PARALYSIE DES MUSCLES DE LA FACE
Après avoir exposé, dans ce qui précède, les formes de paralysie faciale par lésions du noyau du facial, et du nerf pendant son trajet à la base ou dans l'intérieur du cerveau, nous allons considérer les paralysies de la septième paire consécutives aux causes agissant sur ses terminaisons périphériques. Selon la nature et l'intensité de la cause, le tableau symptomatique de l'hémiplégie faciale présente des différences importantes, dont Charles Bell, et après lui Rombero-, ont eu le mérite d'établir la distinction. De nos jours, avec le secours de l'expérimentation, la question a fait encore de nouveaux progrès.
Nous passons donc 2i\w paralysies faciales périphériques, et nous exposerons, au point de vue clinique, leurs types les plus saillants, ainsi que les symptômes caractéristiques qu'elles fournissent par l'électricité. Pour faciliter notre étude, nous classerons ces paralysies d'après leurs causes et nous les diviserons en six groupes, dans lesquels nous donnerons des exemples de chacune des formes (j'ai donné, in Wien. Med. Presse^ 1868, une description minutieuse des différentes formes de paralysies faciales, avec vingt observations personnelles).
1 . Citons en première ligne les paralysies faciales par affections de la base du crâne. Dans les tumeurs de la base du cerveau, ainsi que dans la compression des racines du facial au niveau de la protubérance, le nerf est frappé de paralysie dès la première étape de son trajet périphérique. Dans ces formes intra-crâniennes de paralysie faciale, la paralysie est totale, et son origine périphérique se révèle par les actions différentes des courants galvanique et faradique, que j'ai mises en relief. Des observations de ce genre ont été déjà étudiées en détail pages 196 et 208-209.
2. Dans les paralysies faciales par suppuration ou par hémorrhagie dans l'intérieur de V appareil auditif, suivant le degré et l'ancienneté de la lésion du facial, on constate la diminution ou l'abolition de la contractilité électro-musculaire, ainsi que de l'excitabilité faradique et galvanique du nerf. Dans une observation de Erb (carie tuberculeuse du temporal, paralysie du facial gauche, avec abolition partielle de l'excitabilité faradique), le nerf facial flottait librement dans une cavité remplie de pus, et était entouré d'une masse adhérant intimement avec le névrilème (tissu conjonctif avec cellules rondes disséminées) ; on trouvait aussi, entre les fibres nerveuses, un tissu conjonctif fibrillaire avec des noyaux ovales, et dans une partie des fibres il y avait destruction de la myéline et production de granula-
lions graisseuses. Quelques rameaux du facial et quelques branches de la patte d'oie présentaient les mêmes dégénérations. Dans les muscles, il y avait augmentation du tissu coiijonctif interfibrillaire, formation de noyaux et atrophie des fibres musculaires, dont une partie était atteinte de dégénérescence cireuse.
Dans les cas chroniques que j'ai eu l'occasion de soigner chez des adultes, j'ai tout au plus obtenu quelque amélioration; un seul cas de paralysie faciale aiguë, suite d'otite, guérit complètement par des injections faiblement astringentes, etl'iodure de potassium. Chez les enfants , quand l'affection auriculaire avait rétrocédé (hyperémie intense ou transsudation dans l'aqueduc de Fallope), j'ai vu disparaître bientôt l'hémiplégie faciale. Les fibres du facial sont atteintes à des degrés divers dans l'otite. Ainsi, j'ai publié un cas où la paralysie, durant depuis vingt-deux ans , remontait à un catarrhe purulent de l'oreille moyenne, avec perforation du tympan que le malade avait eu dans son enfance (le centre du tympan était occupé par une cicatrice épaisse, Politzer). L'excitabilité faradique et galvanique était abolie dans les muscles supérieurs de la face, elle existait encore à un faible degré dans les muscles inférieurs. Le tronc du nerf était complètement insensible à la galvanisation; quand on touchait la région temporale, il se produisait des secousses dans les lèvres. Le traitement galvanique améliora seulement le jeu de la physionomie.
