SECONDE CATÉGORIE
OBSERVATIONS DE CARDITE TERMINEE PAR ULCÉRATION OU PERFORATION DES PAROIS DU COEUR, DE LA CLOISON INTERVENTRICULAIRE OU INTERAURICÜLAIEE , DES COLONNES CHARNUES ET DES TENDONS DE CELLES-CI.
Plusieurs observateurs , tels que Benivenius , Dulaurens,
ÔgO MALAJ)IES DU CŒUR EN PARTICULIER.
Lazare Rivière, Olaüs-Borrichius , Bonet, Sénac, Morgagni , Peyer et Graetz paraissent avoir observé des ulcères de la face interne des parois du cœur.
Gorvisart n’en rapporte aucun exemple qui lui soit propre.
Laënnec en a recueilli un seul cas que voici : chez un malade attaqué d’une hypertrophie du ventricule gauche du cœur , on trouva , à la face interne de ce 'ventricule, un ulcère qui avait un pouce (i4 mitl.') de longueur sur un demi-pouce (y millS) de large ^ et une profondeur de plus de quatre lignes (5 milL) au centre. — Laënnec ajoute qpe T hypertrophie du -ventricule gauche avait été reconnue , mais que le stéthoscope ne fit entendre aucun hruit df après lequel on pût soupçonner non seulement V ulcère, mais même la rupture du 'ventricule gauche ‘qui s'ensuivit deux jours avant la mort , a en juger d’après V exacerhaïion des symptômes qui survint -vers cette époque, {Op. cit., tom. II, pag. ôÔy-ôS.)
Dans le chapitre suivant, consacré à l’endocardite, je rapporterai trois cas de perforation des valvules aortiques, et un cas de perforation de l’origine de l’aorte et de la paroi de l’oreillette gauche contiguë à cette artère. J’engage le lecteur à les consulter. Voici maintenant quelqués cas de perforation des parois ou de la cloison du cœur, et d’érosion complète, soit des colonnes charnues , soit des tendons de cet organe.
Homme de 79 ans.— Depuis long-temps, syncopes fréquentes. — Mort subite.
— Ulcération et rupture de Toreillette gauche.
Un homme de 79 ans, d’une constitution débile, avait depuis long-temps de fréquentes syncopes. Il était d’une susceptibilité assez vive et sujet à dés accès de colère... Depuis quinze jours , son sommeil était trùubîé par des rêves.
(1) Cette observation, recueillie par le docteur Hipp. Cloquet, a été publiée dans les Bulletins de la Faculté dé médecine de Paris.
SECOÎÎDE GATÉG. d’oBSEEVATIOIÎîS DE GARDITE. 69 1
pendant lesquels on l’entendait crier, au feu et au voleur ! lorsque tout-à-coup il mourut, le 24 novembre 1812, en jetant des cris violents.
Autopsie cadavérique.
Le péricarde contenait environ deux livres de sang. Il y avait une ulcération avec rupture à l’oreillette gauche , près de l’embouchure de l’une des veines pulmonaires. Cette ulcération , du diamètre de 7 millimètres , offrait un amincissement remarquable dans ses environs, et présentait une sorte de trame ar'éolaire comme la dentelle. Il n’y avait aucune trace de suppuration aux environs. Un filet nerveux de l’un des plexus cardiaques était parfaitement disséqué dans le lieu de Férosion. — L’oreillette correspondante était fort dilatée. — Le cœur n’offrait aucune autre lésion , si ce n’est qu’il était un peu plus volumineux que dans l’état naturel. — L’aorte présentait quelques ossifications.
observation 53® (t).
Enfant de 12 ans 1 /2. — Depuis cinq mois , symptômes d'une maladie organique du cœur, avec obstacle à la circulation. — Mort dans un état de suffocation. — Hypertrophie et dilatation du cœur. — Perforation de la cloison interventriculaire, à l’origine de l’artère pulmonaire. — Érosion et destruction de l’une des valvules de l’orifice aortique.
Un enfant de 12 ans et demi disait être malade depuis cinq mois seulement , lorsqu’il fut admis à l’hôpital de clinique interne, le 21 avril 1797- U était alors dans un état si fâcheux, qu’on avait lieu de craindre prochainement pour ses jours. Visage bouffi, lèvres violettes , infiltration des membres supérieurs et inférieurs ; dyspnée s la main, placée sur la région du cœur, sentait un battement peu régulier, accompagné d’un bruissement particulier très remarquable. Cependant le pouls était d’une régularité surprenante, mais petit, faible et facile à étouffer. Des palpitations revenaient
(1) Cette observation est extraite de l’ouvrage de Corvisart.
par accès fréquents, pendant lesquels la suffocation était imminente. Le malade ne pouvait rester couché; il se trouvait mieux quand il était assis, le tronc incliné en avant.
Le 24 avril , il survint un accès de suffocation , à la suite duquel le malade se trouva sensiblement mieux qu’il n’avait été depuis long-temps. Cependant de nouveaux symptômes alarmants se déclarent, et la mort arrive le lendemain, 20 avril, après une agonie de 10 à 12 heures, pendant laquelle tout le corps était couvert d’une sueur froide, et la bouche abreuvée d’une écume jaunâtre.
Autopsie cadavérique.
Poumons dans l’état naturel , seulement un peu flasques.
Une petite quantité de liquide dans le péricarde.
Le volume du cœur était considérablement augmenté, et ce viscère paraissait bien plutôt appartenir à un homme de haute stature et de vigoureuse constitution, qu’à un sujet aussi jeune.
Les oreillettes étaient dilatées. Les parois du ventricule droit étaient plus épaisses qu’elles ne le sont ordinaire» ment.
