ANATOMIE PATHOLOGIQUE
péricardile) avec le rhumatisme extérieur, lequel, comme nous le démontrerons clairement dans cet ouvrage, n'est luimême qu'une inflammation du tissu séro-fibreux des articulations, de même que ces phlegmasies coïncidentes des tissus séro-fibreux du cœur ne sont de leur côté que des rhumatismes aigus de cet organe.
Ainsi donc, dans la plupart des cas étudiés jusqu'ici sous le titre de rhumatisme articulaire aigu, le rhumatisme est pour ainsi dire double : il est à-la-fois extérieur et intérieur et je ne prouverai que trop , dans le cours de ce traité, que' comme je le disais tout-à-l'heure , le rhumatisme intérieur prédomine souvent sur le rhumatisme extérieur, l'absorbe en quelque sorte , et poursuit opiniâtrement sa marche et ses ravages long-temps après qu'il ne reste plus aucune trace du rhumatisme extérieur.
Et de ce que le rhumatisme aigu du cœur ou l'endocardite et la péricardite rhumatismales ne se rencontrent pas dans tous les cas de rhumatisme articulaire sans exception, qu'on se garde bien d'en arguer qu'elles ne sont réellement pas un des élémens constituans et, si j'ose le dire, un des principes mtegransde l'affection décrite souslenom de rhumatisme articulaire aigu. En effet , autant vaudrait dire que l'inflammation rhumatismale d'un genou ou de toute autre articulation n est pas non plus un des élémens du rhumatisme articulaire aigu plus ou moins généralisé , parce que celte inflammation de telle ou telle articulation en particulier ne se présente pas constamment chez tous les individus atteints d'un rhumatisme articulaire aigu disséminé ou éparpillé sur plusieurs articulations. Le raisonnement précédent n'est point, d'ailleurs, forcé, car, étant donné un cas de rhumatisme articulaire intense affectant plusieurs articulations, il y a certainement autant à parier pour l'existence d'une phlegmasie rhumatismale du cœur que pour celle de toute articulation que l'on voudra prendre au choix, un des genoux, par exemple.
Quoi qu'il en soit, si ce qui précède est bien vrai, il en résulte que, sous quelque point de vue qu'on envisage désormais la maladie multiple dite rhumatisme articulaire, on ne saurait se dispenser de prendre en très sérieuse considération les
coïncidences ou les accompagnemens intérieurs qui viennent d'être signalés.
C'est pourquoi dans ce premier chapitre, consacré à l'anatomie pathologique et pour ainsi dire au corps même du rhumatisme articulaire, après avoir rapporté les observations qui se rattachent spécialement à l'existence des altérations articulaires que cette maladie détermine , nous en présenterons d'autres qui seront autant d'exemples des altérations que le cœur éprouve par l'effet de cette même maladie fixée sur lui, lesquelles altérations ne permettront aucune espèce de doute sur la réalité d'une découverte qui , comme on le voit, nécessite une sorte de révolution dans l'étude même du rhumatisme articulaire.
Toutefois, tandis que nous décrirons ensuite d'une manière générale et aussi détaillée que le comporte l'état actuel de la science, les altérations anatomiques des articulations, content d'avoir démontré par des faits particuliers la loi de coïncidence de l'endocardite et de la péricardite rhumatismales avec l'arthrite également rhumatismale, nous renverrons pour la description générale et détaillée des altérations qui caractérisent les premières, selon leurs diverses périodes, à notre Traité clinique des maladies du cœur.
Voici finalement quelle sera la division de ce chapitre. Il comprendra deux sections.
Dans la première , composée de deux articles distincts se trouveront 1° les observations propres à éclairer l'anatomie pathologique du rhumatisme articulaire lui-même; 2° les faits et les recherches diverses relativement à la loi de coïncidence des inflammations rhumatismales du cœur avec l'inflammation rhumatismale des articulations.
La seconde section sera consacrée à la description générale des altérations que l'affection dite rhumatismale détermine dans les divers tissus élémentaires des articulations, et dans les sécréta de quelques-uns de ces tissus, au premier rang desquels il faut placer la membrane synoviale, le plus inflammable d'entre eux.
10 ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE