‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource] (volume 2)Chapitre 7 sur 80 · S III · texte numérisé non relu

S III

Jeune homme de aS à 3o ans.- Ancienne pleuro-pneumonic- Palpitations, firu.t de soumet, oppression. - Phlébite et abcès à la suite d'une saignée. - Mort rapide, après l'explosion de phénomènes cérébraux, environ deux ans après la pleuro-pncumonie. — Plaques laiteuses sur le péricarde , traces d'un'e ancienne pencardite. - Induration fibro-cartilagineuse des valvules gauches, avec végétations sur les valvules aortiqnes. - Epaississement de la membrane interne de l'oreillette gauche. - Hypertrophie du cœur. - Plaques jaunes, fibreuses , dans l'aorte et les troncs qui en naissent, etc.

Un jeune homme, âgé de 20 à 3o ans, avait été admis dans le service de M. Lerminicr, pour y être traité d'une

d un rhumatisme goutteux. Encore un exemple d'une endo-péricardite coïncidant avec un rhumatisme articulaire aigu.

Obs. 57». — Vaclin ( René ) , âgé de 60 ans , fruitier, d'une constitution vigoureuse , est entré à la Charité le 5 septembre 1S28. Battemens du cœur forte, réguliers, durs , accompagnés de bruits sourds, étouffés, mais .sans souffle distinct; pouls également fort, dur et régulier; teint blafard, pâle; infiltration médiocre des membres; ascite; oppression; demi-orthopnée. — Mort le a4 octobre i8a8.

Autopsie cadavérique 24 heures après la mort. * Membres inférieurs très légèrement infiltrés; l'abdomen contient une grande quantité de sérosité citrine. Viscères abdominaux comme lavés. Congestion sanguine dans tous ces viscères. Veine-purte dilatée. Sérosité jaunâtre, claire, dans chaque côté de la poitrine, mais principalement à gauche.

Cœur trè.s volumineux , ce qui dépend en partie de la présence d'énormes cail' lots dans ses cavités, dans les oreillettes surtout. Vidé de ces caillots, il offre une forme plus poinlue que cela n'a lieu ordinairement dans l'hypertrophie. Le ventricule gauche est très peu ou |ias <lilalé ; il est hypertrophié . d'une consixlance ferme. Sa membrane Interne semble généralement un peu épaissie, opaque; on y voit diverses petites plaques d'un blane narré nu ar^cnlé. L'une d'elles , de la grandeur d'une pièce de dix sous, est par fuilemenl semblable aux plaques dites LkntvsKi du péricarde. Une colonne charnue est entourée dune production semblable à celle plaque Fers la base des valoulcs aorliques , l'cpaississcment t.sl plus considérable ; tin y trouve des plaques libro-cartiln^lneuses et calcaires; les luilvulct elUs-mâmes sont un peu épaissies , mais l'orifice aorlique est libre et bien conformé.

Aucune rougeur dan$ les çqvilés du cœur. Les parois des oreillettes sont sensiblemenl épaissies. \

DEUX. CÂTÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. "^y ipleuro-pneumonie (i). Il en sortit dans un état deguérison cen apparence complète. An bout de deux, ans, il rentra dans lie même service, se plaignant alors de palpitations et d'op- ^pression.

Les batteraens du cœur étaient très forts et très étendus ; iils étaient accompagnés d'un bruit de soufflet, que l'on eentcndait aussi dans les principales artères, telles que H'aorie, les carotides, les iliaques externes ; le visage était Ibouffi et les membres inférieurs commençaient à s'infiltrer.

A la suite d'une saignée du bras, ce membre s'enflamme, ide petits abcès s'y manifestent; des symptômes cérébraux sse déclarent , et le malade succombe.

Autopsie cadavérique, le 22 septembre 1828.

Visage bouffi ; une certaine quantité de sérosité dans le ttissu cellulaire des membres inférieurs et du tronc ; ascite 1 légère.

La surface du cœur est parsemée de plaques , blanchâttres, laiteuses, indice d'une ancienne péricardite. Lescavités idu cœur sont remplies de caillotsdesangd'un jaune d'ambre.

Le cœur est très valumineux, double du poing du sujet. SSon tissu musculaire est ferme et rosé. Le ventricule gaucche , arrondi , comme dodu , pour ainsi dire , est à la fois [hypertrophié et dilaté : sa cavité est d'un bon tiers plus tgrande qu'à l'état normal et ses parois ont au moins six liignes d'épaisseur à la base.

