‹ Traité clinique des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 38 sur 88 · JJ ORGANIQUE DU COEUR ET DES ARTÈRES. JJ · texte numérisé non relu

JJ ORGANIQUE DU COEUR ET DES ARTÈRES. JJ

Les faits sur lesquels M. Laënnec appuie cette conclusion vraiment surprenante , sont principalement les expériences relatives au bruit musculaii’e dont nous avons- parlé ailleurs et sur lesquelles il serait superflu de revenir ici. Quoi ! M. Laënnec veut qu’on attribue à un spasme du cœur le bi'uit de soufflet qui , de son aveu , existe presque constamment dans le cœur chez les sujets atteints de rétrécissement des orifices de cet organe! C’est là , il faut eu convenir , pousser un peu trop loin le mépris des plus évidentes lois de la physique la plus simple, et sacrifier bien gratuitement les données lumineuses de cette science à je ne sais quel obscur vitalisme qu’il était assurément sage de réserver pour une meilleure occasion. Trouver imaginairement dans une agitation nerveuse plus ou moins marquée , dans un simple spasme. L’explication du bruit de soufflet du cœur, comme il y avait trouvé celle du frémissement cataire, c’est , en venté, ce qu’on nepeut croire de la part de l’immortel inventeur de Vauscultation médiate , qu’en lisant et relisant les articles

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BRUITS ANORMAUX DU COEUR. i'j'i

OÙ il a consacré de semblables hérésies de physique mé- > dicale.

Puisque Ton chercherait bien vainement hors de cer- ; laines conditions physiques, les causes immédiates ou j p/’ochaines du bruit de soufflet du cœur, appliquons- 1 nous donc de tous nos efforts à la détermination précise I de ce genre de conditions.

Au premier rangdes conditions que l’on peut considérer, avec certitude, comme des causes de hruitdusouffletdu • cœur, se présente le rétrécissement des orifices de cet organe, tel qu’on l’observe à la suite de l’induration des valvules. L’explication que j’ai donnée du frémissement cataire ou vibratoire qui accompagne ce même rétrécissement, s’applique entièrement au bruit de soufflet. De nombreuses etfaciles expériences viennent déposer en faveur de l’explication dont il s’agit. Comprimez avec le cylindre appliqué sur elle unegrosse artère, telle que la crurale, par exemple, de manièi’e à rétrécir son calibre , à gêner par conséquent le cours de la colonne sanguine, à augmenter le frottement de celle-ci contre les parois du vaisseau , et vous entendrez sur-le-champ lé plus beau bruit de soufflet. Supprimez la compression > plus de bruit de soufflet; recommencez la compression, retour du bruit de soufflet, et ainsi de suite. Nous nous contenterons, pour le moment, de cette expérience, nous réservant d’en rapporter de nouvelles dans l’article sur les bruits des artères.

Il ne paraîtra donc pas douteux pour tous les bons esprits vei-sés dans cette matière, que le rétrécissement des orifices du cœur ne soit une condition suffisante de bruit de soufflet; et c’est l’excès de frottement qui s’opère nécessairement, lorsque la colonne sanguine venant de l’oreillette ou du ventricule est forcée de traverser rapidement cette espèce de fente ou de détroit , qui constitue la cause essentielle de ce bruit. C’est ainsi qu’on entend mugir et souffler eu quelque sorte les flots d’une rivière lorsqu’à-

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près avoir coulé trancruillement, silencieusement , ils rencontrent tout-à-coup un obstacle à leur libre cours, ou qu’ils sont forcés de passer d’un endroit plus large dans un endroit plus étroit; et de même que le bruit desflots est d’autant plus fort que l’espace à traverser est plus étroit , que les surfaces avec lesquelles ils se trouvent en contact sont plus inégales et plus rocailleuses, et que le cours de la rivière est plus rapide, de même 'aussi le bruit de soufflet 'du cœur est d’autant plus fort et plus aigu que le flot de sang est chassé avec plus de violence, que l’orifice est plus étroit, et que son contour est plus dépoli, inégal et rugueux. Cette comparaison , toute grossièreiou du moins bizarre qu'elle soit en apparence , ne pèche par aucune condition vraiment essentielle. Au reste, dans les expériences sur le cours d’un liquide à travers des tuyaux inertes , telles que nous les rapporterons plus loin , nous verrons une confii’mation pleine et entière de notre théorie ( i ) . >

M. Laënnec n’est pas le seul , je le sais , qui se soit efforcé de renverser la théorie du frottement dans l’espèce de bruit qui nous occupe. Je ne parlerai pas de la foule de ses vulgaires imitateurs ; mais je ne puis passer sous silence les recherches d’un observateur tel que M. Piorry , puisqu’elles sont contradictoires à celles que je poursuis, depuis plus de dix ans, avec toute la patience et tout le zèle dont je suis capable. Dans le mémoire déjà cité , qu’il a récemment publié dans les Archives , M. Piorry déclare que « siu' deux cents femmes , dont un » tiej's étaient atteintes d'affections du cœur, parmi les-

(i) On peut aussi comparer. jusqu'’à un certain point, le bruit qui a lien dans les cas de re'tre'cissemeut des orifices du cœur, aux divers bruits desilflementou de simple souffle, qui se produisent lorsque l’air pénétré à travers une porliua quelconque du canal respiratoire, anormalement rétrécie.

)) quelles les rétrécissemens et les ossifications des orijices » de cet organe formaient environ la moitié, IL n’a PAS » TROUVÉ DANS CES DERJSIERS CAS LES BRUITS DE SOUFw^FLET ou de RAPE UNE FOIS SUR VINGT. » De moil cÔté, au contraire, je ne crois pas exagérer en disant que j’ai eu occasion d’observer plus de cent cas de rétrécissement des orifices du cœur avec induration des valvules , et j’affirme qu’un seul cas excepté , où l’auscultation ne fut pas pratiquée avec tout le soin convenable, j’ai çonstammeut entendu et fait entendre à de nombreux élèves ,|e bruit de soufflet. ,

Gomme la plupart des lois générales ont leurs exceptions , même en physique, je n’oserai point assurer qu’un rétrécissement bien conditionné de quelqu’un des orifices du cœur, est constamment et nécessairement accompagné d’un bruit de soufflet de telle ou telle espèce ; mais ce que je proclamerai, sans crainte d’être démenti par l’observation , c’est que sur vingt cas de rétrécissement, il n’y en a pas dix-neuf où manque le bruit dont il s’agit. S^il en était ainsi, l’exception deviendrait la loi et la loi l’exception. Au reste, ce n’est pas seulement ayec moi , mais avec M. Laënnec lui-même que M. Piorry se trouve ici en contradiction; car on n’a pas oublié, sans doute, que M» Laënnec a posé en fait, que le bruit de soufflet du cœur^existe presque constamment (ce qui ne veut pas dire je pense, une fois sur vingt), chez les sujets atteints de rétrécissement des orifices de cei organe. On peut le dii’e ayec assurance, sur la question que nous examinons M. Piorry est seul de son avis (i) . ... , , , .

(1) Ce n’est pas toujours en se mouvant ou en circulant dans sa direction normale, que la colonne sanguine peut Jrolter assez fortement contre un orifice re'treci pour produire le bruit de soufflet. Il arrive très souvent, au contraire , que ce bruit a lieu par le reflux d’une certaine quantité de

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