‹ Traité clinique du rhumatisme articulaireChapitre 50 sur 109 · SATURE ET SIÈGE · texte numérisé non relu

SATURE ET SIÈGE

branes synoviales ; d'une part, affection des parties musculeuses et fibreuses sans aucune lésion apparente,- de l'autre, inflammation des membranes synoviales avec rougeur de ces parties et altération quelconque du liquide exhalé.

« En bornant exclusivement au système musculaire et fibreux le siège primitif du rhumatisme , on ne saurait disconvenir que l'affection de ces parties ne trouble d'une manière quelconque les fonctions des organes voisins, et n'y détermine des phénomènes morbides, dont l'intensité paraît proportionnée à celle de l'affection primitive. Il serait bien importantde pouvoir déterminer si celle-ci est de même nature que l'affection secondaire, et si la différence apparente qu'elles offrent l'une et l'autre lient seulement à la diversité de structure ; la nature du rhumatisme , la place qu'il doit occuper dans un cadre nosologique ne seraient plus des problèmes. En effet , le tissu cellulaire sous-cutané et la peau présentent des symptômes inflammatoires non équivoques , qui paraissent seulement recevoir de la cause qui les produit une modification particulière qui influe sur leur marche et leur terminaison. L'analogie et quelques ouvertures de cadavres me portent à croire que l'affection peut aussi se propager vers l'intérieur, et produire lentement dans les membranes synoviales et les lames superficielles de l'os des lésio?is particulières...

« La plus grande obscurité règne encore sur la nature du rhumatisme; la marche actuelle de la science ne permet plus de rechercher si un fluide gazeux , un liquide acre ou quelque autre agent aussi chimérique produit cette maladie ; et comme nous ne pouvons apprécier l'espèce de lésion qui la constitue, nous sommes forcés, pour approcher du but que nous ne pouvons encore atteindre , de comparer les symptômes du rhumatisme avec ceux de quelques autres affections, afin de déduire de l'analogie des phénomènes celle de la nature même des affections. Joindrait-on le rhumatisme aux maladies nerveuses , qui ne sont pas moins obscures que lui dans leur essence? Il offre avec elles beaucoup d'analogie par sa tendance à des retours réguliers et irréguliers , pai l'absence de toute lésion organique dans les parties qu'il affecte; mais la mobilité extrême de la maladie, les symp-

tomes d'inflammation qui souvent l'accompagnent, la marche fréquemment aiguë, les crises qu'on observe dans quelques cas, sont autant de différences qui s'opposent à la réunion du rhumatisme avec les névroses. Doit-on le classer parmi les phlegmasies? Il se montre fréquemment avec des phénomènes évidemment inflammatoires; mais ce ri est pas dans les parlies affectées de rhumatisme que les phénomènes ont leur siège. De plus, les inflammations n'offrent en général ni la mobilité ni la tendance à la récidive que présente cette maladie. Stahl, considérant l'analogie extrême qui existe entre les douleurs rhumatismales et celles qui précèdent les hémorrhagies, avait cru devoir considérer le rhumatisme comme un effort hémorrhagique universel qui n'est encore dirigé spécialement vers aucune partie. Sans attaquer ici cette théorie, je saisirai seulement l'occasion de faire remarquer que, dans l'état actuel de nos connaissances, le rhumatisme ne pouvait être mieux placé qu'à la fin de la classe des phlegmasies, avec lesquelles il a plus d'analogie qu'avec aucune autre affection , et immédiatement avant celle des hémorrhagies, avec laquelle il a aussi des connexions intimes , et notamment par ses fréqueiis retours et sa mobilité. ->

Telle était encore la doctrine enseignée dans les écoles à l'époque où je commençai les recherches dont les résultats sont consignés dans cet ouvrage. Je renvoie au préambule de ce traité pour ce qui concerne le siège et la nature du rhumatisme considéré d'une manière générale, et je dois me borner ici à l'examen des opinions de M. Chomel appliquées au siège et à la nature du rhumatisme articulaire en particulier. Je prierai aussi le lecteur de me dispenser de relever certaines propositions de pathologie générale jetées çà et là dans l'argumentation de M. Chomel , attendu que les heureux progrès de la médecine en ont fait suffisamment justice.