La cloison des ventricules avait conservé son épaisseur naturelle. Cette même cloison, à V endroit de hx naissance de V artère pulmonaire, était percée d^une ouverture ronde qui pouvait admettre V extrémité du petit doigt. Cette ouverture communiquait directement avec la cavité du -ventricule gauche. Les bords en étaient lisses et blanchâtres dans toute leur éten~ due; à la partie supérieure du pourtour du trou, on apercevait deux petits tubercules charnus de couleur rougeâtre. La valvule semi-lunaire aortique au-dessous de laquelle ce trou était situé, était corrodée et en partie détruite. Cette valvule formait une espèce de petite frange, qui se présentait à V orifice de commu~ nication sans le boucher entièrement ; de sorte que le sang , poussé par le ventricule gauche dans V aorte , pouvait , lorsque ce ventricule cessait d’ agir , refluer, a la faveur de la destruction
SECONDE CATÉ&. d’oBSERVATIONS DE CARDITE. ogS delà valvule sigmoïde ^ dans le ventricule droit ^ en traversant V ouverture contre nature dont la direction semblait cependant être du 'ventricule droit -vers la cavité du gauche.
Les parois du ventricule gauche avaient conservé leur épaisseur ordinaire. Dans la cavité de ce ventricule , immédiatement au-dessous d’une des valvules sigmoïdes de l’aorte, on voyait l’ouverture gauche du trou indiqué plus haut.
Réflexions. — Corvisart regarde comme indécise la question de savoir si la perforation décrite plus haut existait chez ce sujet depuis sa naissance, ou bien si elle s’était formée accidentellement par rupture ou par érosion. Dans le premier cas , dit- il , ce serait un 'véritable 'vice de conformation; dans le second cas , elle devrait être mise au rang des maladies organiques.
Suivant Corvisart, la disposition lisse et comme tendineuse des bords de l’ouverture semblerait militer pour la première opinion, tandis que, d’un autre côté, l’érosion de l’une des valvules semi-lunaires qui se propageait jusque sur le pourtour de l’ouverture , l’existence des tubercules charnus de couleur rougeâtre, etc., pourraient engager à embrasser la seconde. En nous déclarant, pour notre propre compte , en faveur de cette dernière hypothèse , outre l’argument invoqué ci-dessus à son appui , nous ferons remarquer que, sous le point de vue des symptômes, rien ne prouve que la perforation ait été congénitale; que, au contraire, la déclaration du malade(il disait n’avoir éprouvé de dérangement dans sa santé que depuis cinq mois) , porterait à croire que ^ette perforation était bien réellement accidentelle. La disposition lisse et comme tendineuse des bords de l’ouverture ne suffisait pas d’ailleurs pour démontrer que cette ouverture était congénitale , car une perforation accidentelle , lorsque la cicatrisation de ses bords est complète, peut offrir une semblable disposition. Au reste, en admettant que ce vice de conformation fût congénital, il
504 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER, s’agirait encore de déterminer si la perforation ne s’est pas opérée, dans ce cas , par un mécanisme semblable à celui qui préside au développement des perforations dites accidentelles ou non congénitales.
Nous reviendrons sur cette question, en traitant des vices de conformation du cœur proprement dits ou dus à une perturbation des lois qui régissent l’évolution organique.
Dans l’observation suivante qui a été recueillie par M. le docteur Tbibert, et publiée dans les Bulletins de la Jacultc de Médecine (1819), on verra une perforation simultanée de la cloison inter-auriculaire et de la cloison inter-ventriculaire, et partant une communication établie entre les quatre cavités du cœur, à l’endroit de cette perforation. On peut aussi se demander, à l’occasion de ce fait, si la lésion éXaM congénitale ou accidentelle. L’observation manque des détails qui auraientpunous fournir les données nécessaires à la solution précise de ce problème. Nous avons cru pouvoir adopter sans inconvénient l’bypothèse d’une perforation accidentelle, consécutive à une cardite partielle ulcérative.
Jeune homme de 24 ans. — Pas de symptômes d’ anévrisme nu coeur, ni de maladie bleue. — Mort d’une maladie fébrile , au bout de six semaines. — Perforation de la cloison du cœur, avec communication des quatre cavités de cet organe entre elles.
a Un couvreur, âgé de 24 ans, meurt, au bout de sis » semaines, d’une maladie fébrile, sans avoir offert ni » symptômes bien tranchés à’ anéorisme d^œur^ ni symptô- » mes de maladie hleue.
» Le cœur , dont le volume est augmenté de près d’un » quart, offre ses cavités dilatées, sans que ses parois soient »plus épaisses ou plus denses que dans l’état ordinaire, » L’oreillette droite seule est beaucoup plus épaisse qu’elle
SECONDE CATÉG. b’oBSEEVATIOSTS DE CARDITE.
» n’a coutume de l’être. Elle communique avec la gauche » par le trou de Bolal. Une grande ouverture , très irrégul’ère,
> située a la joarïi'e inférieure de la cloison inter-ventriculaire,
» fait communiquer ensemble les quatre cavités du cœur, et » devait occasionner le mélange intime des deux espèces de » sang. Le contour de cette ouverture est formé par des fran- »ges membraneuses jaunâtres, très irrégulières. »
5) Cette disposition, dit M. Thibert, a fait penser à un » professeur de l’École que la communication entre les qua- » tre cavités du cœur pouvait bien ne pas être congéniale , nmais le résultat de la destruction graduelle de deux mem- » branes , dont l’adossement seul aurait formé en cet endroit sla cloison qui sépare les cavités droites des cavités gauches,
» comme on l’a quelquefois observé. »
OBSEUVATION SS'.
Jeune fille de 22 ans. — Phthisie pulmonaire. — Pouls tellement fréquent qu’on peut à peine le compter. — Quintes de toux très violentes. — Mort dix-huit jours après l’entrée à l’hôpital. — Piupture d’une colonne charnue du ventricule droit. — Caillot blanchâtre, contenant une matière comme purulente.