Le ventricule droit est également un peu hypertrophié f et dilaté. — L'oreillette gauche n'est pas sensiblement dillatée, mais ses parois sont considérablement hypertroiphiées; sa membrane inferne est épaissie, opaque, un peu ) rugueuse, comme il arrive à la suite d'une inflammation

(1) M. le docteur Rpynaud , alors interne dans le fervice de M. Lerminipr, I exaniinii plusieurs fois le m;ilade, U est [irobable que la ()leiiro-pnpumonie fut ' I accompagnée d'une péiicardile, dobt nous iudiqueruns plus tard les suites.

7» JIALADIES DD COEUR EN PARTICUtlER.

chronique. Elle n'oifre point de rougeur , non plus que la portion qui tapisse les autres cavités du cœur.

Les valvules aortiques sont incrustées de plaques fihro-cartilagiiieuses et hérissées de végétations verruqueuses , analogues aux "végétations ^vénériennes . Ces végétations sont très multipliées sur le bord libre des valvules , assez rares à la base de celles-ci, oie elles occupent la partie la plus voisine de l^ orifice ventriculaire. Quelques-unes sont composées d'une matière demi-transparente , gélatinij orme ; d'autres , d'une matière blanchâtre , friable , s' écràsant facilement sous le doigt en plusieurs fragmens de consistance caséeuse ou tuberculeuse. En général , ces productions ressemblent exactement à certaines granulations pseudo membraneuses qui se développent sur les membranes séreuses chroniquement enflammées. Les 'valvules sont d'ailleurs épaissies, surtout celle qui avoisine le plus l'orifice auriculo-ventriculaire gauclie ( cette dernière est triplée d'épaisseur) ; elles sont dures , comme fibro-cartilagineuses , un peu ratatinées , mais pas notablement dejormées.. L'orifice aortique est un peu rétréci.

La valvule biscupide est également épaissie, indurée,, surtout dans sa lame supérieure ou aortique, qui est comme, cartilagineuse.

La sui'face interne de l'aorte, des carotides primitives, des iliaques primitives et des troncs qui en naissent, inégalement rosée ou rouge, surtout à la partie la plus déclive, était parsemée de plaques plus ou moins épaisses, irrégulières, les unes très petites, les autres plus étendues (de la grandeur d'une pièce de dix sous , par exemple) ; en quelques points, au lieu de plaques, on rencontrait une matière furfuracée ou analogue à des grumeaux de lait caillé, s'enlevant par le raclement, à l'inslar des fausses membranes encore assez récentes (i). Il n'existait nulle part de lames

(i) Il est probable que le bruit de soufflet des artères était dû à la présenCé

DEUX. CATÉG. d'oBSERV. d'eNCOCARDITE. "79

osseuses ou calcaires. Les parois artérielles étaient générâlemeniuu peu hypertrophiées.

Le foie et les poumons étaient gorgés de sang et de sérosité.

Le cerveau offrait une bonne consistance. On ne trouva pas de traces d'inflammation dans les veines du membre où s'étaient formés des abcès.

OBSERVATIOX 59e.

Femme de 4> ans. — A la suite de douleurs dans les membres inférieurs, .jiaipilalions cl oppression, infiltralion. — Bruit de râpe, frémissement cataire dans la région du cœur. — Fluclualion dans les veines jugulaires, etc. — Mort cinq ans environ après les premiers acridens. — Plâqiies laiteuses à la surface extérieure du cœur. - Induiaiion et déformai ion des valvules Iricnsiiide, aorliqucs et bicuspidc; granulations en forme de ( iiouv-fleuis sur l'une des lèvres de relte di rriière , qui est transformée en un anneau Cbio-earlilagineux ou osseux, dont l'ouverture admet à peine le bout du petit doigt. — Hypertrophie et dilatation du cœur, etc.