Les paralysies faciales par hémorrhagie daiis V aqueduc de Fallope (ordinairement après une chute sur l'oreille) s'accompagnent au début de perte de connaissance, d'écoulement sanguin par l'oreille, de faiblesse consécutive de l'ouïe, et souvent de déviation de la luette et des piliers vers le côté paralysé. Dans leslësions du nerf grand pétreux superficiel^ W y a obliquité de la luette et des piliers (ce qui arrive aussi dans d'autres paralysies faciales); mais la simple déviation de la luette, surtout quand elle est très-longue et touche la base de la langue, se rencontre assez souvent dans létal de santé.
J'ai publié une observation de paralysie faciale, remontant à une chute avec commotion pendant l'enfance; le cas était intéressant en raison de sa grande ancienneté (3G ans) et de ses symptômes électriques. La paralysie occupait la moitié droite de la face (occlusion incomplète des paupières, impossibilité de froncer le nez, forte déviation de la bouche pendant la parole, déviation de la luette et des piliers vers la droite); le frontal et le sourcilier répondaient faiblement à l'excitation faradique, l'orbiculaire des paupières présentait des contractions fibrillaires seulement dans sa moitié inférieure, le sphincter buccal seulement dans la lèvre supérieure; dans les muscles du menton, il y avait î\ peine quelques traces de contractions. Dans l'excitation faradique du tronc nerveux, les muscles directement excitables se contractaient seuls. Un courant ascendant, avec 20 éléments de Siemens, provoquait dans les muscles supérieurs de la face, de fai-
blés mouvements ; aux lèvres supérieure et inférieure, il fallait un courant de 35 éléments pour donner des secousses visibles. La galvanisation du nerf ou de ses branches ne déterminait de contractions positives qu'avec 30 éléments.
5. Les paralysies faciales rhumalismales sont, de toutes les paralysies faciales de cause externe, les plus nombreuses et les plus étendues (la branche oculaire est presque toujours prise en môme temps). D'après les recherches de E. 11. Weber, outre les paupières, les joues aussi seraient remarquables par leur sensibilité à la chaleur et au froid. On voit des malades qui ont eu plusieurs fois dans leur vie des paralysies rhumatismales des deux moitiés de la face, mais très-rarement d'un seul côté.
D'après Wachsmuth, l'irritation à frigore affecterait les fibres vasomotrices, qui y sont très-exposées à leur entrée dans le trou stylomastoïdien ; de là un arrêt, voire même une suppression de l'afllux sanguin vers le facial, avec abolition rapide de l'excitabilité, fourmillements et goût métallique ; d'après les recherches de Cl. Bernard, ces phénomènes seraient sous la dépendance des fibres du grand sympathique, qui s'unissent sur plusieurs points à la corde du tympan.
Les symptômes de la paralysie faciale unilatérale se lisent, en quelque sorte, au premier coup d'œil. La joue paralysée est tombante, flasque et sans expression, les fossettes et les sillons caractéristiques sont effacés. Du coté paralysé le front semble plus lisse et plus élevé, il ne peut plus se froncer, les deux sourcils ne peuvent plus se rapprocher. Par la paralysie de l'orbiculaire des paupières, il y a impossibilité de fermer volontairement les paupières ; la paupière inférieure est tombante, la fente palpébrale béante (lagophtalmos), l'œil pleure abondamment; l'aile du nez est aplatie, le sillon naso-labial effacé, la commissure labiale tirée vers le côté sain ; par la paralysie unilatérale de l'orbiculaire des lèvres, la bouche se ferme mal, de sorte que la salive et les liquides s'écoulent par côté. Les mouvements des lèvres pour siffler, souffler, sucer ou cracher, et la prononciation des labiales sont embarrassés ou complètement impossibles. En raison du relâchement du buccinateur, les aliments se logent facilement entre la joue et les arcades dentaires, et le malade est obligé alors d'aller à leur recherche avec les doigts (les chats exécutent aussi ce mouvement avec leurs pattes, après la section du facial). Tout effort un peu prononcé des muscles de la face, comme dans le rire, le parler, fait apparaître davantage la difformité de la physionomie.
