II. — Causes toxiques
A cette catégorie appartiennent : Yalcoolisme, le saturnisme , le tabagisme, les erreurs d'alimentation, le surmenage, la sénilité.
1° L'alcoolisme est une cause fréquente d'artério-sclérose d'après la plupart des auteurs. Mais, il faut bien reconnaître que la sclérose n'a pas ici une grande tendance à la généralisation, qu'elle n'affecte le système artériel qu'après avoir agi localement sur le foie et sur un terrain arthritique.
D'après Lancereaux, l'action de l'alcool sur les parois artérielles ne serait pas de nature sclérogène ; elle déterminerait, non pas l'artério-sclérose, mais Yartério-stéaiose.
Cette lésion apparaît sur des vaisseaux habituellement dilatés ou amincis, et non resserrés, ou épaissis, sous forme de taches graisseuses, blanchâtres ou d'un blanc grisâtre et opalin, à peine saillantes, à contours irréguliers et sinueux (taches en îles, presqu'îles ou golfes), à limites diffuses, ou encore sous forme de stries longitudinales et transversales plus ou moins régulières. Ce qui fait croire à l'identité des deux lésions (stéatose et sclérose artérielles), c'est que souvent des plaques d'athérome coexistent chez le même sujet à côté de ces plaques de stéatose. Mais leurs caractères morphologiques différents permettent d'en fixer le diagnostic anatomique, et l'examen histologique fait voir que ces plaques stéatosiques renferment un grand nombre de granulations graisseuses , puisqu'elles se colorent fortement en noir sous l'influence de l'acide osmique. Il est même important, au point de vue clinique, de poursuivre cette distinction entre l'artério-stéatose et l'artério-sclérose. Dans celle-ci, la tension artérielle est toujours accrue ; dans celle-là, elle est normale, souvent diminuée. Dans la seconde, la dégénérescence graisseuse du myocarde est très rare, le muscle étant envahi par la sclérose ischémique ou dystrophique ; dans la première, elle est presque de règle. Dans l'une, le cœur est dilaté plutôt qu'hypertrophié, parce que la tension artérielle est faible et que les résistances périphériques sont amoindries ; dans l'autre, c'est-à-dire dans l'artério-
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sclérose, le cœur est surtout hypertrophié parce qu'il a sans cesse à lutter contre l'hypertension artérielle et la rétraction vasculaire. Les artôrio-scléreux meurent en aortiques ; les artério-stéaleux en mitraux.
2° Le saturnisme produit des lésions du cœur, des vaisseaux, du sang, et quelques auteurs ont eu tort de les nier, en les attribuant le plus souvent à l'alcoolisme concomitant.
Il est démontré que l'empoisonnement plombique détermine la contraction, une sorte de contracture des parois vasculaires et qu'il donne lieu à l'hypertension artérielle, cause prochaine de l'artério-sclérose ; et si les alcooliques saturnins deviennent souvent artério-scléreux, c'est plutôt à la faveur du saturnisme que de l'alcoolisme. Andral avait déjà été frappé de certains symptômes de dyspnée cardiaque chez les saturnins. Beau avait noté la fréquence de l'hypertrophie cardiaque; A. Ollivier, celle de la néphrite et de quelques lésions vasculaires concomitantes (1864) ; Guéneau de Mussy, la dégénérescence graisseuse des artères.
Duroziez (1867) a décrit l'endocardite saturnine ainsi que les lésions athéromateuses des artères et la dégénérescence graisseuse du cœur. Kussmaul et Maier (1872) ont rencontré des lésions dans les parois des vaisseaux du cerveau, des reins et même de l'intestin, et ils ont encore constaté l'atrophie histologique des fibres musculaires du cœur, avec un certain état de rigidité de cet organe pendant la vie. Dans ses recherches sur l'anémie saturnine (1873), Malassez a constaté la diminution du nombre des globules rouges, leur augmentation de volume (macrocythémie) qui n'arrive pas à compenser l'oligocythémie, l'amoindrissement consécutif de la fluidité et de la vitesse du sang. Sur 24 malades ayant succombé à l'intoxication saturnine, Leudet (1874 et 1881) a vu que les causes de la mort se répartissent ainsi : 17 lésions organiques du cœur, 2 néphrites albumineuses, 2 gangrènes du poumon, 2 tuberculoses pulmonaires, une cirrhose du foie ; il a encore trouvé la dilatation et l'athérome de l'aorte, les dégénérescences du cœur, du rein et du foie, l'hyperLrophie du ventricule gauche. Celle-ci, du reste, peut être le résultat d'une lésion rénale (néphrite interstitielle), ou encore de l'altération généralisée à tout le système artériel. Dans sa thèse inaugurale (1878), Roblot rappelle tous ces faits, confirmés ensuite par les expériences de Charcot et Gombault (1881) qui ont pu provoquer une hypertrophie du cœur chez des cobayes intoxiqués par la céruse pendant huit ou douze mois.
