CHAPITRE L
Les névroses vaso-motrices et trophiques formeront le dernier chapitre de nos études sur les maladies du système nerveux. Les troubles vaso-moteurs dans les affections cérébrales et spinales, dans Thystérie, Tépilepsie, les traumatismes périphériques, ont été exposés en temps utile. Nous avons dit aussi comment les dernières recherches expérimentales de Goltz {Pflug. Arch., IX Bd. 1874) et de Vulpian [Arch. de phys.) sur les nerfs vaso-dilatateurs, sont faites pour apporter des modifications radicales dans les opinions admises jusqu'ici. D'après Goltz, la dilatation vasci^laire et l'élévation de température ne doivent pas être rapportées à une paralysie des nerfs vaso-moteurs, mais bien à un processus actif, à une suractivité fonctionnelle des nerfs vaso-dilatateurs. Les fibres vaso-dilatatrices des nerfs proviennent directement de la moelle ou peuvent être mises en jeu par voie réflexe, par l'excitation des fibres centripètes d'autres nerfs. Ces faits expérimentaux demandent à être confirmés et élucidés par de nouvelles recherches ; toutefois ils nous donnent une explication plus satisfaisante de certains symptômes contradictoires de l'hystérie (voy. page 471) et de la maladie de Basedow.
Quant aux nerfs trophiques et aux troubles qui en dépendent, c'est une question controversée, et dont la solution se fera peut-être longtemps attendre. D'après quelques auteurs, les éléments vasomoteurs contenus dans les troncs nerveux mixtes se paralyseraient dans les cas d'arrêt de l'innervation centrale, et c'est eux qui entraîneraient alors un ralentissement de la circulation et une hyperémie passive, avec troubles de nutrition dans les muscles. Pourtant l'ob-
servation montre que les paralysies motrices peuvent durer longtemps, avec (les troubles fonctionnels et circulatoires évidents, mais sans atteinte notable de la nutrition. Couyba et Charcot ont rattaché à la névrite les troubles trophiques qui surviennent à la suite des traumatismes des nerfs, et la même interprétation a été appliquée plus récemment par Friedreich à la pathogénie de l'atrophie musculaire progressive: processus inflammatoires dans les muscles, puis névrite intra-musculaire, se propageant par les troncs nerveux et les racines jusqu'à la moelle. Nous avons analysé et réfuté cette théorie dans le chapitre de l'atrophie musculaire progressive (p. 449-51).
11 est enfin une autre opinion qui gagne de plus en plus du terrain, celle qui place dans la moelle la source principale des troubles trophiques. Comme nous y avons déjà insisté précédemment, des observations cliniques et anatomiques en nombre considérable s'accordent à démontrer que dans les myélites centrales, soit primitives, soit secondaires, comme dans les foyers bulbaires, dans la sclérose cérébro-spinale, dans la sclérose des cordons postérieurs, dans la sclérose symétrique des cordons latéraux, dans la méningo-myélite et la pachyméningite hypertrophique, en un mot dans toutes les lésions des colonnes grises antérieures de la moelle, on voit survenir des troubles trophiques évidents des muscles, des articulations et de la peau. La sclérose secondaire des cordons latéraux dans l'apoplexie cérébrale, lorsqu'elle se propage en avant, et la myélite centrale, reproduite expérimentalement depuis peu par Hayem, avec dégénération exsudative des cornes antérieures, donnent naissance à de l'atrophie musculaire progressive. Les cellules multipolaires de la substance grise des cornes antérieures contiennent donc des centres trophiques importants (Charcot). Mais l'influence trophique de la moelle ne peut se faire sentir, sur les parties périphériques, que par certaines voies de transmission ; aussi les solutions de continuité de ces conducteurs trophiques, dans les lésions traumatiques des troncs nerveux périphériques, entraînent-elles des troubles de nutrition considérables dans les muscles et les autres tissus. La théorie tropho-névrotique est encore celle qui rencontre relativement le moins d'obstacles et d'invraisemblance.
Dans ce qui suit, nous allons exposer les maladies des nerfs vasomoteurs et trophiques, que l'on a mieux approfondies de nos jours, grâce aux découvertes de l'anatomie pathologique. Nous renvoyons, pour des développements plus complets, aux travaux d'Eulenburg et Guttmann sur la pathologie du grand sympathique (Berlin, 1875).
792 NEVROSES VASO-MOTRICES ET TROPHIQUES.