‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 53 sur 80 · SECTION PREMIÈRE. OBSERVATIONS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE. OBSERVATIONS PARTICULIÈRES

Comme celle des artères, la dilatation du cœur est tantôt générale et tantôt partielle. Nous avons vu précédemment qu'elle pouvait coïncider avec un épaississement ou avec un amincissement des parois. Ladilatation avec épaississement constitue l'hypertrophie anévrismale ou excentrique (ané« vrisme actif ou hypcrtrophique), maladie à laquelle se rapportent une cinquantaine des observations contenues dans cet ouvrage. La dilatation avec amincissement des parois , ou l'anévrisme passif, est beaucoup plus rare que la précédent e.Corvisart en a rapporté quelques exemples. M. Fleury, de Clermont,a consigriélc suivant danslesBulletinsde la Faculté de médecine pour l'an xiii : chez un homme de 2 j ans, dont le péricarde renfermait trois pinteset demie desérosilé jaunâtre, les cai'ités droites du cœur étaient vrodigieusement

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dilatées et amincies , à tel point que l'orcilleUe était convertie en une espèce de membrane transparente, et que le ventricide afait tout au plus l'épaisseur qn 'ont ordinairement les oreillettes. Je vais rapporter un riouveau cas de celte espèce de dilatation. Je le ferai suivre d'une observation de dilatation partielle de la portion pulmonaire du ventricule droit , genre de dilatation dont l'observation 121" nous a déjà offert tin exemple.

Je ne consignerai point ici de nouveaux cas de dilatation des orifices ; je renvoie à ceux que contient la catégorie des observations d'hypertropbie anévrismale.

OBSERVATION IWe.

Homme de 5i ans. — Signes de Itiberculisation pulmonaire. — Ballemens du cœur faibles, presque sans im.piilsion » élenduç; bruits clairs, — Dilalation des ventricules cl surloiit du jçaiu'hi', dont les parois oui une épaisseur qui n'excède guère celle des parois du veiilricuje jlfj)il.

Mougenot (Jean-Nicolas) , âgé de 3i ans, garçon tailleur, ex-grenadier delà garde impériale , d'une consiiiution lymphaticjue, poitrine longue et élroile , peau blanche et fine , poils rouges , d'un caractère très doux, entra à l'hôpiial Cochin, le 3o juillet 1822. Il disait avoir éprouvé plusieurs rhumes très forts, accompagnés de crachemens de sang; il avait beaucoup maigri , surtout depuis six mois, et présentait d'ailleurs les phénomènes suivans : toux, crachats épais, abondans, muqueux verdatres , non mêlés de sang depuis six semaines , perte d'haleine, essoufflement au moindre exercice; on entend un raie avec gargouillement, et urié pectoriloquie très forte dans presque tout le côté droit de la poitrine : d'Ans plusieurs autres points le râle ressemble à tin lé^er claquement.

Les battemens du cœur sont étendus et ne présentent qu'une impulsion très faible ; les bruits de cet organe sont clairs, et le premier ne diffère guète du iècond, qu'en ce qu' d est un peu

DILATATION DES CAVITÉS ET DES OIUFICES. 5j9 plus prolongé i hs dcua; bruits s'entendent même à la partie postérieur(\ de la poitrine (i).

Lapgue sèche, rosée; soif, inappétence, nausées et quelfjiierois vomissement après les quintes de toux, devoiemenl sans coliques ; chaleur à la peau , sueurs nocturnes ; pouls petit ^ fréquent et faible; lièvre hectique, simulant un peu une Gèvre .intermittente quotidienne, insomni^;

Prescriptioiv. — Gomme édulc; look} quart.

12 août. Un point pleuréiique se manifeste dans la région du téton droit; pectoriloquie dans les deux côtés de la poitrine; gargouillement ou respiration souffIan|,e.

Les battcmens du cœur sont faibles et sans impulsion , toujours accompagnés d'un bruit clair.

Prostration, pâleur et décoloration de la peau , menace de siiffocation.

17. Défaillances, obscurcissement de la vne fréquent; agonie. Mort tranquille dans la nuit du 17.

Autopsie cadavérique , 18 heures après la mort.