Les lésions cardio-artérielles peuvent être produites directement par le saturnisme, ou indirectement par la goutte et l'état uricémique que cette intoxication détermine fréquemment. A ce dernier point de vue, il \ a une
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MALADIES DU COEUR ET DE l'aOHTE
analogie presque absolue entre la nature des arthrites ou des néphrites saturnines et celle des arLhrites ou néphrites goutteuses. Dans les deux cas, l'altération du sang est la même, et les plaques athéromasiques renferment, dans l'un comme dans l'autre, des dépôts uraliques. Comme le saturnisme atteint souvent les malades à un âge peu avancé, on comprend que l'athérome artériel puisse se montrer de bonne heure, à trente ans et même à vingt ans, ainsi qu'on en a cité quelques exemples.
Les lésions cardio-artérielles du saturnisme ne font plus maintenant aucun doute. J'en ai observé des faits assez nombreux à l'hôpital, et je rappelle un malade encore jeune qui est venu succomber à l'hôpital avec contracture généralisée de tout le système artériel, chez lequel nous avons trouvé à l'autopsie un début de néphrite interstitielle, de l'athérome artériel, et un petit anévrisme de l'aorte. Du reste, lorsque nous étudierons la pathogénie, nous verrons les raisons multiples qui doivent provoquer toutes ces lésions. 11 suffit pour le moment de rappeler que le plomb porte son action, non seulement sur la tunique musculaire des vaisseaux, mais aussi sur la fibre cardiaque qui devient rigide jusqu'à la contracture et sur le sang dont les globules augmentés de volume concourent au ralentissement du courant circulatoire; toutes causes qui contribuent h produire l'hypertension artérielle d'abord, les lésions scléreuses des vaisseaux ensuite. La systole chez les saturnins se fait d'une façon toute particulière, et sur les tracés sphygmographiques, on constate l'existence d'un plateau, comme chez les vieillards, avec une sorte de pulsation tricrote ou polycrote. Les bruits du cœur sont plus ou moins altérés, rudes, parcheminés, soufflés, avec tendance au dédoublement du second bruit. On observe parfois un souffle intermittent crural, sans insuffisance aortique, et les palpitations sont fréquentes dans le saturnisme, en raison de l'anémie et surtout des résistances périphériques qu'il provoque dans le système artériel en état de rigidité plus ou moins constante.
On constate enfin à l'autopsie l'existence d'une endartérite plus ou moins généralisée présentant des caractères semblables à ceux de l'artériosclérose et de l'athérome d'origine goutteuse.
3° L'influence du tabagisme sur le développement de l'artério-sclérose est possible et même probable, puisque la nicotine produit le plus souvent une hypertension artérielle par vaso-constriction, comme les expériences de Cl. Bernard l'ont prouvé. Cependant, la sanction de l'anatomie pathologique fait encore défaut, et ce sujet appelle quelques recherches nouvelles.
On peut se demander si Yergot de seigle peut déterminer à la longue
ARTÉRIO-SCLÉROSE
des dégénérescences artérielles. La chose est possible, surtout si l'on songe à l'action de cet agent médicamenteux sur la tunique moyenne des artères, et aussi à la fréquence des gangrènes. Mais les faits d'intoxication chronique par l'ergot de seigle sont devenus extrêmement rares, de sorte que l'on peut laisser de côté cette étiologie. L'arlérîte, comme cause des gangrènes, a été admise autrefois dans l'ergolisme par Ch. Roche, en 1844. Elle a été niée en 1865 par 0. Weber qui attribue les gangrènes à la contracture des artérioles, capable d'oblitérer la lumière vasculaire. 11 est possible que celte contracture vasculaire, par sa répétition ou sa prolongation, produise les lésions de l'endartérite.
4° Une cause très fréquente sur laquelle j'appelle surtout l'attention, est relative au régime alimentaire ; non pas que celui-ci n'ait jamais été incriminé, puisque Gubler et Lacassagne ont attribué l'athérome des gens de la campagne à l'abus de l'alimentation végétarienne. Lacassagne ayant remarqué que l'athérome est rare chez les animaux herbivores, et qu'il ne survient chez les végélaristes qu'après de grandes fatigues et des marches forcées, a émis la théorie suivante : « Le travail excessif augmente la proportion d'acide carbonique contenu dans le sang, ce qui détermine la formation exagérée et la précipitation de carbonates alcalins et de phosphates. Dès lors, on comprendrait qu'un régime exclusivement végétal puisse jeter dans l'économie une proportion plus forte des principes minéraux et favorise ainsi la production de l'athérome. » C'est là une vue théorique, non confirmée par la clinique.
