‹ Traité clinique du rhumatisme articulaireChapitre 55 sur 109 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

EXPOSITION GÉNÉRALE DES PRINCIPES ET DES RÈGLES DE TRAITE" MENT DU RHUMATISME ARTICULAIRE.

ARTICLE PREMIER

Pvhumatisme articulaire aigu.

Jusqu'à ces derniers temps, les praticiens étaient bien loitt d'être d'accord sur la meilleure méthode à diriger contre le rhumatisme articulaire aigu. Comment pouvait-il en être autrement , puisqu'on ne s'entendait pas alors sur le siège, la nature de la maladie , et qu'on ignorait complètement l'existence de certains accompagnemens intérieurs de l'affection artictt-

laire dont la connaissance était néanmoins d'une si haute importance pratique?

S'il nous est permis de penser que nos travaux n'ont pas été complètement perdus pour la solution de ces problèmes préliminaires , nous espérons qu'ils ne l'auront pas été non plus sous le rapport plus important encore du tràitemgpt.

En effet, grâce à une méthode dont nous exposerons plus bas les détails, nous avons le droit d'affirmer que désormais, en règle générale, on peut, si cette nouvelle méthode de traitement est bien appliquée et à temps, réduire à zéro la mortalité, même dans les cas les plus graves, prévenir le développement de ces fatales lésions chroniques-organiques dont nous avons longuement entretenu le lecteur, et diminuer en même temps , des deux tiers au moins , la durée moyenne assignée jusqu'à nous à la maladie.

Mais commençons par dire quelques mots des principaux modes de traitement usités avant nous.

§ 1er. Exposition rapide des pratiques de quelques médecins dans le rhumatisme articulaire aigu.

Je vais d'abord faire connaître ce que nous enseignent les auteurs dont le principal moyen consiste dans les émissions sanguines. Je m'occuperai ensuite de l'application de la méthode dite contre-stimulante au traitement du rhumatisme articulaire aigu.

Les autres médications ne valent réellement pas aujourd'hui la peine d'être examinées.

A. Voici d'abord la méthode de Sydenham et sa manière de formuler les saignées.

« Ut primùm accersor, statim sanguinis hè brachio lateris affecti mitti jubeo....

« Die sequenti, sanguinis tantumdem detrahi prœcipio; atque intercalato die uno alterove, pro œgri viribus, tertio; dein, inlerjecto trium quatuorve dierum intervallo (prout aegri vires, œtas, constitulio, aliaeque circumstanciae suadent monentque), quarto, atque ultimo ut plurimùm , venae-sectioneni repeto; raro enim usu venit, ut ultra quartam vicem venam meidamus, nisi vel regimen juslo caladius praecesserit , vel

DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. ;l;]7

raedicamina calidiora œgro prêter nécessitaient fuermt ingesta. »

^ La saignée était secondée par l'usage des juleps simples ou d'une émulsion, des cataplasmes, des boissons rafraîchissantes, des lavemens et de la diète.

Huit jours après la dernière saignée, Sydenham ordonnait une potion cathartique douce.

J'ose affirmer, sur la foi de l'expérience la plus sévère et la plus répétée, que, dans l'immense majorité des cas, un rhumatisme articulaire aigu intense n'aurait point cédé complètement à là formule des saignées employée par Sydenham. ^oyez, par exemple, parmi les faits que nous avons rapportés )u cités dans le cours de cet ouvrage, combien il s'en trouve )ù la maladie s'est montrée rebelle, malgré l'emploi de saignées pour le moins aussi nombreuses et plus copieuses que celles prescrites par Sydenham.

^ Qu'on ne soit donc pas étonné de lire ce qui suit dans Stoll: « Je suivais quelquefois, dit-il, la pratique de Sydenlam, mais la longueur du mal éluda souvent ce traitement ictif, et souvent les forces se trouvaient plus tôt abattues que a maladie. Des malades restaient plusieurs semaines sans xmvoirse remuer....»

Stoll ne manque point d'ajouter, à celte occasion, que Sylenham avait fini par abandonner sa méthode des émissions sanguines répétées dans le rhumatisme.

Cette assertion se trouve reproduite par M. Chomel , dans ion Essai sur le rhumatisme. Après avoir rappelé que : dans un mémoire anonyme, on a proposé de tirer vingt livres de sang en trente-six heures, et que cette méthode j était la même, indépendamment de l'âge et des forces des malades, de la période et de l'intensité de la maladie, ce qui suffit pour en montrer les dangers (1) , » M. Chomel ooursuit ainsi : ° ■

(i) «Elle est tombée d'ailleurs dans un tel discrédit-, continue M. Chomel, qu'elle n'est aujourd'hui employée par personne. » Le mémoire rappelé ici par M. Chomel , se trouve dans un ouvrage intitulé : Observations intéressantes sur la cure de ta goutte et du rhumatisme, de.