1° Org. circulât, et resp. — Dans le côté droit de la poitrine, existent des fausses membranes de consistance Variable : à la base et au milieu , elles sont molles, pulpeuses et injectées; elles s'épaississent considérablement vers le sommet, où leur présence semble destinée à prévenir Tépanchement de la malière tuberculeuse dans le sac de la plèvre. En effet, tout le poumon droit forme une grosse masse de consistance hépatique, creusée, dans sa moitié supérieure , d'un très grand nombre d'excavations. Incisée en plusieurs points différens , la substance présente un aspect grenu, et nullement spongieux; à la surface des inçisions se voient les ouvertures de plusieurs tuyaux bronchiques. Cette substance est d'un gris noirâtre j elle est

(1) Ces signes nous firent annoncer dès le premier abord uné dilatation avec amincissement des ventricules.

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parcourue par des lames demi-transparenies , comme lardacées , appartenant à la plèvre épaissie qui tapisse les scissures pulmonaires. Le poumon gauche, moins volumineux que le précédent, est crépitant à son bord antérieur, tandis que son bord postérieur est gorgé de sérosité, et contient des tubercules granuleux. On trouve çà et là dans ce poumon plusieurs foyers tuberculeux de médiocre étendue. Les ganglions bronchiques, volumineux et noirs, sont transformés, dans leur centre, en une substance blanche et pultacée; les bronches sont rouges, tapissées de mucosités, et d'une matière grumeleuse provenant des cavernes pulmonaires. — Le côié gauche de la poitrine contient une médiocre quantité de sérosité citrine ; on y trouve peu d'adhérences.

Le cœur est volumineux pour unphthisique : ses parois sont molles, flasques et affaissées. Le Dentiicide droit est un peu plus ample que dans l'état naturel; le -ventricule gauche est plus grand que le droit. Cette dilatation anévrismale a lieu aux dépens de V épaisseur des parois, qui n excède guère celle des parois du -ventricule droit. — Les oreil le t tes ne présentent pas de changemens considérables, soit dans leur étendue, soit dans leur épaisseur; leurs valvules offrent une rougeur violette.

Org. dig. et annexes. — Le foie, volumineux, est moins compacte que le poumon droit du sujet, un peu ramolli et très facile à déchirer. — L'estomac, très ample, offre à sa surface interne une rougeur violacée et comme anévrismatique ; la membrane muqueuse, ramollie, s'enlève très facilement, laissant au-dessous d'elle des réseaux vasculaires injectés. — Le jéjunum et le duodénum offrent une rougeur et une injection semblables à celle de l'estomac : cette rougeur est continue, tandis que dans l'iléon elle est interrompue par des espaces plus ou moins considérables d'une pâleur notable. Les parois intestinales sont molles et infiltrées. — Le gros intestin, très long,

DILATATION DES CAVITÉS ET DES ORIFICES. 52 l

contient des matières demi-liquides, et est généralement injecléjon y rencontre des ulcérations très nombreuses, surtout dans le cœcum, où elles sont fort étendues et d'une forme alongée.

OBSERVATION 148» (i).

Homme de 49 ans. — Affeclion scorbuliquc — Teinte livide et bleuâtre du ' risage et siirioul des lèvres. — DilatHlion de la portion [)ulinonaire du ventricule I droit. — Communicalion entre les deux oreillettes au moyen du irou de Botal I non oblitéré , etc.

Lexmelin, âgé de 49 ans, d'un tempérament bilieux, ; perdit, il y a environ un an, une place qui était son seul ! moyen d'existence. Depuis lors, il fut en proie à un violent I chagrin, et obligé de faire usage d'une mauvaise nourriture. Une tristesse profonde, une langueur générale de toutes les fonctions, suivie bientôt de tous les symptômes qui caractérisent le scorbut, obligèrent le malade à entrer dans un hôpital : il fut placé à Saint-Louis , le 21 juin 1819. — On observait alors les symptômes suivans : air triste, visage pâle, blême; bouche mauvaise, exhalant une odeur des plus fétides et que le malade ne pouvait supporler luimême ; gencives ramollies , saignant facilement. Vaste irj,filtration sanguine à la.jambe et au pied droit, taches sur diverses autres parties du corps, mais moins étendues, circonscrites, et pour la plupart analogues à des piqûres de puce; engorgement considérable du genou ; pouls petit , misérable, mais régulier; langueur et sorte d'apathie générale, impossibilité de marcher ou de se tenir debout : d'ailleurs, nulle douleur locale. Le malade tousse de temps en temps.