Bruand (Julienne), âgée de 4i ans, giletière, mariée, réglée à 17 ans ( elle a cessé de l'être depuis 3 mois), d'une assez bonne constitution , née d'une mère qui paraît avoir succombé a une maladie du cœur (élouffement , œdème des membres inférieurs , etc. ) , fut admise dans le service clinique, le 27 avril i833. Il y avait cinq ans qu'à la suite d'une course , elle fut prise d'une maladie qu'elle appelle une courbature des membres inférieurs (i). Les symptômes se calmèrent sous l'influence du repos et de la belle saison, mais reparurent l'hiver suivant, pour se dissiper de nou-

des plaques ci-dessus , lesquelles avaient pour effet d'augmenter le frottement que la colonne sanguine exerce normalement contre les parois artérielles. Le frottement devait être d'autant plus considérable dans ce cas , qu'il existait une hypertrophie du ventricule aortique.

(1) Depuis que de très nombreuses observations nous ont appris combien il est fréquent de voir les maladies du cœur coïncider avec le rhumatisme, nous sommes disposé à croire que cette prétendue courbature des membres inférieurs pouvait bien être un véritable rhumatisme.

8o MALADIES DU CœUR EN PillTICULTETl.

veau à la belle saison. Depuis deux ans, la maladie de cette femme a Tait des pro{,'rès continuels. H y a tin an qu'elle fut placée à I Hùlel-Dieu, où on lui lit une application de sangsues. Les principaux symptômes qu'elle dit avoir éprouvés sont de l'oppression, des pal|)ilations , de l'œdème des membres inférieurs, de l'insomnie avec des réveils en sursaut et des rêves bizarres.

Etat au moment de l'entrée :

Pendant le repos au lit, les batteniens du cœur sont assez modérés; néanmoins , la main appliquée sur la région précordiale est repoussée par une masse volumineuse et résistante, et éprouve la sensation d'un léger frémissement vibratoire. La matité est peu étendue, ce qui tient à la présence d'une lame du poumon qui recouvre le cœur. Dans toute la région précordiale, et même plus loin, le double claquement du cœur e-.t remplacé par un bruit de râpe qui semble continu. Au-dessus de la région précordiale, on entend un peu le second claquement valvulaire, biçn qu'il soit mêlé au bruit de râpe ou de frottement. Les bruits du cœur se font'entendre à la partie postérieure de la poitrine, où ils paraissent sourds et lointains; on dislingue aussi le bruit de râpe ou de scie, surtout pendant la systole.

Les veines jugulaires offrent une fluctuation très prononcée : elles se dilatent considérablement pendant les fortes expirations, et s'affaissent pendant l'inspiration.

Le pouls est mince, petit, assez régulier, à 80 pulsations par minute. Intiltralion légère des membres inférieurs avec refroidissement des exlréniilés. Lèvres violettes, visage exprimant l'anxiété; lendance aux défaillances.

La poitrine résonne assez bien, et la respiration se fait entendre partout; ai inspirations par minute.

Ventre souple , un peu de dévoiement. Le foie ne dépasse pas le rebord cartilagineux des fausses côtes.

DEUX. CATÉG. d'oIBSERV. D'eNDOCARDITE. 8i

Diagnostic. — huluration des •valvules gauches du cœuf avec réti-écissement d'un orifice. — Hypertrophie du cœur.

"Pbescription. — Une saignée de trois palettes; till. orange édulc; jul. gomm. teint, digit. x a bouilL; 3 potag.

29. Le sang fourni par la saignée est très séreux et ne présente pas de couenne.

Le i4 mai , une nouvelle saignée fut pratiquée. Après un soulagement momentané , la malade retombe dans le même état dyspnéïque. Le 19, son visage est plus altéré et il prend un aspect cholérique ( œil enfoncé , teint terne , livide) ; elle expectore des crachats d'un rouge brique, paraissant presque entièrement formés d'un sang altéré.—» Elle succombe , le 22 , à 7 heures du soir. La veille de sa mort, comme les jours précédons , on avait ausculté la région du cœur et les deux bruits étaient toujours remplacés par le bruit de râpe ou de scie. A i pouce et 1/2 ou 2 pou- . ces au-dessous de la clavicule gauche, le claquement valvulaire se faisait entendre assez distinctement, bien qu'un peu mêlé de souffle.

Autopsie cadavérique, 38 heures après la mort.

1° Habit, extér. -— Cadavre dans un demi-mai'asme. Les membres inférieurs sont simplement empâtés.