La proposition contraire doit être acceptée, et c'est le régime lactovégétarien qui est le meilleur préservatif des dégénérescences artérielles. A ce sujet, voici ce que je disais déjà en 1889 :
« Je suis convaincu, pour ma part, que les excès et surtout les erreurs d'alimentation, en jetant dans l'organisme un grand nombre de subtances toxiques, telles que les ptomaïnes non éliminées par le filtre rénal devenu de bonne heure insuffisant ou imperméable, sont une cause fréquente d'artério-sclérose ; en un mot, certaines toxines alimentaires possèdent des propriétés convulsivantes agissant, les unes sur les muscles des membres comme dans le cas de contracture des extrémités d'origine gastrique, les autres sur la musculature vasculaire. Il en résulte, dans tout le système artériel, un état de spasme plus ou moins permanent, lequel produit rapidement de l'hypertension et consécutivement l'artério-sclérose. La conclusion thérapeutique est celle-ci : il faut prescrire un régime d'où sont exclus les aliments plus ou moins riches en ptomaïnes ou en matières extractives. Ceux qui viendront après moi confirmeront ces idées et auront ainsi, avec les déductions thérapeutiques que soulève cette ques-
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lion, l'explication de la grande fréquence des affections cardio-artérielles. »
A deux ans de date (1891), Dujardin-Beaumetz a soutenu cette opinion, et c'est en des termes presque identiques qu'il s'exprime. En dehors de ces intoxications (saturnisme, goutte, diabète, etc.), « il en est d'autres qui jouent un rôle non moins important, je veux parler des troubles amenés par les ptomames et les leucomaïnes, substances toxiques sans cesse fabriquées par l'économie, ainsi que nous l'ont démontré les intéressantes recherches de Gautier. Ces substances irritent à la longue la paroi des artères et finissent par l'altérer ».
11 n'y a rien à redire à cette citation qui reproduit bien nos idées, sinon que les ptomaïnes ne sont pas seulement « fabriquées par l'économie » et qu'il en est au contraire un plus grand nombre que l'on introduit dans l'organisme par l'alimentation.
Partant de cette idée, que l'insuffisance rénale est un symptôme précoce et presque constant des cardiopathies artérielles, j'ai pensé qu'elle pouvait en être aussi la cause. En effet, le rein n'a pas une faculté illimitée d'élimination. Quand on introduit trop de poisons dans l'organisme, il en reste une certaine quantité qui ne peut être complètement éliminée, le rein est insuffisant à la tâche excessive qu'on lui impose, et c'est ainsi qu'est constituée son insuffisance relative. Elle est relative, parce qu'elle ne dépend pas directement de l'organe éliminateur encore intact, mais de la quantité trop grande de matières à éliminer. La maladie commence par une intoxication, elle se continue et finit par une intoxication.
Le riche et le citadin qui mangent trop de viande et surtout de la viande faisandée et peu cuite, comme le pauvre et le paysan qui en consomment moins, mais des viandes de qualité inférieure provenant d'animaux tués depuis longtemps, se soumettent journellement à un empoisonnement presque égal, puisque ce régime alimentaire aboutit à l'absorption d'une trop grande quantité de toxines incapables d'être complètement éliminées. Ainsi, le riche a aussi sa misère physiologique.
Sans doute, il ne s'agit pas ici d'accidents aigus, souvent formidables et revêlant le caractère de véritables épidémies, tels qu'on les a si souvent signalés dans les empoisonnements alimentaires. Pour les faits que nous avons en vue, l'intoxication est lente, insidieuse, elle ne se manifeste le plus souvent que par des symptômes à peine appréciables : céphalalgie gravative, état vertigineux, inaptitude au travail, fatigues matinales, troubles vaso-moteurs, refroidissements partiels et algidités locales, bourdonnements d'oreilles, certaine faiblesse musculaire, sueurs profuses, état dyspnéique, etc.
