MIGRAINE (hÉMICRANIE
On désigne sous ce nom une douleur de tête revenant par paroxysmes, et que connaissaient déjà les anciens médecins (Tissot, J. Frank, etc.), mais sans l'avoir bien distinguée des formes avec prosopalgie; c'est Romberg, et, après lui, Leubuscher, qui ont fait de la migraine une névralgie cérébrale. Il y a une quinzaine d'années que Du Bois Reymond (Ârch. f. Anat. und Phys. 1860), observant sur lui-même, constata certains phénomènes (artère temporale formant un cordon dur du côté du paroxysme, anémie de la face, enfoncem.ent de l'œil, dilatation de la pupille, et enfin rougeur de l'oreille), d'où il établit que la migraine doit consister dans un tétanos des muscles vasculaires du côté intéressé, ou dans un tétanos des vaisseaux dépendant du grand sympathique cervical (migraine sympathico-tonique). Le spasme des muscles vasculaires, la compression exercée sur les nerfs sensitifs qui parcourent les vaisseaux, seraient les causes prochaines de la douleur, comme dans les crampes des mollets, les coliques et les tranchées utérines. D'après Eulenburg et Landois, les fluctuations du courant sanguin artériel, les hyperémies et les anémies temporaires d'une moitié de la tête, suffiraient à irriter les nerfs sensitifs du cuir chevelu, du péricrâne, des méninges crâniennes, ou les parties sensibles de l'encéphale, et à provoquer des attaques douloureuses.
D'après Môllendorf (Virch. Arch., janvier 1868), la migraine consisterait dans un défaut d'énergie, survenant avec ou sans manifestations périodiques, dans les nerfs vaso-moteurs de l'une des carotides, d'où relâchement consécutif du vaisseau et fluxion artérielle vers le cerveau ; au contraire, d'après les recherches de Goltz, précédemment citées, il y aurait là une excitation active des nerfs vasodilatateurs. Comme symptômes secondaires, on note des hyperesthésies des sens et du cuir chevelu, des nausées et des vomissements; comme symptômes de compression, de l'obscurcissement de la vue, de la difficulté dans les mouvements du globe oculaire, de l'engourdissement de la sensibilité. A l'appui de sa théorie, Môllendorf fait intervenir la suppression complète de la douleur par compression de la carotide du côté malade, le retour de la douleur quand on cesse la compression, l'exagération de la douleur par la compression de la carotide du côté sain; la dilatation des vaisseaux centraux constatée une fois à l'ophthalmoscope du côté malade (rougeur scarlatineuse du fond de l'œil, dilatation de l'artère et de la veine centrales de la rétine, la veine bosselée et très-sinueuse), avec état normal de l'œil
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du côté sain ; enfin le ralentissement manifeste du pouls, la petitesse et la contraction des radiales, contrastant avec les battements amples de la carotide et de la temporale (migraine sympathico-parahjtique) .
Parmi mes observations de migraines, j'ai relevé deux cas particulièrement caractéristiques. Chez l'un de ces malades, que j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'examiner à la fin de ses attaques, le siège du mal se reconnaissait facilement à la rougeur vive de la joue et de l'oreille gauches. Dans le second cas, j'ai pu suivre le passage de la première période, celle du spasme vasculaire, à la seconde période, angioparaly tique ; c'était une jeune fille hystérique, chez qui la migraine commençait par une sensation de froia dans les doigts et les orteils des deux côtés (le bout des doigts, pendant les plus fortes chaleurs de l'été, devenait complètement froid); peu de temps après, la face pâlissait et le pouls tombait à 60; après le paroxysme, les mains étaient le siège d'une forte chaleur et d'une transpiration abondante, et les joues rougissaient, surtout la droite. La pupille , du côté malade, était dilatée.
La céphalée vaso-motrice d'Eulenburg (avec douleur fronto-temporale, rougeur et chaleur de la face et de l'oreille) n'est probablement qu'une variété de la migraine avec spasme vasculaire. Quant à celle-ci, ce n'est point une névralgie de l'encéphale ou du trijumeau, mais une maladie de la portion cervicale ou céphalique du grand sympathique, ou des centres vaso-moteurs eux-mêmes. Le ralentissement du pouls qu'on observe dans la forme angioparalytique doit être rapporté (d'après les recherches de Landois sur Thyperémie cérébrale artificielle) à l'irritation de la moelle allongée et des nerfs vagues. Cette forme de migraine comporte également (comme nous l'avons vu plus haut) des signes de paralysie du grand sympathique. Comme complications, on a observé de l'entéralgie et de la diarrhée, qui doivent tenir à une paralysie des nerfs vaso-moteurs abdominaux; dans la forme tonique, il y a quelquefois du ptôsis avec myosis (Berger), probablement par paralysie des fibres musculaires de Millier, innervées par le grand sympathique et se rendant à Torbiculaire des paupières. La salivation a été rapportée par Grûtzner (V. p. 261) à l'excitation du centre de la salivation dans le bulbe.
La migraine affecte surtout les femmes, qui présentent pour la plupart une excitabilité morbide, de l'anémie ou de l'hystérie. C'est une affection des plus pénibles ; souvent même elle s'accompagne de vomissements. Je l'ai observée chez des jeunes filles de 10 et 12 ans, dont la mère était aussi atteinte de migraine ou d'un état névropathique très-prononcé; la maladie est assez fréquente aussi chez les hommes, dans des conditions analogues. A l'époque de la ménopause, où le calme se fait dans le système vasculaire. la migraine disparaît.
Traitement. Dans les formes périodiques : quinine, liqueur de Fowler (à doses progressives) ; dans les formes irrégulières : valérianate de caféine, paulinia sorhilis (2 à 4 gr. par jour), bromure de potassium à haute dose; chez les chlorotiques : ferrugineux, eaux minérales, séjour à la campagne. Dans la migraine avec spasme vasculaire, on a conseillé dernièrement de faire respirer au malade 2 à 5 gouttes de nitrite d'amyle; Filehne (Pftûger's, Arch. 9 Bd. 1874) le considère comme paralysant surtout les centres vaso-moteurs et les origines de pneumogastrique (de là le ralentissement considérable du pouls). Dans la migraine angioparalytique ou angiodilatatrice, Eulenburg et Berger vantent l'extrait de seigle ergoté (à l'intérieur ou en injections sous-cutanées). D'après mes observations, les différents moyens médicamenteux n'ont pas une action durable sur l'excitation des appareils vaso-moteurs ; on réussit bien mieux à relever l'énergie des centres nerveux vasculaires par l'hydrothérapie, les bains de mer, l'air des montagnes, une gymnastique rationnelle et modérée. Quelquefois, V électrothérapie donne aussi de bons résultats. Frommhold emploie le courant induit primitif, en appliquant le pôle positif à la nuque, le pôle négatif sur l'orbite, le front, la tempe ou au sommet de la suture sagittale, pendant 3-5 minutes. Holst a institué avec plus de raison un traitement galvanique, avec un large conducteur sur le grand sympathique cervical, au bord externe du sterno-mastoïdien, et l'autre conducteur dans la paume de la main. Dans la forme spasmodique, on place l'anode sur le grand sympathique (pour en diminuer rexcital)ililé) ; dans la forme avec dépression, on y place la cathode, et, pour avoir une excitation plus forte, on se sert d'une fermeture métallique et du commutateur.