointe au 8". (Voy. aussi les observ. 2i% 23% 69% i32% etc.)

Pour éviter d'inutiles répétitions, nous renvoyons le lecteur aux faits particuliers , et à l'article de nos Prolégomènes consacré à la détermination du poids, du volume et des dimensions du cœur dans l'état d'hypertrophie générale et partielle. On y trouvera de nouveaux détails sur les divers accidens que présente l'hypertrophie, selon qu'elle occupe une seule ou plusieurs des cavités du cœur, les parois de ces cavités ou leurs colonnes charnues. Ajoutons seulement ici : 1° que dans les cas où l'hypertrophie occupe exclusivement ou du moins principalement le ventricule droit, celui-ci descend plus bas que le gauche, et c'est alors à lui que paraît appartenir la pointe du cœur, tandis qu'à l'état normal celle-ci est formée tout entière ou à peu près parle ventricule gauche; 2° que dans les cas d'hypertrophie considérable de la cloison interventriculaire , celle-ci fait ordinairement saillie du côté du ventricule droit, dont elle envahit en quelque sorte la cavité ( obs. 53« ) ; 3° que dans l'hypertrophie simple etanévrismale, l'épaisseur des parois augmente, en général, de la pointe à la base, comme dans l'état normal, tandis que dans l'hypertrophie concentrique, la même gradation ne se rencontre pas toujours, et que.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROPHIE.

au contraire , l'épaisseur est assez souvent presque la même partout, ce qui donne surtout au cœur cette forme arrondie, globuleuse , sphéroïde , dont nous avons parlé plus haut ; 4° que c'est à l'hypertrophie des couches musculaires les plus intérieures et des colonnes charnues, qu'il faut rapporter, en général, la diminution de capacité qui constitue le caractère distinctif de l'hypertrophie concentrique ou centripète ; ô° que , dans certains cas , c'est probablement à une hypertrophie des couches musculaires extérieures, qu'est duc l'augmentation d'épaisseur des parois des cavités sans augmentation ni diminution de la capacité de ces dernières, et que dans l'hypertrophie ai^évrismale , l'augmentation de nutrition s'opère dans tous les sens à la fois, comme dans l'accroissement normal du cœur (i). Je soumets , au reste, celles de ces propositions qui ne sont encore que probables au jugement des observateurs éclairés , bien disposé à profiter du fruit de leurs recherches.

V. Dans l'hypertrophie pure et simple, le tissu musculaire du cœur est assez ordinairement d'un rouge plus rosé, plus vermeil qu'à l'état noi-mal ; il est en même temps plus ferme, plus résistant (voy. les observations 21*, 43*, 53", 77% 78% ii3% 121% etc. ).

11 ne faut pas confondre l'épaississement vraiment hypertrophique avec l'épaississement qui a lieu dans certaines maladies où la substance du cœur est ramollie, friable, ou indurée. Il n'y a pour ainsi dire qu'une lésion de quantité dans l'hypertrophie, tandis qu'il y a lésion de qualité et de quantité h. la fois dans les cas de ramollissement et d'indu-

(1) N'oublions pas cependant qiie , dans les cas de dilatation très considérable , celle-ci dépend en grande partie d'une cause mécanique, savoir, l'accumulation du sang dans la cavilé dilatée; accumulation qui est le plus ordinairement l'effet d'une induration valvulaire , avec rétrécissement d'un oriQce du cœur. Aussi . dans ce cas , tout étant d'ailleurs égal, est-ce , en général , la cavité située immédiatement derrière l'obstacle qui éprouve le maximum de dilatation.

438 MALADIES DU CœUR EN PARTICULIER,

ratiofi avec épaississement de la substance musculaire du cœur. Dans l'hypertrophie la plus pure, loin d'clre aliér^ç, la substance musculaire du cœur est, en quelque sorte, d'une qualité meilleure encoi'e qu'à l'état normal , comme l'indiquent sa fermeté et sa coloration vermeille. Il peut arriver, d'ailleurs, et les cas de ce genre ne sont pas extrêmement rares, que la substance musculaire du cœur, d'abord simplement hypertrophiée, éprouve un état de ramollissement ou induration, et cette circcmstance est une de celles dont il importe le plus d'être prévenu, si l'on veut éviter de graves méprises, dans la déterminaiion des signes propres à chacun des divers modes morbides auxquels la substance musculaire du cœur est exposée.

VI. L'hypertrophie du tissu musculaire du cœur, outre l'espèce de complication qui vient d'être signalée ci-dessus, se lie à une foule de lésions nouvelles dont les unes siègent dans le cœur lui-même, dans le sang qui parcourt ses cavités, et dont les autres résident dans des organes plus ou moins éloignés du cœur. Nous ne pouvons les décrire ici, mais nous allons indiquer les principales.

Rien n'est plus commun que de rencontrer, en même temps qu'une hypertrophie du cœur, les diverses lésions organiques consécutives à une endocardite, à une péricardite, ou à une endo-péricardite dites chroniques. Telle est même la fréquence de cette sorte d'association morbide, qu'étant donnée une inflammation chronique du tissu sérofibreux externe et surtout interne du cœur, on peut presque toujours affirmer l'existence d'une hypertrophie de la substance musculaire de cet organe. Ce n'est point ici un de ces vains rapprochemens, de ces aperçus à priori ou préconçus que l'on invoque en faveur de quelques faux systèmes, mais bien la rigoureuse et fidèle expression des faits. Rappelonsnous, en effet, que sur 33 cas de péricardite et d endocardite terminées par induration , épaississement, etc., il n'en est aucun dans lequel ou n'ait constaté l'existence d'une by-

HISTOIBE GÉNÉRALE DE l'iIYPERTROPIIIE. 4% pertrophie du tissu musculaire du cœur. Dans les 21 cas d'hypertrophie que contient la première section de ce chapitre, il en est quelques uns qui, faute de détails sulfisans, ne doivent pas faire partie d'un relevé positif. Quant aux autres , ils confirment pleinement le rapport, j'ai presque dit la loi, que nous venons d'exposer.

Je crois donc pouvoir affirmer que rhy[)ertrophie dû tissu musculaire du cœur et les altérations consécutives à une përicardite ou à une endocardite prolongées, chroniques, se rencontrent ordinairement ensemble, et que leS exceptions à celte sont peu nombreuses. Mais, encore une fois, je ne suis en ce moment que le simple historien des faits, et je ne les accommode point à une théorie ; car, personne plus que moi n'est convaincu que \es observations particulières ne sont point Jaites pour les théories, mais que les théories, au contraire, doivent être faites pour les observations particulières. Conformément à ce principe, nous rechercherons plus loin quelle induction on peut tirer des résultats ci-dessus énoncés.

Après les lésions dont nous venons de parler, celles que Ion trouve encore dans le cœur conjointement avec l'hypertrophie de son tissu musculaire étant peu importantes a connaître, nous les passerons ici sous silence (i).

