CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR
Homme de Gt ans. — Symptômes de maladie dile organique du cœur ; puis, symptômes d'une inflammation aiguë de tu plèvre, suivis d'une mort prompte. — Concrétions (ibrineuses, blanches, adhérentes, dans le* cavités droites du cœur et dans l'artère pulmonaire.
Un paveur, âgé de 61 ans, couché au n" 4 de 1* salle Saint-Jean de D.eu, offrait les symptômes d'un obstacle à la circulation à travers le cœur ou les gros vaisseaux , lorsqu'il succomba , le 1 1 mai i833 , à la suite d'une pleurésie , accompagnée d'une fièvre ardente. Les bruits du cœur étaient âpres , un peu étouffés , obscurs. Il existait une infiltration générale; les veines jugulaires étaient fortement dilatées.
Autopsie eadavéî'ique. — Cœur flasque, pesant 3 18 grammes.
Les cavités droites sont distendues par du sang coagulé , dont une partie , évidemment ancienne, décolorée, est entor allée autour des colonnes charnues auxquelles elle adhère légèrement. L'artère pulmonaire est dilatée à son origine (son orifice a 3 pouc. 8 lig. de circonférence); ses principales divisions sont remplies de concrétions Jibrineuses , Jriables , grumeleuses, de couleur lie-de-vin, adhérentes dans quelques points aux parois artérielles. Dans les divisions secondaires, la matière Jîbrineuse est moins altérée, et se présente sous forme de petits caillots. Le ventricule droit et surtout l'oreillette correspondante étaient dilatés; l'orifice qui les sépare avait 5 pouc. de circonférence; les valvules du cœur offraient quelques incrustations, mais n étaient pas déformées. — Des fausses membranes récentes tapissaient la plèvre droite.
OBSERVATION 169e (i).
Femme de nns. — Rhumatisme arlictilaire aigu guéri. — Un mois après, $ympldmes d'iuflammation aiguë du cœur prise pour une gastro-périlonile. — ■ Traces de péricardile. vaste concrétion polypifoume suppubée, dans le ventricule droit, l'oreillette et tes gros vaiiseaux qui s'y rendent.
Une domestique , âgée de 4oans, après avoir épronré pendant cinq semaines un rhumalisme aigu , sort de l'hôpilal en assez bonne santé. Un mois après, elle rentra, oflrant les symptômes suivans : douleur à l'épigastre , vomissemens , pouls petit , serré , fréquent , régulier, respiration courte et fréquente, pas de douleur dans la poitrine ^^2). Elle succombe.
Julopsie cadavérique. La face antérieure du ventricule adhère intimement au péricarde et au sternum par un tissu fibreux analogue à celui des artères. — Adhérence eelluleuse des poumons à la plèvre.
Le ventricule droit, l'oreillette, les veines caves supérieure et inférieure, sous-clavières, jugulaires iniernes, fémorales, l'artère pulmonaire jusque dans ses ramifications les plus ténues , contenaient une 'vaste concrétion poljpifdrme, qui les remplissait à peu près aux trois quarts. La couenne qui formait son enveloppe, de deux à trois lignes d'e-
(1) Cette observation est la première de celles rapportées par Bl. Legroux, dans sa dissertation sur les concrétions polypi formes. Nous n'en donnons ici q\i'un extrait.
(î) La maladie est prise pour une gastrite. A cette époque (tSaS), le diagnostic de la péricardite et de l'endocardite était encore peu avancé. Si l'on eût connu les signes que nous avons exposés dans cet ouvrage, assurément on n'aurait pas méconnu complètement la maladie qui existait dans le <:as actuel. M. Legroux dit que, dans le cours du rhumalisme dont ceUe femme avait été guène, les muscles de la poitrine , et peut-être les organes intérieurs, étaient devenus le siège de l'inflammation rhumatismale. N'esl-il pas très probable, pour ne pas dire certain , que le péricarde ou l'endocarde, et non les muscles de la poitrine, devinrent le siège de l'inflammation rhumatismale?
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU CŒUR. 699 paisseur, enlevait comme l'épiderme cVune peau macérée ; le coagiduin noir, situé au-dessous de la couenne, était assez ferme dans toute son étendue ; une matière d'un hlanc jaunâtre, grU' Tiieleuse , analogue aux pseudo-memh'anes des phlegmasies séreuses, disposée en foyers mïliaires , lenticulaires , existait entre la couenne et le caillot sanguin^ et dans les vaisseaux secondaires formait, en certains points , toute V épaisseur de la concrétion; enfin, au centre du caillot du 'ventricule droit, existait un noyau d'une substance grenue , rougeâtre , molle , assez analogue à un magma fait avec du son de froment, pénétré, ainsi que les couches voisines , de grumeaux^pur formes . La tunique interne du système 'vasculaire a sang noir était d'un rouge brun assez foncé, .lisse dans toute son étendue [i).