*° Org. respir. etcirculat. — Deux, verres de .sérosité sangui*nolente dans le côté droit de la poitrine. La partie inférieure du poumon droit est rouge, injectée, et adhère avec le péricarde par de fausses membranes récentes. Cette partie du poumon, surtout antérieurement, ne crépite pas et a perdu son élasticité : elle est hépatisée, infiltrée de sang et de pus. La membrane muqueuse des bronches est violette et épaissie.

Il existe aussi un peu de sérgsité à gauche. Le poumon de ce côté est dans l'état normal. Il y a une légère congestion en arrière.

Le cœur, d'un volume double du poing du sujet, remonte vers les deux tiers supérieurs du sternum , et n'est éloigné ^' 6

8a MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

que de 2 à 3 p. de la clavicule gauche. // est recouvert dans ses deux tiers gauches par une épaisse lame du poumon^ce qui fixplique pourquoi la matité était moins étendue qu' elle aurait du Vétre d'après le 'volume du cœur. Sa pointe, tournée plus à gauche que dans l'état normal , est mousse, épaisse, arrondie. Le péricarde contient très peu de sérosité.

Le cœur pèse avec les caillots qu'il contient , 63o grammes.

Sur la partie antérieure et moyenne du ventricule droit , il existe une plaque fibreuse , laiteuse , de la largeur d'une pièce de i fr. à peu près. Cette fausse membrane, trace d'une ancienne péricardite, se détache assez facilement de la séreuse, qui est saine. — L'oreillette droite présente aussi dans la moitié de son contour des fausses membranes analogues à la précédente. Il existe en outre quelques péiéchies (et sur les cavités gauches quelques véritables ecchymoses ). L oreillette droite est gorgée de beaucoup de sang coagulé , très noir. Le ventricule droit contient des caillots dont quelques uns sont décolorés. L'orifice auriculo-ventriculaire droit n'est pas sensiblement rétréci ; mais la valvule est déjormee, très épaisse, chagrinée , et crie sous le scalpel. Les valvules aortiques sont épaissies à leur bord libre , ratatinées et transforpiées en un tissu fibro- cartilagineux. U orifice aortique h est pas sensiblement rétréci. La ^valvule mitrale est déformée : ses principaux tendons sont énormément hypertrophies , et ressemblent cl de grosses cordes. Les lames de cette valvule sont indurées , pétrifiées , et l'orifice ressemble à une /ente bordée de deux replis saillans ^ qui imitent le museau de tanche. Sur la lèvre inférieure de cet orifice , il existe des granulations arrondies, friables, groupées en forme de choux-fleurs , du 'volume d'une tète d'épingle, et d'une couleur rouge. Fu du côté du 'ventricule , l'orifice ressemble à une fente infundibuhforme; les deux lames de la -valvule qui bordent cette fente sont considérablement épaissies et transformées en un tissu ftbrocartilagineux. Cest 'vers son bord adhérent , qui fait saillie

DEUX. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 83

du côté de l oreillette, que la valvule est pétrifiée. On peut à peine introduire le petit doigt dans ï orifice auriculo - 'ventriculaire gauche. U oreillette gauche, d'un bon tiers plus développée que dans l'état normal, est notablement çpaissie (les parois ont i 1. et demie à iîl. d'épaisseur). Ze 'ventricule gauche a une capacité qui est aussi d'un quart plus considérable que dans Cétat normal. Ses parois ont 8 à g l. d'épaisseur, t— . La cavité du -ventricule droit est un peu plus considérable que celle du gauche; ses parois ont 3 /. et demie d'épaisseur. Ses colonnes charnues sont très multipliées. L'oreillette droite est dilatée, épaissie , et les colonnes de l'auricule sont très développées .

Le tissu du cœur est généralement rouge et ferme , surtoiit vers le point où existait la fausse membrane du péricarde. La membrane interne du cœur est un peu rouge.

L'origine de l'aorte présente quelques plaques blanchâtres, qui se rencontrent aussi dans le reste de son étendue ; une légère ligne rouge existe à sa partie la plus déclivée.