Quant aux lésions des organes autres que le cœur, elles

(1) Ajoutons quelques mois seulement sur l'engorgement sanguin des cavités du cœur, que l'on ne manque presque jamais de rencontrer dans les grandes hy- Verlropliies anévrismales du cœur, avec complication d'obstacle à la circulation. On pourra, jusqu'à un certain point, juger de la dilatation du cœur parla quantité d<; gang contenu d^ns ses cavités. Cette quantité est quelquefois vraiment énorme , comme le prouvent quelques uns des exemples suivans :

Chez le sujet de l'observation 77e ( jeune fille de 7 ans ) , le caillot de sang contenu dans l'oreillette droite seulement était plus gros que le poing d'un adulte; chez le sujet de l'observation 53", le cœur contenait 10 onc. a gros de sanK caillé ; chez les sujets des observations 2 et 65», 10 onc; chez le sujet de 1 observation 53<*, g oac. , etc. La moyenne du poids du sang que contiennent les caillés du cœur, dans les cas ci-dessus spécifiés , est donc de 7 à 8 onc.

44o MALADIES DtJ CŒUR EN PARTICULIER,

sont à peu près essentiellement les mêmes que celles dont nous avons parlé au chapitre de l'endocardite , et la plupart tiennent moins à l'hypertrophie proprement dite qu'à ses complications avec d'autres lésions du cœur, parmi lesquelles celles des valvules tiennent le premier rang. Les principales, au reste, sont la dégénérescence cartilagineuse, crétacée, calcaire, du système artériel (i); les congestions séreuses et sanguines des parties extérieures, ainsi que de plusieurs organes intérieurs, et spécialement des poumons, du foie et du cerveau. Nous reviendrons plus loin sur ces diverses lésions, et nous tâcherons de rapporter chacune d'elles à sa véritable cause.

ARTICLE «DEUXIÈME

DC6 SIGNBS DB l'hYPERTHOPHIB DD CCBI/B ; DE fON IKFLUKRCE SDB LES R^MOBHRAGIES BN oinÉBAL, ET SDB CBLLBS DD CBBVBAU El DES FODMOHS BH rABIICDLIBB.

§ I". Signes de l'hypertrophie du cœur. I. Signes de V hypertrophie du cœur en général.

Les signes de l'hypertrophie du cœur se distinguent en ceux qui sont fournis par l'exploration de cet organe luimême , de ses mouvemens et de ses bruits , et en ceux qui se tirent de l'exploration des autres organes et de leurs fonctions. Commençons par l'exposition des premiers.

Signes idiopathiques de V hypertrophie du cœur.

L'augmentation permanente de la force et de l'étendue

(i) Les artères coronaires en particulier offrent souvent la dégénérescence dont il s'agit. Elles m'ont paru , en général , bien plus développées qu'à l'état normal. Chei le sujet de l'observation n3«, l'une de ces artères était incomparablement plus volumineuse que l'autre.

HISTOIRE GIÉNÉRAIE DE l'iIYPERTROPHIE. 44^ desbattemens du cœur, et partant raugmentalion du double bruit normal qui les accompagne , voilà réellement les signes fondamentaux de l'hypertrophie pure et simple du cœur.

Si nous ajoutons qu'à ces signes , se joignent l'augmentation de l'étendue de la matilé de la région précordiale, et quelquefois une saillie notable, une voussure manifeste de cette région , nous aurons indiqué tous les signes idiopathiques de l'hyperlrophie du cœur. Entrons dans quelques détails sur chacun de ces signes.

1° Dans les cas où l'hypertrophie est très considérable, les mouvemens du cœur sont visibles dans une grande étendue du côté gauche de la poitrine et vers le creux de l'estomac, où ils déterminent une secousse, un ébranlement qu'on peut distinguer quelquefois à travers les vêtemens et les couvertures des malades. La pointe du cœur, plus déviée à gauche qu'à l'état normal , soulève le 6% le 7% et quelquefois même le 8" espace intercostal , tandis que les mouvemens de la base de cet organe répondent au 3'' ou même au 2" espace intercostal.

2° Si l'on applique la main sur la région précordiale , elle est frappée, et pour ainsi dire rudement repoussée, par des battemens du cœur, semblables à des coups de marteau, ou mieux encore à des espèces de coups de poing. Nous avons actuellement sous les yeux un jeune homme de 3o ans, couché au n" 9 de la salle Saint- Jean-de- Dieu , qui nous présente un remarquable exemple de cette espèce de battemens. Chez ce sujet, affecté d'une énorme hypertrophie du cœur, en appliquant la main sur le creux de l'estomac, on reçoit un choc, un véritable coup, parfaitement détaché , comme le serait un coup de poing.

Dans certains cas, le cœur frappe la main de toute sa masse, tandis que dans d'autres il ne la repousse que de sa pointe. Par le toucher, on ressent l'ébranlement qui accompagne le choc du cœur, npn seulement dans la régioji

44^ MALADIES DU CŒUR EN PAnTICULIER.

précordiale, mais jusqu'à la partie postérieure du côté gauche de la poitrine.

Si, au lieu d'explorer les battemens du cœur avec la main, appliquée immédiatement sur la région précordiale, on les explore avec un stéthoscope sur lequel on appuie la main, on dislingue, d'une manière encore plus précise peutêtre, l'impulsion de ces battemens. Enfin, si l'on applique l'oreille sur la région précordiale, la tête est soulevée à chaque contraction veniriculaire, avec une force proportionnelle au degré de I hypertrophie.

Sauf le cas où ils se transforment eïi véritables palpitations , ce qui arrive pendant des exercices un peu fatigans , des émotions vives, des imprudences de régime , les battemens du cœur ne sont pas plus fréquensqu'à l'état normal : ils sont même quelquefois plus lents, ce qui lient peut-être à ce que la durée de la contraction, qui est en quelque sorte filée, est plus prolongée dans les grandes hypertrophies, qu'elle ne l'est à l'état sain. Hors le cas de complication avec tin rétrécissement des orifices, avec une affection nerveuse du cœur, etc., les battemens de cet organe dans l'hypertrophie sont réguliers.

3° Les bruits du cœur offrent quelques modifications, selon la forme de l'hypertrophie. L'épaisseur des parois Ventriculaires est une condition peu propre à la transmission de ces bruits. Aussi, lorsque l'épaisseur de ces parois est portée à un très haut degré ( 12 à i5 lignes et plus ), et qu'en même temps les cavités des ventricules ont perdu de leur capacité normale, les bruits du cœur sont-ils sourds, obscurs, et comme étouffés. Mais quand l'épaisseur des parois ventriculaires est médiocre, que la cavité ventriculaire n'a pas perdu de son étendue, ou même est dilatée, alors les bruits du cœur sont plus forts, plus sonores, plus clairs ? ils se propagent dans une étendue considéi'able de la poitrine, et souvent même jusqu'à la partie postérieure dé cette Câyiic. En même temps l'oreille, appliquée immë-

IIISTOinE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROPHIE. 443 diatemenl sur la poitrine, fait entendre distinctement, à chaque systole venlriculaire, le tintement métallique dont nous avons longuement parlé ailleurs. (Voy. les Prolégomènes.)

Ce n'est que dans des cas exceptionnels que l'on entend un léger bruit de soufflet chez les individus affectés d'hyperlrophie pure et simple du cœur, et cela n'arrive guère que pendant les accès de palpitations. En général, l'existence d'un bruit de souTflet constant et bien distinct chez un individu atteint d'une hypertrophie du cœur est un indice à peu près assuré d'une complication. (On trouvera dans les Prolégomènes, ainsi que dans les chapitres consacrés à l'endocardite et à la péricardite, les détails nécessaires sur les lésions propres à produire le bruit dont il s'agit."^

4° L'hypertrophie du cœur n'est point accompagnée de douleur dans la région précordiale ; mais lorsqu'elle est très considérable, quelques malades disent éprouver dans cette région , ainsi que vers le creux de l'estomac ou le centre phrénique, un sentiment de gêne et de poids iacommodc.