OBSERVATION 170e (2).
Phlhhie pulmonaire citez une jeune femme. — Mort rapide au milieu d» tymplômes ortiiopnèiques. — Concrétions sanguines suppurées, transformées en kystes, à surface pointillée de rouge.
Une jeune femme pthisique meurt assez bruscjuement, après avoir éprouvé des symlômes orthopnéiqnes. — Les cavités gauches du cœur contiennent des concrétions ftbrineuses jaunâtres , homogènes. Les cavités droites en contiennent
^ (1) Il est fâcheux que l'ëlat de la membrane interne du cœur et des valvules n'ait pas été exactement décrit.
M. Legroux fait remonter l'origine de la concrétion sanguine au début de la maladie, lequel datait de quinze jours. Il alUibue cette concrétion, d'une part à I obstacle qu'apportait à la circulalion l'adhérence des cavités droite? au péricarde, et d'autre part, à la tendance du sang à se coaguler dans les affections rhumatismales. La première de ces causes ne nous paraît pas avoir contribué à la produciion de concrétion dont il est question dans le cas actuel. Quant à la seconde, nous l admellrions bien volontiers, si le rhumatisme n'eût disparu quinze jours au moins avant l'époque à laquelle M. Legroux rapporte la formation de la concrétion. Eu déûuitive, il nous paraît probable que, dans ce cas, la concrétion a été la suite d'une endocardite et d'une phlébite prises pour une gastro-péritonite, i») Extrait de l'observation VU de la dissertation de M. Legroux,
d'autres dont voici les caractères : Elles occupent les intermiles des colonnes charnues ; les unes, d'un jaune blanc, ne sont autre chose que des morceaux de fibrine décolorés et fermes; les autres, plus nombreusès, variables en forme et eii volume, paraissent flasques et affaissées sur elles-mêmes, et la pointe du bistouri, appliquée sur quelques unes , y démontre une fluctuation évidente. Leur surface externe a une teinte d'un blanc jaunâtre, ponctuée de rouge, comme les séreuses enflammées, ou dun bleu -violet très faible; quelques unes sont simplement enchatonnées entre les colonnes charnues du ventricule, sans adhérences organiques, tandis que d'autres adhèrent par de petitsfilamens. Ces concrétions sont autant de kystes, dont la cavité est vide dans quelques uns, et dans d'autres remplie d'un liquide sanieux , ou d'un liquide offrant tous les caractères du pus louable. La face interne de ces foyers paraît injectée [i).
Rapprochons de cette observation la suivante (2) , dans laquelle nous retrouverons un nouvel exemple de kyste provenant d'une concrétion en voie d'organisation. Ici le kyste était multiloculaire.
OBSERVATION me.
Une femme de 28 ans offrait les symptômes des maladies
(1) Suivant M. Le^roux , on a dans le cas prérérlent tous les àegrés de transformation que les concrétions sanguines peuvent éprouver. «En y ajoutant le ra- «mollissement granulé, nous aurons, dit-il, la marche qu'e'les suivent lorsqu'elles
• s'enflamment. D'abord la concrétion se forme, die acquiert de la densité.
• puisse ramollit vers le centre, devient un foyer rempli d'un liquide sanieux;
• ce liquide passe à l'étal purulent , le pus se résorbé ; le kyste contracte des
• adhérences organiques, se pénètre de vaisseaux : que devienî-il ensuite? L'ob-
• servalion ne nous l'apprend pas.»
Nous reviendrons plus loin sur la question de savoir, si le pus que l'on rencontre au sein des concrétions Qbrineuses, est bisn réellement le produit de leur propre inflammation.
(a) Observation de M. «richeteau, publiée dans le n-^ 4} du /o«rna/ hebdomadaire de médecine {iSôi).
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR. 6o't organiques du cœur , lorsqu'elle succomba dans le service de M. Bricheleau.
