II. POIDS ET VOLUME DU COEUR CHEZ LES CHIENS
1“ Cœur à l’état normal.
1 Des Pyrénées] Lymphatique! 5 ans. 1 0,65 jDegarde. 10,350 ] 0, Dogue. Sanguin. 6 — 0,50 De combat. 0,345 0,255[
Mâtin. Id. 1 4 — 0,60 De garde. 0,330 0,245
1 Bichon. ] Nerveux. 1 3 — 1 0,36 1 » 10,0451 0,035j
2° Cœur à l’état anormal (atrophie, déformation).
{Bordelais. [Sanguin. | 4 — j 0,45 |De combat. |0, 072 1 0,0
En multipliant les recherches du genre de celles entreprises par M. Leblanc, les médecins vétérinaires parviendront enfin à déterminer quelles sont les moyennes approximatives du poids et du volume du cœur dans les diverses espèces d’animaux domestiques, aux divers âges, et quelles sont les différences que présentent ce poids et ce volume selon plusieurs circonstances, telles que la taille, la force, le sexe, la race, etc. , etc. Déjà nous voyons par les recherches de M. Leblanc, combien quelquesunes de ces cir-
{1} Ce volume est exprimé par la quantité d’eau déplacée par le cœur froid : « Pour mesurer le volume exact de la masse musculaire du cœur et ses diver- » ses parties, j’ai, dit M. Leblanc, plongé la totalité du cœur ou quelques )> unes de ses parties dans un vase plein d’eau , puis j’ai noté la quantité » d’eau déplacée. »
BisüMÉ DÈS FAITS RELATIFS Aü FOIDS DU COEUR. 8 1 Constances font varier le poids et le volume du cœur, puisque, par exemple, chez un cheval entier, normand, de 6 ans, sanguin, de la taille de i mèt. 5o millim., le cœur pesait un peu plus de 4 kilogrammes et déplaçait 3 lit. 62 d’eau , tandis que le cœur d’un cheval hongre , breton , de 18 à 20 ans , nerveux , de la taille de 1 mèt. 45 millim. , ne pesait pas tout- à-fail 2 kilog. , et ne déplaçait que 1 lit. 85 d’eau , différence en moins de plus de moitié. Nous aurions bien d’autres remarques à faire ; mais elles nous entraîneraient beaucoup plus loin que ne le comporte la nature de cet ouvrage , spécialement çonsacré au cœur de l’homme.
§ V. Exposition de quelques recherches sur les dimensions du cœur par MM. Bizot et Vernois, publiées postérieurement à celles de l'auteur du présent ouvrage.
I. Un an environ après la publication de mes nouvelles recherches sur le volume, le poids et d’autres conditions anatomiques du cœur, parut , dans un recueil de mémoires (1) , un travail intitulé : Recherches sur le cœur et le système artériel par M. Bizot (2). Nous aurions pu, sans grande perte pour nos lecteurs, nous dispenser de faire sortir de la profonde obscurité dans laquelle il est enseveli le mémoire dont il s’agit. Ce n’est pourtant pas la faute de quelques amis de Fauteur, si son travail n’a pas eu plus de célébrité, car ils ne lui ont pas ménagé les plus magnifiques éloges. Quant à nous, si nous regrettons quelque chose, c’est de ne l’avoir pas trouvé plus digne de la haute réputation qu’on avait essayé de lui faire.
Dans une préface où l’on répète presque littéralement ce que nous avions dit nous-même 1° de la nécessité de connaî-
(1) Mémoires de la Société médicale d’observation de Paris.
(2) La thèse inaugurale deM. Bizot, soutenue en 1835, a pour titre : Recherches sur les altérations du système artériel de l’homme. L’auteur n’y parle point de recherches qui lui soient propres sur l’anatomie du cœur.