Les paralysies faciales, comme toutes les paralysies périphériques en général, présentent dans leurs symptômes de grandes diversités,
qui ont été étudiées par Ziemssen (dans son livre sur l'électricité, 1866), et plus récemment par Erb (Arch. f. klin. Med., XV Bd., 1 H, 1874). Les particularités et les modifications des phénomènes électriques dans les paralysies faciales rhumatismales sont intéressantes, non-seulement au pohit de vue théorique, mais aussi au point de vue pratique.
L'exploration électrique dans les paralysies faciales rhumatismales permet de constater différents degrés d'altération dans les nerfs et les muscles. Dans les formes légères (par simple gonflement du périoste dans l'aqueduc de Fallope), les muscles et les filets nerveux ne présentent, même au bout d'une semaine, aucune modification appréciable dans leurs réactions faradique et galvanique. Dans la forme moyenne, établie surtout par Erb, l'excitabilité électrique des filets nerveux est seulement diminuée, la contractilité farado-musculairc abolie, la contractilité galvano-musculaire augmentée ; aussi, dans tous ces cas, altérations légères du côté des nerfs, affectant peu leur excitabilité électrique, tandis que dans les muscles s'établissent les profondes modifications que nous connaissons déjà. Dans les formes graves (avec névrite faciale), nerfs et muscles présentent des altérations trés-marquées. Dans les nerfs, l'excitabilité faradique et galvanique diminue à partir du début de la paralysie jusqu'à disparition complète : le nerf peut cependant avoir conservé son excitabilité galvanique dans quelques-unes de ses branches. Le retour de l'excitabilité nerveuse demande un temps plus ou moins long, sans relations avec l'excitabilité du nerf par la volonté. Dans les muscles, il y a, au début de la paralysie, diminution des réactions faradique et galvanique ; à partir de la fin de la deuxième semaine V excitabilité faradique disparaît, tandis que V excitabilité galvanique augmente (Baierlacher, Schulz, Neumann, Ziemssen, Rosenthal, Erb, Eulenburg) ; de plus l'excitabilité mécanique, d'après Erb, est augmentée ; à mesure que l'amélioration se dessine, les effets du courant galvanique s'atténuent, et l'on voit ordinairement se relever les réactions des muscles au courant faradique et à la volonté.
Quant à la raison physiologique de ces singuliers phénomènes électriques (nous savons qu'ils se produisent aussi dans les paralysies saturnines et Iraumatiques), Neumann de Kônigsberg a fait connaître le premier les faits suivants : s'il y a absence de Texcitabihté farado-musculaire, avec conservation de l'excitabilité galvano-musculaire, ce phénomène particulier se reconnaît d'une manière positive, non pas par des courants de direction dillërente se succédant rapidement, ni par le renversement du courant, mais seulement par un courant d'une certame durée, si peu considérable qu'elle soit, pourvu qu'on dépasse une impression momentanée, avec le courant galvanique constant. Quant, au moyen d'un mécanisme, on
rend aussi le courant de la pile galvanique presque instantané, il ne provoque pas non plus de contractions. Ces mêmes particularités ont été constatées ensuite par Neumann (sur des préparations musculaires épuisées) et par Brûcke [Sitzb. der Kais. Akad. d. Wiss. maih. nalunv. Klassc, LVI Bd., 111 H., 18G7) sur des grenouilles empoisonnées par le curare. Sur Tune des pattes, préalablement liée, il suffit de courants d'induction beaucoup plus faibles que sur la patte soumise au poison, tandis que celle-ci, au contraire, s'agite par les courants faibles d'une pile galvanique.{Le courant galvanique d'une roue de Volta, à rotation rapide, provoquait du tétanos dans le membre intact, tandis que le membre empoisonné restait au repos.