(1) J ai recueilli cette observation en iSit), lorsque j'étais interne à l'hôpital Saint-Louis. Elle fut publiée dans le Journul de médecine, rédigé par MM. Béclard, Jules Cloquet, etc. Je ne crois pas qu'à celte époque on eût encore signalé la dilalatiou partielle du ventricule droit.

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On applique sur le pied et la jambe des compresses imbibées d\ilcQol camphré; on prescrit au malade de la tisane de houblon, du vin anti-scoibuti(}ue, et un gargarisme avec l'esprit de cochléaria , et la décoction de. quiiujtiina acidulée. - Ces moyens continués pqqdant un n^ois n'opèrent presqueaucun changeiiienl dans l'état général dumalade ; seulement les symptômes locaux s'affaiblissent.

20 et 2x juillet — Hcmorrliagiebuccale très considérable. (Le malade évalue la perte de sang à deux verres.) — Jusqu'ici l'affection scorbutique avait exclusivement atlirénotre attention , mais alors la toux légère que le malade éprouvait à son entrée étant devenue presque continuelle et très fatigante , les lèvres ayant pris une couleur livide et bièuâtrë, là façê s'étant pour àiiisi dire bouffie, on ne pouvait plus méconnaître l'existence d'unelésion organique du poumon et du cœur. La dyspnée se prononça de jour en jour davantage, eten même temps les taches scorbutiques et l'engorgement du genou se dissipèrent.

4 et 5 août — Oppression plus forte, étouffemens, inquiétude ; visage légèrement livide, altéré et pour ainsi dire mourant. — Mort, le 5 août à trois heures après lîTidi, dans une sorte d'asphyxie.

Autopsie cadaç'érique.

1° Ôrg. circulât, et respirai. — Epanchement d'une sérosité jaunâtre dans le péricarde. — Dilatation des cavités droites du cœur : là cavité du ventricule droit était double de r état normal. C'était surtout à gauche, du côté de V artère pulmonaire, que ce ventricule s'était dilaté ; là il formait en quelque sorte un troisième ventricule intermédiaire aux deux autres. — Les parois ventriculaires n'étaient pas sensiblement amincies. Les colonnes charnues étaient très multipliées. Le tissu musculaire du cœur était pâle, flasque. Varf ère pulmonaire, dilatée, offrait un calibre double deceluide l'aorte. Les cavités droites et les veines-caves étaient gor-

DILATATION DES CAVITES ET DES OTIIFICES. SsS ifées d'un sang noir et coagulé ( le foie lui-mêmç était pour liinsi dire inondé de ce liquide.)

Les doux oreillettes communiquent entre ellesau moyei^ jdu trou de Butai largpmeiït opvert. L'ouverture dq commr iiunication est arrondie , sans déchirure, et offre Ip di^t nfBètre d'une pièce de 20 squ?.

Les poumons, et surtout le gauche, étaient parsemés dd'une innombrable quanlilé de granulations. La plèvre qu^ lies recouvrait adhérait de toutes parts à la plèvre costale, a^u moyen d'une couchp celluleuse, plus dense et plus épaisse à|i ganclie qu'à droite;.

2° Org. di'g^—s L'estoniac offrait çà eX là i\es points où la nniembrane muqueuse était d'un rouge brun ; elle étajtblaucçhe ailleur s, ce qui lui donnait comme un aspect marbr^.

3^ Habit, ejitér. — Le tissu cellulaire du genou gauche eétait épaissi ; il n'y avait épanchement d'une patière al- Ibumineuse ni daps l'articulation, iii d^ns lesfïii^scles, etc. , eelç.

4° Sy^t. nerv. — Le cerveau nous parut tout-à-fait saini

SECTION DEUXIÈ.VIE.

PI§fQJI|Ç GENERALE DE LA DILATATION DES 6A.VITES

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