8^ AÎÎATOMIE DtJ CŒÎjE.
ire l’état sain du cceur pour apprécier d’une manière exacte et précise l’état naorbide du même organe ; 2" du défaut de reçbercbes sur le premier de ces états, lacune signalée par Bicbat, Corvisart, etc., M. Bizot, en i836, c’est-à-dire un an aprèsla publication delapremière édition de ce traité, ajoute, avec une justice , ou si l’on ainae mieux avec une érudition dont op ne saurait trop le féliciter : « Les écrivains qui ont » suiviCorvisart ont religieusement respecté cette opinion du » célèbre auteur de V Essai s^ur les malcidies du coeur : a Nous «manquons et. nous manquerons toujours, d’un étalon «rigoureusement exact auquel on puisse rapporter le » poids, le volume du cœur dilalé, épaissi dans ses parois. »
« Aussi NBL, p’entee eux n’a -t t r il entrepris d’ètudier «l’ètat normal, et tous ont nié la possibilité d’arriver » sur ce point a une appréciation exacte. »
Après la préface où l’on trouve le passage ci-dessùs, l’auteur, dans un avertissement i^préface, avertissement, rien ne manque , comme on voit , au mémoire de M. Bizot), annonce qu’il expose dans la première partie les dimensions du cœur et des vaisseaux dans l’état normal , suivant l’âge, le sexe, la taille, les maladies, celles au moins qui étaient étrangères à l’appareil circulatoire, et que, dans la seconde , il fait l’histoire générale des altérations du cœur, et du système artériel (1). Voyons maintenant ce que nous
(l) Dans une note curieuse de cet avektissement , M, Bizot avertit, •pour n’être pas accusé de contradiction avec lui-même , qvfil n’a pas considéré comme maladies du cœur et des artères les cas très nombreux^ oit il a rencontré des cdlératiom dpnt l’étude, sert de ba^ à cette secor^e partie ; que ces altérations existaient dans tous les cas sans donner lieu, aux symptômes, connus des maladies du cœur et des artères; que ce sont seulement ces maladies accompagnées de symptômes qu’il a exclus en étudiant l’état normal.
Ainsi, les altérations du cœur et des artères, dans des cas très norabreux, ne sont pas des maladies du cœur et des artères, et M. Bizot se sert de ces'^cas d’altérations du cœur et des artères pour apprécier l’état normal de ces organes. Ces altérations existaient dans tous les cas dont il s’agit, sans donner lieu
fiisüMi DES f AITS EELATIFS Atl POIDS Dü COEÜR. ' 83
apprend M. Bi2ot sur ce typè^ eei étalon du cœur que Corvisart déclare introuvable. M. Bizot dit s’appuyer sur 167 autopsies, dont 122 ont été faites, dans le service de M. Louis, depuis le mois d’octobre 1 85 2 jusqu’au mois d’octobre i853. (Quelle abondante inoisson d’autopsies enun si court espace de temps! Cependant M. Bizot n’y a pas compris, je pense, les autopsies des sujets morts de maladies véritables du cœur, puisqu’il se proposait d’étudier les dimensions du cœur à l’état sain.)
Dans le chapitre 1^", il s’agit des dimensions générales du, cœur (1).
L’article 1“ est relatif aux dimensions du cœur dans les divers âges. On y déclare que le cœur s’accroît, non seulement dans le j eune âge , mais encore dans les âges suivants , et cela d’une manière indéfinie. D’ailleUrs , on ne mesure que la longueur, la largeur, V épaisseur, sans dire bien clairement comment on s’y prenait pourmesurer F épaisseur et la largeur. C’est en procédant ainsi, que M. Bizot s’ima-^gine avoir trouvé cet introuvable étalonéonï parle Corvisart, étalon relatif à la fois au volume et au poids du cœur !
Mais voici une chose plus surprenante que tout ce qu’on pourrait imaginer. Il s’agit dans cet article des dimensions du cœur réputé à Fétat sain dans lès divers âges , et cepen-^ dant sur les rSd sujets dont les cœurs ont servi à la déter^ mination de ces dimensions, 5 7 étaient des phthisiques et 65 des non-phthisiques, ainsi que nous Findique Fauteur dans le 4* tableau. M, Bizotcon viendra qu’une telle manière
aux symptômes connus des maladies du cœur et des artères. Malheureusement on ne nous dit point de quelles altérations il est question, toujours pour faire acte de précision et à” exactiXu.de. "E.'û. vérité , jè crains un peu que M. Bizot ne coKoaisse pas bien tous les syntptômes maladies du cœur et des artères-.
(1) L’auteur nous renvoie au tableau n» 1, pour nous montrer qu’li a dlvisé en deux séries les observations qu’il analyse. Plus haut, U avait dit que le travail était basé sur 157 faits. U nous laisse %norer la cause de célte InSnîmmit petite dîfierence dans les deux indications numériques.