A ceux qui objecteraient que cette intoxication ne porte pas son action sur l'appareil circulatoire, on peut répondre par les expériences de Brie-
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ger qui a produit de fréquents troubles de ce côté, et par le nombre assez considérable d'artério-scléreux chez lesquels on note une alimentation carnée excessive comme cause de la maladie. Et si l'artério-sclérose généralisée, si les cardiopathies artérielles sont devenues des affections extrêmement communes, cela dépend assurément, en dehors des causes dialhésiques, infectieuses, ou toxiques, qui n'ont pas dû augmenter sensiblement de fréquence dans ces dernières années, cela dépend, dis-je, du changement profond qui s'est produit dans notre mode alimentaire. Ce sujet n'est pas nouveau, et Sénèque qui avait dit : « l'homme ne meurt pas, il se tue », avait ajouté que maintes maladies sont créés par notre manière de vivre.
Ce n'est pas l'alimentation carnée qui rend, les hommes plus forts et plus vigoureux; elle est excitante, elle n'est pas tonique. En Grèce, les jeunes gens se destinant à la profession d'athlètes se soumettaient à un régime composé de figues, de noix, de fromage et de pain grossier. Pivion, dans son « étude sur le régime de Pythagore », a rappelé que le tunnel du Saint-Golhard a pu être percé grâce à la force des travailleurs italiens se nourrissant de polenta, et le chemin de fer du Pacifique des Etats-Unis a été rapidement construit à l'aide d'ouvriers chinois, grands mangeurs de riz. Ce n'est pas là évidemment le régime qu'il faut songer à imposer à notre génération, mais il faut recommander l'usage de l'alimentation mixte et végétarienne qui permet une plus longue existence, comme on l'a constaté chez les Chartreux et les Trappistes qui meurent rarement d'artério-sclérose ; il faut mettre un terme à l'abus de l'alimentation azotée. Cet abus apparaît clairement dans le tableau suivant, qui montre dans quelle proportion la consommation de la viande et des boissons a augmenté en France dans l'espace d'un demisiècle, depuis 1820 jusqu'en 1870 :
En IS^ii E» IS70 Augmentation
Alimentation végétale .
— animale .
Boissons indigènes. .
Denrées diverses . . . .
Telle est une des causes qui explique la grande fréquence des maladies du cœur et des vaisseaux, comme nous avons voulu le démontrer il y a plusieurs années', et comme nous ne cessons de le répéter dans les termes suivants : Les toxines alimentaires suit/ des /toisons vaso-cons-.
' Lee causes de l'artério-sclérose et des cardiopathies artérielles ; leur origine alimenaire et leur traitement préventif (Congrès de Marseille et Journal fies Praticiens, 1891)
tricteurs, et à ce titre, elles contribuent à provoquer Féclosioh d'un grand nombre d affections cardio-artérielles . La démonstration de ce fait important en clinique et en thérapeutique sera donnée plus loin.
5° La question du surmenage est très complexe et difficile à résoudre.
Quand la cellule animale travaille, et surtout quand elle travaille jusqu'à la fatigue, elle élabore des déchets de désassimilation plus ou moins toxiques, et différents avec les organes. Ainsi, le cerveau produit la leucine et la cholestérine. Un muscle fatigué est un muscle intoxiqué par des acides et surtout par l'acide lactique, et Ranke (1864) a conclu de ses expériences, que celui-ci est la cause de la sensation de fatigue ; mais on peut soutenir aussi qu'il en est plutôt l'effet. Dans sa thèse inaugurale (Strasbourg, 4865), Challan fait jouer à la créatine et à la créatinine le même rôle que Ranke à l'acide lactique. Enfin, d'autres auteurs pensent que l'acidité d'un muscle fatigué peut être également due à son imprégnation par l'acide carbonique.
Les théories peuvent changer, mais le fait suivant demeure :
Le muscle, alcalin à l'état de repos, devient promptement acide à la suite de contractions répétées et énergiques. — La fatigue amène l'épuisement des centres vaso-constricteurs, et chez les animaux surmenés, les capillaires sont largement dilatés comme si on avait administré des médicaments vaso-dilatateurs (Arloing). Le liquide sanguin, de consistance fluide et décoloration noirâtre, s'est promptement chargé de principes toxiques, et Ranke, en injectant le sang d'un animal fatigué dans l'artère d'un animal sain, a déterminé la sensation de fatigue dans le domaine de ce vaisseau. Dès 4 880, Revilliod avait autrefois émis l'idée que ce sang injecté dans la grande circulation d'un animal au repos doit produire sur l'organisme les phénomènes et les altérations de la fatigue, et dernièrement Roger a pu démontrer l'auto-intoxication des surmenés, puisqu'il suffit de l'injection de 0,15 centimètres cubes de leur sang pour tuer un kilogramme de lapin, tandis qu'on n'arrive au même résultat qu'avec 0,25 centimètres cubes de sang d'animaux reposés. Enfin, en 1882, Keim (de Lyon) confirmant les recherches de Preyer (d'Iéna), a pu produire expérimentalement chez les animaux la sensation de fatigue par des injections de laclate de soude. La toxicité urinaire est encore augmentée, et en voici la preuve d'après Rouchard : tandis qu'à l'état normal, il faut 0,45 centimètres cubes d'urine pour produire des phénomènes d'intoxication, il suffit de 0,12 centimètres cubes de l'urine d'un courbaturé.