Org.dig.etannex. — Le foie , gorgé de sang, est d'un brun noirâtre; il est plus dense que dans l'état normal. La rats adhère avec la portion correspondante du diaphragme ; elle est, atrophiée et réduite au quart de son ■volume. Son tissu est dur^ contracté ^ et contient peu de sang. — Les reins sont petits, décolorés. — L'estomac est très ample , d'un rouge foncé , pointillé (en quelques points , la rougeur est vive). La membrane muqueuse est ramollie , surtout dans le grand cul-de-sac. — Les intestins sont aussi fortement injectés vers la fin; dans le commencement ils.présentent leur blan* cheur accoutumée. — U n'existe aucun développement des, follicules.

MAtADIES DU COEUR EN PARTICULIEE.

Femme de 54 ans. — Affeclion aiguë de poitrine, dont la malade ne se rétablit pas complètement. — Etouffement , infiltration, palpitations, bruit de râpe dans la région du cœur ; frémissement cataire dans cette région , ainsi que dans les carotides; pouls veineux. — Mort trois ans après l'affection de poitrine. — Traces d'une ancienne pleurésie et d'une ancienne pùricardite. — Epaississemenl partiel de la membrane interne du cœur. — Induration, epaississemenl, végétations des valvules gauches et delà valvule tricuspide. — Hypertrophie et dilatation du cœur en général ( la dilatation affecte surtout l'orilîce auriculo-ventriculaire droit, et l'oreillette correspondante). — Plaques et épaississement de l'aorte. — Dilatation des grosses veines.

Clotilde Caron, âgée de 54 ans, femme de ménage, d'une constitution grêle, mariée, ayant mené une vie pénible et éprouvé beaucoup de chagrins, fut admise à la Clinique le i6 avril i834. Elle s'était assez bien portée jusqu'au moment de la cessation de ses règles , il y a 12 ans. Mais depuis lors, elle a, dit-elle, toujours //-flzWe. En i83i , elle fut prise tçut-à-coup d'une grave affection de poitrine, pour laquelle elle passs^. 29 jours dans le service de M. Récamier. On lui appliqua des sangsues au creux de l'estomac et un vésicatoire sur le côté. Depuis ce temps, elle est restée sujette à des paip itations et à des étoufl'emens (elle n'était pas entièrement rétablie, quand elle reprit ses occupations ).

Elle est rentrée un an après à la Pitié, où elle est restée 36 jours (chez M. Serres). En sortant, elle a pris un ou- Trage moins pénible. 7 à ,8 mois après, elle est entrée à Necker, où elle est restée jours.

Elle a été admise, le 7 janvier iSS^, chez M. Dalmas à la Charité, où on lui a fai t, dit-elle, 5 ou 6 saignées assez rapprochées, des applicat ions de sangsues, de glace, des frictions de digitale ; on 1 ui a donne aussi des potions de digitale. Elle en est sortie Je 12 mars, et est restée chez ellejusqu'au 16 avril.

État au moment de Vei itixe dans la salle de clinique.

DEUX. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 85 Amaigrissement, teinte jaunâtre de la face qui est souffrante, nnxiée , yeux cernés, lèvres d'un pâle violet; jambes enflées depuis une quinzaine de jours ; décubitus assis, orthopnée.

Poitrine bombée , offrant deux saillies assez considérables au niveau de l'arliculation dés deux premières pièces du sternum.

Douleur dans la région précordiale , s'exaspérant par la toux, la percussion. Pouls comme fluctuant, égal dans les deux bras, assez fort et dur, à lôo - ii2 par minute. Veines jugulaires très gonflées.

Résonnance à gauche jusqu'à la 4^ côte, où le son commence à diminuer; et de là, jusqu'à la 7^ côte, matité : cette matité est de 4 pouc. et demi transversalement, et de 4 pouc. et demi de haut en bas, Les battemens du cœur, durs et secs, ne se fgnt pas sentir jusqu'à la limite inférieure de la matité. Frémissement cataire dans le 5» espace intercostal, où les battemens frappent la main avec plus de force ; dans le même point, bruit de scie continu qui absorbe le bruit du cœur, et dont le maximum d'intensité occupe la région des orifices gauches , la partie moyennegauche du sternum. Là , les bruits du cœur sont si forts qu'ils imitent une sorte de tictac de moulin qu'on entend de loin. Ces bruits se font entendre à gauche et à droite sous les clavicules , et on les distingue même à la partie postérieure du thorax.

Insomnie, spasmes et étouffement , surtout la nuit.

Urines très rares.

Diagnostic. — Hypertrophie et dilatation générale du cœur, — Induration des valvules gauches , sans notable rétrécissement des orifices.