Une jeune fille de 22 ans , nommée Sophie , était parvenue au troisième degré de la phthisie pulmonaire , lorsqu’elle entra à l’hôpital Gochin , le §0 juillet 1822. Elle avait des quintes de toux très violentes et une fièvre très vive , avec un pouls tellement précipité, qu’on pouvait à peine en compter les battements ; elle mourut dix-huit jours après son entrée.
Autopsie cadavérique , 27 heures après la mort.
Désorganisation tuberculeuse des deux poumons...
Le péricarde contient une certaine quantité de sérosité. Le cœur est assez ferme, un peu moins gros que le poing du sujet, et assez; pourvu de graisse. Le ventricule droit contient un petit caillot blanchâtre , au centre duquel on trouve une matière liquide comme purulente , blanche.
ÔgÔ MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
Cette sorte de végétation globuleuse adhérait aux tendons d’une colonne charnue , qui était complètement rompue et flottante au milieu de la cavité ventriculaire.
Réflexions. — Je dois faire remarquer ici qu’il n’est pas démontré que la rupture dont nous venons de parler ait été précédée d’une ulcération ou d’un ramollissement inflammatoire de la colonne charnue qui en était le siège. Mais j’ai cru pouvoir supposer la pi’éexistence de l’une de ces deux lésions, en raison du pus rencontré au centre du caillot contenu dans le ventricule droit. Je ne donne, au reste', cette hypothèse que pour ce qu’elle vaut.
Corvisart est le premier qui ait bien signalé la rupture des piliers du cœur et de leurs tendons, espèce de rupture à laquelle il a donné le nom de rupture partielle. Des trois exemples de ce genre de lésion qu’il a consignés dans son ouvrage, deux, suivant lui, sont relatifs à une rupture sans altération préalable delà partie rompue (nous reviendrons ailleurs sur cette espèce de solution de continuité), tandis que l’autre se rapporte à une rupture par érosion. Voici un extrait de ces trois cas.
1®’’ CAS. {Ohs. 53 de Vouv. de Con^isart.) — Un carrier, âgé de 39 ans, avait , à l’âge de 20 ans, éprouvé des douleurs rhumatismales , et plus tard une fluxion de poitrine , à la suite de laquelle il survint des symptômes d’après lesquels Corvisart soupçonna une lésion organique du cœur. Le malade succomba sept mois après la pneumonie. - — Taches blanches sur le péricarde. — La grande portion de la 'valvule mitrale qui est au-devant de Vorfice de l'aorte ne tenait plus par les filets tendineux aux colonnes charnues auxquelles ces filets 'vont se rendre. A son bord , devenu libre, pendaient plusieurs espèces de ■végétations assez irrégulières , et imitant bien certaines excroissances vénériennes . — • L’une des colon' nés charnues laissait voir deux portions mousses des filets tendineux. On ne trouvait pas ailleurs les traces des autres filets tendineux , rompus ou détachés. — Des végétations semblables
SECOîfDE CATÉG. d’oESERVATIONS DE CARDITE. Ôg-ÿ aux précédentes existaient sur l’une des valvules aortiques et dans un pouce carré (28 Tnill,')de la surface interne deV oreillette gauche. — Ne pourrait-on pas soupçonner, ditCorvisart, que la rupture des filets de la valvule n’a eu lieu que par le fait même de l’altération qu’ils ont soufferte par l’action de la végétation ? Ailleurs , Corvisart considère cette rupture comme un résultat érosion.
2* CAS {Ohs. 4o de Corvisart) . — Un courrier, âgé de 5o ans , éprouve , à la suite de fatigues violentes , les symptômes d’une inflammation de poitrine. Transporté à l’hôpital de la Charité , huit jours après le début de sa maladie , il y mourut au bout de deux jours. Les principaux symptômes observés étaient les suivants : traits altérés; pouls petit , serré, singulièrement fréquent, mrégulier; battements confus et irréguliers dans la région du cœur ; le malade ne pouvait rester ni couché , ni debout, ni sur son séant; il était dans un état d’agitation, d’anxiété impossible à décrire, et menacé d’une suffocation instante. — Avant de procéder à l’ouverture du cadavre, Corvisart annonça qu’il existait une lésion aiguë du cœur, et sans doute une rupture ou déchirure de quelqu’une de ses parties. — Autopsie cadavérique. — Traces de pleuro-pneumonie gauche. — On apercevait dans le ventricule gauche qu’un des gros piliers qui soutiennent les valvules mitrales était rompu à sa base. Il y avait apparence de suppuration à l’endroit même de la déchirure à la paroi du cœur., ce qui prouve qu’elle n’était pas ancienne^ près de cette déchirure on apercevait un caillot recouvert de matière purulente. . .
3® CAS {Obs. 4i de Corvisa7'f).\}T\ tourneur, âgé de 54 ans, éprouve , à la suite d’un tour de reins très violent , des symptômes d’une affection aiguë de poitrine. Vingt mois après, il entre pour la seconde fois à la Charité , éprouvant alors une anxiété extrême. La respiration était suffocative ; le malade sentait dans la région du cœur des douleurs qui lui arrachaient des cris. — • Il mourut deux jours après l’en-
5gS MALADIES Dü COEÜR EN PARTICULIER.
trée. — Autop. cadav — Tache purulente à la partie antérieure du médiastin. Cœur d’un volume trois fois plus considérable qu’à l’état sain. Appendices en forme de crêtes decoq àlaface externe du péricarde. Pâles et livides à leur base, d’un rouge foncé à leur sommet, ces excroissances n’étaient autre chose que des portions graisseuses qui avaient éprouvé unsiODEPAB- TiCüLiER d’altération. Adhérence générale du péricarde au cœur. Les valvules mitrales étaient garnies de quelques excroissances mollasses, comme charnues. — En examinant les tendons des piliers qui soutiennent ees 'valoules , on xit que deux d’entre eux avaient été anciennement rompus. Les extrémités de ces deux tendons étaient mousses, lisses et arrondies a F endroit de leur rupture. On ne retrouvait pas sur le bord de la 2) alvule l’endroit précis où ils devaient s’ insérer avant leur rupture.