5° L'étendue de la matité de la région précordiale est en raison composée de l'hypertrophie et de la dilatation du cœur. Les observations que nous avons rapportées donnent des exemples des principaux degrés que peut offrir cette étendue. Sur le vivant comme sur le cadavre, nous avons déterminé par la percussion médiate, d'une manière toutà-fait géométrique, le volume du cœur (i).

(i) II 651 juste de déclarer qne Corvisart , en percutant , suivant la méthode d'Aveiibrugger, élail parvenu au môme résullat : « Souvent j'ai pu, dit ce pro- «fond observateur, déterminer avec exactitude (l'ouverture des cadavres l'a «prouvé) le degré de dilatation du cœur, en le mesurant, pour ainsi dire, sur • IVtendue des parois dî la poitrine, oii la percussion fuisail entendre un son , *ml o^ seulement obscur. » ( Qut. cit., p. 588 ).

444 MALADIES DU CŒUR ÏÎN PA1\TICULIEH.

6" La -voussure de la région précordiale n'avait point encore été signalée chez les individus affectés d'hypertrophie du cœur. Elle n'est cependant pas très rare dans les cas où l'hypertrophie est considérable ; et nous l'avons constatée, de la manière la plus positive, chez un bon nombre de sujets, non seulement par l'inspection, l'application de la main, mais aussi quelquefois parla mensuration directe. Cette voussure est accompagnée d'un élargissement plus ou moins marqué des espaces intercostaux delà région qu'elle occupe. (Voy. les observ. 2i% 23% 24% 43% 5i% 5^% 64^)

Signes réactionnels de V hypertrophie du cœur.

Lésions de la circulation artérielle et veineuse. Le pouls, dans l'hypertrophie simple et anévrismale du cœur, est fort, grand, large, bien détaché, y/èra/zf^ régulier. Dans l'hypertrophie cojicenlrique, le pouls conserve de la raideur et de la vibrance ; mais il est peu développé, comme embarrassé ou comprimé. En général, les sujets affectés d'hypertrophie pure et simple du cœur ont le visage animé, l'œil brillant, une tendance aux hémorrhagies dites actives, et une chaleur un peu plus élevée qu'à l'état normal. Il est à peine nécessaire de dire que l'exploration du pouls ne fournit des signes que pour l'hypertrophie du ventricule aortique, et que si l'analogie nous porte à penser que le pouls de l'artère pulmonaire présente les caractères ci-dessus indiqués, dans les cas d'hypertrophie du ventricule droit, l'observation clinique ne nous offre aucun moyen de nous assurer directement du fait.

Les complications de l'hypertrophie du cœur avec les lésions que nous avons précédemment indiquées, modifient tellement le pouls, qu'on ne peut plus alors beaucoup compter sur son exploration pour le diagnostic de l'hypertrophie elle-même.

Dans l'hypertrophie pure et simple du cœur, sans lésion des valvules, sans rétrécissement des orifices ou des cavités

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROPHIE. 44^ du cœur, sans grave lésion organique des principaux vaisseaux artériels et veineux, la circulation veineuse s'opère librement, et il ne survient point de congestions passives , soit de sang, soit de sérosité, dans les différens organes et dans les cavités séreuses, ou dans les vacuoles du tissu cellulaire. Cela n'arrive réellement que dans les cas où l'hypertrophie est compliquée avec d'autres lésions propres à opposer un obstacle au cours du sang veineux.

2" Lésions de la respiration. En général, dans l'hypertrophie pure et simple du cœur, lorsque cet organe n'a pas acquis un volume très considérable, la respiration n'est pas sensiblement gênée. Mais lorsque le cœur est énorme, qu'il usurpe en quelque sorte le tiers ou le quart de l'espace réservé aux poumons, la respiration devient fréq*uente, courte, difficile. A la vérité, dans les cas de ce genre, il est rare que ce soit là )a seule cause de la dyspnée : le plus ordinaii'ement, en effet, une énorme hypertrophie du cœur est accompagnée d'une autre lésion qui s'oppose au libre passage du sang à travers le cœur, et détermine ainsi une congestion séro-sanguine dans les poumons.

3'' Lésions de la locomotion, de l'innervation, et de la digestion. Ces fonctions ne sont pas notablement lésées dans les cas d'hypertrophie pure et simple. Les lésions qu'elles peuvent éprouver, par suite des complications de l'hypertrophie, ne doivent pas nous occuper ici.

Le tableau que nous venons de tracer, en traitant de l'influence qu'exerce l'hypertrophie du cœur sur diverses fonctions, est loin de ressembler exactemen t à celui présenté par les auteurs. Mais, on peut le dire , sans crainte d'être démenti par les faits, les signes de cet ordre n'avaient jamais été soumis au creuset d'une saine analyse, et, sur celte matière, nos devanciers avaient commis de graves méprises. Qu'on ouvre leurs ouvrages, et l'on verra qu'ils donnent pour signes de l'hypertrophie ou de l'anévrisme actif du cœur., l'injection violette de la face, l'engorgement de tous les

446 MALADIES DU CQEUn EN PAÎITICULIER.

capillaires veineux en général, les hydropisies et les hémurrhagies passives, la dyspnée, l' éloujfeinent , etc. C'est pourtant là, me pcrmcttra-t-on de le dire, une sorte de contre-sens physiologique. De tels signes dénotent évidemment un obstacle mécanique ou vital à la circulation. Or, comment concilier ces phénomènes d'obstacle à la circulation avec une simple hypertrophie, un anévrisme actif dn cœur? En effet, loin d'enrayer le mouvement circulatoire, cet état du cœur constitue, au contraire, une condition propre à imprimer une nouvelle énergie au cours du sang. Peut-on supposer, en bonne et saine physiologie, qu'une véritable et simple hypertrophie du cœur soit capable par elle-même de produire des phénomènes qui nous révèlent un embarras, un affaiblissement des fonctions circulatoires? Autant vaudrait dire alors que les larges épaules du portefaix , les bras robustes du boulanger, les vigoureux mollets du danseur, sont des conditions qui rendront le premier impropre à porter de lourds fardeaux, le second à remuer la pâte, et le troisième à exécuter les divers mouvemens dont se compose son art. Quoi ! nous attribuerions à Ynnévi'isme actif, à l'hypertrophie du cœur, des symptômes évidens d'obstacle à la circulation! Comme si nous avions oublié que, dans les cas d'hypertrophie, dégagés d'une complication propre à entraver le cours du sang (voy. par exemple l'observ. iiS*"), les sujets ont le pouls large, vigoureux et vibrant comme les mouvemens de leur cœur; que leur face est d'un rouge vif et non violacé; que la transpiration de leur peau est augmentée et non diminuée; qli'ils sont prédisposés aux hémorrhagies actives et non aux congestions sanguines ou séreuses passives !