ANATOMIE DU CCEUR.
d’ étudier et d’observer ne mérite les noms de rigoureuse et de précise qu’en changeant de fond en comble le sens généralement attaché à ces termes. Quoi ! M. Bizot ne .comprend pas que pour arriver à quelque exactitude dans les recherches qu’il se proposait , la première condition, la condition sine quânon, c’était de bien distinguer les cas, et de placer dans des catégories à part ceux relatifs à des individus dont le cœur pouvait être considéré comme étant à l’état sain ou normal , et ceux dans lesquels cet organe, par suite d’une lésion directe ou indirecte, n’était plus à cet état normal ! La remarque faite par nous à l’occasion de ce premier article s’applique plus ou moins aux articles suivants, puisque dansjÊi^^n d’eux on n’a bien rempli la condition ci-dessus indiquée, pas même à l’article Dimensions du cœur dans les maladies , où l’on se borne à dire que, parmi les sujets qui ont servi àl’analyse, 67 étaient phthisiques et 65 non-phthisiques, sans rien nous apprendre sur les maladies diverses de ces 65 derniers.
Dans l’article 2% M. Bizot examiné les dimensions du cœur chez les deux sexes. Il conclut, ainsi que nous l’avions fait nous-même , que le cœur offre des dimensions moindres chez la femme que chez l’homme ; mais ses mesures sont toujours les mêmes, c’est-à-dire incomplètes, insuffisantes pour la détermination rigoureuse du volume, et nulles pour celle du poids.
B.evenant ensuite sur cette opinion , que le cœur croît depuis la naissance jusqu’à l’âge le plus avancé, et cela d’une manière indéfinie , il taxe d’erreur celte assertion de Bichat , savoir que c’est «/e /a 24® à la 26® année que les muscles de la vie organique ont acquis la plénitude de leur développement. Posant ainsi en principe que la vieillesse est, dans les deux sexes , l’époque de la vie à laquelle le cœur offre le volume le plus considérable, il en conclut que «le » professeur Bicherand aurait donc émis une opinion trop » générale quand il attribue au volume du cœur une si grande
RÊSIjMÉ des faits relatifs au poids du cceur. 85
» influence sur le moral; quand il pense que les individus » doués d’un cœur plus volumineux relativement au reste > du corps, sont aussi les plus courageux. Si cela était, pour- » suit M. Bizot, d’après la plus singulière logique, le courage B serait évidemment l’apanage de la vieillesse (i). Si donc B on voulait voir un rapport de cause à effet entre le volume s du cœur et \&s forces morales (2) , on arriverait à la conclu- » sion suivante : qu’à mesure que le cœur acquiert un vo- »lume plus considérable relativement au reste du corps ,
» les forces physiques et morales se perdent. »
Belle conclusion et bien digne de l’exorde ! En vérité , rien n’est merveilleux comme la dialectique de M. Bizot !
Dans l’article 5, il est question d’abord du rapport des dimensions du cœur avec la taille des individus , a partir de seize ans , puis du rapport des dimensions du même organe avec la largeur des épaules. Le, tableau consacré à l’expression de ce dernier rapport montre dans les deux sexes les moyennes de mesure du cœur augmentant avec la largeur des épaules, sauf, chez la femme, une exception relative aux moyennes d’épaisseur. Mais d’après le même tableau, chez l’homme comme chez la femme, le 'volume absolu du cœur , chose qui parait étonnante à M. Bizot lui-même, est un peu moindre chez les sujets dont la taille est la plus élevée. L’auteur ne manque point, à cette occasion, de faire la profonde réflexion que voici : « Le résultat de ü expérience, dit-il, est ici, comme dans beaucoup d’autres cas, contraire aux idées que l’on aurait pu se former à priori. » Cette réflexion aurait
(1) J’ai dit la plus singulière logique, car, en établissant, à tort ou à raison, un rapport entre le volume et la force du cœur d’une part et le courage de l’autre , cela ne vent pas dire qu’il n’existe point d’autres conditions qui influent sur le plus ou moins de courage des individus.
(2) L’auteur a tort d’employer ainsi le mot volume du cœur comme synonyme de force du cœur. D’un antre côté, on sort de la question en parlant maintenant de forces morales au lieu de courage. On ne prétend pas , sans doute , que les forces morales soient toutes comprises dans le mot courage.