Laënnec a observé un cas de déchirure des tendons valvulaires , qui semblait avoir été précédée de l’ulcération de ces cordes ligamenteuses. Malheureusement Laënnec se borne à mentionner ce fait.
t TROISIÈME CATÉGORIE.
OBSERVATIONS DE CARDITE ULCÉEATIVE, AVEC FORMATION D’ON KYSTE ANÉTRISMAL ( TUMEUR ANÉVRISMALE DU COEUR ).
Wâîther, Matthieu Saillie et Zannini ont observé chacun un cas de la maladie à laquelle sont consacrées les observations de cette catégorie. Corvisart ignorait les observations de ses prédécesseurs, lorsqu’il en consigna une du même genre dans l’article où il s’est occupé des tumeurs au cœur, S’il les eût connues , il n’eût point placé en tête de son observation la réflexion suivante : «En fait très extraordinaire, » et même unique , qui s’est présenté à mon observation , » prouve que le cœur peut, outre les dilatations particulières
'trois, catégorie d’observatiojvs de cardite. 699 > qui lui sont propres, devenir le siège de tumeurs anévrist males entièrement semblables à celles dont les artères des 3) membres se trouvent quelquefois affectées. »
Dans un savant mémoire sur Y anévrisme faux consécutij du cœur{\)i M. Brescbet, après avoir rapporté les quatre cas que nous venons de mentionner, en expose six autres , recueillis, les deux premiers, par MM. Bérard, le troisième par M. Cruveilbier, le quatrième par Dance, le cinquième par M. Brescbet lui-même (le sixième est une simple description d’une pièce pathologique conservée dansle muséum de la Faculté).
Depuis la publication du mémoire de M. Brescbet , de nouveaux cas d’anévrisme faux consécutif du cœur ont été publiés. Deux ont été insérés dans le Journal hebdomadaire de médecine, le premier recueilli par M. le docteur Reynaud, le second par M. le docteur Pétigny. Un troisième cas a été recueilli par M. Ghoisy, qui l’a consigné dans sa dissertation inaugurale, etc.
observation S6' (2).
Homme de 27 ans. — Symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Mort dans un état d’anxiété extrême. — Tumeur presque aussi volumineuse que le cœur lui-même, surmontant la partie supérieure et latérale du ventricule gauche, contenant dans son intérieur des concrétions sanguines assez denses , et communiquant par une ouverture peu large avec la cavité du ventricule. — Adhérence du péricarde avec la surface extérieure de la tumeur.
Un nègre, âgé de 27 ans, fut reçu à l’hôpital de la Charité, le 17 septembre 1796. Il était dans un état d’angoisse et d’anxiété inexprimables; la respiration était gênée et entrecoupée; la poitrine résonnait bien dans toute son étendue. Le malade se plaignait d’une douleur violente vers la région de l’estomac , ainsi que vers celle du foie. Le
(1) Répertoire d'anatomie et de physiologie. P&ris, 1827, in-4°.
(2) Observation de Corvisart.
pouls était petit, serré, faible et fréquent. Le lendemain de son enti’ée , le malade eut une hémorrhagie nasale si abondante , qu’elle précipita l’instant de sa mort, qui arrha le jour même.
Autopsie cadavérique.
Le cœur a conservé son volume naturel , mais la partie supérieure et latérale du 'ventricule gauche est surmontée d'une tumeur presque aussi 'volumineuse que le cœur lui-même, tumeur qui, par sa hase , se confondait avec les parois de cet organe. Avant de parvenir au centre de cette tumeur., il fallait couper une couche comme cartilagineuse, un peu moins épaisse que les parois du 'ventricule. La substance qui formait cette tumeur avait cependant conservé U apparence et la couleur des muscles. LHntérieur de la tumeur contenait plusieurs couches de caillots assez denses , parfaitement semblables à ceux qui remplissent une partie de la cavité des anévrismes des membres, à cette différence près que la couleur de ces couches , comme lymphatiques , était plus pâle. Cette même cavité communiquait avec V intérieur du ventricule par une ouverture qui avait peu de largeur, et dont le contour était lisse et poli. Il était évident que dette tumeur s'était formée entre la substance charnue du cœur et la membrane qui lui est fournie parle péricarde qui était intimement adhérent â la superficie de cette poche.
' Les valvules mitrales étaient épaissies et ossifiées.
L’estomac et les intestins grêles contenaient beaucoup de sang presque pur et coagulé, suite évidente de l’hémorrhagie.
OBSERVATION 57^ {t).
A l’ouverture du corps du grand tragédien Talma , le cœur offrit les altérations suivantes ;
D’un volume un peu plus qu’ordinaire , cet organe se prolongeait inférieurement , et se terminait par une tumeur arrondie , séparée de la pointe du cœur par une légère dé-
(I) Observation de M. Breschet.
