‹ Traité clinique du rhumatisme articulaireChapitre 51 sur 109 · ARTICLE SECOND · texte numérisé non relu

ARTICLE SECOND

Exposition i aisonnée de l'opinion de l'auteur de cet ouvrage sur le siège et la nature du rhumatisme articulaire.

Mais en voilà bien assez et trop , peut-être, sur l'exposition et la discussion des opinions dont le siège et la nature du rhumatisme articulaire ont été jusqu'ici le sujet. Il ne me reste plus qu'à résumer mes propres idées sur ces deux points fondamentaux. Or, d'après les altérations que le rhumatisme articulaire a laissées à sa suite chez plus de trente malades dont les observations ont été rapportées dans le premier chapitre de cet ouvrage , d'après l'exacte description des symptômes , etc., etc., n'est-il pas aujourd'hui de la dernière évidence que celte maladie , bien caractérisée, a pour siège principal le tissu séro-fibreux des articulations, les membranes synoviales surtout, don eMe peut s'étendre plus ou moins profondément aux parties voisines, elqu'elle consiste essentiellement en une affection inflammatoire plus ou moins intense des parties que nous venons d'indiquer?

Faut-il revenir un moment, et d'une manière plus explicite, sur les raisons triomphantes , sur les argumens victorieux , qui militent en faveur du génie ou du caractère inflammatoire du rhumatisme angulaire bien caractérisé ? les voici :

1° Ghez les sujets qui succombent à un violent rhumatisme articulaire, ainsi que nous en avons rapporté, je le répète, plus de trente exemples, on rencontre dans l'intérieur des articulations les caractères anatomiques les plus irréfragables d un état inflammatoire, et spécialement des épancheniens de

DU RHUMATISME AKTICUL.UKE. 329

pus véritable ou de synovie purulente , avec ou sans pseudomembranes. D'un autre côté, chez ceux de ces sujets dont le péricarde, l'endocarde, la plèvre, etc., avaient été frappés de la même affection que les synoviales articulaires, on trouve également dans ces parties des altérations qui ne laissent aucune espèce de doute sur l'existence d'une inflammation.

2° Les symptômes locaux , tels que la tuméfaction , la chaleur, la rougeur, la douleur sont précisément ceux qui sont généralement assignés aux inflammations ; les symptômes généraux sont également ceux qui caractérisent les maladies les plus franchement inflammatoires. Dans quelle autre affection inflammatoire, observe-t-on, en effet, une fièvre plus forte, à forme plus décidément inflammatoire? Dans quelle maladie conslate-t-on un sang qui présente, à un plus haut degré, tous les caractères qui lui ont valu le nom de sang inflammatoire, la couenne de ce nom, par exemple?

3° Les causes réelles , les conditions atmosphériques sous l'influence desquelles se développe le rhumatisme articulaire, sont essentiellement et précisément les mêmes que celles qui donnent naissance aux inflammations les plus légitimes , j'ai presque dit les plus normales, telles que la pneumonie, la pleurésie, la péricardite, l'endocardite, l'angine, etc. Aussi, ne faul-il pas s'étonner, si ces dernières phlegmasies, l'endocardite et la péricardite spécialement, coïncident très fréquemment avec le rhumatisme articulaire aigu , dans les conditions qui ont été précédemment formulées.

J'en appelle aux observateurs éclairés et de bonne foi : qu'est-ce qu'une maladie qui , sous le rapport de ses caractères anatomiques , de ses symptômes et de ses causes, est identique aux inflammations les plus franches et les mieux connues, sinon une inflammation?

Sans doute, en raison de la multiplicité des parties, soit extérieures, soit intérieures, qu'elle peut affecter, en raison de la spécialité de sa cause et des accidens divers de son application , etc., le rhumatisme articulaire et ses divers accompagnemens offrent dans leur marche, leur développement , leur évolution, de remarquables particularités. Mais des différences de forme ne constituent pas des différences de fond, de

0àQ SATUKE KT jgglGE

type ou de nature, et quelles que soient les particularités auxquelles nous faisons allusion ici , elles ne sauraient empêcher que le rhumatisme articulaire et ses accompagnemens ne soient de nature inflammatoire, puisque, comme nous l'avons yu, celle-ci est attestée par les lésions anatomiques, les symptômes, etc.