L'ureilleiie gauche , très dilatée , contenail du sang noir , et de plus une espèce de champignon, d'une couleur rouge éclatante et d'une forme qu'on ne pouvait mieux comparer qu'à celle du lycoperdum (vesse de loup) un peu flétri et non pédiciilé. Dans le point où il adhérait à la paroi de l'oreilletie, on voyait quelques petites inégalités d'incrustations. Ce champignon avait plus d'un pouce de diamètre, et était creusé d'une grande cavité centrale, communiquant avec d autrespctites, remplies d'un liquide purulent, de couleur feuille-morte. — Valvule mitrale dure, cartilagineuse. De l'adossement de ses lames résultent deux petites ouvertures , chacune du diamètre d'une plume à écrire , séparées l'une de l'autre par le tendon de la valvule antérieure.
OBSERVATION 172» (i)-
Femme de^Q ans. — Affection vénérienne entée sur une ancicn7ie maladie du cœur. — Concrétion sanguine suppuréa dans te ventricule droit. — Traces de pè' ricardite.
Une femme de quarante-un ans entre à l'hôpital des vénériens (i5 octobre 1824), poury être traitée de pustules sèches. Quelques jours après son entrée , augmentation de palpitations et de dyspnée existant depuis long-temps. L'infiltration survient et la malade succombe.
Un peu de sérosité, mêlée de quelques flocons albumineux , dans le péricarde, qui est rouge et enflammé en plusieurs points. On trouve dans les ventricules des caillots Jibnneux, adhérant aux colonnes charnues. Un des caillots dit ventricule droit, du volume d'une petite noix , ramolli à son centre , contient un liquide épais et puriforme.
(1) Extrait de l'obserTalion ^» de la disjertalion de M. Legroux,
OBSERVATION 173e (i).
Femme de 43 ons. — Mort par suite d'un rétrécissement de plusieurs orifices dit eaeur. — Concrétions sanguines , adhérentes , anciennes , oblitérant Corifice de tappendicc auriculaire gauche.
Une femme, âgée de quarante-lrois ans, offrait depuis deux ans les symptômes d'un rétrécissement des orifices du eœur, lorsqu'elle succomba au milieu d'accidens orthopnéiques des plus horriblesv
Âutopsie cadavérique. — Rétrécissement de tous les orifices du cœur , excepté celui de l'artère pulmonaire. — Concrétions sanguines; oblitération de l'orifice de l'appendice auriculaire gauche. — ■ Des concrétions fibrineuses jaunâtres adhéraient intimement aux faces de l'oreillette et nenpowaient être séparées que par une déchirure , et en laissant une couche sur la membrane de cette cavité. Il ny avait point de vaisseaux organisés ; mais , dans les points oti existaient les adhérences , la tunique était inégale , rugueuse , piquetée de rouge. U orifice de V appendice auriculaire était bouché par une écaille calcaire^ au-devant de laquelle la membrane interne de V oreillette paraissait se continuer en formant une légère dépression. U appendice était réduit au volume d'une plume a écrire. Sa cavité logeait un cordon fibreux , dont le sommet était divisé en plusieurs petits filamens , qui s'épanoidssaient en forme de pattes d'oie ^ et s'implantaient entre les colonnes charnues, tandis que sa base, en s' élargissant , embrassait la face correspondante de Véeaille qui bouchait l'ouverture de V appendice, et paraissai t se confondre avec la membrane interne de l'oreillette; ce cordon fibreux n'avait d'adhérences qu'à ses extrémités; il avait une teinte rougeâtre.
(i) Extrait de l'obsemlion 4« de la dissertation de M. Legroux.
CONCRÉTIONS POLYPIFORMES DU COEUR. èôl
OBSERVATION 174e.
( Publiée par M. Legroux.) ,
Femme dt îîo ant. — Symptômes cérébraux. — Mort sudtle. — Concrétion ait' tienne, offrant des traces d'organisation j adhérente à la valvule milrale ulcérée.
Une femme âge'ede trente ans, tourraenlée par une vive céphalalgie, ayant la parole embarrassée, éprouvant çlesfourmiilemens et des crampes, des vomissemens , fut admise à l'Hôtel-Dieu. Le pouls battait jusqu'à i4o fois par mir nute. La maladie semblait, depuis quelques jours , tendre à une heureuse terminaison, lorsque cette femme expira subitement.