TPJOÎS. C.4Tï;GORiE d’obSERVATIONS DE CARDITE. 6oi pression circulaire. Là ,,les deux feuillets du péricarde devenaient adhérents , et semblaient par leur réunion former à^eux seuls les parois de la poche. Le cœur droit et ses annexes étaient sains. L’oreillette gauche , l’orifice auriculovenlriculaire , les valvules mitrales , l’aorte , les valvules tricuspides n’offraient rien de pathologique; le ventricule gauche seulement fut trouvé dilaté , sans que ses parois parussent avoir augmenté ou diminué d’épaisseur. La cavité ventriculaire aurait pu loger un œuf de poule ordinaire. Par son extrémité inférieure , le ventricule gauche communiquait, au moyen d’une ouverture du diamèti-e d’un pouce environ , avec une poche arrondie dont la largeur dépassait celle de son ouverture , et dans laquelle aurait pu être contenu un petit œuf de poule. La communication du ventricule et de la poche anévrismatique était établie au travers d’une virole cartilagineuse, épaisse de deux lignes et demie; à partir du milieu de sa paroi, cette virole s’amincissait insensiblement et finissait par dégénérer en une membrane qui, confondue avec les feuillets du péricarde , constituait la poche anévrismale. Par son bord supérieur, le bourrelet s’unissait aux fibres charnues du cœur, dont il paraissait être la continuation ; il donnait également attache , par deux points opposés de son diamètre, aux deux colonnes charnues des valvules mitrales. Au moyen de cette altération pathologique, la cavité du ventricule gauche avait pris la disposition d’un cylindre creux , ouvert inférieurement dans la cavité plus lai'ge de la poche anévrismale. Celle-ci , disséquée avec soin, a été trouvée formée par les deux feuillets du péricarde, qu’il était facile de suivre sur l’origine du bourrelet fibro-cartilagineux ; ces feuillets entièrement confondus s’amincissaient ensuite insensiblement au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient davantage du ventricule. La membrane qui formait le fond de la poche n’avait pas plus d’épaisseur que la dure-mère sous les pariétaux, et pouvait lui être comparée pour la texture et la solidité. En haut.
6o2 maladies du cœur en particulier.
en se rapprochant de la dépression qui existait entre le sommet du ventricule et le sommet de la tumeur anévrismale, on remarquait la séparation des deux feuillets du péricarde, et sous la lame cardiaque de cette enveloppe on pouvait apercevoir quelques faisceaux très minces, diminuant insensiblement et disparaissant tout-à-fait sur la tumeur; ces faisceaux nous ont semblé appartenir aux fibres superficielles du tissu charnu du cœur; inférieurement, ces fibres n’existaient plus, et, comme il a été dit, les parois de la poche n’étaient formées que par l’adossement des deux lames du péricarde.
A l’aspect lisse et poli de la cavité de la poche , on aurait pu croire que la membrane interne du cœur s’y continuait. Cependant, à partir du bourrelet cartilagineux, et dans toute la circonférence de l’ouverture de communication de la cavité du ventricule avec celle de la tumeur , on a pu distinguer les vestiges d’une membrane très mince , frangée 5 dentelée , adhérente aux caillots renfermés dans la tumeur. Ces franges paraissaient résulter de la déchirure de la membrane interne du cœur.
La poche anévrismale contenait une substance d’un rouge pâle , comparable par sa teinte à des muscles décolorés , et cette substance disposée par couches concentriques remplissait la totalité ou la presque totalité du sac. Ces couches pouvaient être divisées en couches plus minces, lamelleuses , et tout au plus de l’épaisseur d’une feuille de papier ou d’une aponévrose. Elles résistaient à un tiraillement assez fort; et quoique le simple examèn à l’œil nu n’ait pas fait reconnaître d’organisation bien distincte dans cette substance , cependant sa solidité et sa résistance paraissaient être supérieures à celles des caillots sanguins. Le centre de cette substance contenait une matière moins dense, plus colorée , beaucoup plus rapprochée de la nature du sang.
TROIS. CA.TÉGORIE D’OBSERViTIOîfS DE CARDITE. 6o3 OBSERVATION 58* (i).
Homme de 49 ans. — Signes ordinaires d’une lésion organique des Yalvules du cœur, avec hypertrophie du même organe. — Mort à la suite d’une double attaque apoplectique. — Kyste anévrismal vers la pointe du ventricule gauche , contenant quelques couches de fibrine très dense et très adhérente. — Adhérence étroite du péricarde avec les parois du kyste.
Un ancien militaire, âgé de 49 ans, éprouvant depuis six à huit mois de l’oppression , de l’étouffement , est admis dans la salle de la Clinique. Il offrait alors tous les signes d’une lésion organique des valvules du cœur , avec hypertrophie de cet organe. Au bout d’un séjour d’environ deux mois, il est frappé, à deux reprises, d’une apoplexie, et succombe à la seconde attaque.
Autopsie cadav.y le lendemain du jour de la mort.
Le cœur était d’un volume presque double de l’état naturel. Vers le point qui correspond au sommet du ventricule gauche, il présentait un renflement arrondi du volume d’une noix ordinaire ; là, il était intimement adhérent au péricarde. Ce ventricule était presque à lui seul la cause du grand volume du cœur ; il était plutôt dilaté qu’épaissi ; sa capacité était considérable. Vers sa pointe, une ouverture capable dé admettre le doigt indicateur conduisait dans une cavité plus ample surajoutée à la pointe du cœur. Cette cavité surnuméraire contenait quelques couches de fibrine très dense et très adhérente; les parois étaient en grande partie formées par le péricarde , qui leur adhérait étroitement. A l’endroit où la poche se détachait de la pointe du cœur , on remarquait un léger rétrécissement, et l’on cessait d’apercevoir les fibres charnues du cœur ; cependant quelques colonnes amincies et blanchâtres se prolongeaient dans la cavité de cette dilatation. L’adhérence de cette poche au péricarde épaissi était tellement intime , que rien n’annonçait sa rupture prochaine ; la plus grande partie des colonnes
(1) Extrait de l’observation de Dance.
6o4 MALADIES DD COEUR EN PARTICULIER,
charnues du ventricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte de tissu fibreux blanc et résistant. La valvule mitrale contenait vers ses bords libres et adhérents des fragments de matière ostéo-pétrée. Elle avait perdu en grande partie sa mobilité , mais permettait néanmoins encore une libre communication entre roreillette et le ventricule.
Le ventricule droit ne semblait qu’un appendice du gauche; ses parois avaient leur épaisseur ordinaire ; la portion qui correspond à l’entrée de l’artèré pulmonaire était notablement dilatée, tandis que l’inférieure avait conservé sa capacité naturelle. La valvule tricuspide jaunâtre était dans un état voisin d’ossification (i).