L'accumulation clans le sang de tous les déchets de désassimilation est donc capable de produire dans les organes diverses lésions parmi les
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quelles il faut noter, d'après Revilliod, pour le système circulatoire : « l'irritation, l'épaississeraent, la raréfaction ou la destruction de l'endothélium des vaisseaux et des valvules du cœur, les vices de nutrition de la fibre cardiaque, sa dégénérescence, celle des fibres musculaires des vaisseaux ».
On sait encore, depuis Byasson, que le travail intellectuel augmente l'excrétion de l'urée, des phosphates et des sulfates. Broca et Lombard ont démontré, sous la même influence, l'élévation de la température de la tête ; mais, lorsque ce travail est excessif jusqu'à la fatigue cérébrale, il n'est pas sans favoriser dans les artères de l'encéphale le développement de phlegmasies chroniques.
Tous ces faits démontrent que le surmenage est capable de produire des lésions de l'appareil circulatoire.
Donc, en jetant dans l'économie une quantité considérable de matières extraclives et de déchets de désassimilation insuffisamment éliminés par les émonctoires naturels, le surmenage porte son action nocive sur les muscles vasculaire et cardiaque. Il s'agit alors d' artérites , et surtout de myocar 'dites par intoxication. Revilliod en a ciLé des exemples, et j'ai observé des faits semblables.
D'autres fois, c'est par le mécanisme de l'effort plus ou moins répété que seront produites certaines affections du cœur, admises par les uns, niées par les autres, et aboutissant aux symptômes du cœur forer chez les soldats en campagne. On a beaucoup discouru à ce sujet ; on a dit, non sans raison, que le cœur ne se fatigue pas, et qu'il se dilate plutôt qu'il s'hypertrophie dans ces cas. Du reste, la question est fort complexe, et l'on doit rattacher les scléroses vasculaires dans l'armée à des causes nombreuses : syphilis, tabagisme, surmenage, maladies infectieuses, etc.
Il est possible que le surmenage physique soit capable de produire, à la longue et par le mécanisme de l'intoxication, des altérations du muscle cardiaque et du système artériel. La chose est possible, mais difficile encore à démontrer par l'analomie pathologique.
Quant au surmenage moral, son mécanisme est tout autre, et sans nier absolument qu'on puisse assimiler ses résultats et son mode d'action à ceux de la fatigue physique, on est en droit de penser qu'ici l'intoxication joue un rôle secondaire, et que l'action du système nerveux est prépondérante.
Voyez un homme sous le coup d'une triste et violente émotion: la face pâlit et se couvre de sueur, les extrémités se refroisissent ; le pouls est petit, faible et misérable ; une angoisse indicible étreint le cœur dont les
battements précipités et tumultueux d'abord, peuvent se suspendre au milieu d'un état lipolhymique ou syncopal. Nierez-vous l'existence d'un spasme vasculaire, et n'en avez- vous pas vu la preuve dans l'expérience de Mosso à l'aide du pléthysmographe? Supposez alors des émotions qui se répètent, qui se perpétuent, comme vous en voyez dans la vie agitée des hommes politiques, des financiers, des ambitieux ou des incompris, et alors vous comprendrez pourquoi leur système artériel en état d'hypertension permanente pourra subir à la longue les lésions de la sclérose. En un mot, puisque tout le monde admet l'influence aggravante du choc traumatique sur les affections du cœur préexistantes, on comprend difficilement pourquoi on se refuserait à croire que le choc ou traumatisme moral souvent répété, et prolongé ne puisse déterminer à la longue les mêmes effets. On sait, du reste, que le goitre exophtalmique succède souvent aux émotions.
Sans tomber dans l'exagération des auteurs anciens, qui attribuaient une importance prépondérante et exagérée aux causes morales de toutes les cardiopathies, il semble que celte étiologie ne doit pas être entièrement abandonnée, surtout en ce qui concerne les cardiopathies artérielles, cette pathogénie pouvant être difficilement atlribuée aux maladies valvulaires.
