PREMIÈRE SECTION
ARTICLE PREMIER
Observations particulières propres à éclairer sur le siège précis; les caractères anatomiques , les suites et les terminaisons du rhumatisme articulaire et musculaire.
Réflexions préliminaires et catégorisation des faits.
Les auteurs qui ont jusqu'ici publié des dissertations ou des traités sur le rhumatisme en général, et sur le rhumatisme articulaire en particulier, ne fournissent que bien peu de matériaux pour la composition du chapitre relatif à l'anatomie pathologique de cette affection, chapitre qu'ils ont, pour ainsi dire, laissé en blanc dans leurs ouvrages. Il y a plus : c'est que dans le traité le plus récemment publié sur cette matière, il ne se trouve aucun chapitre qui soit spécialement consacré à la description des caractères anatomico-pathologiques du rhumatisme en général , et ce n'est que pour mémoire qu'on a fait un paragraphe pour l'anatomie pathologique du rhumatisme articulaire aigu en particulier. (1)
Dans son Essai sur le rhumatisme (thèse soutenue en 1813, à la Faculté de médecine de Paris), ÏVI.Chomel s'exprimait ainsi : « L'anatomie pathologique qui a répandu de si grandes lumières sur les affections organiques et la plupart des phlegmasies, n'a encore rien appris de certain sur les
névroses, les fièvres, et sur le rhumatisbie Quelques
médecins ont eu occasion d'ouvrir des individus morts
(i) Leçons de Clinique médicale faites à l'Hôtel-Dieu de Paris, par le professeur A. F. Chomel , 1837. Aux pages 263 et 264 , on trouve ce qui suit : « Ce paragraphe (celui qui a pour titre : Anatomie pathologique) n'est vrai- « ment ici que pour mémoire : car, à parler rigoureusement, c'est un titre et « rien de plus. Il y a là une lacune réelle , une case vide dans l'histoire du
« rhumatisme articulaire aigu L'anatomie pathologique a été jusqu'à pré-
« sent aussi vainement interrogée à l'égard du rhumatisme articulaire aigu- « qu'à l'égard du rhumatisme musculaire , et à vrai dire , elle est nulle pour « l'un et l'autre dans l'état actuel de la science. »
pendant le cours d'un rhumatisme aigu, et ils n'ont observe aucune espèce de lésion dans les parties qui parais* sent être le siège du rhumatisme. » M. Roche reconnaît que fanatomie pathologique serait d'un grand secours pour décider la question de la nature du rhumatisme. « Malheureusement, ajoute-t-il, elle n'a jeté jusqu'à ce jour que des lumières incertaines sur ce problème , et nous l'invoquerions en vain pour le résoudre. » (1)
A défaut d'autre mérite , les présentes recherches auront Sdonc du moins celui de la nouveauté. Sans doute , l'anatomie pathologique du rhumatisme articulaire aigu n'est pas la partie la plus avancée de son histoire. Néanmoins, nous allons démontrer par des observations assez nombreuses , qu'elle n'est pas absolument nulle, tant s'en faut, dans l'état actuel de la science.
Ces observations particulières établiront, entre autres vérités, que le rhumatisme articulaire peut entraîner à sa suite la suppuration , mode de terminaison qui est révoqué en doute , ou même nié par quelques auteurs de nos jours. (2)
Nous recommandons ces faits particuliers à l'attention de ; ceux qui , comme nous , sont dégagés de tout esprit de prévention et inspirés de l'unique désir de voir triompher la vérité.
Parmi les objections au moyen desquelles quelques auteurs modernes s'efforcent de soutenir des opinions anciennement émises par eux , se trouvent celle-ci , savoir : que les cas de rhumatisme dans lesquels on prétend avoir rencontré du pus dans les synoviales ou dans le tissu cellulaire , n'étaient pas réellement des cas de rhumatisme. Je suis bien loin de méconnaître la force de l'objection , et je
(i) Voy. l'article arthrite rhumatismale du Dîctlonn. de médecine et de chirurgie pratiques, Paris, 1829, t. m, p. 4^5.
(2) Les faits bien observés relatifs à l'anatomie pathologique exacte du rhumatisme articulaire chronique manquent presque complètement dans l'état actuel de la science. C'est un important sujet de recherches. Je me contenterai de rapporter une observation assez détaillée à la suite de l'exposition générale des caractères anatomiques de cette forme de rhumatisme articulaire.
déclare qu'elle est légitime et parfaitement fondée à l'égard de quelques cas, tels que ceux de la troisième des catégories de faits comprises dans cet article; mais cette objection tombe complètement devant l'évidence de certains autres cas, beaucoup plus nombreux que les précédens. Entre ces deux catégories de cas, il en est une troisième comprenant les cas dans lesquels l'existence d'un véritable rhumatisme n'est pas tellement évidente, qu'il ne soit permis d'élever quelques doutes.