Vous insistez cependant et vous dites : mais nous connaissons l'inflammation des articulations par cause externe ou l'arthrite traumatique, chirurgicale, et elle ne se comporte pas à la manière du rhumatisme articulaire aigu. Fort bien ! Vous dites donc que vous connaissez l'arthrite traumatique, et qu'elle diffère du rhumatisme articulaire. Mais il aurait bien mieux valu objecter, ce me semble , que vous connaissez l'arthrite non traumatique , l'arthrite médicale, de cause interne ou spontanée, pour me servir d'une de vos expressions favorites , et qu'elle ne ressemble point au rhumatisme articulaire, à la fièvre rhumatismale. Je ne sais si vous oseriez soutenir cette proposition. Quant à nous , nous répétons que le rhumatisme articulaire aigu ressemble si bien à Vespèce d'arthrite dont il s'agit actuellement , qu'il est impossible de citer un seul véritable cas de cette dernière, si on ne la confond pas avec le rhumatisme articulaire aigu. Or, je vous le demande, de toutes les membranes séreuses ou séro-fibreuses, les synoviales et les parties fibreuses sous-jacentes seraient-elles donc les seules qui n'auraient jamais leur inflammation tnédicale, ou de cause interne, ou spontanée, comme vous le dites assez improprement? Quoi ! parce que la pleurésie , la pneumonie , la péricardite , etc. , qui se manifestent sous l'empire des mêmes causes déterminantes ou occasionnelles que le rhumatisme articulaire , ne se comportent pas non plus absolument , et sous tous les rapports , comme la péricardite, la pleurésie, la pneumonie traumatiques , on irait en conclure que les premières ne sont pas des inflammations ! En agir ainsi , ce ne serait faire rien moins que de retrancher de la grande famille des phlegmasies, précisément les maladies qui constituent les phlegmasies par excellence , les plus incontestables, les plus légitimes. N'est-ce pas ici l'occasion de tenir compte de la condition si importante que

bu imiwATJSMj; awicuiamie. 331

je signalais plus haut, savoir, la spécialité de la cause et les particularités de son mode d'action , d'application? Voudraiton, par exemple, qu'un individu, à la suite d'un violent exercice musculaire et d'une grande et brusque alternative de chaud et de froid, pris tout-à-coup d'un rhumatisme articulaire sur-aigu généralisé, avec coïncidence d'endocardite, de péricardite, de pleurésie, etc., présentât, sous tous les rapports, exactement les mêmes phénomènes qu'un autre individu affecté d'une inflammation d'une seule articulation, produite par un coup , une chute , une cause traumalique quelconque? Et parce que, dans le premier cas , au lieu d'une inflammation articulaire , vous en trouvez dix , vingt et plus, à un degré quelquefois léger, j'en conviens, mais qui d'autres fois cependant est assez intense pour que suppuration s'ensuive; et parce que, en même temps que ces fluxions inflammatoires articulaires multiples, disséminées , vous rencontrerez une péricardite, une endocardite, une pleurésie, etc.; et parce qu'en même temps encore, vous constaterez une sorte de diathèse inflammatoire générale comme la cause ; par toutes ces raisons, dis-je, vous nieriez la nature inflammatoire de la maladie que vous observez! Certes, ce serait là, convenons-en, une étrange logique.

Pour que rien ne manquât à la démonstration de la nature inflammatoire du rhumatisme articulaire, il faudrait établir enfin que le meilleur traitement que l'on puisse opposer à cette maladie , est le traitement dit antiphlogistique ( car , comme l'a dit Hippocrate, naturam morborum ostendilcuratio). Or, ce supplément de démonstration ne nous fera pas défaut , ainsi que les lecteurs s'en convaincront par une lecture attentive du chapitre suivant.

Maintenant que je crois avoir bien clairement prouvé le génie inflammatoire du rhumatisme articulaire et de ses accompagnemens , il ne me reste plus qu'une courte explication à donner sur ces mots inflammation rhumatismale , arthrite rhumatismale , endocardite , péricardite rhumatismales, etc., si souvent employés dans le cours de ce traité. Je n'entends nullement par cette épithèle établir une différence essentielle entre l'espèce d'inflammations dont il s'a-

Page 1