« Je ne suis pas, dit Corvisart, le seul médecin qui ait pensé que les lésions organiques du cœur ont été plus fréquentes dans les horribles temps de la révolution que dans le calme ordinaire de l'ordre social. »
Bernheim a cité plusieurs observations (1877) dans lesquelles les « causes morales déprimantes » ont certainement dû jouer un grand rôle pour la production de troubles profonds dans la circulation. — L'une de ses malades, nullement rhumatisante, réduite à la misère après de grands revers de fortune, éprouva d'abord de violentes palpitations auxquelles succéda une dyspnée croissante ; puis, survinrent de l'œdème des membres inférieurs, une hypertrophie du cœur, la dyspnée de Cheyne-Stokes et des troubles graves de compensation qui aboutirent à une asystolie mortelle. À l'autopsie, on trouva une hypertrophie ventriculaire considérable, des plaques athéromateuses de l'aorte avec intégrité des orifices de cœur. — Il faut avouer que cette observation n'est pas absolument concluante, puisqu'elle porte sur une femme âgée de 66 ans, et que les influences morales ont pu précipiter la marche d'une cardiopathie latente et préexistante, mais qu'elles n'ont pu la produire.
Il est certain que « le cœur ressent le contre-coup de la fatigue musculaire comme de la fatigue morale » (Revilliod). La même vérité a été exprimée par ces mots : « le cœur physique est doublé d'un cœur moral », et Peter a pu dire que l'hypertrophie du ventricule gauche
ARTÉRI0-SCLÉR0SE
« est la maladie des organismes usés par la fatigue, les passions et les excès : fatigue de la vie maritime, de la vie guerrière, de la vie politique. Elle est la maladie des « viveurs », chez lesquels le système artériel est constamment tendu, et s'use prématurément par excès de tension habituelle ».
A l'appui de ces idées, voici un exemple fort instructif que j'ai observé il y a quelques années :
Un homme de 59 ans, riche banquier dans une ville importante, maire et conseiller général de son pays, descend dans l'arène politique; il est grand électeur de son pays, il combat ses adversaires avec une vigueur inaccoutumée par la plume et par l'action. Puis, l'heure des déceptions arrive : ses candidats sont battus par le parti adverse; battu lui-même, il ne parvient qu'à grand'peine à rester à la tète de l'administration de son pays. Alors, les désastres de ses finances succèdent aux désastres de son ambition déçue ; le visage pâlit, le cœur est agité par de folles palpitations ; le pouls est serré, petit, concentré, et le médecin voit évoluer pas à pas, jour par jour, une affection cardiaque d'origine artérielle. Les artères, tendues et résistantes d'abord au toucher, deviennent très dures et athéromateuses, l'aorte se dilate, et l'on finit par constater une double lésion de l'orifice aortique.
Gbez cet homme, on ne peut invoquer aucune cause de son affection : il n'était ni syphilitique, ni alcoolique, ni goutteux, ni rhumatisant, ni fumeur. Seules, les émotions de cette vie tourmentée et tumultueuse avaient agi en déterminant un double surmenage : celui du système nerveux et celui du système circulatoire. 11 y a quelques mois, il mourait asystolique. en laissant dans sa caisse un déficit de près d'un million de francs, déficit qu'il avait soigneusement caché aux siens.
Il serait possible de citer bien d'autres cas semblables ; il me suffira de faire remarquer que souvent, après des campagnes électorales [tins ou moins violentes, j'ai été appelé à constater l'aggravation rapide d'une cardiopathie artérielle, restée latente jusqu'alors.
Depuis près de quinze ans, un homme âgé de G8 ans était atteint d'arythmie cardiaque que l'on regardait presque comme physiologique, puisque jamais elle ne s'était accompagnée d'aucun autre trouble fonctionnel. En 1897, il soutient une campagne électorale des plus vives, et il achète chèrement le succès par l'entrée en scène d'accidents assez graves (augmentation de l'arythmie, apparition de la dyspnée Loxi-alimentaire avec insuffisance mitrale fonctionnelle par dilatation ventriculaire).
Un homme politique de la plus haute valeur, reçoit un jour en pleine paroi précordiale un coup de pistolet qui heureusement fait une plaie non pénétrante. Avait-il déjà une affection cardiaque aggravée alors par le traumatisme ? Je l'ignore. Mais, pendant dix ans, cet homme,
MALADIES DU COEUR ET DE l'aORTE
un grand patriote, poursuivi par les haines les plus violentes, par les accusations les plus monstrueuses, par l'ingratitude la plus injuste, souffre de palpitations avec arythmie, et il reste pendant cette longue période, éloigné de la scène politique. Il y rentre un jour victorieusement, et il succombe peu de temps après à cette forte émotion d'un nouveau genre, emporté par une première attaque d'angine de poitrine avec œdème suraigu du poumon.