Prescription. — Till, orang.; vésic. rég. précord. avec poud. digit. xij gr. pour pansem,; 2 bouilL, a tasses de lait.

Les jours suivans, les phénomènes persistent. Un frq-

missement vibratoire très prononcé se fait sentir dans la région des carotides et des sous-elavicres : un double bruit de râpe accompagne le claquement valvulaire sans l'enacer complètement. Le pouls tombe à y6 pulsations, et conserve assez de largeur. Il existe dans les veines jugulaires* une pulsation isochrone à la systole ventriculaire (pouls veineux), ce qui nous fait présumcir une insuffisance de la Valvule tricuspide.

On continue la digitale par la méthode endermique^ et on la donne aussi à l'intérieïir, ainsi que le sirop de pointes d'asperges.

Cependant l'état de la malade ne s'améliore point , le dévoiement s'ajoute aux autres accidens, et les traits se décomposent. Le bruit de râpe ou de scie est très fort et à peu près égal pendant les deux mouvemens du cœur. Les battemens de cet organe ne sont pas accompagnés d'une impulsion bien forte ; ils conservent leur régularité , ainsi que le pouls (celui-ci est un peu vibrant) ; l'infiltration gagne les membres supérieurs.

Le 23 mai, cinq semaines après l'entrée, la malade, épuisée par l'étouffement et l'insomnie , expire dans un état semi-comateux (à dix heures du matin).

Autopsie cadavérique , heures après la mort.

i" Habit, extér. — Infiltration considérable des membres inférieurs, avec peau tendue, luisante. Infiltration des mains et des avant-bras. (Il existe une ascite légère.)

Saillie peu considérable de la région mammaire gauche.

Infiltration du tissu cellulaire du tronc sur les parties postérieures et latérales.

Dilatation des veines jugulaires externes, qui contiennent un sang noir. (Les veines jugulaires internes égalent en Vôlume la veine cave super, à son état normal. )

â° Org. circul. et respir. — Un peu de sérosité dans la cavité du thorax, surtout à droite.

DEUX. CATÉG d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. 8-7

Mesure de la portion du cœur non recouverte par le poumon :

Veiiicalpmrnt ^ P- 9 l'?-

Transversalement 5 p. 6 lig.

Le cœur, encore contenu dans le péricade, remplit à peu près'les deux tiers de la cavité pectxirale gauche.

11 y a deux cuillerées de sérosité roussâtre dans le péricarde, que pourrait contenir la tête d'un enfant de 3 à 4 mois. Malgré sa distension , le péricarde n'est pas aminci ; son feuillet pariétal est poli et injecté comme à l'état normal.

Le cœur, presque aussi gros que celui d'un veau , est entouré de graisse, à droite surtout.

Vers l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen du ventricule droit, existe une large plaque laiteuse, véritable fausse membrane fibreuse ; il en existe de semblables dans la portion de l'aorte sur laquelle se réfléchit le péricarde , ainsi que sur l'oreillette droite. Les plaques étant enlevées , on voit au dessous d'elles le feuillet viscéral sain, et la graisse qui recouvre le cœur.

Les oreillettes et les ventricules sont gorgés de sang.

La pointe du cœur regarde presque transversalement à gauche.

Diarnètre transTersal 8 p. 6 lig.

De l'insertion de l'aorte à la pointe du cœur 5 p.

Circonférence à la base du cœur 1 1 p.

Tous les vaisseaux qui partent du cœur et ceux qui s'y rendent ont un volume presque double de l'état normal.

Poids du cœur, non vidé du sang qu'il contienl, et avec l'origine des gros vaisseaux g5o gram.

L'hypertrophie du cœur occupe toutes les cavités; elle est plus marquée dans les cavités droites.

Le ventricule droit contient un caillot entortillé autour

des colonnes charnues ; ce caillotest décoloré, adhérent, et se prolonge dans roreillelte droite qu'il distend. Il est entouré de caillots noirâtres , de formation plus récente.

Les cavités gauches contiennent un peu de sang noir coagulé.

Poids du cœur, lavé, vidé, avec l'origine des gro* vaisseaux 688 gram.

Cavité du ventricule droit, d'un bon tiers plus considérable qu'à l'état normal.