On conviendra que les deux moyens invoqués par M. Chomel pour reconnaître le siège du rhumatisme articulaire, savoir la physiologie et l'anatomie pathologique, n'avaient pas fourni à cet auteur des données bien lumineuses , puisqu'il est réduit à dire, en terminant l'examen de cette question, qu'il n'emploiera l'expression de rhumatisme fi-

326 flATURE ET SIEGE

breux, substituée à celle de rhumatisme articulaire, que pour indiquer que celte espèce de rhumatisme a son siège au niveau d'une articulation. J'admettrai, bien volontiers, avec M. Chomel que, prise dans ce sens, la dénomination de rhumatisme fibreux, à laquelle il préfère néanmoins celle du rhumatisme articulaire, ne présente aucune idée fausse. Je lui accorderais même, plus volontiers encore , que cette dernière dénomination n'a véritablement aucune signification. Car, que signifie le nom d'une maladie , .s'il indique uniquement que cette maladie siège au niveau de telle ou telle partie, d'une articulation , par exemple? Mais je ne puis admettre, avec M. Chomel, qu'une aussi vague dénomination ne présente aucune idée douteuse , et c'est, j'aime à le croire, par simple inadvertance que cet auteur s'est exprimé ainsi. Quoi de plus douteux, en effet, que l'idée représentée par une dénomination telle que celle dont il s'agit, si tant est qu'elle représente, scientifiquement pariant, quelque chose !

Quant à la discussion de M. Chomel sur la question "de savoir si le rhumatisme peut avoir son siège dans les membranes synoviales, je l'avais déjà mise sous les yeux du lecteur, en rapportant plus haut les trois faits qui lui servent de principale base (obs. xxiii, xxiv et xxv), ajoutant que nous aurions occasion de revenir plus lard sur la doctrine qui s'y trouve développée. Le moment de cet examen est arrivé. Or, un épanchement purulent dans les synoviales , diverses lésions de ces membranes , constatés par l'autopsie cadavérique dans plus de trente cas de rhumatisme articulaire rapportés dans le premier chapitre de cet ouvrage , les symptômes fournis par l'exacte exploration des articulations malades et spécialement le phénomène de la fluctuation, etc., en faut-îl davantage, en conscience , pour démontrer jusqu'à quel point M. Chomel s'est écarté de la vérité clinique, en professant que, sous le double rapport de l'espèce de lésion qui les constitue et du siège qu'ils occupent, il existe une différence tranchée entre le rhumatisme articulaire et l'inflammation des membranes synoviales, le premier consistant en une affection des parties musculaires et fibreuses sans aucune lésion apparente , la seconde en une inflammation des

DU RHUMATISME ARTICULAIRE. d'21

membranes synoviales avec rougeur de ces parties et altération quelconque du liquide exhale? Sans doute, cette opinion était concevable à la première époque où M. Choniel écrivait sur le rhumatisme. Mais autant vaudrait nier la lumière et le mouvement que de soutenir, encore aujourd'hui, en présence des faits qui abondent dans cet ouvrage , une semblable doctrine sur le siège du rhumatisme articulaire bien caractérisé.

Voilà pour le siège. Passons maintenant à l'opinion de M. Chomel sur la nature du rhumatisme articulaire. C'est, il en faut convenir, une idée vraiment singulière que d'avoir suspendu , pour ainsi dire, cette maladie entre les hémorrhagies et les phlegmasies. Mais quel peut donc être ce bizarre composé d'hémorrhagie et de phlegmasie , ce monstre hermaphrodite de la pathologie, ce véritable protée, pour nous servir de l'expression que nous trouvons dans les Leçons sur le rhumatisme (pag. 6)? M. Chomel n'est pas plus explicite sur ce point que sur celui relatif au siège. Ce n'est pas un heureux rapprochement, il faut l'avouer , que celui des douleurs rhumatismales et des douleurs qui précèdent les hémorrhagies : il me semble que, malgré l'autorité de Stahl, M. Chomel aurait dû montrer combien un tel rapprochement répugne à l'esprit de saine observation.

Quoi qu'il en soit, nous voyons que M. Chomel déclare que la plus grande obscurité règne encore sur la nature du rhumatisme, qu'il enlève à cette maladie 4a place qu'elle occupait dans la classe des phlegmasies, mais qu'en définitive, ne sachant dans quelle autre partie du cadre nosologique lui trouver un siège , il la laisse , ainsi que nous l'avons dit , suspendue entre les hémorrhagies et les phlegmasies (1).

Quelque effort que nous ayons fait , avec plusieurs autres observateurs, pour décider M. Chomel à retirer, si j'ose ainsi parler, le rhumatisme articulaire de la position fausse et vrai-

(i) Le lecteur n'a sans doute pas manqué de s'apercevoir que dans la discussion à laquelle s'est livré M. Chomel , il se sert de l'expression inflammation rhumatismale pour désigner le rhumatisme, bien qu'il finisse par refuser à cette maladie ia nature inflammatoire.

<>2b MAT'UKE ET SIÈGE ^

ment bien incommode dans laquelle il l'avait placé nous n'avons pu jusqu'ici en venir à bout. En effet, dans ses leçons sur le rhumatisme, publiées récemment (1837), cet auteur déclare expressément qu'il faut regarder les rhumatismes comme des maladies sui generis , et en faire une classe à part en nosologie (pag. MO), laquelle classe aurait son siège dans les organes fibreux , tels que muscles, tendons, aponévroses, ligamens, etc. (pag. Zj).

Page 1