Il n'est donc pas improbable que les émotions violentes et répétées puissent agir, d'abord sur le système artériel, ensuite sur le cœur. En cela, je diffère d'opinion avec les auteurs qui pensent que les influences morales agissent d'abord sur le cœur. A ce sujet, rappelons-nous ce que nous a appris l'étude de l'hypertension artérielle : nous avons vu tout l'arbre circulatoire en état de contraction sous l'influence d'une émotion, la plus légère en apparence ; or, cette contraction vasculaire est un facteur important de l'hypertension artérielle, et cette dernière est la cause première de l'artério-sclérose, ou de son aggravation.
Dans sa thèse d'agrégation en 1853, Leudet ayant à « déterminer l'influence réelle des causes morales et mécaniques dans la production des maladies organiques du cœur », n'arrive à aucune conclusion; il tend môme à combattre l'opinion que Beaut avait exprimée la même année, sur la réalité de cette pathogénie. Or, la question mal posée devait être incomplètement résolue. 11 est certain que jamais les causes morales ne sont capables de produire de toutes pièces une cardiopathie valvulaire ; mais il n'en est pas de même des cardiopathies artérielles, lesquelles peuvent réellement, quoique rarement, être déterminées par ces causes morales. Celles-ci n'agissent pas directement sur le cœur central, elles portent surtout leur action sur le cœur périphérique représenté par tout le système vasculaire. En tout cas, les causes morales sont certainement aggravantes des cardiopathies, surtout des cardiopathies artérielles, d'après une pathogénie maintenant bien connue.
6° L'influence athéromigène de la vieillesse n'est plus à démontrer, qu'il s'agisse de la vieillesse prématurée des saturnins, des alcooliques, des surmenés, ou de la sénilité succédant à l'accumulation des ans.
Ces deux vieillesses ne se ressemblent pas absolument au point de vue de l'anatomie pathologique, de la clinique et de leurs causes. Pour la première, les scléroses viscérales sont fréquentes, et la lésion est prédominante dans les petits vaisseaux ; en un mot, il y a plus d'artério-sclérose viscérale que d'athérome artériel. Pour la seconde, le processus se localise davantage dans les gros troncs artériels, le retentissement viscéral moins accusé ne se manifeste parfois que par l'atrophie des organes,
ARTÉRIO-SCLÉROSE
il y a plus d'athôrome artériel que d'arlério-sclérose viscérale. La marche est subaiguë dans Tune, plus souvent chronique dans l'autre.
Toutes deu\ sont le résultat d'une intoxication. Nous le savons déjà pour l'alcoolisme, le saturnisme, le tabagisme, le surmenage. 11 faut maintenant démontrer que la vieillesse est une sorte de maladie (senectus, ipsa morbiis), et que cette maladie est une intoxication.
Chez le vieillard, le sang est altéré pour deux causes principales : en raison des troubles d'hématose, et du mouvement de désassimilation.
a. Les troubles de l'hématose sont tels, que Réveillé-Parise (de Lille) avait voulu voir dans l'appareil respiratoire la cause prochaine de la vieillesse, ce qui est une exagération. Car, l'emphysème sénile qui, par l'atrophie ou la destruction de nombreuses alvéoles pulmonaires, rétrécit considérablement le champ respiratoire, peut n'être pas très accusé chez les vieux athéromateux, et d'un autre côté il est causé parfois par l'endartérile des vaisseaux bronchiques. La difficulté est donc simplement reculée, et il est nécessaire de chercher la cause de cette lésion vasculaire chez les vieillards. En tout cas, môme en l'absence de toute lésion emphysémateuse, la loi suivante formulée dès 1857 par Schnepf peut être invoquée : « La capacité vitale du poumon suit une double oscillation, une progression ascendante, depuis l'enfance jusqu'à l'âge de 20 ans, et descendante à partir de cette époque jusque dans la vieillesse reculée. »
Ilutchinson est arrivé à des conclusions semblables, mais différentes au point de vue de l'âge (35 ans au lieu de 20) auquel le poumon atteindrait sa plus grande capacité fonctionnelle. Or, celLe capacité vitale ou fonctionnelle des poumons mesurant la quantité d'air inspiré ou expiré dans la respiration la plus profonde possible, il en résulte qu'il y a dans ces organes, par les effets de l'âge, une diminution de la pénétration de l'air laquelle s'ajoute encore à la diminution de l'apport du sang, puisque les capillaires pulmonaires sont, les uns atrophiés et les autres disparus. Donc, le sang emprunte moins d'oxygène à l'air, et celui-ci lui enlève moins d'acide carbonique. 11 doit en résulter déjà une altération sanguine par rétrécissement du champ de l'hématose. Le liquide nourricier prend les caractères de la « vénosité » ; il est moins riche en globules, en oxygène, en hémoglobine, en fibrine, et sa capacité respiraLoire est amoindrie ; il est ainsi moins vivifiant et moins nutritif que celui de l'adulte, et l'organisme du vieillard se trouve en état ou en imminence presque continuelle de surmenage. Le travail de désassimilation augmente, celui de la nutrition diminue, et la vieillesse appartient pour ainsi dire aux maladies par ralentissement de la nutrition, maladies capables de provoquer des dégénérescences artérielles.