ASATOMIE DU COEUR.
pu toutefois être réservée pour une meilleure occasion. En effet , si dans les cas observés par M. Bizot le volume du cœur a été en raison inverse de la taille, il ne faut pas trop se hâter de poser ce résultat particulier en loi générale, pour l’unique plaisir de mettre encore aux prises l’une avec l’autre \ observation et Y induction , lesquelles, d’ailleurs, quand elles sont toutes les deux bien employées, concourent, conspirent pour ainsi dire fraternellement à la conquête de la vérité. Ce n’est pas sans raison que M. Bizot a considéré comme une chose étonnante ce résultat , savoir, que le vo^^ lume absolu du cœur est un peu moindre chez les sujets dont la taille est le plus élevée. Nos propres recherches nous ont appris, au conttairCi que, toutes choses d’ailleurs égales, le volume du cœur est , en général , proportionnel à la taille des sujets, pourvu que chez les sujets à taille audessus dé la moyenne les autres dimensions du corps soient en rapport avec la hauteur. Parmi les faits qui démontrent cette proportion diamétralement opposée à celle de M. Bizot, je rappellerai ici les 7“, 8^ et g® cas de notre première sérié. Le résultat de l’eXpérience est donc ici, comme dans bien d’autres cas, favorable aux idées que l’on aurait pu se former à priori, eï nous ne sommes point surpris d’avoir trouvé chez un homme d’une forte constitution et d’une taille colossale {voy,. le 8® cas de la première série) un cœur d’un volume plus qu’ordinaire et du poids de S5o gram. ou de plus de 1 1 onces, c’est-à-dire surpassant d’environ 2 ou 5 onces (62 à go gram.^) la moyenne chez les individus du même âge (24 ans), d’une constitution et d’une taille moyennes.
En somme , nous pensons que si M. Bizot a trouvé le volume du cœur moindre chez les individus d’une taille élevée que chez ceux d’une petite taille , cela provient de circonstances parti culîèi’es dont il n’aüïa pas su tenir compte.
L’article 4 traite des dimensions du cœur dans les diverses maladies. Ce titre, comme bien d’autres, est un peu
RÉSUMIÉ DES FAITS RELATIFS AÜ POIDS DU COEUR. ^7 trompeur. Eii efifet, qu’on ne s’attende pas à trouver des recherches relatives à Y influence dès diverses maladies , indiquées d’une manière précise, sur lés dimensions du cçÉür : non ; M. Bizot a tout simplement étudié les dimensions dü cœur chez 5 7 phthisiques, et les a comparées aux dimensions dü même organe prises chez 65 sujets morts à' autrés mûlâdies.
On he dit pas quelles sont, dès aUttèS inaîadiès , toüjôurS conformément a l’esprit dé rigueur, dë précision, d’exactitude et dë clattê qui présidé aux recherchés de M. Bizot.
Nous allons voir encore ici un nouvel exèiùple dë la jüStice de l’auteur. Dans l’article Atrophié de routtage què nous avions puBlié de concert avec M. Berlin, en tdë4, comme dans lë mêmë article du présent Traité, nous àvotis placé là phthisie pulmonairë parmi îès câüsëS de dette atrophie. Eh hiéh! dans ses recherchés, M. Bizot né dràitit pas d’insinuèr qué nous arbiis Soutenu uiië opinioti contraire. En elîèt , après avoir rapporté les faits d’après lesquels il conclut quë lè cœur est plué petit chèz ceux qui süc-~ combént a V affection ïühercüleusè que chez les àuîrës, il àjoüte ;
« Cès faits Sont, cômnié oii le voit, pëu d’àcçbrd avec rUpihibri émisé par qüëîqtiës àUtëurs, et ûbtaîiinieht LaênriëC et Mm. Berlin etBouillâud, d’après lësqüels la pBtliisië déterminerait l’hypertrophié du cœUr, pàr SUitë des efforts répétés qhe cet brgàhe Sérail forcé dé faire inceSsàtümeiit pour surmbntër T obstacle qu’il rencontre dâûs les pouinons. » Commèilt M. Bizot n’à-t-il pas craint d’àffirmèr ainsi qüe les faits observés par lui sbiit péu d’àdcbrd avec deux observés par moi-tUémé, lorsque dans la première édition dé cet ouvragé (t. p. 471}» j’avais formellement écrit: La plupaii dès Cas d’ atrophié du cœur que nous àyoris recueillis avdièiit pàüisujèts dêà ihdividus iomhés dans liri ptofond état dé màr'astnë , à la süûë dè qüèlqué grave altération chioniqüé dès gCaftds 'viscerés ^ tels qüe V appareil digestif ou Z’appareïl ÈESPmlTOïRÉ Parmi ceà sujets, àjoütaîs-jë, nous citêrôns surtout les etc. Êt
AXATOMIE DU CŒUR.