Les trenle-sept observations que contient cet article ont été catégorisées conformément aux principes ci-dessus énoncés. J'ai lu et relu, et pesé, à diverses reprises, les trentecinq observations des deux premières catégories , afin de ne rien négliger pour éviter toute erreur grave dans leur classement. Peu de lecteurs se feront une juste idée de tout le temps et de toute la patience qu'il m'a fallu pour une opération en apparence si mince et si chétive. Cela ne sera compris que par ceux qui ont quelque expérience de ce genre d'opération, incontestablement la plus délicate et la plus difficile de toutes celles au moyen desquelles on peut parvenir à construire l'édifice scientifique sur des bases solides et inébranlables.
Si cette opération de l'esprit est laborieuse , même quand il s'agit d'observations suffisamment détaillées qu'on a recueillies soi-même, combien ne l'est-elle pas davantage quand elle roule sur des observations peu ou point détaillées, qui ont été recueillies par d'autres! C'est surtout dans les cas de cette espèce , que le nom des observateurs doit être quelquefois considéré comme là meilleure garantie contre toute erreur de diagnostic. Mais, plus que personne, je tiens à ce que l'autorité des noms , même les plus illustres et les plus justement respectés, ne soit pas estimée au-delà de sa valeur réelle, et qu'on ne lui sacrifie jamais l'autorité suprême des faits bien observés.
Quoi qu'il en soit, je répète que je n'ai rien négligé pour ne pas me tromper dans la catégorisation des faits qu'on va lire.
PREMIÈRE CATÉGORIE
Vingt-deux cas de rhumatisme articulaire ou musculaire bien caractérisé, terminé par épanchement de pus ou de synovie purulente dans les articulations, carie, destruction des cartilages , etc.
Je comprends dans cette catégorie les cas où l'on ne saurait élever réellement aucun doute sérieux sur le caractère rhumatismal de l'affection articulaire qui a été suivie de suppuration , et d'autres altérations qui dénotent un état inflammatoire (1). Toutefois, les cas dont il s'agit se partagent en deux séries distinctes : les uns, et c'est la majorité (13 sur 22), sont tellement détaillés et si évidens en eux-mêmes, que leur diagnostic s'établit comme de lui-même; les autres sont moins circonstanciés, mais ce défaut de détails est en quelque sorte compensé par l'autorité des observateurs qui les ont diagnostiqués. Au reste, les faits restant les mêmes, l'impression qu'ils produisent sur les esprits diffère singulièrement, selon l'état de prévention favorable ou défavorable de ces derniers. Je ne sais si je me trompe, mais j'ai peine a croire que les observateurs familiarisés avec l'étude du rhumatisme, et non prévenus, ne jugent pas les cas de cette catégorie comme je les ai jugés moi-même.
OBSERVATION lre (2). —Rhumatisme articulaire aigu généralisé, bien caractérisé avec fièvre des plus intenses, et coïncidence d'angéite et peut-être d'endocardite, survenu manifestement à la suite d'un refroidissement - Plusieurs saignées fournissent une très belle couenne inflammatmre.-Mort. -Grande quantité d'un pus jaune et bien lié dans la capsule désarticulatiens fémoro-tibiales, avec rougeur et épaississement de la synoviale.
Périnet, âgé d'environ trente ans, soldat, d'un tempérament bilieux, entra, le 3o juillet 1835, à l'hôpital de la
(0 Dans les quatre derniers cas de cette catégorie, les malades n'ayant pas succombera suppuration n'a été constatée que pendant la vie. Mais ces cas ne sont pas moins concluans que les dix-huit autres, en tant qu'exemples de rhumatisme aigu terminé par suppuration.
I.) Celte observation, .recueillie par M. Van de Keeiv, a d'abord ele publiée, en iSi5, dans le Journal universel des Sciences médicale*, et je lu.
Garde. Le lendemain, lorsque M. Regnault, médecin en chef de l'hôpital, vit ce malade, il observa les symptômes suivans : céphalalgie , douleurs vagues par tout le corps, peau brûlante, pouls dur, accéléré (large saignée du bras; orge miellée; lav. émoll.; diète).
1er août, soulagement, mais persistance delà céphalalgie (vent, scarif. à la nuque).
Le 6 , presque plus de fièvre, et convalescence les jours suivans.
Ce soldat mangeait déjà les trois quarts, lorsque le 16, journée très humide, il s'endormit dans la cour, sur un banc de pierre, et fut pris d'un mouvement fébrile.
17. Fièvre très intense , douleurs vives, surtout dans les articulations, et plus spécialement dans les genoux,- peau sèche, brûlante, acre au toucher j constipation, ventre légèrement sensible (sangs, aux genoux, diète , lavem., boiss. délay.).