Circonférence de Tarière pulmonaire 5 p. 4 lig-

Valvules de l'artère pulmonaire , grandes, larges, transparentes, d'une épaisseur à peu près normale.

Epaisseur des parois du ventricule droit i lig-

Circonférence de l'orifice auriculo-venlriculaire droit ^ p. n lig.

La valvule tricuspide est très développée ; ses trois lames sont bien séparées, mais épaissies et transformées en tissu fibro-cartilagineux.

Oreillette droite plus dilatée que le ventricule, d'une capacité double de la normale; ses parois sont généralement hypertrophiées.

L'épaisseur des parois de son auricule est de 5 lig.

La substance charnue de l'oreillette dVoitc est d'un rose assez marqué ; sa membrane interne conserve son poli et sa transparence ordinaires.

Les valvules de l'aorte , considérablement épaissies et hypertrophiées, mais mobiles, ferment exactement l'orifice aorlique, en se relevant les unes contre les autres. Elles ont au moins trois fois l'épaisseur des valvules de Tarière pulmonaire. Leur tissu, comme crispé, crie forlement sous le scalpel.

Epaisseur de leur bord libre i ''S-

Circonférence de l'ouverture aorlique a p. 7 à S lig,

DEUX. CATÉG. ri'oBSERV. d'endocatidite. 8g La membrane interne du cœur présente des taches Llanclxes, vers l'endroit où elle va se réfléchir sur les valvules; après avoir enlevé ces plaques, on trouve cette membrane à l'état normal.

Immédiatement à son origine , l'aorte se dilate en' l'orme de sac du volume d un petit œuf.

L'épaisseur des parois de l'aorte est de a à 2 lig. i[a

La surface de la section des parois présente l'aspect de la section d'une masse squirrheuse. Ce vaisseau contient dans toute son étendue beaucoup de sang' liquide, et en outre un caillotblanc , décoloré, occupant toute salongueur, terminé en queue, et analogue à celui des cavités droites. La membrane interne est jaune , comme gauffrée , chagrinée, ce qui nous a paru l'effet de cicatrices déprimées. Elle offre des plaques demi-cartilagineuses, calcaires; ses parois crient sous le scalpel, et sont moins élastiques qu'à l'état normal. L'altération calcaire envahit les artères qui naissent de la crosse de l'aorte. Plus bas, la membrane interne présente une coloration jaunâtre.

La cavité du ventiucule gauche est double de l'état normal.

Epaisseur de ses parois 1 pouce.

Aspect réticulé de cette cavité, dû à l'entrecroisement des colonnes charnues. Les deux lames de la valvule bicuspide , épaissies , ont à leur sommet des végétations d'un rouge assez vif. Leurs fdetslendineux sont très multipliés ; du reste, elles permettent l'ouverture et l'occlusion de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche dont la circonférence est de 3 p. 8 lig.

La membrane interne de l'oreillette gauche est comme ridée, un peu opaque, et sensiblement épaissie, à tel point que, séparée de la couche n^usculairé, elle offre l'aspect d'upe

go MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER,

membrane fibreuse. Elle adhère à celte couche musculaire par un tissu cellulaire assez serré.

L'oreillette gauche est beaucoup moins dilatée que la droite; l'épaisseur de ses parois est d'un bon tiers plus considérable que dans l'état normal.

Le tissu des ventricules du cœur est d'un rouge tirant un peu sur le jaune et d'une consistance moindre qu'à l'état sain.

Le poumon gauche , refoulé vers la partie supérieure de la poitrine, et légèrement aplati contre les côtes, a perdu de son volume; son lobe supérieur est sain; son bord postérieur est encore crépitant, bien que gorgé de sang et de sérosité.

Le poumon droit, plus volumineux, plus lourd que le gauche, offre quelques adhérences dans ses scissures. On observe à sa base un noyau apoplectique, du volume d'un oetif ordinaire; là, le sang est infiltré dans la substance pulmonaire, mais il est à l'état solide , comme à demi cuit en cer tainspoints, et ailleurs d'une consistance presque égale à celle de la truffe [mélanose). Au sommet de ce poumon, on observe aussi quelques noyaux semblables au précédent, mais moins étendus.

Les bronches , gorgées de mucosités , offrent une teinte d'un rouge violet.