Le pronostic des paralysies faciales rhumatismales est en général favorable. Dans l'enfance, chez les sujets jeunes, bien portants, les paralysies faciales à frigore guérissent souvent d'elles-mêmes. Dans ces formes, on ne constate pendant la première et la deuxième semaine aucune modification notable de la contractilité faradique et galvanique, ni de l'excitabilité des filets nerveux. La forme moyenne (avec diminution peu prononcée de l'excitabilité des nerfs, abolition de la réaction faradique des muscles, augmentation de leur réaction galvanique) se termine favorablement au bout de quatre à six semaines. Dans les formes graves (avec abolition complète de l'excitabilité nerveuse et des réactions électriques anormales dans les muscles paralysés), il se fait des troubles graves de nutrition (névrite), dont la réparation exige des semaines ou même des mois (six à neuf mois). Certaines paralysies faciales de cette dernière classe passent à l'étal chronique et deviennent incurables ; le traitement électrique ne peut plus qu'améliorer le jeu de la physionomie, et atténuer la sensation pénible de tension musculaire. Le traitement des paralysies faciales rhumatismales consiste, pour les cas récents, en bains de vapeur suivis de douche faciale à une température modérée, avec de l'iodure de potassium à l'intérieur ; dans les formes anciennes, la strychnine, administrée avec les précautions nécessaires, donne de bons résultats (méthode endermique ou hypodermique, doses de 2-5 milligrammes chez les adultes, plus faibles chez les enfants) . Mais le plus efficace est le traitement électrique appliqué suivant les règles et en temps voulu.
Dans les cas récents, on peut très-bien se contenter de l'électricité d'induction, en appliquant le courant secondaire, pendant trois à cinq minutes, sur les muscles ou les filets nerveux paralysés. On évitera les courants à forte tension, à interruption rapide, qui pourraient provoquer, par surexcitation, de la raideur musculaire électrique. Pour prévenir immédiatement les difformités acquises par le traitement, il faut employer, d'après Remak, des courants constants stabilesde dix à vingt éléments de Siemens ; les contractures récentes peuvent dis-
paraître par ce moyen; quant aux contractures anciennes, on ne peut que les corriger tant bien que mal par la myotomie, ou en provoquant une contracture faradique du muscle homologue (Duclienne). Pour la galvanisation, on place l'anode sur les vertèbres cervicales, la cathode sur les muscles paralysés ; pour exciter le nerf facial ou ses branches, on place l'anode dans la fossette mastoïdienne, et la cathode, mise en mouvement, sur la patte d'oie ou les différents filets nerveux (sur la tempe pour les muscles supérieurs, en dehors de l'arcade zygomatique pour les paupières et la lèvre supérieure, sur la branche montante du maxillaire pour le menton et la lèvre inférieure).
L'excitation galvanique par la cavité buccale (l'anode sur la muqueuse de la joue, la cathode sur les muscles paralysés) se recommande, d'après mes observations, à cause de la pénétration plus facile du courant dans les couches musculaires, et parce qu'il faut ainsi un plus petit nombre d'éléments pour produire des contractions, ce qui est important surtout au voisinage de l'œil. Dans les formes rebelles, compliquées de difformités de la face, on se trouve bien d'alterner la galvanisation des nerfs avec la faradisation des muscles. Landois et Mosler ont guéri un de ces cas (Berl. klin. Wschr., 1868) en appliquant simultanément un courant galvanique descendant, et à son pôle négatif un courant induit (faradisation électrotonique).
4f. Les paralysies faciales traumatiques résultent de lésions diverses, telles que : piqûre, coup de sabre, coup de feu, coups sur les joues (Brodie), compression par le forceps', section du nerf dans les opérations, compression par des tumeurs, cicatrices profondes (comme dans les suppurations de la parotide). Suivant l'intensité de la cause traumatique, il y a paralysie faciale complète, ou seulement paralysie de certaines branches et des muscles correspondants. Chez les singes anthropomorphes, dont la bouche se ferme aussi par un sphincter, la paralysie faciale se comporte comme chez l'homme (d'après Shaw et Bell), tandis que chez les chiens, les chats et les lapins, la section du facial détermine une déviation de la face vers le côté paralysé, ce que Schiff explique par la solution de continuité du sphincter à la lèvre supérieure, constituant une sorte de bec-delièvre naturel. Chez deux lapins à moitié développés, sur lesquels Brùcke (Voiries, ûber PhijsioL, II Bd., 1875) avait extirpé le facial à sa sortie de l'aqueduc de Fallope, Schauta trouva, au bout de plusieurs mois, une paralysie de la moitié correspondante de la face, avec perte de l'excitabilité faradique et augmentation de l'excitabilité
galvanique. Sur l'un de ces animaux, on trouva une atrophie deS muscles paralysés, avec disparition des stries transversales et production de tissu conjonctif. Du côté paralysé, les glandes salivaires étaient diminuées de volume, les os de la l'ace déviés vers le côté malade et amincis (conséquence des modifications circulatoires provoquées par l'absence du jeu des muscles).
Si j'en juge d'après deux de mes observations, ainsi que d'après un fait publié par Ziemssen, dans les premières semaines qui suivent la section du facial, les mouvements volontaires et l'excitabilité faradique disparaissent dans les muscles où se distribuent les filets nerveux lésés, avec conservation, souvent même augmentation de l'excitabilité galvanique; ces remarques sont confirmées par les observations de Erb sur les dégénérations musculaires commençantes, à la suite des sections nerveuses. Les tilets nerveux perdent leur irritabilité aux deux courants. L'excitation du tronc nerveux détermine un raccourcissement, dans les seuls muscles encore excitables par le courant faradique ; les muscles pris isolément obéissent à la volonté, mais non à l'excitation électrique. A mesure que le pouvoir conducteur des nerfs se rétablit graduellement, l'irritabilité électrique reparaît ordinairement plus vite dans le tronc que dans les branches; il peut y avoir au début augmentation de la réceptivité au courant galvanique, et de la sensibilité électro-musculaire.
Les faits pathologiques s'accordent avec les résultats de l'expérimentation. En tuant les nerfs par le curare ou les vapeurs de conicine, on voit également disparaître l'excitabilité nerveuse, tandis que les muscles conservent leurs réactions électriques (Schiff, Wundt, Fick, Brùcke). Les paralysies faciales traumatiques sont d'une nature assez rebelle, il leur faut des mois pour guérir, la motilité volontaire semble se rétablir plus facilement que l'excitabilité électrique; la meilleure méthode de traitement est d'alterner le courant constant avec le courant induit.
Dans les travaux publiés en Amérique, à la suite de la guerre de Sécesbion {Arch. f. klin. Cliir. de Langenbeck, Billroth et Gurlt, 8, Bd.), on trouve trois cas de blessure du facial par coup de feu. Dans le premier et le troisième cas (section probable du nerf par une balle entrée près du conduit auditif externe, avec fracture de l'apophyse mastoide), il y avait, outre la paralysie faciale, perte de l'ouïe, altération du goût, embarras de la parole ; la contractilité électro-musculaire était abolie, la faradisation, continuée pendant des mois, demeura sans effet. Dans le second cas, la balle avait pénétré au côté gauche du cou, au niveau de l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre cervicale, au-dessous du conduit auditif externe, et elle fut extraite immédiatement en arrière du maxillaire inférieur, dont le bord était fissuré. Outre la perte de fouie, il se fit une paralysie faciale complète, qui
guérit complètement en six semaines par la faradisation (simple froissement du nerf).
5. Les paralysies faciales syphilitiques , quand elles résultent d'une affection de la substance cérébrale, revêtent les caractères des paralysies intra-cérébrales. Au contraire, les lésions spécifiques du nerf facial à la base du cerveau sont de nature périphérique, d'après les recherches électriques de Ziemssen (Vîrch. Arch.^ 13 Bd., 1858).