qu’on n’oublie pas , d’ailleurs , que cette doctrine avait été également émise dans le Traité des maladies du cœur de 1824, auquel M. Bizot s’est uniquement attaqué. Si dans ce dernier ouvrage il a été dit en passant, comme Laënnec l’avait déjà noté lui-même , que la tuberculisation pulmonaire peut être placée parmi les causes qui, jusqu’à un certain point, pourraient le développement de cer¬
taines hypertrophies du cœur, soit par suite des efforts répétés que cet organe serait forcé de faire incessamment pour surmonter l’obstacle qu’il rencontre dans les poumons, soit pour toute autre cause actuellement connue ou non encore connue; c’est une assertion dont il n’appartenait qu’à une observation exacte et suffisamment répétée de déterminer la réalité d’abord et la valeur ensuite , et c’est là un travail qu^ M. Bizot n’a point exécuté. « Cette opinion, » dit-il, esX rationnelle , sans doute, mais elle n’est que cela, «Bayle et M. Louis ont mieux vu, et leurs résultats prou- «vent déjà la rareté de l’hypertrophie du cœur chez les «phthisiques. » Il a été démontré parce qui précède que j’ai déclaré . de la manière la plus explicite , avant les recherches de M. Bizot, que la phthisie était du nombre des causes de V atrophie du cœur. Si j’eusse établi au contraire que la phthisie est une cause d’hypertrophie du cœur, assurément M. Bizot aurait eu raison de signaler un désaccord des plus frappants entre moi etBayle et M. Louis; mais il n’en est rien. Pourquoi donc tant insister sur ce désaccord imaginaire, et vouloir, envers et contre tous, nous trouver coupable d’une erreur d’observation, dont nous serions les premiers à faire l’aveu si elle nous eût effectivement échappé ?
Quant à cette qualification de rationnelle, donnée avec une intention qui ne surprendra point ceux qui savent maintenant quelle est la philosophie médicale de M. Bizot, nous ne la trouvons pas heureuse; mais nous n’avons pas le loisir de disputer sur les mots. Disons seulement
EÉSÜMÉ DES FAITS RELATIFS AU POIDS DU COEUR. 8g que c’est avilir en quelque sorte cette noble expression de rationnelle , que de lui donner le sens admis ici par M. Bizot. Non , il ne serait pas rationnel de considérer l’hypertropbie du cœur comme étant un effet ordinaire et direct de la phthisie pulmonaire. Ce qui est rationnel au contraire, c’est de considérer la phthisie pulmonaire, sans complication du côté du cœur, comme une des plus puissantes causes de l’atrophie de cet organe, maladie diamétralement opposée à la précédente (hypertrophie). Donc, et ici le résultat de ce mode de raisonnement qu’on appelle par voie à’induction, est conforme au résultat fourni par ce mode de raisonnement qui procède par voie de déduction, ou qui s’appuie sur l’observation directe; donc, je le répète, lorsque, chez un phthisique, on trouve le cœur hypertrophié, ce n’est pas parce qu’il existait une phthisie, mais bien quoiqu’il existât une phthisie. Telle est la conviction qu’une imposante masse de faits bien observés nous a donnée à cet égard, que dans les cas où il nous arrive, à l’ouverture de phthisiques , de rencontrer un cœur qui ne dépasse pas notablement la grosseur qu’il doit avoir chez des sujets non phthisiques, nous avons l’habitude de dire : cœur un peu gros , un peu trop gros pour un phthisique. Ce n’est pas ici le lieu de faire connaître les circonstances en vertu desquelles, même chez les phthisiques , le cœur peut être hypertrophié ; nous nous en occuperons ailleurs.
Au reste c’est déjà trop nous être défendu d’une erreur qu’on nous a si gratuitement supposée.
Le chapitre 1 1 traite des dimensions des ventricules suivant les âges (i).