190 MALADIES DU COEUR ET DE I/AOHTE
b. 11 faut prouver maintenant que, par son mouvement incessant de désassimilation, la vieillesse rentre dans la catégorie des maladies toxiques.
C'est à elle surtout que l'on peut appliquer cette parole de Bouchard : « l'organisme est un réceptacle et un laboratoire de poisons ». Cela est vrai pour les vieillards dont le sang renferme une plus grande quantité d'urée; au lieu de 0,017 à 0,019, chiffre normal chez l'adulte, il y aurait, d'après Quinquaud, une moyenne de 0,032 à un âge avancé. Mais, cette plus forte proportion d'urée dans le sang, ou azotémie, ne coïncide pas avec une élimination plus grande de ce produit par les urines ; il y a, au contraire, de l'hypoazoturie. D'autre part, l'azotémie n'est pas due à l'augmentation de l'alimentation qui est moindre, mais bien à la désassimilation des tissus. Enfin, le sang renferme plus de cholestérine, une grande quantité de matières extractives, et tous ces poisons deviennent des agents d'intoxication à plus ou moins longue échéance, parce que, dans la vieillesse, les urines sont moins abondantes, parce que la dépuration rénale est insuffisante, faits démontrés par une moindre toxicité urinaire. Le sang des vieillards présente donc un état toxique réel, capable d'expliquer la tendance adynamique de leurs maladies et la production des dégénérescences artérielles. La vieillesse est en rapport presque direct avec ces dégénérescences, et Cazalis a pu dire que « l'on a l'âge de ses artères ».
La vieillesse est donc une intoxication, ce qui justifie sa place parmi les causes toxiques de l'artério-sclérose et de l'athérome artériel.
c. Si la ménopause est fréquemment une cause d'artério-sclérose, il n'est pas illogique d'admettre qu'à cette période de la vie la lésion artérielle puisse se produire à la faveur d'une adultération sanguine; hypothèse que des recherches ultérieures pourront confirmer.
L'artério-sclérose et les dégénérescences artérielles peuvent, par exception, s'observer dès les -premiers âges de la vie. Les faits suivants n'infirment pas la règle, d'autant plus que ces lésions artérielles peuvent être dues à des causes méconnues (saturnisme, syphilis héréditaire, etc.).
Chez un enfant de 28 mois, H. Martin a trouvé au-dessus de l'orifice de l'artère coronaire gauche un point d'athérome aortique ayant un millimètre de diamètre, et il fait la remarque que dès l'âge le plus tendre, à 3 ou 4 ans, on peut constater déjà quelques stries athéromateuses sur les vaisseaux. Phœnomenow a cité (1882) un cas unique en son genre, relatif à un vaste anévrisme de l'aorte abdominale d'un volume tellement considérable qu'il était devenu chez un fœtus la principale cause de dyslocie. Chez un enfant de 2 mois, Moutard-Martin a
ARTÉRIO-SCLÉROSE
constaté une aorlite chronique avec rétrécissement de l'aorte. Hogdson raconte que Young a enlevé une artère temporale absolument calcaire sur un enfant de L5 mois. Portai et Scarpa auraient encore rencontré des faits semblables. Andral a vu des ossifications aortiques chez un enfant de 8 ans, et chez cinq ou six malades âgés de moins de 30 ans, Henri Roger et Sanné ont rencontré chacun un cas d'anévrisme de l'aorte avec lésions alhéromateuses chez deux enfants de J0 ans et de 13 ans et demi. Enfin, sur 551 cas d'anévrismes rassemblés par Crisp, 5 appartenaient à des sujets dont l'âge variait de quelques jours à 20 ans. On se demande si dans tous ces cas, il ne s'agit point d'hérédosyphilis.