Mais, répond ra-t-on, d'où proviennent donc les signes d'obstacle à la circulation , tels qu'on les rencontre si souvent chez les individus atteints d'hyperii'ophie du cœur.»* De quelques unes des nombreuses complications qui peuyent accompagner cette hypertrophie, et spécialement

HISTOIRE GÉNÉRALE DE i'hYPERTROPHIE. 44?

d'une grave lésion des valvules, d'un rétrécissement des orifices du cœur (i), de profondes altérations dans l'aorie ou les grosses veines, de la formation d'abondantes concrétions sanguines, etc. ? C'est pour n'avoir point tenu compte de tous les élémens morbides qui se rencontrent dans les cas d'hypertrophie , pour n'avoir pas apprécié chacun d'eux à sa juste valeur, que les auteurs sont tombés dans l'erreur que nous relevons ici : Cat^endum est, dit très bien Rliohelotii, ubi pliim simul -vitia cleprehmdantur, ne sine certâ ratione, unum aliquod, potissiinum, pro morbi causa propO' natur.

II. Signes propres a V hypertrophie de chacune des cavités du cœur en particulier.

Les signes que nous venons d'exposer s'appliquent spécialement à l'hypertrophie des ventricules. Nous ne pensons pas qu'il soit possible, dans l'état actuel de la science, de déterminer, d'une manière précise, les signes propres à l'hypertrophie des oreillettes en général et à l'hypertrophie de chacune d'elles en particulier. Mais comme elle accompagne presque constamment les grandes hypertrophies des ventricules, le diagnostic de celles-ci entraîne en quelque sorte celui de l'hypertrophie des oreillettes. ' ri- ■ r:

IS'ous n'avons point, il faut l'avouer, dit Corvisart , de signes très certains qui caractérisent bien particulièrement V affection de Vune plutôt que de l'autre des quatre cavités du cœur. Cette assertion, fort juste sous un rapport, ne l'est pas sous tous les autres. En effet, il est des signes qui caractérisent avec certitude l'hypertrophie des ventricules.

(i) L'hypertrophie concenlniqne peut, quand elle esl poussée tfès loin , ëqiiï- ■vçloirà un obslacle à la circululion de cp dernifr gç(ire. Mais il est évidept qqe dans CHlle forme de; l'hyperlropliie, qui constitue aussi un cas compliqué. cVsC au rélrécisst-ment de la cavité, et non à l'hypertrophie des parois, qu'il faut attribuer les phénomtnes d'obstacle à la circulation.

i" Diagnostic de F hypertrophie du 'ventricule gauche. On reconnaîtra celle hypertrophie aux signes suivans : Les baltemensdoni nous avons décrit plus haut les caractères, se font principalement sentir dans la région des cartilages des 5", 6", 7*, ou m^me 8^ côtes : c'est là que se trouvent à leur maximum d'intensité, la malilé, et la voussure ou la saillie précédemment indiquées. En même temps, le pouls est fort, tendu, vibrant, le visage vermeil; les yeux sont animés ; il se manifeste, à des intervalles plus moins éloignés, des bouffées de chaleur vers la tète, des élourdissemens, des saignemens de nez, etc.

2° Diagnostic de V hypertrophie du ventricule droit. Les baltemens du cœur, les palpitations, se font sentir pariiculièremenl sous la partie inférieure du sternum (voy. l'observ. 121^); c'est là surtout que se trouve la malilé, et, à moins que cette hypertrophie ne soit compliquée de celle du ventricule gauche, ce qui est à la vérité très commun, le pouls ne présente pas la force et la vibrance dont nous avons parlé plus haut. Les, malades sont sujets à des congestions sanguines actives des poumons, et quelques uns expectorent même, de temps en temps, une certaine quantité d'un sang pur et vermeil ( nous reviendrons tout à l'heure sur cet accident). On a répété, d'après Lancisi, que le battement , la fluctuation des veines jugulaires, ou même leur simple dilatation, étaient un signe d'anévrisme, soit actif, soit passif, du ventricule et de l'oreillelle du côlé droit. INous avons déjà parlé de ce phénomène en traitant des lésions des valvules et des orifices du cœur, et nous y reviendrons, quand nous étudierons la dilatation de cet organe. Qu'il nous suffise de noter ici en passant que le poids 'Veineux n'est pas une condition nécessaire de l'hypertrophie du ventricule droit, et que s'il existe fréquemment avec elle , c'est qu'alors l'orifice auriculo-ventriculaire n'est pas exactement fermé pendant la systole , soit en raison de son extrême dilatation, soit en raison d'une lésion quel-

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROPHIE. 449 conque qui entraîne V insiifjisance de la valvule iricuspide , défaut d'occlusion qui permet à une certaine quantité de sang de refluer du côté de l'oreillette droite et des veines qui s'y dégorgent,

Elant donnés les signes généraux de chacune des formes de l'hypertrophie des ventricules, et les signes spéciaux de l'hypertrophie de chacun de ces ventricules, il est évident que l'on connaît par là ceux qui caractérisent les combinaisons possibles de ces diverses formes d'hypertrophie entre elles. Passons donc à un autre sujet.

5 II. De l'influence de l'hypertrophie des ventricules du coeur sur les hémorrhagies en général, et sur celles du cerveau et des poumons'en particulier.

Nous avons déjà effleuré cette question en exposant les signes fournis par l'exploration de la circulation, chez les indiviJus atteints d'une hypertrophie des ventricules du cœur. Mais la matière nous a paru assez importante pour exiger un paragraphe à part.

i" De V influence de V hypertrophie du ojentricide gauche du cœur sur les héinorrhagies en général, et sur celle du cerveau en particulier .

De la connaissance de l'influence qu'exerce normalement le ventricule gauche sur la circulation de toutes les artères en général, on pourrait en induire, à priori, qu'un des effets dynamiques de l'hypertrophie de ce ventricule sera une pré lisposition aux hémorrhagies dites rtc^/Ve^ et aux hémorrhagies par rupture, surtout dans les parties qui opposent le moins de résistance à l'effort du sang, parmi lesquelles il faut placer certaines membranes muqueuses, la pulpe cérébrale , etc. L'expérience et l'observation sont ici conformes aux inductions de la logique physiologique.

Legallois me parait être le premier des médecins modernes qui , dans l'observation que nous avons rapportée a. 29

45o JÎÀLAbtÉS bu COECft EN PAUTICtLIEn.

ailliéilrs (obs. ti6'), ait entrevu et indiqué l'influence d'une lîypetlfophie considérable du ventricule gauche sur l'apopleJcie sanguine ou liémorrhagie cérébrale. Plus tard, M. le professeur Richerand insista d'une manière plus éxplicite sur cette question de physiologie pathologique, et apfès àvoir rappelé que trôis illustres médecins , Malpighî, Cabanis et Katnazzini, enlevés à la science par des altdques d'apoplexie foudroyante, étaient affectés d'une hypertl-ophie du ventricule aoriique , il posa en principe que cette affection était une prédisposition plus prochaine à l'apoplexie que la constitution dite apoplectique (^i). Depuis, un grand nombre d'autéurs, et M. le docteur Bricheteau en particulier, ont soutenu la même thèse (2).

6i l'hypertrophie du ventricule gauche exerce réellement une influence notable sur le développement de certaines hémorrhagies du cerveau , on conçoit qu'elle. peut aussi, mais d'une manière bien moins directe et moins prochaine, constituer une prédisposition plus ou moins marquée aux congestions inflammatoires du même organe , et partant à l'espèce de ramollissement qui est quelquefois la conséquence de ces congestions.

