B. PARALYSIE SPINALE AIGUË DES ADULTES
Dès l'année 1861, Duchenne,aYec sa clairvoyance habituelle, s'était aperçu qu'on observe quelquefois chez les adultes une maladie trèssemblable à la paralysie infantile spinale; il en avait placé le siège dans les colonnes grises antérieures de la moelle, et par suite l'avaif appelée paralysie générale spinale antérieure.
Ce n'est qu'après les notions acquises sur la paralysie infantile spinale qu'on fut en état de bien apprécier la myélite antérieure aiguë des adultes. Le premier fait de ce genre a été publié par Hallopeau [Ai'ch. gêner., 1869), mais sans examen histologique; c'était une femme de 20 ans qui fut prise, après ses couches, de paralysie et de douleurs de tous les membres. Elle guérit peu à peu, à l'exception de la jambe gauche, dont les muscles s'atrophièrent et perdirent leur contractilité électrique. Plus tard, le membre inférieur gauche s'améliora aussi, la marche redevint possible avec des béquilles, mais la réaction électrique resta abolie. Dix-huit mois après, la femme mourut de la fièvre typhoïde. A Vautopsie, on trouva une atrophie et une dégénérescence graisseuse, surtout des muscles postérieurs de la jambe gauche, et de certains filets nerveux musculaires; dans les racines antérieures, il y avait aussi quelques fibres grises et dégénérées. Dans le tiers inférieur de la moelle dorsale, les deux cornes antérieures étaient d'une couleur gris-foncé très-évidente, qui tranchait vivement sur la teinte de la substance grise transformée en pus; au milieu du renflement lombaire, les cornes antérieures étaient ramollies et presque liquides. 11 s'agissait donc dans ce cas d'une myélite centrale étendue aux cornes antérieures et qui avait présenté, en raison de la guérison partielle des paralysies, les mêmes symptômes que la paralysie infantile spinale.
Gombault a publié quelques années après une observation bien plus complète et plus explicite (Arch. de physiol., janvier 1875). Une femme est atteinte, dans l'espace d'une demi-heure, d'une paralysie des quatre meinl)res ; il y a ensuite une atropliie des muscles avec perte de l'excitabilité électrique; plus tard, la guérison se fait lentement en plusieurs mois. L'atrophie et la paralysie étaient surtout marquées aux extenseurs de l'avant-bras, ainsi qu'aux interosseux et aux muscles de l'éniinence thénar, avec la main légèrement en griffe. La malade succomba au bout d'un an et demi à une carcinosc intercurrente; on trouva à l'autopsie une atrophie pigmentaire des grandes cellules ganglionnaires des cornes antérieures^ sui'tout au