‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 164 sur 184 · MALADIE DE BASEDOW · texte numérisé non relu

MALADIE DE BASEDOW

Cette triade symptomatique (excitation cardiaque, goitre et exophthalmie), déjà connue de Stokes, n'a été établie comme une forme morbide distincte que par Graves (1835) et Basedow, et depuis une vingtaine d'années on l'a observée plus souvent et avec plus d'attention. Le premier signe pathognomonique de la maladie est, en général, une excitation cardiaque intense, se produisant d'abord sous l'influence de causes excitantes, puis môme à l'état de repos, avec accélération du pouls (120, 160 par minute), irrégularité du cœur, battements énergiques et souffle dans la carotide, dans les vaisseaux de la glande thyroïde ordinairement dilatés, et souvent jusque dans l'aorte abdominale. A l'exploration physique du cœur, souvent on ne trouve rien d'anormal; d'autres fois, après une longue durée de la

MALADIE DE DASliDUW. VJl

maladie, on constate un souffle systolique et de l'hypertrophie cardiaque.

Au bout de quelques semaines ou de quelques mois, on voit apparaître une tuméfaction de la glande thyroïde; la glande est ordinairement tuméfiée dans un seul de ses lobes, ti'a versée parfois d'artères faisant entendre un bruit de souffle ; plusieurs années après, elle prend une consistance plus dure, et est soulevée régulièrement par les pulsations de ses vaisseaux. Soit à la même époque, soit plus tôt ou plus tard, les deux yeux, ou quelquefois un seul, deviennent de plus en plus proéminents, et finissent par revêtir cette fixité particulière de l'œil du bœuf. La fente palpébrale est largement ouverte, les battements des paupières sont rares et incomplets, et, comme Graefe l'a montré le premier, la paupière supérieure participe incomplètement aux mouvements d'élévation et d'abaissement du globe oculaire ; Stelhvag a observé l'abolition des mouvements de latéralité des deux yeux, avec conservation de la convergence des axes optiques {Wien. med. Jahrb., XVll Bd., 1869); 0. Becker a signalé, comme syptôme nouveau, des pulsations artérielles spontanées de la rétine {W. med. Wschr., 1873). Dans beaucoup de cas, la cornée perd sa sensibilité; sa surface devient sèche, mate, et Graefe a vu 14 fois des ulcérations de l'œil (Berl. klin. Wschr. Aug., 1867). Les pupilles sont tantôt dilatées, tantôt rétrécies ou normales; la conjonctive est rouge, quelquefois avec du chémosis; la sécrétion des larmes est souvent très-abondante. A l'ophthalmoscope, Graefe a trouvé, dans quelques cas seulement, une dilatation et de fortes sinuosités des veines de la rétine.

Comme symptômes concomitants du goitre exophthalmique, on a observé, outre la parésie de la paupière supérieure, une paralysie partielle de la face et une double paralysie de l'oculo-moteur externe (Stelhvag); comme troubles sensitifs et vaso-moteurs, on a noté les suivants : anesthésies partielles ou douleurs névralgiques sous la dépendance du trijumeau; dilatations vasculaires circonscrites sur le tégument externe (production d'érythème au contact du cuir chevelu, taches cérébrales de Trousseau), uni- ou bilatérales, quelquefois avec retours paroxystiques (Stelhvag) ; rougeur d'une moitié de la face, avec pâleur anormale de l'autre côté; élévation de température (Teissier, Cheadle, Eulenburg, Guttmann), avec sensation de chaleur et hypersécrétion sudorale; gonflement œdémateux des paupières, de la conjonctive, des lèvres ou de la peau de la face; chez un malade de Stelhvag, gonflement de toute la région cervicale, et accès d'asthme périodiques. Geigel, Solbrig et Andrews ont observé des troubles psy-

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chiques (exaltation, mélancolie et même manie), qui diminuèrent de violence à mesure que s'améliorait l'affection première.

La triade symptomatique du goitre exophthalmique peut être dissociée par l'absence de l'un ou l'autre de ses symptômes essentiels. Ainsi, sur 58 cas relevés par Busch {Lehrh. d. Herzkrankh, 1868), les phénomènes cardiaques manquaient 5 fois et le goitre 4 fois. Dans les cas de Praël et Fischer, la maladie de Basedow se bornait à une exophthalmie double; mais le diagnostic était confirmé parle défaut d'harmonie entre les mouvements des yeux et ceux des paupières, et par d'autres phénomènes généraux.

Les recherches anatoiaiques pratiquées dans un certain nombre de cas ont donné, comme lésions locales^ une infiltration séreuse ou une prolifération du tissu adipeux rétro-oculaire; Naumann a trouvé une dégénérescence athéromateuse de l'artère ophthalmique; Recklinghausen et Schocli, une dégénérescence graisseuse des muscles ocu- ■ laires ; dans un cas de Schnitzler [Med. Halle, 1864), Rokitansky a vu la paroi interne de la cavité orbitaire, formée par l'ethmoïde, d'une dureté insolite, convexe, proéminant vers la cavité orbitaire et la rétrécissant très-notablement en arrière ; les sinus de l'ethmoïde énormément dilatés, gorgés d'un mucus purulent, et leurs parois très-épaissies. Dans beaucoup de cas, la glande thyroïde présentait un gonflement hyperémique, de l'hyperplasie ou des dilatations vasculaires. Le cœur était souvent exempt d'anomalies ; d'autres fois on a trouvé une dégénérescence amyloïde du muscle cardiaque, de la dilatation ou de l'hypertrophie, des lésions valvulaires, de l'atherôine des gros vaisseaux (de l'aorte ascendante, dans un cas de Praël).

Les altérations observées dans le système nerveux sont les suivantes : foyers de ramollissement à la base du lobe cérébral antérieur, ramollissement delà couche optique, des tubercules quadrijumeaux et du cervelet (observ. de Praël, lésions probablement d'origine embolique) ; altérations diverses du grand sympathique. Trousseau et Lancereaux, et plus récemment Knight, ont trouvé une augmentation du tissu conjonctif, une atrophie et une diminution des cellules nerveuses dans le grand sympathique cervical ; Beveridge a vu un épaississement et une dégénérescence tuberculeuse du cordon sympathique, et des filets se rendant à l'artère thyroïdienne inférieure et à la vertébrale; de plus, une hypertrophie et une induration des ganglions cervicaux moyens et inférieurs, qui étaient remplis d'une masse granuleuse, et rappelaient l'aspect de ganglions lymphatiques tuberculeux; dans le cas de Moore, le ganglion cervical inférieur était presque complètement détruit et remplacé par du tissu conjonctif et adi-

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