2° Org. digest et annex. — ■ Le foie, gorgé de sang, est plus volumineux qu'à l'état normal. Une congestion veineuse très marquée existe aussi dans l'appareil gastro-intestinal.

RÉFLEXIONS

Dans les observations que nous venons de rapporter , les granulations ou végétations des valvules étaient accompagnées d'autres lésions graves de ces soupapes organisées. Il est par conséquent assez dilficile de préciser le rôle qu'ont joué ces productions dans le développement des accidens que les malades ont éprouvés. On conçoit, au reste, qu'elles

DEUX. CATÉG. d'oBSERV. d'eNDOCARDITE. Ql ne peuvent réellement troubler notablement l'exercice de la circulation qu'autant qu'elles sont assez multipliées pour gêner le mouvement des valvules , et rétrécir l'orifice auquel celles-ci sont adaptées.

L'observation suivante nous prouvera que, disséminées en petit nombre sur les valvules, les végétations ou granulations qui nous occupent peuvent coexister avec toutes les apparences d'une forte santé.

Jeune homme de 20 à 25 ans. — Entéro-mésentérite typhoïde, terminée par bne perforation prompte.menl suivie (\e mort. — Granulations ou végétations en . choux-fleurs sur le bord libre et à la face auriculaire de la valvule bicuspide , épaissie, hypertrophiée. — Fausse membrane ancienne, bien organisée , sur le péricarde de l'oreillette droite, avec granulations assez semblables à celles de la valvule bicuspide.

Un jeune homme de 20 à 26 ans , fortement constitué , d'une taille moyenne, avait éprouvé, pendant un quinzaine de jours, les symptômes d'une violente entéro-mésentérite, lorsqu'il fut admis dans le service clinique de la Charité. Malgré la fièvre et les phénomènes de stupeur , le malade , nous assura-t-on, n'avait jamais cessé complètement de manger et de boire de l'eau vineuse. Au moment de l'entrée , nous observâmes, outre les signes de l'entéro-mésentérite , ceux d'une péritonite, maladie dont nous attribuâmes la cause à une perforation intestinale. Le malade succomba 48 heures environ après l'entrée : il conservait presque tout son embonpoint normal.

Autopsie cadavérique , 24 heures après la mort. Le cœur fut examiné avec beaucoup de soin , pesé et mesuré. Mais je ne parlerai ici que de l'état de la valvule biscupide et du péricarde. Cette valvule était notablement épaissie, hypertrophiée, du reste bien conformée. L'orifice auquel elle est annexée était très légèrement rétréci, par suite de l'épaissisement du cercle tendineux auquel s'insère

le bord adhérent de la valvule. Le bord libre et la face auriculaire de la valvule étaient hérissés de granulations comme cornées , analogues à des verrues , à des poireaux ou à des choux-fleurs. Elles avaient un volume qui variait entre celui d'un grain de millet et celui d'un grain de chenevis. Elles n'étaient pas assez nombreuses pour gêner notablement le jeu des lames de la valvule bicuspide , qui bouchaient exactementl'orifice auriculo-ventriculaire droit, quand on les rapprochait.

Il existait sur le péricarde qui revêt l'oreillette droite une fausse membrane ancienne , bien organisée , parsemée de quelques granulations , assez semblables à celles de la valvule bicuspide.

Le péritoine était le siège d'un épanchement pseudomembraneux dans lequel on distinguait une certaine quantité de matières fécales. Le tiers inférieur de l'intestin grêle était criblé d'ulcérations , la plupart très étendues , très profondes , et dont une était à l'état de perforation , etc.

RÉFLEXIONS

Les végétations vermqueuses de la valvule bicuspide hypertrophiée dataient, comme la fausse membrane organisée du péricarde , d'une époque très éloignée. Ainsi que nous l'avons dit plus haut , cette suite d'une endo-péricardite n'avait probablement donné lieu à aucun accident sérieux. En effet, le malade, enlevé en i5 jours, par une maladie aiguë du tube digestif, conservait encore de l'embonpoint, et tout porte à croire qu'avant cette dernière affection , ce jeune homme, fortement musclé, jouissait d'une très bonne santé. Au reste , dans ce cas, les végétations et l'hypertrophie de la valvule bicuspide ne devaient pas opposer d'obstacle notable à la circulation.

TROIS. CATÉG. d'OBSERV. d'eNDOCARDITE.

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