Dans ces- derniers temps, notre honorable confrère et ami, M. le docteur Rochoux , a nié formellement l'influence qu'on avait attribuée à l'hypertrophie du ventricule gauche sur la production de l'hémorrhagie cérébrale. Je crois que M. Rochoux a été conduit à cette opinion par la doctrine

(>) Côrvisart n'ose pas assurer avoir observé un seul cas dans lequel l'apoplexie ait été l'effet évident d'une maladie du cœur. Mais il pense, que \?s faits rapportés par Morgagm, Laurent , Lieulaud , Testa et d'autres encore , suffisent pour établir qu'une offcclion du cœur ( il ne dil pas laquelle ) peut devenir la cause déterminante de l'apoplexie. ( Ouv.cile, pag. 192.)

(s) Les premières recherches de M. Bricheteau sur celle matière onl élé publiées dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales. plus récemment, ce savant observateur s'est occupé du même sujet dans un oufrâgeq ui a pourt itre : Clinique dê. hôpital ISecher-

HISTOIRE GlSNénALE DE L*HYPE1\TBÔPÏ«Ê. 4St qu'il s'est formée sur le mode de gcnéraiion de cette h^lïiorrhagie) qu'il considère, contre le sentiment de tous les autres observateurs, comme étant toujours précédée d'un ramollissement particulier de la substance cérébrale (ramollissement hémojrhagipare). En effet, on ne voit pas un rapport aussi direct entre une hypertrophie du cœur et l'espècede ramollissement non inflammatoire dont il s'agit, qu'entï'e la même hypertrophie et Une hémorrhogie cérébrale soit par rupture -, soit par exhalation sanguine. Au reste, ce n'est que par des observations qu'on peut résoudre d'une manière satisfaisante le problème qui nous occupe. Avant de résumer celles qui sont contenues dans cet ouvrage, je signalerai une circonstance jusqu'ici négligée par les observateurs , savoir, la fréquence de la dégénérescence crétacée, et partant de la fragilité des artères cérébrales chez les sujets qui succombent à une hémorrhagie cérébrale, et qui sont atteints d'une hypertrophie du ventricule gauche du cœur. On conçoit facilement combien une telle altération du système artériel du cerveau est favorable à sa rupture, et partant à la production d'une hémorrhagie. Sans doute, cette altération n'est pas constante; sans doute aussi , il est des hémorrhagies cérébrales chez des individus qui ne sont point affectés d hypertrophie du ventricule gauche; mais ce serait, à mon avis, fermer les yeux à la double évidence des faits et du raisonnement , que de refuser à cette affection ainsi qu'à l'altération crétacée, existant chacune isolément, et surtout existant l'une fet l'autre à la fois, une place parmi les causes prédisposantes ou même déterminantes de l'hémorrhagie cérébrale.

Venons maintenant à nos propres observations.

Or, sur 54 cas d'hypertrophie du cœur rapportés dans ce chapitre et dans le premier et le second chapitre du premier livre, il en est ii , c"esl-à-dire un peu plus d'un cinquième, dans lesquels on a observé une hémorrhagie ou «n,

ramollissement du cerveau (i). Les cas de ramollissement sont au nombre de cinq (observ. y5®, 116% 118% 126*, et 12^*) , et ceux d'hémorrhagie au nombre de six (observ. 21", 63", ii3', 125®, 128" et 129"). Parmi les sujets des onze cas dont il s'agit, il se trouve cinq bommes et six femmes; et, circonstance assez singulière, c'est que les cinq cas de ramollissement ont été observés cliez des femmes (une seulement a éprouvé une hémorrbagie cérébrale). De ces onze sujets, un était âgé de 25 ans, un de 02, un de 4o, un de 49, un de 53, un de 56, un de 6y, un de 60, deux de 65 et un de 79.

L'état des artères cérébrales n'est indiqué que dans sept cas. Dans quatre de ces sept cas , elles étaient ossifiées , crétacées. Dans deux cas elles étaient saines et dans un autre leurs parois étaient seulement un peu blanclies et épaissies. Parmi les quatre cas où l'état des artères cérébrales n'est pas indiqué, il en est un où l'on a noté une ossification des artères carotides : il est parconséquent assez probable que la même lésion existait dans les artères cérébrales.

Dans six de ces cas, il existait une hypertropbie anévrismale, ou avec dilatation, de la cavité du ventricule gaucbe ; danstrois, une hypertrophie co/icert^n(yHe ou avec rétrécissement de la cavité, et dans deux , une hypertrophie simple ou avec état normal de la cavité (2).

(1) Il est bon de noter que parmi cps 54 cas , il s'en trouve un certain nombre dans lesquels I hyperlrophie n'affectait pas, ou n'affectait que légèrement le ventricule gauclie, ce qui rend plus forte encore la proportion que nous signalons

(a) Testa et Corvisart ont signalé la cécité et la fonte de l'œil comme des effets des maladies organiques du cœur. Le dernier de ces acciilens est cependant tellement rare, que l'on n'en trouve aucun exemple dans la plupart des traités des maladies du cœur. La 4* observation de VEssai sur les maladies du cœur est peut-être le seul cas de ce genre que l'on puisse citer. Or, il s'agit dans ce cas d'une péricardite et non d'une de ces lésions que les auteurs ont désignées sous le nom à' organiques.

Mais ce qu'il y a de certain , c'est que le système artériel de l'œil étant en

HISTOIRE GKNÉRALTE DE l'hYPERTROPHIE. 4^3

2°. De Vinflitence de Vhjpertrophie du ventricule droit du cœur sur t liémorrhagie ou apoplexie pulmonaire.

Je ne possède , pour ma part, que trois observations de véritable apoplexie ou hémorrhagie pulmonaire, chez des individus atteints d'une hypertrophie du ventricule droit (obscrv. 21'', iio" et lai"). Dans deux cas, l'hypertrophie du ventricule droit coïncidait avec celle du ventricule gauche et des oreillettes; dans un cas (observ. 121") , elle existait sans hypertrophie marquée du ventricule gauche. Ces cas ne me paraissent pas assez nombreux pour pouvoir démontrer incontestablement l'influence dii ventricule tlroit sur la production des hémorr hagies du parenchyme même des poumons et de la membrane muc|ueuse des voies respiratoires. Cependant ces faits doivent être pris en sérieuse considération, et tout porte à conjecturer que d'autres viendront les confirmer (i).

quelque sorte une dépendance de celui du cerveau, il participe quelqut-fois à l'étal crétacé de ce dernier; et de là peut-être, dans quelques cas, des troubles de la circulation et de la iiulrilion de l'œil , et par suite de ses fondions.

D'autres auteurs ont placé lesmaladits dites organiques du cœur, et notamment ce qu'ils appellent \' anévrisme de cet organe , parmi les causes de la gangrène. Quant à nous, nous n'avons jamais observé cet accident que dans les cas où la maladie du cœur était compliquée d'un obstacle au cours du sang dans le système artériel de la partie gangrénée , ainsi que cela est arrivé chez le sujet de l'observation i5i". Cet ob>tatle à la circulation artérielle d'une partie, quelle qu'en

soii la nature, est une cause de gangrène, qui jusqu'ici n'avait pas encore été assez étudiée.

