CRAMPES DES MUSCLES DE Là FACE
On observe souvent un état d'excitation du nerf facial qui constitue la cr^ampe mimique de la face, ou tic convulsif, et qui peut résulter d'une irritation du nerf dans l'encéphale, d'une irritation réflexe, ou de causes agissant sur le trajet périphérique du nerf. On reconnaît rarement à cette affection une origine héréditaire. Je connais cependant une famille où la mère, un fils, une tille, et deux autres parents du côté maternel, sont atteints de crampes faciales plus ou moins étendues. Dans les émotions, les maladies mentales, les affections du cerveau et de ses enveloppes, et dans les grandes névroses (épilepsie, éclampsie, tétanos, chorée, hystérie), il survient des
crampes toniques ou cloniqucs de la face, qui sont d'origine centrale, et dont nous avons parlé à propos de ces différentes maladies. Nous nous occuperons donc uniquement, dans ce qui va suivre, du spasme facial par action réflexe, ou par irritation directe sur le trajet du nerf.
Les cas de cette espèce reconnaissent pour causes : des refroidissements, des plaies de la face, la compression des filets nerveux périphériques. Ainsi chez un malade de Schuh, la crampe faciale (avec prosopalgie) était causée et entretenue par un cholesteatôme de la base du cerveau ; chez un malade de Romberg, par une inlïammation des ganglions lympathiques au niveau du tronc du facial ; dans un cas d'Oppolzer, par une carie du rocher. J'ai observé, ainsi que Remak, plusieurs paralysies faciales périphériques, consécutives à une otite (probablement avec destruction du canal de Fallope), et pendant lesquelles on vit se développer des crampes des muscles faciaux.
Les spasmes de la face sont beaucoup plus souvent de nature réflexe, par irritation du trijumeau, carie dentaire, périostite, irritation ou inflammation du globe oculaire, des paupières, de la conjonctive. La crampe décrite par Grâfe, avec points douloureux à la pression sur .le trajet périphérique des rameaux sensitifs, doit tenir à un gonflement des nerfs dans l'intérieur de leurs canaux osseux. Mentionnons encore ici une crampe observée par Remak dans la névrite cervico-brachiale (avec nodosités sur le trajet du nerf), crampe partant de la main et du bras pour s'étendre au cou et à la face du môme côté. Citons enfin les crampes réflexes de la face consécutives aux irritations intestinales (helminthes), et aux maladies du système sexuel chez la femme.
Les crampes du facial peuvent être toniques; tels sont la rigidité des traits, le sillonnement de la face, la tension musculaire qu'on observe dans le tétanos, à la suite des refroidissements, des paralysies faciales, ou par une excitation faradique trop intense; ou bien ce sont des crampes doniques, avec mouvements grimaçants du front, des sourcils, battements des paupières, des joues, du nez, des lèvres, de la langue et des muscles du cou, entraînant une modification profonde dans l'expression de la physionomie et l'attitude de la tête. Les contractions sont alors séparées par des intervalles de relâchement, et reparaissent souvent dans les mêmes muscles suivant un certain rhythme, sans que les malades se plaignent d'aucune fatigue. Les émotions, les efforts favorisent l'apparition de ces mouvements convulsifs et en augmentent l'inlensité.
714 MALADIES i)U SYSTÈMR NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE.
Au point de vue du diagnostic, il s'agit avant tout d'éliminer les crampes faciales dépendant d'affections centrales ; celles-ci s'accompagnent ordinairement de convulsions des membres, de troubles des facultés psychiques et des sens. C'est par une observation approfondie qu'on décidera, si le nerf facial est exposé à une irritation directe sur quelque point de son parcours, ou si la crampe se produit par voie réflexe, auquel cas on trouvera quelquefois une irritation des nerfs sensitifs aux environs de l'œil, sur les branches du trijumeau, dans la cavité buccale.
Le pronostic n'est pas défavorable, dans les cas tout à fait récents ou peu anciens, dans les spasmes circonscrits, ou dans ceux qui relèvent d'une influence rhumatismale. Mais dans les formes anciennes, intenses et étendues, de tic convulsif, ayant gagné jusqu'aux portions motrices du trijumeau et à l'accessoire de Willis, il esl exceptionnel d'obtenir une amélioration positive'et plus encore la guérison.
Le traitement du spasme facial varie avec ses causes. Les cas résultant d'un refroidissement guérissent par des révulsifs cutanés énergiques, des bains de vapeur, des douches faciales (avec de l'eau d'abord tempérée et graduellement refroidie); les enveloppements humides jusqu'au retour de la chaleur, suivis d'affusions sur la tête dans un demi-bain refroidi, conviennent aussi dans ces cas, ainsi que dans les formes peu anciennes et peu étendues, pour diminuer Texcitabilité réflexe. On peut arriver au môme résultat par les injections sous-cutanées d'atropine et de morphine, par le bromure de potassium à haute dose. Dans un cas rebelle, Sander aurait obtenu la guérison par l'introduction hypodermique de la strychnine ; de même Gualla par le curare. Dans deux cas de crampe faciale avec blépharospasme intense, Romberg aurait eu un succès persistant par la section du nerf sus-orbitaire ; Grafe se serait bien trouvé de la névrotomic, dans les cas d'irritation de l'œil et de ses annexes. Dieffenbach a guéri un malade par la section sous-cutanée des muscles atteints de crampe.
Remak dit avoir triomphé plusieurs fois des crampes faciales, par la galvanisation du grand sympathique. Dernièrement Frommhold et après lui Erb ont guéri complètement le spasme facial au moyen de courants d'induction de plus en] plus forts (application du pôle positif sur la nuque, du pôle négatif sur les muscles atteints de crampes).
MALADIES nu NERF FACIAL. 71 r,