PARALYSIE SPINALE AIGUE DES ADULTES
niveau des renflements cervical et lombaire. Les racines antérieures et les troncs nerveux atteints avaient subi en partie la transformation conjonctive; dans les musc'lcs, on constata les dégénérescences que nous connaissons déjà.
Dans une observation toute récente de Cornil et Lépine (Gaz. méd. de Paris, II, 1875), il s'agit d'un homme de 27 ans, qui eut à la suite d'un refroidissement une paralysie des jambes; deux ans après la paralysie gagnait les bras, avec atrophie musculaire, diminution ou perte de l'excitabilité électrique, conservation de la sensibilité. Le malade mourut d'asphyxie, cl à l'examen microscopique de la moelle on trouva une atrophie très-marquée et par places une disparition des cellules des cornes antérieures, la substance grise sclérosée, les parois vasculaires épaissies, une sclérose généralisée des cordons latéraux s'étendant de haut en bas, une atrophie des racines antérieures, et une dégénérescence granuleuse des muscles, les stries transversales encore reconnaissables.
Bernhardt a publié récemment {Arch. f. Psychiatr., IV Bd., 1875) trois observations de la même maladie, chez des hommes adultes. J'ai vu moi-même un malade être pris, après un fort refroidissement, d'une paralysie de tous les membres, qui devint complète en peu de temps. Pendant toute la maladie, qui dura plusieurs mois, il n'y eut ni fièvre, ni symptômes cérébraux, ni crampes, ni troubles de la sensibilité; les sphincters fonctionnaient régulièrement, mais on trouvait aux mains une atrophie musculaire manifeste, la conlractilité musculaire avait disparu au bout de quelques jours, et ne se rétablit que beaucoup plus tard et graduellement; l'excitabilité galvanique avait moins souffert, au début même elle était augmentée. Les mouvements volontaires revinrent par la suite, mais sans marcher de pair avec la disparition des symptômes électriques. Le malade ne put marcher qu'au bout d'un an, mais il conserva encore une faiblesse et une difficulté très-grandes dans les exercices les plus simples. Cuming, Frey, Erb et d'autres ont publié aussi des observations de poliomyelitis anterior acw^a (Kûssmaul) on tephromy élite deCharcot.
J'ai vu un cas où la poUjomijelliis anterior a présenté les caractères d'une paraplégie cervicale, et s'est terminée par la guérison. Un négociant de 50 ans est pris, après un fort refroidissement, de fièvre et de diarrhée; celles-ci guéries, il survient de la faiblesse dans les jambes, et quatre semaines plus tard une paralysie des deux bras. Au bout de six mois, je trouve une parésie modérée des jambes, dont la réaction galvanique a seulement dim-inué d'intensité; les deux bras et avant-bras sont très-atrophiés et paralysés, ainsi que les deux mains qui sont pendantes, fléchies et dans l'adduction, avec une atrophie très-notable du premier espace interosseux et de l'éminence tbénar. Quand on excite les nerfs radiaux,
MALADIES DU PARENCHYME DE LA MOELLE. l|
les longs supinateurs et les radiaux externes se contractent seuls : la contractilité faradique a disparu des deux côtés dans les extenseurs des doigts (même à la main gauche, où l'extension active du carpe est encore possible) -, la réaction galvanique existe encore, elle est lente, et les secousses de fermeture prévalent à l'anode. Les muscles du premier espace inlerosseux et de l'éminence thénar ne sont pas excitables. La sensibilité est intacte, les sphincters fonctionnent normalement. Sous l'influence d'un traitement hydriatique et galvanique, les membres inférieurs guérirent complètement au bout de quelques mois, tandis qu'aux membres supérieurs la nutrition et la motilité mirent deux ans à se rétablir suffisamment pour permettre au malade d'écrire. Cependant l'excitabilité faradique et galvanique n'étaient qu'incomplètement revenues.
Tous les cas que nous venons de rapporter se font remarquer par leur invasion aiguë, la conservation de la sensibilité, l'absence de troubles trophiques de la peau (decubitus), l'atrophie musculaire avec perte de la contractilité électrique, le retour de la motilité avant la disparition des symptômes électriques; tous ces cas sont comparables entre eux, et en môme temps ils s'accordent dans leurs traits principaux avec les caractères de la paralysie infantile spinale. Les recherches histologiques confirment aussi la parenté de ces deux affections; elles se distinguent seulement par certaines particularités dépendant de la différence des âges (atrophie plus rapide et plus complète des cellules nerveuses chez les enfants). La forme qu'on a décrite récemment sous le nom de paralysie spinale antérieure subaiguë (mômes symptômes, mais marche plus lente et sans fièvre) doit être considérée comme une variété de la paralysie spinale des adultes, dont nous venons de nous occuper.