Homme de 35 ans. — Mort à la suite d’accidents nerveux, sans signes de maladie du cœur. — Épaississement de la valvule bicüspide, de la membrane interne du ventricule gauche et du tissu cellulaire sous-jacent.— Kyste anévrismal pouvant contenir une petite noix, à la partie moyenne du bord postérieur du ventricule gauche; second kyste anévrismal,pîus petit, à la partie antérieure du même ventricule, près de la cloison interventriculaire.
Un homme , âgé d’environ 35 ans , n’offrait aucun symptôme qui pût attirer l’altentioii du côté du cœur, lorsqu’il
(1) Je m’abstiendrai de rapporter ici la description des graves lésions rencontrées dans le cerveau, par suite de l’hémorrhagie qui s’y était opérée.
(2) Observation de M. le docteur Reynaud.
En plaçant l’observation de M. Reynaud parmi les cas de tumeur anévrismale consécutive à une ulcération des couches internes des parois du ventricule gauche, je n’ignore pas que je me trouve jusqu’à un certain point en désaccord avec cet excellent observateur. M. Reynaud pense que le cas qu’on va lire se rapporte aux anévrismes vrais primitifs. Suivant lui, les deux poches anévrismales étaient le résultat de la distension de la membrane interne en forme de poche, distension qu’il attribue aux contractions du ventricule, et qui a été favorisée par une altération de la membrane qui en était le siège. Les fibres du cœur n’avaient point participé, dit-il, à celte distension, mais avaient été simplement refoulées, comme le sont les parties voisines d’un anévrisme situé sur le trajet d’une artère. Quelque prix que
TROIS. CATÉGORIE d’oBSERVATIOÎîS DE CARDITE. 6o5 fut admis dans le service de Lerminier, à la Charité. Il y succomba à la suite d’accidents nerveux formidables , survenus dans le cours d’une affection saturnine (colique de plomb).
Le coeur est un peu plus volumineux qu’il ne doit être dans l’état normal , ce qui tient à une légère hypertrophie avec dilatation du ventricule gauche.
La membrane interne qui tapisse les cavités gauches de l’organe est épaissie , opaque et d’un blanc laiteux dans presque toute son étendue ; la valvule bicuspide est épaissie vers son bord libre , surtout dans les points où viennent s’insérer les colonnes tendineuses , qui , elles-mêmes , augmentées de volume , ont une couleur blanche, opaque. Cette altération existe particulièrement sur celles qui partent d’une colonne charnue principale , située à la partie postérieure du ventricule. Au-dessous et dans l’étendue de plus d’un pouce carré , la membrane interne est plus blanche que dans les autres points ; son épaisseur est plus considérable ; on la sépare "avec facilité d’une couche sousjacente du tissu cellulaire hypertrophié, susceptible de se diviser elle-même en plusieurs feuillets. Ces diverses couches réunies ont quelque chose dans leur structure qui rappelle celle des artères.
A peu près au centre de cette pbrtion de membrane ainsi altérée , et dans un point corr'espondant a la partie moyenne du bord postérieur du 'ventricule , existe une ouverture arrondie susceptible de recevoir le bout du doigt et conduisant dans une
nous attachions à l’opinion de M. Reynaud , l’examen attentif des différentes particularités de l’altération dont on trouvera plus loin la description , nous a conduit à penser que ce cas avait réellement plus d’affinité avec ceux relatifs à l’anévrisme faux consécutif, qu’avec ceux qui appartiennent à une simple dilatation partielle du cœur, maladie qui nous occupera ailleurs. L’apparente continuité de la membrane interne du sac avec la membrane interne du ventricule ne suffit pas pour démontrer la non-existence d’une ulcération antérieure de cette dernière.
6o6 MALADIES DU COEUR EN PARTICULIER.
cavité presque sphérique , pouvant contenir une petite noix , et s’étendant jusqu’au feuillet 'viscéral du péricarde , dont elle n’ est séparée que par une très mince couche de fibres charnues. Cette espèce de poche anévrismale contient dans sa partie la plus déclive une petite quantité de coagulum fibrineux ^ qui y déposée d’une manière uniforme , s’étend en membrane a, sa surface. Ces parois de cette poche sont formées par une membrane épaisse , dense , de texture fibreuse , composée elle-même de deux feuillets , l’un superficiel plus mince , d’un blanc opaque , l’autre plus épais , semblable à la membrane moyenne des artères altérée , et contenant dans son épaisseur quelques points fibrO'Cartilagineux et osseux. Cette membrane se continue sans interruption , seulement en s’ épaississant au col du sac , avec la membrane interne du 'ventricule , dont elle a d’ailieurs les caractères. Les fibres musculaires du cœur sont étrangères à la formation de ce sac; elles en sont séparées par une couche de tissu cellulaire, et il serait facile de les en détacher. T outefois l’adhérence parait plus intime 'vers la partie du sac 'voisine du péricarde.
Une autre poche , mais plus petite que la première , et en totalité remplie par un coagulum fibrineux , qui paraît ancien, existe à la partie antérieure moyenne du 'ventricule , près de la cloison inter-ventriculaire. Son col est également plus étroit que son fond , et la membrane^ interne du 'ventricule, qui s’y continue , est pareillement épaissie et forme une sorte de bourrelet à son orifice. Les parois de cette seconde poche , épaissies , denses , comme fibreuses , semblent de même nature que celles de la première. Sa forme est moins sphérdidale , elle est allongée, et au lieu que son grand axe se dirige 'vers la surface extérieure du cœur, il est au contraire oblique dans V épaisseur des parois du ventricule.
Les orifices du cœur sont libres. — L’aorte présente a sa surface interne quelques points épaissis et faisant saillie dans sa cavité.
TROIS. CATÉGOPJE D’0BSEaVATI03îS DE CARDITE. 607 OBSERVATION 60' (i).
Homme de 53 ans. — Symptômes d’nn obstacle à la cîrcalation à travers le cœur. — Mort dans un accès de suffocation. — Tumeur anévrîsmale partant de la pointe du ventricule gaucbe j d’un volume presque égal à celui des deux ventricules réunis , adhérente au péricarde et au diaphragme , contenant des couches de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes.