(1) Il est bon de savoir que dans un travail consacré à la détermination du volume ducœur, M. Bizot ne s’est nullement occupé des oreillettes, pour une raison assez singulière que voici : « La forme très irrégulière des oreillettes, dit-il, aurait exigé , pour l’appréciation de leur cavité , une préparation toute particulière des veines qui y aboutissent; je n’ai pu la faire. » Espérons qu’un jour M. Bizot voudra bien s’occuper de cette préparation toute particulière des veines jaboutissant dans les oreillettes.
AîfATOMIE DU GCEUH.
Dans l’article i®'', on étudie les dimensions des teiitrieules suivant les âges. Ici on n’a mesuré que la longueur et la largeur, et c’est uniquement d’après cette mesure qu’on à évalué la capacité des ventricules j comme si l’épaisseur plus GU moins grande des parois et des colonnes charnues, et quelques autres cifconstances encore dont M. Bizot n’a tenu aucun compte , né modifiaient pas la capacité des ventricules , la largeur et la longueur restant d’ailleuts lés mêmes. La conclusion est quë la cavité ventriculaire droite i&sibieh plus grande que la gauche , et cela dans toüs les âges , conclusion qui diffère un peu de celle à laquelle nos propres recherches nous ont conduit.
Dans les articles â et 5 , M. Bizot examine lès dimensions des ventricules selon les sexes elles maladies. Il trouvé que , comme les dimensions générales du cœUrj celles des ventricules en particulier sont moins grandes chez la femme que chez rhomme< Quant aux récherches sur lés dimensions des ventricules seloüleS maladies# elles sont toujours Uniquement relatives aux cœurs dés phthisiques, comparés à ceux des non-phtkisiqués (expression génériqué qui Comprend tousles individus morts de maladies les plus diverses). Il résulte de ces recherches que # chez l’homme et chez la femme , la capacité des deux ventricules est moindre chëz les phthisiques que chez les noU-phthisiquess
Lé chapitre III est relatif à l’épaisseur des parois des Ventricules et de celle de là cloison inter-ventriculaire. Ainsi que je l’ai montré moi-même dans les recherches qui ont été exposées plus haut # M. Bizot conclut de celles qui lui sont propres , que les mesures assignées par M. Gruveilhîer à l’épaisseur du ventricule gauche et du ventricule droit manquent d*èXàctitude. Quant aux différences qui existent entre les résultats de M. Bizot et les miens * c’est à des recherches ultérieures qu’il appartient de décider lequel de nous deux s’est approché le plus de la vérité dans les bondltiotis où nous avons procédé à nos mesures.
KÉSTJMÉ DES FAITS RELATIFS AU POIDS DU CCaîUR. 9I
Le chapitre IV et dernier, en ce qui concerne les dimensions du cœur, est relatif à la circonférence des orifices de cet organe, suivant l’âge, le sexe et les maladies.
Il résulte des observations de M. Bizot que ces orifices sont d’autant plus dilatés qu’on les examine chez des sujets é’un âge plus avancé. D’ailleurs , ainsi que nous l’avions déjà trouvé de notre côté, les recherches de M. Bizol monttent que la circonférence de l’orifice àuriculo-ventriculaire droit est notablement feupérieure â céîle du gauche. Chez là femme , les dimensions des orifices sont plus petites que chez les hommes.
M. Bizot dit que dans la vieillesse. Chez l’homme comme chez la femme , l’orifice aortique est ün peu plus dilaté que l’orifice de l’artère pulmonaire. Î1 est porté à attribuer cettè diÛérence â la fréquence des altérations de l’aorte chez lés vieillards, bien que ces lésions ne déterminent, dit- il , aucune lésion de fonction, tandis que lès àltéràtiôns de l’artère pulmonaire sont fort rares. En supposant que l’assertioûdeM. Bizot eût force de/o/, je îie sais trop quèllé valeur il faudrait attacher â l’explication qu’il eii donne. Èn tout cas, s’il était vrai que l’orifice de l’aorte l’emportât ainsi constamment en étendue sur celui de l’artère pulmonaire, et que la cause en fût telîé que rindiqué M. Bizot, il s’ensuit que cet auteur aurait eu tort de considérer comme étant â l’état sain ou normal les coèüfs qtu présentent cette différence. Ï1 est vrai que M. Bizot â bien soin de noter que , dans la dernière sérié des âges' , lès levons voîfeinès de l’orifice de l’aorte ne déterminent âucünè lésion dé fonction , et que partant , d’après un principe de M. Bizot que nous avons ï^àppelé précédemment, cé né sont pas des maladies. Jë ne Veux point m’engagenici dans ünè Vaine dispute de mots , mais je répondrai à M. Bizot que si les altérations dont il s’agit (malheureusement il ne les désigne ni nelesprécise enaacuUe façon) sont portéèsàun haütdegré, iln’est point exact de dire^ d’une manière absolue, qu’elles he
92 ANATOMIE DU CCEUR.
déterminent avcune lésion de fonction , et que si, au contraire, elles n’existent qu’à un très léger degré, il est plus que douteux qu’elles exercent sur l’orifice aortique l’influence dont parle M. Bizot.
