ATROPHIE UMLVTERALE DE LA FACE
accusées, la peau est rude, boursouflée ou squameuse ; quelquefois la sensibilité y est augmentée, et elle est le siège de sensations névralgiques et de parestliésies circonscrites. Pendant longtemps, les muscles du coté intéressé ne présentent aucune modification appréciable dans leur volume ni dans leurs réactions électriques; mais dans les formes très-avancées la face est souvent attirée légèrement du côté atrophié, et on trouve de l'amaigrissement et de l'atrophie des masséters, de la musculature des lèvres (Hueter, Lande, Hitzig, Guttmann), de la langue et des piliers du voile du palais. Les causes morales déterminent souvent une rougeur de la joue malade ; dans d'autres cas, ce fait ne se produit pas. Enfin une atrophie extrême s'empare aussi du squelette osseux et cartilagineux de la face (cartilages nasaux, os malaire, maxillaires supérieur et inférieur) avec déplacement des dents. La vue se conserve intacte.
Comme conditions étiologiques , on a noté les suivantes : exanthèmes aigus (diphthérie, Emminghaus), refroidissement, traumatisme, syphilis (cas de Graefe avec paralysie de l'oculo-moteur externe et du trijumeau à gauche), convulsions épilepli formes (M. Meyer, Brunner), affections cérébrales avec hémiplégie (Parry), avec névralgie du trijumeau et kératomalacie (Pissling) , symptômes d'irritation de la moelle (observation personnelle, Wie7i. med. Presse, 1868). L'atrophie unilatérale de la face est beaucoup plus fréquente chez la femme; les premières périodes de la vie, jusqu'à vingt ans, fournissent les cas les plus nombreux; la maladie a une prédilection pour le côté gauche de la face.
Dans un cas publié par Brunner {Petersb. med. Zsckr. II, Bd., 1871), une femme de vingt-sept ans est prise d'atrophie faciale gauche, ayant eu auparavant des attaques épileptiformes ; les cils et les cheveux blanchissent, il se forme des taches d'un gris jaunâtre, qui ensuite passent au brun; il y a des douleurs dans la joue et l'œil gauches , et des élancements dans le cou et le thorax, jusqu'à la région épigastrique. En examinant la malade, on trouve une atrophie complète des muscles frontal et temporal gauches, moins prononcée dans les muscles de l'aile du nez, de l'arcade zygomatique et des lèvres -, la contractilité faradique el galvanique, la sensibilité électro-musculaire sont normales, l'influence de la volonté se transmet bien aux fibres qui subsistent dans les muscles de la face.
On trouve en outre la pupille gauche dilatée, réagissant lentement à la lumière, un léger degré d'exophihalmie, un abaissement de température dans le côté malade de la face; la sécrétion sudorale est supprimée, les battements cardiaques irréguliers, ordinairement accélérés. Par la galvanisation du grand sympathique, on obtient un ralentissement immédiat du cœur, et une légère dilatation de la pupille; la moitié atrophiée de la face présente alors une vive rougeur, et se couvre d'une transpiration abondante. Le courant constant ne provoquait pas d'attaques épileptiques , ce qui arrivait au contraire avec les courants d'induction, même faibles.
Pans un cas d'atrophie gauche de la face rapporté par Guttmann [Arch. d. Psych.,
I, Ed., 1868), la galvanisation déterminait aussi du côté malade une rougeur qui persistait pendant une heure.
Pour Brunner, il s'agirait, dans son observation, d'une irritation permanente du grand sympathique (suite d'un processus inflammatoire ou d'une tumeur), comme dans les expériences de Biffi et de Cl. Bernard; là aussi la galvanisation après section du grand sympathique cervical déterminait la dilatation et la paresse de la pupille, l'exophthalmie, l'abaissement de la température, la pâleur de la conjonctive, de l'oreille et du nez. Quand on cessait la galvanisation, on voyait reparaître les symptômes opposés, propres à la section du sympathique. En l'absence complète de données anatomiques pouvant nous éclairer sur l'atrophie unilatérale de la face, nous en sommes réduits aux hypothèses. Certains auteurs admettent une atteinte des nerfs vaso-moteurs de la face dans les branches du trijumeau; d'autres, une lésion de ses fibres trophiques, ou du grand sympathique cervical, ses lésions traumatiques ayant occasionné un léger degré d'atrophie faciale. Dans un cas d'atrophie faciale limitée à la région du nerf sous-orbitairc, Bàrwinkel a diagnostiqué une maladie du ganglion sphéno-palatin ; il n'y a rien d'irrationnel non plus à supposer une névrite des nerfs faciaux correspondant aux parties atrophiées.
Le pronostic est défavorable, par ce fait que la maladie n'a d'autre chance de s'enrayer que dans un arrêt spontané de l'atrophie. Les traitements médicamenteux, hydrothérapiques et électriques sont restés jusqu'ici impuissants.