(1) Je crois devoir rappeler ici ce que j'ai dit à ce sujet dans un mémoire sur l'hypertrophie du cœur, publié en 1824 , dans les Archives générales de médecine, et, un peu plus tard , dans le Traité des maladies du vœiir, dont M. Berlin m'avait confié la rédaction : ■ Avoir démontré l'influence de l'hypertrophie »du ventricule gauche sur le cerveau, c'est avoir prouvé celle de l'hypertrophie

• du ventiicule droit sur le |)ouinon; car, de même que l'encéphale reçoit directe-

• ment le choc du flot de sang que le ventricule gauche lance dans l'aorte, ainsi »le poumon reçoit immédidtement l'impulsion communiquée à la colonne de

• sang que le ventricule droit projette dans le tronc pulmonaire. Par conséquent,

• lorsque les parois de ce ventricule ont augmenté d'épaisseur el d'énergie, elles

ARTICLE TROISIÈME

DIS CAUSES, OD UODK DE D^VELOPPEUENT ET DE LA UABCHB DE l'h YPKBIBOFRll

OU CCEDB.

li 'écologie de l'hypertrophie du cœur laisse beaucoup àdésirer dansles auteursquis'ensontoccupés. Ceux qui sont postérieurs à Corvisart n'ont guère fait autre chose que répéter ce qui ayait éiédii par cet illustre praticien, à l'article du mode de développement de Vanévrisme actif du coeur. « Le cœur, ainsi que tous les autres muscles du corps hu- » main, écrit Corvisart, est susceptible de prendre un ac- )» croissement plus marqué, une consistance plus solide , » une force plus considérable par la continuité, et surtout » par l'énergie plus grande de son action. N 'observe- t-on )) pas, en effet, tous les jours, un développement extraordi- » naire de tous les muscles du corps chez les portefaix, de » ceux des bras chez les forgerons, les boulangers, etc ? » L'exercice pour les muscles extérieurs, l'exercice et l'ir- » ritation pour le cœur , sont les causes principales qui font > de ces organes un centre de nutrition plus actif, et y » fixent une quantité plus grande de substance nutritive.»

• impriment à la circulation pulmonaire une aclivilé proportionnelle à leur hy-

• pertrophie, surmontent parfois la résistance des vaisseaux; el de là des liémor-

• rhagies, des apoplexies pulmonaires , qui s'opèrent ainsi par le même méca- ■ nisme que l'flpo/»/ext« proprement dile , c'esl-à-dire l'hémorrliagie cérébrale,

• dans les cas d'hypertrophie du ventricule aortique... 11 ne faut pas confondre ces

• espèces d'hémorrhagies, ces coups de sang du poumon, avec celles qui sont le

• résultat d'un grand obstacle niécanique à la circulation veineuse. •

J'ajouterai à ce que j'ai dit alors qu'on retrouve rarement dans l'artère pulmonaire celte altération crétacée, osseuse ou calcaire, qui , comme nous l'avons vu , se rencontre si fréquemment dans i'aorle et les artères cérébrales. Or, nous avons montré que cette altération était une cause prédisposante à l'hémorrhagie cérébrale, et qu'elle secondait singulièrement l'action de l'hypertrophie. Serait-ce à l'absence de ceUe cause adjuvante qu'd faudrait attribuer, du moins en partie, la rareté d«» héiîiorrhajjves pulmonaires dans i«» cas d'hyperlropbie du reutricule droi<ll

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTROÏHIE.

Passant ensuite aux causes détei'mlnfintes de cet exercice forcé, de cette irritciUon du cœur, Corvisarl considère comniç telles : lelroitesse des artères ou le défaut de rapport entre le calibre des 'vaisseaux et la quantité de sang que le cçpur doit y faire passer ; tous les obstacles opposés au cours du sang soit par un vice d'organisation , soit par un état pathologique quelconque, soit par r influence des affections morales sur Vactiondu, cœur , soit parles actes du corps , peut-être aussi la qualité plus ou moins stimulante du sang, qui, à égale quantité, doit augmenter ou diminuer la fbive de l'organe, {ouu. çitj i pag 69-70.)

Fidèle à la doctrine de Corvisart , nous avions, dans nos premiers travaux, attaché une importance un peu exagérée à l'influence des obstacles à la circulation aortique ou pulmonaire sur le développement de l'hypertrophie du cœur en général et de celle de ses ventricules en particulier (i). La collection de nouveaux faits, observés et analysés avec une grande attention , le rapprochement de ces faits de ceux relatifs à l'hypertrophie des organes autres que le cœur, nous ont fourni quelques nouvelles lumières sur les conditions qui président au développement de l'hypertrophie du cœur.

Nous avons vu que Corvisart, Dupuytren, Marandel , M. Cruveilhier, etc. , rattachaient au genre irritation l'acte / morbide sous l'influence duquel s'opère l'hypertrophie en ' général et celle du cœur en particulier. Pour distinguer ce mode d'irritation de tous les autres , nous lui conserverons le nom à' irritation nutritive, qui lui a été assigné par Dupuytren (2). Tous les auteurs étant d'accord sur ce

(0 Les obstacles dont il s'agit sont une cause directe et prochaine de dilatation du cœur; aussi , lorsqu'ils sonl très pui.^sans, donnent-ils à l'hypertrophie qui peut coïncider avec eux , la forme anèvrismale ou excentrique.

(a) Nous répétons à ceux qu'offusque le mol irritation, depuis qu'il egt devjepu pour ainsi dire le symbole d'une grande révolution médicale, qup , pour nous, l'expression CLirritaiion nutritive est cxaotemeul synonyme i^augmento-kion 4fi nutrition.

456 MALADIES DU COEUR EN PAUTICtLIER.

point, il ne reste plus qu'à déterminer les causes directes

ou indirectes de l'irritation nutritive du cœur.

Les causes directes, comme l'avait très bien remarqué Corvisart, sont principalement les exercices fatigans , les professions qui exigent de grands efforts, les affections morales qui excitent de vives palpitations, un régime stimulant, etc. Sous ce pointde vue, il en est du cœur comme de tous les autres organes en général , qui tous s'hypertrophient sous l'influence d'un exercice trop actif auquel ils sont habituellement soumis ( i) .

(i) Dans le mémoire que j'ai publié en 1824 sur l'hypertrophie du cœur, j'ai admis pour celle du ventricule droit une cause parlicalière , qu'il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici. Celte cause consisterait dans le passade d'une certaine quantité de sang artériel duns les cavités droites du cœur, par suite d'une perforation congénitale ou accidentelle de la cloison inler-auriculaire ou inter-ventriculaire. J'avoue que cette cause à'irrilulion ou d'excitation est un peu hypothétique. Il est néanmoins des considérations assez puissantes qui militent en faveur de notre opinion. En effet , chez les sujets des observations jS^, 76', jy', jg", qui tous étaient affectés d'une hypertrophie du ventricule droit, il existait une communication entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur, et partant la possibilité du passage d une certaine quantité du sang de ces dernières dans les premières. D'un autre côté, ne sait-on pas aujourd'hui que dans le cas de passage du sang d'une artère dans une veine, comme il arrive chez les sujets atteints de ce qu'on appelle en chirurgie un anèvrisme variqueux., la veine s'épaissil, s hypertrophie, s'arlérialiso, pour ainsi dire? N'est-ce pas jusqu'à un certain point un phénomène du môme genre qui s'opère lorsque le ventricule veineux s'hy pertrophie dans le cas indiqué plus haut? 11 s'artérialise , si l'on ose ainsi parler, comme la veine qui communique avec une artère. Et je me sers d'autant plus volontiers de cette comparaison, que pour expliquer l'hypertrophie du ventricule pulmonaire ou veineux , quelques auteurs, et Corvisart entre autres, avaient cru devoir imaginer une prédisposition organique native , une transposition des ventricules. Dans l'observation 79», Morgagni, à qui elle appartient, dit expressément: Ventriculus sinisier forma ernt quà solet dexier, et dexler vicissim quà stni>ter ; et quanquam hoc lalior, parietibus lamen crassioribus. Ce passage de Morgagni justifie en quelque sorte doublement notre comparaison.

Quoi qu'il en soit , en admettant que la cause dont nous venons de nous occuper exerce réellement quelque influence sur le développement de certaines hypertrophies du ventricule droit, il importe de renfermer cette influence dans de justes limites, et de ne pas négliger les autres causes qui pourraient agir de concert avec elle dans les cas où son intervention peut être légitimement admise.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'iIYrERTROPHÏE. 4^7

Mnis ce n'est pas toujours -d'une manière aussi directe que s'hyperlropliient les divers organes ei) général, et le cœur en particulier; et c'est ici que nous avons à présenter aux lecteurs quelques aperçus nouveaux sur lesquels nous appelons toute leur allention.

Tousles bons observateurs savent aujourd'hui combien il est fréquent de rencontrer un épaississement hypertrophique dans une foule d'organes qui ont été le siège d'une longue congestion inflammatoire , soit que cette congestion ait été chronique déprime abord, soit qu'après avoir affecté le mode aigu, elle ait fini par revêtir le mode chronique. Et ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que, dans les cas dont il s'agit, l'Iiypertrophie pure occupe les tissus voisins de celui où régnait l'inflammation plutôt que ce dernier lui-même (celui-ci s'épaissit bien, il est vrai , mais il est rare qu'il n'éprouve pas, en même temps qu'il s'épaissit, une altération de texture, un ramollissement ou une induration, par exemple). C'est ainsi que le tissu cellulaire, que les ganglions lymphatiques, etc., s'hypertrophient à la suite d'ulcérations chroniques de la peau et de certaines membranes muqueuses; c'est ainsi que les tissus fibreux des articulations, que les extrémités articulaires des os elles-mêmes s'hyperlrophient à la suile d'une inflammation chronique des synoviales articulaires; et pour passer à des faits qui se rallient plus prochainement encore à l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur, c'est ainsi que la couche musculaire de l'estomac, de l'intestin et de la vessie s'hyperlrophie assez fréquemment à la suite des phlegmasies dites chroniques delà membrane interne de ces viscères creux.

Il suffisait de généraliser ces faits, dont personne ne contestera la rigoureuse exactitude, pour établir à pr-i'on que l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur doit se rencontrer fréquemment à la suite des inflammations prolongéesou chroniques des membranes externe et surtout interne de cet

458 MALADIES DU COTUR EN PARTICUETER.

organe. Toutefois, ce n'est point ainsi que j'ai procédé pour paon compte, et ce n'est réellement qu'à posteriori, par voie d'ob-servaiion directe et non par \o\ed' induction et de généralisation , que je suis parvenu à établir que l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur est souvent consécutive à la péricardite et surtout à l'endocardite chroniques. Après avoir constaté que, sur les 33 cas bien décrits d'endocardite et de péricardite chroniques rapportés dans les deux premiers chapitres de cet ouvrage, il n'en était aucun où l'hypertrophie du tissu musculaire du cœur manquât, c'eût été réellement nier l'évidence que de ne pas reconnaître quelque rapport entre cette dernière maladie et les deux premières (i). C'est alors seulement que , rappelant dans mon esprit les faits d'hypertrophie des organes autres que le cœur, et considérant les connexions qui existaient entre elle et les phlegmasies dites chroniques de ces organes, je fus frappé de la similitude qui, sous le rapport que nous étudions, se trouvait entre l'hypertrophie du cœur et celle de tous les autres organes en général.

Ainsi donc, le mode de développement de l'hypertrophie musculaire du cœur, tel que nous venons de le signaler, n'est point un phénomène isolé, mais bien la confirmation nouvelle d'une /of que des faits déjà connus avaient démon trée(2).

(1) A ces 33 cas d'hypertrophie du cœur, il faut ajouter les ai que contient le présent chapitre, et qui, pour la plupart, confirment le rapport ci-dessus énoncé.

(2) Si c'en était ici le lieu , et si l'espace nous le permettait, nous montrerions de nouveaux points de contact entre l'hypertrophie du cœur et celle d'autres organes creux. Nous verrions que , pour les autres organes comme pour le cœur, l'hypertrophie coïncide souvent avec un rétrécissemenl de leurs orifices ( c'est ce qui arrive particulièrement dans beaucoup de cas d'hypertrophie des fibres charnues de l'estomac et de la vessie); que cette hypertrophie des organes autres que te cœur est souvent accompagnée de la dilatation, et quelquefois du rétrécissement de leur cavité; qu'elle est générale ou partielle, et que, par exemple, il y a une grande analogie entre l'hypertrophie des colonnes charnues dé la vessiè ( vesiies à coiontics ) et l'hVpertrophie dés éôroïihes musculâires dès cavités du cœur, etc.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'hYPERTHOPHIE. ^5<^ Cela étant posé, nous pouvons placer maintenant parmi lies causes indirectes de l'hypertrophie du tissu musculaire (du cœur, toutes colles qui peuvent donner lieu à une périicardite ou à une endocardite , avec cette condition formelle itoutefois, savoir, que ces dernières maladies ne sont, en jgénéral, suivies de la première qu'autant qu'elles se pro- 'longentet qu'elles affectent, comme on dit, le mode ou la forme chronique.

Il nous semble qu'on pourrait donner le nom à'hypertrO' jphie consécutive à celle qui se développe dans les cas dont :il vient d'être actuellement question , et le nom d'hfpertroiphie primitive à celle qui s'opère sous l'influence des causes (directes que nous avons indiquées plus haut.

D'après ce qui précède, on présume facilement quelle doit être la marche de l'hypertrophie du tissu musculaire idu cœur. Règle générale : d'après les faits nombreux contenus dans cet ouvrage et dans les autres monographies sur les maladies du cœur, l'hypertrophie du tissu musculaire ' de cet organe ne s'opère que d'une manière lente et graduée. De tous les cas particuliers que nous avons rapportés, deux : seulement semblent faire exception à cette règle (observ. iiS^et 117^). Chezles sujets de cesdeux observations, l'un âgé de 4o ans , l'autre de 22 ans , une hypertrophie considérable du cœur paraît s'être développée dans l'espace de trois semaines à un mois. Ces exemples d'hypertrophie aiguë du cœur ont besoin d'être confirmés. Nous n'avons pas la certitude, malgré l'assertion du premier des malades, dont nous avons recueilli nous-même l'observation, que sa maladie ne datât, en effet, que de trois semaines. Quant au second sujet, que nous n'avons point observé , et qui n était âgé que de 22 ans , nous ferons remarquer que la maladie du cœur à laquelle il succomba coïncidait avec un rhumatisme articulaire aigu (cet ouvrage fourmille réellement d'exemples de cette coïncidence). Or, il serait rigoureusement possible qu'on eut pris pour une Jbypertropkie

46o MALADIES DU COEUIl EN PARTICULIER,

proprement dite du cœur une sorte de tuméfaction ou de turgescence inflammatoire de cet organe. Ce sera bien là , si l'on veut, une hypertrophie du cœur ; mais en appliquant ce mot à l'état dont il s'agit, il est clair qu'on le détourne un peu de la signification qu'on lui avait jusqu'ici reconnue.

ARTICLE QUATRIÈME

ZBAITBUENI DE l'hYPEBTBOPHIB OU CCBOB.

Considérée en elle-même et indépendamment des autres maladies du cœur avec lesquelles elle peut être combinée, l'hypertrophie du tissu musculaire de cet organe doit être combattue par l'usage bien entendu des émissions sanguines et des sédatifs, secondés par le repos et par un régime alimentaire d'autant plus sévère que la maladie est plus avancée.

La fameuse méthode de Valsalva et d'Albertini ne trouve sa rigoureuse et stricte application que dans les cas où l'hypertrophie est réellement énorme. Et même dans ces cas extrêmes, on trouvera peu de malades doués d'une assez grande patience et d'une résignation assez stoïque, pour se soumettre sans réserve à une pareille méthode.

Dans une maladie qui ne peut céder que lentement et graduellement aux moyens qui lui sont opposés, il est bien difficile de formuler exactement le nombre des émissions sanguines que l'on devra pratiquer, en se conformant pour la quantité de sang à retirer chaque fois , aux circonstances d'âge, de force, de tempérament, etc. Chez un adulte, de force moyenne, affecté d'une hypertrophie du cœur d'étendue également moyenne , 3 à 4 saignées du bras, de 3 à 4 palettes, pourront être pratiquées dans le cours du traitement, et l'on y joindra i ou 2 applications de ventouses scarifiées sur la région précordiale, à la dose de 2 à 3 palettes chacune. Le mode d'action des émissions sanguines ,

HISTOIRE GÉNÉRAIE DE i'hYPERTROPHIE. 4^1 dans la maladie qui nous occupe, est si simple, que nous pouvons nous dispenser de l'expliquer.

De tous les sédatifs auxquels on puisse recourir, le plus efficace, le plus direct , c'est incontestablement la digitale: ce médicament, comme je l'ai déjà dit, est le véritable opium du cœur. Je n'insisterai point ici sur ses différens modes d'application ; je dirai seulement que je l'ai employé avec beaucoup d'avantage par la méthode endermique. Je fais oi'dinairement appliquer un yésicatoire sur la région précordiale, et chaque jour on recouvre sa surface de poudre de digitale, à la dose graduée de 6 à i5 grains. On diminue ainsi, comme par enchantement, le nombre et la force des battemens du cœur, et ce ralentissement des battemens du cœur constitue pour cet organe un véritable repos, une sorte de diète, dont on comprend facilement tous les avantages. Car, s'il est vrai qu'un exercice immodéré du cœur soit une des causes les plus prochaines de son hypertrophie, un des corollaires de celte proposition, :'c'est que la diminution d'action de cet organe constitue une condition éminemment favorable à lai'ésolutionde la maladie jijue nous venons de nommer. Par les émissions sanguines, )on enlève au cœur une portion de son stimulus naturel et Ide l'aliment indispensable à sa nutrition ; par la digitale on ïengourdit, on assoupit en quelque sorte le principe dynamique ou nerveux de l'action du même organe (i).

(i) Je me suis assuré un si grand nombre de fois de l'action sédative de la di- ;i;itale, que j'iii peine à comprendre comment un observateur tel que M. Laënnec la pu la mettre sérit-usemenl en doute. « J'avoue, dit-il, que l'action de la digitale >HK m'a jtuAis PARU BiKN ÉVIDENTE, et surtoul conslantc , même lorsquc la dose • était au point de produire des vomissemens et des vertiges. J'ai remarqué seule- '•ment, avec plusieurs praticiens qui se sont occupés des propriétés de la digitale, i»que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère sodvbkt les 1 «battemens du cœur, et que par la suite elle semble qublquefois les ralentir. » [(Ouv.cil.,t. U, p. 735.)

En vérité, je ne sais de quelle digitale M. Laënnec a pu se servir pour obser-

46!i MALADIES DU COEUTl J?ÏT PATlTlCUmn.

Le repos de l'esprit et du corps , un régime doux et ténu, quelques tisanes rafraichissanles , calmantes, telles que la solution de sirop d'orgeat, l'infusion de fleurs de til'eul et de feuilles d'oranger, jont autant de moyens qu'il ne faut pas négliger, et sans le concours desquels ( je parle surtout du repos et du régime alimentaire), on n'obtiendrait pas des émissions sanguines et des sédatifs tout le succès qn'on a droit d'en attendre.

On a vanté dans ces derniers temps l'administration de l'iode dans les cas d'hypertrophie du cœur. Je n'ai employé que chez un ou deux malades, et sans résultat avantageux, oet anti-hypertrophique , si puissant contre une fouis d'hypertrophies extérieures, où son emploi est bien plus £aiciie.

On constate la diminution de l'hypertrophie du cœuf parles méthodes d'exploration que nous avons fait connaître, en traitant des signes de cette maladie, et spécialement par la percussion , l'inspection et le toucher.

Les cas dans lesquels nous avons obtenu une notable diminution , sinon une complète disparition de l'hypertro-

ver les effets ci-dessus indiqués. Ce que l'expérience la plus exacte me permet d'afÊriner, de la manière la plus positive, c'est que U bonne digitale, dans let prcmitrs jours de son administration, n'accélère pas souvent les battement du cœur , et que non seulement elle semblr quelquefois les ralentir, mais qu'elle les ralentit bien réellement, et, chez plusieurs individus, dans l'espace de ai à 48 heures seulement. Nous avons fait descendre ces ballemens de loo et plus par minute à 48 , 44 » 56 et même aS.

Il esl bon de prévenir les praticiens que l'usage prolongé de la digitale, à une dose un peu forle, donne quelquefois lieu à un délire et à des liallurinalions qui peuvent persister pendant plusieursjours.il importe de suspendre i'aiiniinislration de la digitale , jusqu'à ce que l'accident que nous signalons ait disparu. Tout récemment encore (avril i!^55 ) , nous avons observé , pour la troisième fois, le délire produit par la digitale , chez un jeune homme, couché au n" a de la salle Saiiil-Jean-de-Di('u , où il fut admis |)0ur un rliumatisme articulaire aigu . compliqué de péricardite. Au bout de trois ou quatre jours de suspension de la digitale , les hallucmalionselle trouble des idées ont disparu. ( Le malade en a conserTé le aouTenir. }

HISTOIRE G^NÉRilLE liE i'aTROPHIE. ijôâ phie du cœur, sont assez nombreux. M. Laennec possédait une douzaine d'exemples de guénsons d'hypertrophie" simple ou avec dilatation du cœur, qui ne s'étaient point démenties depuis plusieurs années. Un seul de ces exemples est rapporté par M.Laejinec, et il est d'autant plus intéressant que le sujet ayant succombé à une autre maladie, deux ans après la guérison > M.Làennec constata par l'ouverture du corps que le cœur , loin d'être encore hypertrophié, était dans un état d'évidente atrophie (i).

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