Mais c’en est assez sur le travail de cet auteur. Concluons qué^pour les points qui s’y trouvent traités , il laisse beaucoup à désirer ; qu’il en est un grand nombre qui ont été entièrement négligés, malgré leur importance , tels que les dimensions des oreillettes, des valvules, le poids du cœur, etc.; qu’ainsi l’on y chercberait inutilement le type ou V étalon rigoureusement exact auquel on puisse rapporter le poids , le 'volume du cœur dilaté y épaissi dans ses parois (Corvisart), et que M. Bizot s’est trop peu souvenu , dans ses recherches , des maximes suivantes, dont il ne contestera pas la vérité :
« La méthode numérique , appliquée à l’étude de la méde- » cine , présente à la fois toute l’imposante autorité et «tous les dangers de la statistique. Légitimement employée,
» elle établit des vérités incontestables ; agissant sur des » matériaux dont la valeur est douteuse , elle peut propager, »sous une apparence de démonstration rigoureuse, les er- »reurs les plus funestes. N’est-ce donc pas un devoir r/^oo- » reux pour le médecin de ne travailler que sur des bases B parfaitement solides ou de s’abstenir? »
Ces grandes phrases sont littéralement extraites du mémoire de M. Bizot. En les rapprochant, avec quelques autres semblables, des résultats obtenus par cet auteur, on ne peut s’empêcher de se rappeler ces vers si connus du législateur du Parnasse latin :
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatu ?
PartuHent montes^ nascetur ridiculus mus.
Ce jugement paraîtra sans doute un peu sévère à l’auteur, et pourtant il n’est que juste. Au reste, il ne tient qu’à M. Bizot d’obtenir de nous un jugement plus favorable :
RÉSUMÉ DES FAITS RELATIFS AU POIDS DU CŒUR. gS qu’il se pénètre mieux des principes de l’art d’observer et de raisonner exactement en médecine, et qu’il les applique bien : alors nous le louerons sans réserve. Mais nous en appelons à tous les vrais observateurs : nous serait-il permis de faire l’éloge d’un travail où l’on se propose de fournir des données pour la détermination précise de l’état normal du cœur, quand l’auteur de ce travail , méconnaissant les plus simples principes d’une méthode exacte d’observation, opère sur des cœurs dont aucun peut-être n’était à l’état réellement normal, et dont plusieurs du moins étaient certainement à l’état morbide ?
Ce défaut capital et d’autres déjà signalés par nous ne sont pas les seuls qu’on rencontre dans ce travail que certains critiques considèrent comme si beau. Mais nous en avons assez dit pour montrer que la médecine exacte n’est pas une chose facile, et qu’il faudrait bien du temps pour arriver à la solution du problème du poids et du volume du cœur à l’état normal, si , comme le recommande M. Bizot, son travail était poursuivi par d’autres observateurs , d’après la même méthode , afin d’ajouter l’expérience a l'expérience.
II. M. le docteur Max. Vernois vient aussi de publier un travail dans lequel il expose ses recherches sur les dimensions du cœur chez l’enfant nouveau-né , et comme complément de ce travail , il a cru devoir donner le résultat de l’analyse de 92 cas relatifs aux dimensions du même organe prises sur des sujets de 3o à 60 ans. Il a terminé par un tableau dans lequel il compare les mesures qu’il a obtenues avec celles qui ont été données par moi et M. Bizot. Non plus que M. Bizot , M. Vernois n’a point mesuré le poids du cœur, son volume général , la capacité de ses cavités, etc.
