NÉVRALGIE DU TRIJUMEAU
La névralgie des différentes branches du trijumeau (prosopalgie, douleur faciale de Fothergill, tic douloureux) a attiré depuis trèslongtemps l'attention des médecins, comme le prouvent les travaux très-anciens d'Aretée, et les études plus modernes et plus approfondies d'André (1756) et de Fothergill (Med. Obs. and Inquiries, London, 1775, t. V, p. 129). Plus tard Pujol, Meglin, Chaussier, Bell, Valleix, Romberg, Schuh, Langenbeck, etc., ont fait faire de grands progrès à la connaissance et au traitement des névroses douloureuses de la face.
Quant aux altérations anatomiques du nerf ou des tissus environnants dans la prosopalgie, on a constaté les faits suivants : hyrémie chronique et rougeur du névrilème, épaississement du n(.vrilème, suite de névrite, dégénérescence granuleuse partielle de la myéline, gonflement et nodosités sur les branches réséquées du trijumeau (tissu conjonctif enclavant les fibres nerveuses, comme dans le gonllement des nerfs sur les moignons d'amputation) ; périostite, hypertrophie concentrique (Gross), ostéophytes ou carie des canaux osseux, exostoses dans les racines de la dent de sagesse (Thompson, Glasgow Med. Journ., 1867), très-rarement exostoses dans la cavité crânienne (comme dans un fait intéressant qui sera rapporté à propos de l'étiologie), ou exostoses du rocher pénétrant dans le ganglion dç
Gasser (Choiippe). Enfin, des altérations inflammatoires peuvent se faire dans les divers ganglions du trijumeau : ganglion sphénopalatin (Garnochan), ganglion de Gasser (cas de AVedl, avec transformation calcaire et développement considérable des vaisseaux), névrome du ganglion de Gasser avec prolongement à travers le trou ovale dilaté, enfin compression du trijumeau par des néoplasmes du cerveau. Dans beaucoup de cas de prosopalgie, on n'a trouvé aucune altération organique dans les nerfs, mais le nombre de ces cas devra diminuer, à mesure que les recherches microscopiques se généraliseront.
Parmi les symptômes du tic douloureux, la douleur est le plus important. Très-souvent, elle existe pendant assez longtemps comme une sensation plus ou moins désagréable, avant d'arriver à un véritable paroxysme; ou bien quelquefois elle éclate subitement. La douleur est en général d'une violence excessive, les malades la disent brûlante, perçante, fulgurante, ou la comparent à un ébranlement du cerveau. Les douleurs apparaissent souvent d'elles-mêmes, sans aucune cause, ou bien elles sont provoquées par une émotion, par une friction ou une piqûre légères des joues, par un courant d'air faible, ou même par le parler. Un des cas les plus pénibles est celui où la névralgie est réveillée par les mouvements de mastication et de déglutition; les malades alors osent à peine prendre quelques aliments liquides, et négligent les soins de propreté de la bouche, qui prend une mauvaise odeur par l'accumulation du tartre dentaire.
La prosopalgie peut constituer une douleur continue, et dans ce cas elle se manifeste avec moins de violence, par une sensation de compression ou de brûlure ; ou bien elle éclate en ces paroxysmes si redoutés des malades, augmentant alors d'intensité et de fréquence, et procédant assez souvent de certains points pour s'étendre vers le centre, plus rarement vers la périphérie. Les douleurs continues affectent ordinairement certains lieux d'élection, que Valleix a mis en évidence sous le nom de points douloureux. Ce sont, sur le trajet de la première branche : un point frontal de l'émergence du nerf frontal, un point palpéhral sur la paupière supérieure, un point sus-orhitaire, correspondant au nerf du môme nom, un point à V angle externe de VœiL appartenant au nerf lacrymal, et deux points sur la face latérale du nez; un supérieur, correspondant à l'angle interne de l'œil, au niveau du nerf sous-trochléateur, et un inférieur, à l'union de l'os propre du nez et du cartilage triangulaire, répondant au nerf ethmoïdal. Sur le territoire de la deuxième branche on trouve : le point souS'Orbitaire (pour le nerf du même nom), le point genien.