Chez le malade en question, après évolution de la syphilis secondaire, on vil survenir de la diplopie, puis une paralysie complète du facial droit, du pathétique, des deux oculo-inoteurs externes, une paralysie incomplète du facial et del'oculomoteur commun à gauche, ainsi que de la plupart des extenseurs et fléchisseurs de la main. L'exploration faradique montra une abolition de la contractibilité électrique dans les muscles paralysés, une diminution considérable dans les muscles simplement parèsiés (ce qui confirma le diagnostic d'une affection syphilitique extra-cérébrale). A l'autopsie, on trouva à la base les restes d'une inflammation chronique de la pie-mère, avec exsudât et formation d'un tissu conjonctif dont la rétraction avait étranglé le nerf facial; dans le bout central, il y avait une accumulation modérée de granulations graisseuses, dans le bout périphérique une dégénérescence correspondant à la compression, et une transformation graisseuse des muscles paralysés.
Dans une de mes observations, après plusieurs récidives de syphilis , il survint une périostite du tibia , du temporal et de l'apophyse mastoïde à gauche, et le facial gauche se paralysa, à l'exception de sa branche supérieure. Le tronc nerveux ne répondait pas à l'excitation faradique, les muscles donnaient seulement des contractions faibles. Le malade commença un traitement iodé, mais ne tarda pas à quitter Vienne. Davaine a publié un cas semblable sur plusieurs points.
Dans un autre cas observé à la clinique du professeur Sigmund, l'excitabilité faradique du tronc nerveux, comme celle des muscles, étaient abolies dans la moitié paralysée de la face ; tandis que le courant galvanique déterminait des secousses musculaires, l'excitabilité du tronc nerveux avait, au contraire, considérablement diminué, et ne se manifestait qu'avec un courant d'une assez grande force (vingtquatre éléments de Siemens). Ces résultats me décidèrent à admettre une cause morbide comprimant le tronc nerveux lui-même (probablement dans le canal osseux du facial). L'examen de l'oreille ayant été pratiqué peu de temps après par un spécialiste, le D' Gruber, on constata l'existence d'une otite syphilitique, avec exsudation dans l'aqueduc de Fallope, sans lésion du tympan.
6. J'ai observé un cas de paralysie faciale diphthérique (voyez
MALADIES DU iNEUF FACIAL. 723
p. 644), OÙ l'exploration électrique donnait les mômes résultats que dans les paralysies périphériques.
Nous donnons ici les principales complications qui peuvent se présenter dans les différentes classes de paralysie faciale périphérique, et qui sont importantes pour diagnostiquer la hauteur à laquelle les fibres nerveuses sont atteintes.
a). Paralysie du nerf auriculaire postérieur^ avec abolition des fonctions du nerf occipital et des muscles rétracteurs de l'oreille, du côté paralysé; Erb a découvert récemment [loc. cit.) un signe beaucoup plus caractéristique de cette paralysie, c'est l'abolition de l'excitabilité faradique et l'augmentation de l'excitabilité galvanique des muscles. Cette paralysie indique que la lésion siège en dehors de l'aqueduc de Fallope.
b). Paralysie de la corde du tympan : d'après les considérations exposées dans les chapitres précédents, les fibres de la corde du tympan contenues dans le facial donnent le goût à la région antérieure de la langue. On trouve, dans la littérature médicale ancienne et moderne, de nombreux exemples d'hémiplégie faciale avec abolition ou diminution du goût dans la moitié correspondante de la langue. J'ai rapporté (W. med. Presse, 1868, obs. 7) un cas de paralysie faciale rhumatismale du côté gauche, avec céphalalgie, bruits d'oreilles et picotements sur la langue ; en frictionnant la moitié gauche de la langue avec du sucre en poudre^ ou en la badigeonnant avec du sirop, le malade accusait un goût acide ; des cristaux de sulfate de magnésie paraissaient acides et amers, la teinture d'opium amère ; à droite, la gustation était normale. Il existe quelquefois une diminution de la sécrétion salivaire (avec sensation de sécheresse unilatérale), qui s'explique par l'atteinte simultanée des nerfs sécréteurs que le facial envoie aux glandes parotide et sous-maxillaire. Les symptômes précédents indiquent que la lésion siège dans le canal de Fallope, au-dessus du point d'émergence de la corde du tympan.
