‹ Traité clinique des maladies du cœurChapitre 2 sur 107 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

C’est un beau spectacle pour l’observateur philosophe que de contempler comment , sous l’empire suprême de la loi du progrès, les sciences en général et la médecine en particulier accomplissent , à travers des obstacles sans cesse renaissants, le grand oeuvre de leur évolution. Il est certaines époques où le mouvement de progrès s’opère avec une vitesse et une énergie qui étonnent. Depuis l’avénement des Bichat , des Dur puytren et des Corvisart , la médecine nous offre réellement un éclatant exemple de cette sorte de redoublement du mouvement progressif. A compter de cette ère mémorable, la médecine s’est ralliée de plus eii plus étroitement à l’anatomie et à la physiologie. Dans ces derniers temps, Broussais, digne continuateur des Bichat et des Corvisart, s’est acquis une gloire impérissable en formulant les conditions essentielles de cette alliance , et en appuyant sur cet inébranlable fondement sa grande réforme du système pyrétolog:!que. Et cependant , la médecine , ç’êst-

à-dire la médecine des Bichat , des Corvisart (i) , des

(1) Ceuï qui pourraieal croire que c’est bien graluitement que je donne à un praticien tel que Corvisart le no-ode méàccïa physiologüie , sont priés d$

XXIY

PRÉFACE

Dupuytren et des Broussais, avait été, en quelque sorte, mise à V index par quelques hommes dont toute une génération médicale dut sucer les principes 1 Réu-

vouloir jeter an coup d’œil sur le passage suivant du discours préliminaire de yJEssai sur les maladies du cœur,

* ... Ce serait une grande erreur de penser que l’anatomie cadavérique suf-

• fit pour atteindre ce but ( le diagnostic des lésions organiques) -, il s’en faut » bien que la chose soit ainsi. Le médecin qui, n’unirait point la physiologie » à l’anatomie , resterait toujours à la vérité un prosecteur plus ou moins » adroit, industrieux et patient, mais il n’aurait jamais qu’une pratique chan- » ceiaste et incertaine , surtout dans le traitement des lésions des organes.

» Combien n'ai-je pas vu au lit des malades émettre de faux diagnostics, les » uns accusant le foie, l’estomac d’être malades , lorsque la poitrine était ^ Uttaquée, et réciproquement; les autres prenant pour toute espèce d’hydro- » pisie, pour l’a.sthme, elc. , une maladie du cœur! Enfin j’affirme , avec » toute la véracité dont je suis capable , qu’il n’est point d’organe que je s’aie ^-vu accusé faosseifiénf, soit d’être malade, soit de ne l’être pas, par des » personnes auxquelles on ne pouvait pas reprocher le manque de quelques » connaissances anatomiques. », - -

• Quelle est donc la source de pàréillès méprises? Je l’ai dit : c’est le défaut » d’une bonne physiologie. Sans elle, en effet, à quoi bon l’anatomie?,.. Si » le médecin n’étudie pas sans cesse sur l’homme vivant tous les phénomènes

sensibles de l’action des parties ; s’il ne compare pas constamment ces phé- » nomènes sensibles et propres de la vie et de la santé de chaque organe

• avec les dérangements que chacun d’eux présente dans sa lésion , jamais,

• j’en répoads , il n’arrivera à reconnaître d’une manière sûre les dérange- » menls organiques menaçants ou confirmés. »

Rapprochez de cet admirable passage le suivant , qui est emprunté à la préface de la première édition de V Examen des doctrines , publié en 1816 par Broussais :

« Les traits caractéristiques des maladies doivent être puisés dans la phy- » sioJogie. Formez un tableau aussi vrai qu’animé du malheureux livré aux » angoisses de la douleur ; débrouillez-moi, par une savante analyse, les cris B souvent confus des organes souffrants ; faites-moi connaître leurs influen- B ces réciproques; dirigez habilement mon attention vers le douloureux rno- B bile du désordre universel qui frappe mes sens, afin que j’aille y porter

• avec sécurité le baume consolateur qui doit terminer cette scène déchi-

• ranle ; alors j’avouerai que vous êtes un homme de génie... »

DE LA. PKLMIÈRE ÉDITION. XXY

nies maintenant entre elles par le nœnd le plus indissoluble , la connaissance de l’homme sain et la connaissance de l’homme malade ne forment plus que deux parties d’une seule et même science , deux branches d’un seul et naeme tronc.

Pour imprimer à la philosophie de la médecine son derniei’ perfectionnement , il ne Testait plus qu’une chose à faire : c’était d’appliquer rigoureusement à l’étude de cette science les méthodes expérimentales généralement suivies dans les sciences physiques proprement dites. Or. cette application est elle-même aujourd’hui un fait accompli, et, en fraternisant ainsi avec les sciences physiques , la médecine , répudiant désormais le titre d’a/’i conjectural dont on l’a si long-temps flétrie . s’est enfin élevée au rang des sciences positives et exactes : en tant que science naturelle^ et la psychologie pure mise à part , la médecine est réellement la mécanique^ la physique et la chimie de l’économie vivante.

L’ouvrage que nous publions aujourd'hui, comme aussi ceux que nous avons déjà publiés , porte l’empreinte de la doctrine générale que nous venons d’exposer. Quant aux découvertes nouvelles qu’il peut contenir, nous n’en offrirons un abrégé qu’après avoir rapidement signalé ici les principaux travaux de nos devanciers. En comparant ainsi les uns aux autres les nombreux ouvrages qui ont paru sur un même sujet , aux différentes époques de la médecine, on voit que, semblable à ces grands fleuves dont la source est ignorée , et qui grossissent à mesure que, dans leurs cours.

PRÉFACS

ils reçoivent le tribut de nouvelles eaux , la science , humble à son origine , qui se perd dans, la nuit des temps, se développe, s’élargit , et prend un aspect majestueux en traversant les siècles , doipt chacun lui fournit son contingent de faits et de thé4>ries (i).

Page 1