« Un nègre africain , d’une constitution robuste , âgé de 55 ans, maçon, fut admis à l’hôpital de la Pitié , le i®”' octobre i83o. Il se plaignait de palpitations de cœur, de gêne dans la respiration. Les battements du cœur étaient forts et tumultueux , le pouls dur et serré. Les extrémités inférieures n’étaient point œdématiées. Un état analogue subsistait chez ce malade depuis plusieurs années; il cédait momentanément aux saignées et au repos, et redevenait insupportable par le travail et la vie active. M. Clément fit tirer du sang plusieurs fois , prescrivit des potions avec la teinture de digitale , des boissons délayantes et un régime convenable avec un repos absolu. Gesmoyeils produisirent un soulagement marqué et amenèrent une sorte de convalescence.
«Lorsque, au 1" janvier i83i, j’entrai comme externe dans la division de M. Clément , je reconnus aussitôt les traits de Zamor, que j’avais vu , un an auparavant , dans la troisième salle de l’hôpital du Midi , où il resta plus de six mois. Il était alors confié aux soins de M. Cullerier , et soumis à des frictions mercurielles locales, contre un double engorgement testiculaire consécutif à une urétrite, compliquée de bubons aux deux aines. Outre sa maladie vénérienne , il était sujet dès lors à un peu de toux , à de la dyspnée et à des palpitations. Un régime doux lui était recommandé , et il quittait rarement le lit.
«J’ai dit que l’état du malade était sensiblement amélioré
(1) Observation de M. le docteur Pétigny.
6o8 MALADIES DU COEUR EN PABTICULIER.
au janvier 1801. Alors, en effet, il se levait de son lit pendant la journée, marchait facilement dans la salle, et mangeait la demi-portion d’aliments ; mais il avait de la difficulté à monter l’escalier. La respiration était libre ; le pouls un peu fort etlént, sans être inégal. Pendant le cours du mois , nous observâmes deux fois de légers symptômes d’élévation dans le pouls , et accompagnés de gêne dans la respiration; ils durèrent chaque fois de trois à quatre jours et cédèrent à la diète, sans le secours des émissions sanguines. Le mois de février se passa bien, mais dans la soirée du 28 le malade éprouva de l’oppression avec une forte dyspnée ; le pouls était plein et fort. Le chirurgien de garde pratiqua une saignée de 4 palettes, qui fut suivie de quelque soulagement. Le lendemain l’oppression continuait , le pouls était dur et accéléré. On renouvela la saignée; on prescrivit des boissons pectorales et la diète. Il y eut , le 2 mars, une diminution notable des symptômes; mais le 3, réapparition delà dyspnée, et de plus , toux sèche, douleur vive derrière le sternum et sous le sein droit; enduitbîanchâtre sur la langue; fièvre; râle sous-crépitant à grosses bulles des deux côtés de la poitrine. (00 sangsues au côté droit.) La douleur diminua progressivement les jours qui suivirent et se dissipa complètement le 8. Il resta cependant de la soif, de l’inappétence, de la chaleur à la peau, de la fréquence dans le pouls et du rhalaise. Quoique rien ne pût annoncer une mort prochaine, le malade futpris, le 10 mars, à 4 du soir, d’un accès de suffocation, et expira sans qu’on pût lui apporter aucune espèce de secours.
•a Autopsie cadavérique , 4^ heures après la mort.
»Il n’existait aucune infiltration aux extrémités.
» Les deux ventricules du cœur étaient dilatés considérablement, et le droit était chargé de graisse. De la pointe du ‘Ventricule gauche partait une tumeur anévrismale ^ d’un vo^ liime presque égal à celui des deux 'ventricules réunis ; elle était circonscrite , à son origine, -par un collet ou enfoncement circu-
TROIS. CATÉGORIE d’oBSERVATIOKS DE CARDITE. 609 laire ; elle adhérait , dans les trois quarts de son étendue , au péricarde et au diaphragme , et n’était libre que dans son quart supérieur et droit. Après avoir incisé longitudinalement le 'ventricule gauche et la tumeur elle-même , nous 'vîmes que , à renfoncement extérieur qui marquait l’origine de celle-ci , correspondait intérieurement un rebord lisse ^ saillant^ également circulaire ^ d’un pouce et demi{xh milL’^de diamètre. Les parois de la tumeur étaient formées de dedans en dehors par une ■véritable membrane charnue, due à la continuation des fibres musculaires extérieures du ■ventricule gauche (1) et par le feuillet ■viscéral du péricarde., lequel, dans les trois quarts de la surface extérieure , était fortifié par Vautre feuillet intimement uni au diaphragme. L’épaisseur de ces parois était généralement plus grande que celle des oreillettes , et moindre que celles des ■ventricules {elle était d’environ une ligne ou 2 mill.). Les fibres charnues manquaient dans deux endroits de la partie droite de la tumeur, qui présentait là deux cavités accessoires propres cl recevoir l’extrémité du pouce et séparées l’une de l’autre, d’avant en arrière, par la prolongation d' une des colonnes du ■ventricule gauche. De ces deux excavations , l’antérieure n’ était recouverte que. par le feuillet ■viscéral du péricarde : la postérieure, plus large et un peu moins profonde , située inférieurement , était recouverte , outre le péricarde, par le centre nerveux du diaphragme.
La tunique interne du cœur paraissait se terminer brusquement sur le rebord saillant qui séparait intérieurement le ■ventricule gauche delà tumeur anévrismale. Celle-ci était ru gueuse à l’intérieur, et m^roütée de concrétions fibrineuses plus ou moins adhérentes, ^ disposées par couches concentric^ues , comme on a coutume de l’observer dans les anévrismes des., artères. Dans le centre, on -voyait un sang noir en partie caillé , en partie liquide , qui remplissait également toutes les cavités du cœur.