Jutopsie cadavérique. — La valvule mitrale gauche, dans sa moitié postérieure et externe, est opaline et dure ainsi que ses tendons; mais, dans son autre moitié, elle est; épaissie, raccourcie, redressée et surmontée du côté de l'oreillette par une tumeur qui parait au premier abord, une aorte de 'végétation du ■volume d'une amande. Cette tumeur adhérait au bord de la moitié droite de la valvule , tandis que son extrémité gauche était relevée au-dessus de l'orifiee auriculo- 'ventriculaire , qu'elle bouchait à peu près comme une soupape f excepté cepenelantendehors, oîtelle ne pouvait atteindre, de sorte que le cours du sang n'était point encore complètement interrompu. Cette tumeur était évidemment composée de couches dejibrinc, irrégulièrement disposées. Dans l'endroit oit le bord de la valmle adhère à la tumeur, UoJJre.une ulcération brunâtre..
L'oreillette contient, en outre , une concrétion récente , moitié formée de fibrine et moitié de sang noir (i).
(i) C est à celte dernièFeGoncrélion que M. Legpoux attribue la mort subite. Quant à la concrétion plus ancienne, il lui parait indubitable que sa foringtioq 9 été sollicitée par la maladie de la valvule mitrale.
6o4 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
OBSERVATION 175* (i).
Hommo de 64 ans, — Abcès urineux, gangrène, symptômes ataxo-adynamiques. — Mort. — Concrétions sanguines suppurées à leur centre.
Un homme de soixante-quatre, ans fut reçu à l'Hôtel- Dieu pour y être traité d'une rupture de l'urèthre, avec infiltration urineuse et gangrène. Le malade mourut avec des symptômes ataxo-adynamiqucs.
Autopsie cadavérique. — Entre les colonnes du ventricule gauche , deux caillots Jihrineux , du ^volume d'un pois chacun ^ et rougeâtres à V extérieur. De l'un d'eux pressé entre les doigts, sortit une gouttelette de pus , el le caillot incisé sembla réduit à un kyste, dont la surface interne était blanchâtre et lisse, tandis que celle de Vautre, qui ne contenait qu'une sanie brunâtre, était granulée. — Le système vasculaire était le siège d'ossifications nombreuses.
L'observation suivante, qui m'a été communiquée par M. Fournet, nous fournira un remarquable exemple de concrétions sanguines développées sur les valvules , avec organisation celluleuse de la couche plastique immédiatement en contact avec ces soupapes vivantes.
Dans cette observation , on peut saisir l'un des procèdes selon lesquels se forment les végétations valvulaires ainsi que l'épaississement des valvules, et prendre en quelque sorte la nature sur le fait de cette opération.
Jeune homme affecté d'entérite typhoïde.— Mort dans un état semi-asphyxlque. — Concrétions fibrineuses sur tes valvules gauches du cœur, avec adhérences eelluleuses.
Un jeune homme était traité, à l'Hôtel-Dieu , pour une
(i) Extrait de l'obserration 6< de U dissertation de M. Legroust
CONCRÉTÏONS POLYPIFORUES DU CÔEtJR. 6o5 entérite typhoïde, lorsqu'il succomba au milieu d'une agitation considérable avec phénomènes d'embarras à la respiration et à la circulation, tels qu'on ne les rencontre pas ordinairement dans cette maladie.
Autopsie cadavérique.
M. Fournet, ayant pensé que les lésions trouvées dans le cœur de ce malade pourraient m'intëresser, a bien voulu me montrer cet organe où l'on a constaté ce qui suit : Les ual-t taules aortiques sont recouvertes et comme tapissées d'une o)éritable membrane mince, séreuse, hérissée à sa surface libre de petites masses grenues, un peu rougeâtres , friables , et évidemment de nature fibrineuse. Par une traction modérée avec la pince à disséquer, on enlève cette production pseudo-membraneuse ci V instar de celles qui tapissent le péricarde ou la plèvre \ enflammée. La couche en contact immédiat avec les ^valvules est cependant déjà organisée en tissu cellulaire ou séreux, et, quelques jours plus tard, elle eût été, sans doute, adhérente aux valvules, et en aurait produit V épaississement. Quelques points rouges se voyaient à la surface des valvules mises à nu , ainsi qu'au commencement de l'aorte. Une teinte opaline, laiteuse, existait dans l'espèce de sinus qui sépare le bord adhérent des valvules de la cavité ventriculaire.
On observait sur la face auriculaire de la valvule bicuspide des concrétions fibrineuses, analogues à celles des valvules aortiques. On ne distinguait pas de vaisseaux dans les productions accidentelles indiquées, mais on voyait sur la face auriculaire de l'oreillette une foule de points rouges, formés par du sang , tels que ceux qui , dans les fausses membranes des séreuses, précèdent la formation des vaisseaux. La portion d'endocarde qui recouvre l'oreillette gauche offrait aussi des traces évidentes d'inflammation.