Voici d’ailleurs le tableau de M. Vernois, légèrement rectifié en ce qui concerne l’indication de mes mesures, et relatif aux cas où le cœur est supposé k l’état normal :
(1) C'est par erreur que M. Vernois a indiqué 11 lignes : — il est vrai que la même erreur se trouve à la page Ô5 delà première édition de mon ouvrage, Mais, en consultant l’observation à laqucjlle cette indication renvoie, on trouve 7 lignes au lieu de M, L’épaisseur de 7 lignes est déjà eonsidérable ; celle de 11 lignes supposerait une forte hypertrophie.
£ÉSÜM^ DES FAITS EEtATifS AD POIDS DU CŒUR. qS
ARTICLE TROISIÈME
DE i-A BETËRMINATION DU VOLUTME ET DU POIDS DU COEUR PEîiDANT LA TIE PAR LA PERCUSSION , L’ INSPECTION ET LA PALPATION DE LA RÉGION PRÉCORDIALE. —
DE LA MANIÈRE DE PROCÉDER A h’üUtOpSie OU A l’eXAMEN DE CET ORGANE APRES LA MORT.
I. En traitant de la situation du cœur et de ses rapports, nous avons vu qu’une portion de la face antérieure de çet organe n’était pas, chez la grande majorité des sujets, re-r couverte par la partie antérieure-inférieure des poumons^.
La partie du thorax en rapport avec cette portioii rendant un son mat à la percussion , tandis que tous les points envi^^ ronnants fournissent un son clair, rien n’est plus facile que de mesurer l’étendue de la région du cçeqv au-devant de laquelle ne se trouve pas, de chaque côté, upe lame de la partie antérieure-inférieure de chaque poumon.
Il est vrai, comme nous l’avons déjà noté précédemment, qu’on n’apprécie ainsi que l’étendue de la partie du cmuï* non recouverte par les poumons j mais cette étendue étant généralement d’autant plus grande que le cœur est plus volumineux, sa mesure peut, jusqu’à un certain point, être considérée comme un moyen indirect de déterminer la mesure du volume total de cet organe,
Ce mode de mensuration se trouve en défaut dans les cas, d’ailleurs assez rares, où les poumons s’insinuent entre le péricarde et les parois pectorales , .de manière à recouvrir le cœur dans toute sa face antérieure.
Avenhrugger et Corvisart sont les premiers qui se soient occupés de ce mode d’appréciation du volume du cœur pendant la vie.
C’est par le procédé de la percussion médiate (i), dont M. Piorry est l’inventeur , que l’on détermine aoj.ourd’hui
(1) Z>e la Percussion médiale,, Faris, 1828,
AHrAÏOaiJî: DU CŒUR.
l’étendue de la matité de la région précordîale, et une très longue expérience m’a démontré que le meilleur de tous les plessimètres est le doigt indicateur de la main qui ne percute pas. Je suis vraiment surpris que ce plessimètre naturel ne soit pas unanimement reconnu comme le plus simple à la fois et le plus fidèle.
La précision avec laquelle on détermine l’étendue de la portion du cœur qui n’est pas masquée pour ainsi dire par les poumons , est vraiment admirable. Nous avons l’habitude, surtout dans les cas de maladie du cœur, mais quelquefois aussi dans d’autres cas, et pour l’instruction des élèves, de mesurer exactement pendant la vie, et immédiatement avant l’ouverture des cadavres quand les individus succombent, l’étendue de la matité, soit de haut en bas, soit transversalement. Nous mesurons directement ensuite, après l’ouverture de la poitrine, la portion du cœur sur laquelle ne s’avancent pas les poumons, et constamment ces dernières mesures s’accordent entièrement avec celles fournies par la matité.
A l’état normal, l’étendue de la matité de la région précordiale est d’environ un pouce et demi à deux pouces (4o à 54 mill.) carrément, et nous savons, d’après ce qui a été dit précédemment, que c’est là précisément la mesure de la portion de la surface du cœur, dégagée de tout contact avec les poumons. L’étendue de cette matité augmente beaucoup dans les hypertrophies du cœur avec ou sans dilatation des cavités, dans les dilatations simples ou avec amincissement, et dans les cas d’accumulation passive du sang à l’intérieur du cœur, produite par plusieurs maladies. 11 n’est pas rare, par exemple, de trouver alors de la matité dans une étendue de ô à 6 pouces (i35 à 162 mill.) en carré.
Les données fournies par l’inspection et la palpation de la région précordiale pour la détermination du volume et du poids du cœur, sont si évidentes en elles-mêmes , qu’il suffît de les avoir notées en passant.