(1) Ne serait-il pas possible qu’on eût pris une couche flbrineuse organisée pour un prolongement du tissu musculaire du cœur?
6lO MALADIES DU COEOR EST PARTICULIER.
QUATRiÈaiE CATÉGORIE.
OBSEKYATIOJSS DE CARDITE TEEMIKÉE PAR ISDüEATIOA'.
Parmi les observations qui ont été rapportées sur Tinduration du cœur , il en est beaucoup dans lesquelles l’induration était la suite d’une péricardite ou d’une endocardite plutôt que d’une cardite proprement dite. Il est néanmoins des cas où l’induration a été réellement consécutive, sinon aune cardite simple, du moins à une cardite compliquée d’endocardite ou de péricardite (je n’ai jamais rencontré que cette dernière espèce de cardite).
Albertini paraît avoir observé un cas d’ossification de Tune des oreillettes.
Gorvisart a trouvé une fois la substance du cœur tellement dure qu’elle résonnait comme un cornet (i), bien qu’elle eût conservé sa couleur rouge. Il a rencontré une autrefois un endurcissement cartilagineux de la pointe du cœur.
Burns dit avoir eu l’occasion de voir le tissu des ventricules pai'faitement ossifié, de telle sorte quil ressemblait à celui des os du crâne.
M. Renauldincommuniquaà Gorvisart l’observation d’une sorte de pétrification du cœur.
Broussais a vu deux fois le cœur endurci et semblable à une noix de coco.
Les observations que nous avons rapportées dansles chapitres i^'etS® de cet ouvrage, offrent plusieurs cas àé induration du cœur : chez le sujet de l’observation 2 1 % une induration fibï'o-cartilagtneuse et comme lardoœée ou^jÊ^uirrheuse du péricarde s’était propagée au tissu propre dit cœur. Ghez le sujet d’une autre observation, une des colonnes charnues était transformée en tissu fibro- cartilagineux, ha section de cette colonne
(1) LaëBBeD dit aDS&i avoir rencontré un cas où le ventricule droit du cœur, kppertrophié, résonnait à la percussion comme un de ces cornets de cuir qui servent à jouer au iricirac.
QUATRIÈME CATEG. D’OBSERVATIOÏfS DE CAJRDITE. 6ll faisait uoir que la substance musculaire était entourée d’une sorte de coque fihro-cartilagineuse. Chez le sujet d’une troisième observation (recueillie par Dance), la plus grande partie des colonnes charnues du 'ventricule gauche étaient décolorées et converties en une sorte de tissu fibreux , blanc et résistant.
Je vais rapporter brièvement ici quelques autres cas d’induration du cœur.
Femme de 33 ans. — Symptômes d’hypertrophie du cœur, avec induration des valvules et rétrécissement d’un orifice. — Hypertrophie et dilatation du ventricule droit , dont les parois ont une consistance très grande , comme si elles eussent subi un commencement d’induration cartilagineuse. — Induration de la valvule mitrale, et rétrécissement de l’orifice correspondant.
Louise Neuray, âgée de 55 ans, éprouvait, à la suite d’une chute sur la région précordiale, les symptômes caractéristiques d’une induration des valvules du cœur avec rétrécissement d’un orifice et hypertrophie des ventricules : bruit de soufflet, battements violents, surtout dans la région du ventricule droit, etc. (La malade assurait sentir très bien que les palpitations étaient plus fortes dans cette région que dans celles des cavités gauches.) — La mort arrive le 9 janvier 1825.
Autopsie cadavérique.
Entre autres lésions du cœur , nous constatâmes les suivantes ; Le ventricule droit est d’environ un tiers plus grand qu’à l’état normal (la dilatation est surtout très prononcée vers l’insertion de l’artère pulmonaire). Les parois de ce ventricule ont de 5 à 5 lignes (7 à 1 1 mill.) d’épaisseur. Leur tis^ est d’un rouge rose., d’une consistance très grande., comme si elles avaient subi un commencement d’ induration carlilagineuse. — Valvule bicuspide transformée en un anneau d’un tissu blanc, résistant , tendineux ou fibrocartilagineux , resplendissant , etc.
OBSERVATIOK 62'.
Homme d’environ 60 ans. — Symptômes de maladie organique du cœur. — Mort par suite d’une apoplexie pulmonaire. — Indurations de plusieurs colonnes charnues du ventricule gauche , etc.
Un ancien professeur de belles-lettres, âgé d’une cinquantaine d’années, offraity depuis long-temps , les symptômes d’une maladie organique du cœur , lorsqu’il fut admis à l’hôpital Gochin, où il succomba, le i3 octobre 1822,4 une attaque véritable à' apoplexie pulmonaire foudroyante, — Le ventricule gauche du cœur était dilaté et épaissi ; le tissu de ses colonnes charnues était profondément altéré, ramolli et facile à déchirer dans les unes , dur et résistant dans les autres. Les colonnes ainsi indurées étaient d’un blanc jaunâtre, décoloration qui tranchait avec la rougeur vive du tissu des parois , etc.
OBSERVATION 65' (t).
Homme de 48 ans. — Mort au milieu des symptômes d’un obstacle à la circulation à travers le cœur. — Induration des piliers charnus du ventricule droit et de la portion droite de la cloison interventriculaire.
Un jardinier , âgé de 48 ans , mourut à l’hôpital Cochin (le 2 1 janvier 1820) , au milieu de symptômes qui annonçaient un grand obstacle à la circulation. — Les piliers charnus du 'ventricule droit avaient augmenté de 'volume, et telle était leur densité, qu’en les tirant fortement en sens contraire , ils semblaient se casser plutôt que se déchirer. Les parois de ce 'ventricule , agrandies et épaissies , présentaient la même dureté que les piliers. La cloison 'ventricq^aire était très épaissie , et tandis que la moitié droite de celte cloison était endurcie , la moitié gauche avait conservé sa densité ordinaire.
(1) Observation de Bertia.