c). Lsi paralysie du nerf de V étrier au-dessous du ganglion géniculé, a pour conséquence V hyperacousie de Willis, ou hyperesthésie de l'ouïe, observée aussi par Roux, Wolf, Landouzy, et de nos jours paf Hilzig et Lucae» On trouvera des détails sur ce point dans un chapitre précédent, à propos des névroses du nerf acoustique.
d). Paralysie du nerf grand pétreux et superficiel : outre la paralysie des muscles externes de la face, on a cité une déviation avec difficulté des mouvements du voile du palais, et une altération du goût. Siège de la lésion : au niveau du ganglion gèniculé, à l'entrée des fibres gustatives et à la sortie des fibres motrices des piliers. La
seule déviation de la luette est un fait sans importance, car nous avons déjà dit que très-souvent, surtout quand elte est longue, elle est naturellement dirigée vers l'un ou l'autre côté.
e). Mentionnons enfin la dureté de Vouïe^ avec réaction acoustique anormale, signalées par Brenner dans les paralysies faciales. On trouve quelquefois une liyperesthésie acoustique avec réaction anormale en examinant l'oreille du cùté paralysé. J'ai publié un cas d'hémiplégie faciale droite {Elektrothérapie^ T édit., 1873, obs. 94), où l'exploration galvanique de l'oreille droite donnait les résultats suivants :
kaF
sifflement
KaD
sifflement
KaO
réaction nulle
AF
id.
AD
faible sifflement
AO
sifflement
Pour terminer, il nous reste à parler ici de la paralysie faciale double.
La paralysie bilatérale, déjà connue de Bell, Sanders, .Grisolle et Romberg, a été plus complètement étudiée de nos jours par Davaine, Trousseau et Wachsmuth. D'ai)rés Schiff, quand on coupe le facial des deux côtés, les animaux ne peuvent plus fermer la bouche, les joues restent flasques même pendant les mouvements de mastication, les aliments iiitroduils dans la bouche retombent en partie au dehors, tandis qu'une autre partie se loge entre les joues et les gencives; de là de grandes difficultés dans la formation du bol alimentaire et dans la déglutition. Les chats cherchent alors à s'aider de leurs pattes. Chez l'homme, la diplégie faciale entraine l'immobilité de la face et la fixité des traits ; les joues et les commissures labiales sont tombantes ; les ailes du nez, privées de leurs mouvements, sont entraînées mécaniquement dans les inspirations profondes, ainsi que les joues, qui se laissent également gonfler par l'air expiré. Le nasonnement de la voix et la prononciation défectueuse des labiales rendent la parole presque inintelligible ; pour peu que la tête penche en avant, la salive s'écoule à travers les lèvres entr'ouvertes ; la mastication et la déglutition son! très-difficiles, les aliments s'arrêtent en chemin, et les malades sont obligés de les pousser avec les doigts vers l'entrée du pharynx.
La forme centrale de la diplégie faciale s'observe quelquefois dans
la paralysie labio-glosso-pharyngéo (par affection des noyaux du facial) ; elle peut exister à un degré inoins prononcé, dans certaines maladies cérébrales chroniques. On se reportera, pour plus de détails, aux chapitres correspondaids. La paralysie peut îiivc périphérique, et causée par différentes maladies intra-craniennes, mais extra -cérébrales, du nerf facial. Ainsi les tumeurs de la base, les exostoses de l'apophyse basilaire, les anévrysmes, les exsudais des méninges, peuvent déterminer par compression une dégénérescence atrophique du facial, et les nerfs voisins ne sont pas toujours épargnés. D'après Jaccoud et Pierreson (jbxh.fién.^W Bd., 1867), le facial, de même que les autres nerfs, seraient pris quelquefois d'une alrophie spontanée, par hyperplasie du tissu conjonctif et développement de corpuscules amyloïdes. La diplégie faciale périphérique peut encore avoir sa source dans une maladie du rocher (inflammation, carie, nécrose, ou otite syphilitique, comme dans l'observation déjà citée de Ziemssen). Dans un cas observé par Ehrmann, à Alger (Med. Chir. Monatshefte, mars 1865), il y avait une double paralysie faciale consécutive à une otite tuberculeuse bilatérale. A l'autopsie , on trouva seulement des deux côtés une carie de l'oreille moyenne, l'aqueduc de Fallope étant paifaitement intact ; le névrilème du facial contenait des globules purulents en très-grand nombre (participation de la gaine du nerf à l'inflammation de l'oreille moyenne). Enfin la diplégie faciale peut être d'origine rhumatismale, soit que le froid ait agi en même temps sur les deux moitiés de la face, soit que la paralysie ait envahi d'abord un côté, et l'autre quelque temps après.
Le diagnostic de la diplégie faciale périphérique n'offre pas de grandes difficultés, une fois qu'on a éliminé les causes centrales. Dans la paralysie faciale double, d'origine rhumatismale, les mouvements de la langue et le timbre de la voix ne sont pas altérés, et les troubles de déglutition diminuent quand on ferme les narines: symptômes qui affectent une tout autre marche dans les formes cérébrales, comme nous l'avons exposé en temps utile. Le pronostic dépend de la nature de la maladie. Le traitement ne peut donner des résultats que dans certaines formes périphériques. Dans un cas de paralysie double de la face publié par Bârwinkel [Arch. f. lleilk., 1, Ed., 1867), du côté droit les muscles paralysés étaient insensibles au courant faradique, mais sensibles au courant galvanique, à gauche les réactions électriques étaient normales ; il y avait en outre de la céphalalgie, de la diplopie, de l'incertitude dans la marche. Après dix mois de traitement électrique, la guérison était presque complète.
c. Maladies du nerf hypoglosse.
Les crampes affectant le domaine de l'hypoglosse ne sont que trèsrarement de nature périphérique. En général, elles accompagnent des troubles profonds, épilepsie, hystérie, chorée, méningite; il survient quelquefois des crampes cloniques partielles (tremblements fibrillaires) dans l'atrophie musculaire progressive, les névralgies du lingual et le tic convulsif. Les crampes de la langue sont donc tantôt de cause centrale, tantôt de cause périphérique.
Ldi paralysie du nerf hypoglosse est rarement aussi d'origine périphérique, comme dans les tumeurs cérébrales de la base, dans la compression de l'hypoglosse à son point d'émergence, et dans l'extirpation des tumeurs de la langue, quand des libres de l'hypoglosse ont été comprises dans l'opération. La paralysie de la langue est ordinairement unilatérale, de cause centrale, et s'observe dans l'hémorrhagie, les embolies, le ramollissement, les tumeurs cérébrales, dans la paralysie progressive des aliénés ; dans la paralysie labioglosso-pharyngée, elle peut présenter différents degrés, jusqu'à l'abolition complète des mouvements ; dans l'atrophie musculaire progressive, elle s'accompagne de symptômes d'atrophie.
Après la section de l'hypoglosse sur les animaux, ainsi que dans la glossoplégie unilatérale chez l'homme, la langue tirée au dehors se dévie non pas vers le côté sain, mais vers le côté malade; Schiff attribue ce fait à la prédominance du génio-giosse du côté sain, ce muscle dirigeant la pointe de la langue vers le côté opposé. Quand la langue est tirée en arrière, l'action du stylo-glosse l'entraîne vers le côté sain.
La paralysie de la langue, dans ses formes et degrés divers, ne doit pas être confondue avec les cas où le langage est altéré par troubles delà coordination, ou du pouvoir conducteur centrifuge, comme dans les affections en foyer du côté des ganglions moteurs, de la protubérance et du plancher du quatrième ventricule (lésions du noyau de l'hypoglosse ou de ses fibres radiculaires ascendantes).
Le pronostic est défavorable dans la plupart des cas. Le traitement de la paralysie linguale consiste à remonter l'énergie des centres nerveux. On peut quelquefois améliorer les fonctions de la langue par une application prudente de courants galvaniques à travers la tête, en y joignant la faradisation ou la galvanisation locale de la langue et de l'hypoglosse, et un traitement hydrothérapique reconstituant.