« Les saignées générales, employées avec plus de mode- « ration par des médecins célèbres , ne sont pas néanmoins « sans inconvéniens. Quel témoignage pourrait sur ce point « inspirer autant de confiance que celui de Sydenham? Doué « d'une sagacité profonde, d'un esprit observateur bien rare « à l'époque où il écrivait , presque» étranger aux théories; « scolastiques , dont ses contemporains ont obscurci leurs « ouvrages , Sydenham , persuadé que le rhumatisme étaiti « une affection inflammatoire , avait , pendant les douze pre- « mières années de sa pratique à Londres, employé et con- « seillé dans le traitement de cette maladie les saignées ré- -, « pétées, dont il avait.cru d'abord observer de bons effets ;; « fallut-il moins que des observations multipliées pour lui* « faire abandonner l'opinion qu'il avait adopte'e et publi- « quement professée? Non-seulement, dit cet auteur dans sa « lettre à Robert Brady , ces saignées portent atteinte aux a forces du malade pour un certain temps , mais encore elles; « le rendent , pendant plusieurs années , très susceptible de « contracter d'autres maladies, pour peu qu'il soit d'une con- • stitution faible. »

D'après ce que j'ai dit plus haut du peu de puissance de la méthode de Sydenham dans les cas de rhumatisme articulaire intense plus que tout autre peut-être je serais autorisé à croire, sur la foi de ce qui précède, que rien n'est plus exact que l'espèce de palinodie médicale de Sydenham au sujet du traitement du rhumatisme articulaire aigu. Toutefois, j'ai voulu remonter à la source même où les preuves de cette pa-i linodie avaient-été puisées , et je n'ai pas tardé à me con-( vaincre qu'il ne fallait pas prendre à la lettre tout ce qui a été dit à cet égard.

Il est bien vrai que dans sa lettre à Robert Brady, Sydenham , déclare que , désolé d'être obligé de retirer une si grande masse de sang pour guérir le rhumatisme, il résolut!

MM.Fred. Hoffmann, if** et James (Paris , 1747. x vo1- »-")• Je regrette j que l'espace ne me permette pas d'examiner la méthode vraiment effrayant» proposée, et, à ce qu'il parait, mise en pratique par U*** (l'ouvrage contient en efft-t, seize observations dans lesquelles l'auteur dit l'avoir employée).

d'expérimenter si l'on ne pourrait pas combattre cette maladie par une autre méthode, et qu'il a trouvé, en effet, ceileauire méthode dans une diète simple , très rafraîchissante, et médiocrement nutritive , tel que l'usage du petit-lait. Mais il ne manque pas d'ajouter qu'il ne serait pas sage de s'en tenir à ladtete lactée, chez les personnes qui ont passé l'âgé viril du chez celles qui sont adonnées depuis long-temos au vin et mx autres liqueurs spirilueuses. Toutefois, dit- il , il vaut nieux , après la seconde ou la troisième saignée au plus miployer plus souvent et répéter les cathartiques jusqu'à ce me tous les symptômes aient pleinement cessé , que de conter à la phlébotomie tout le soin du traitement (1). Enfin , à une époque postérieure , s'occupant de nouveau u traitement du rhumatisme, Sydenham établit que la rainée doit être réitérée une quatrième fois et même plus s'il n est besoin {quûïer vel plurih, si opus fuerit). Quant au mple régime réfrigérant et au petit-lait ,J1 n'en parle alors

(0 « In rheumatismi verb curatione sœpenumerb mihi subiit tecum dolere od nonnm ingenti sanguinis m repentis venœ sectionibus eductâ, ea possl't jfe.. His de causis, experiri stalui, an nulla alla methodus daretur à rei- ■ata tçtièsphlebotomiâ diversa, qud hic morbus possit debellari. Serib itaçue jendens,qubd affectas iste ab inflammatione videatur oriri, tandem vero \i le esse judtcabam morbum hune diœtâ simpllci, admodum réfrigérante, et dwcrUernutnente, œgro imperatà , ceque féliciter ataue répétais <venœ secmbus profttgari passe; etiam entatis auœ alteri méthode adjungebantur ommodts .- ncaue me fefellit diœta à sera lactis phebotomiœ loco substitut*.» *. 1 appu, de cette nouvelle méthode, Sydenham ne rapporte que le seul fait D pharmacien (<vir probus, dit-il, et ingénia non vulgari), chez lequel elle employée avec quelque succès ; mais il est bon de savoir que le rhumatisme ce pharmacien n'était rien moins qu'un rhumatisme -articulaire aigu in~ se, et que le malade, très sec, débile, n'avait pas beaucoup de sang dans les «es : Cum debthore esset et sicco corporis habitu, veritusne minus fermas i dut Vtres et tabescentes, dempto copiosihs sanguini prorsùs exsoherem, im. m ut solo lactis sero ad dies quatuor 'visceretur œger, etc. ' n'est, je crois, personne qui n'approuve la conduite de Sydenham en pacas. Mais conclure de ce cas que l'on pourrait guérir le rhumatisme ar.iire a.gu intense, sans faire autre chose qu'abreuver largement le patient >etit lait, ce serait tomber dans une insigne et grave erreur.

g.fl TRAITEMENT

que comme d'une méthode applicable à certains cas partisans'doute, il est bien permis de s'affliger, avec Sydenham, de ce qu'on est obligé de retirer une grande quantité de sang Tour -uérir le rhumatisme articulaire intense. Mais c'est un sacrifice que commande la prudence , et il est de notre devoir de déclarer que ce sacrifice, dans les cas graves, doit être porté plus loin que ne le conseille l'illustre praticien de Londres Ceux-là seront réduits à donner long-temps du petitlait et des cathartiques , qui voudront s'en tenir à deux, trou et même quatre saignées de dix onces, durant l'espace de sfl à sept jours, dans le traitement d'un violent rhumatisme arti culaire aigu, chez un jeune homme ou m* adulte de fore.

moyenne. .

Mais ce n'est pas tout que la diuturmlede la maladie sou;

l'influence de ce traitement, jusqu'ici considéré comme emi

nemment actif. En effet, parmi ceux qui seront ainsi traites

il s'en trouvera de temps en temps quelques-uns qu une coin

cidence d'inflammation rhumatismale de l'endocarde, du pe

ricarde, de la plèvre et du poumon, etc., emportera dans 1

période encore aiguë de la maladie; il s'en rencontrera un bie

plus grand nombre qui plus tard succomberont à une malade

organique du cœur. En présence de tels dangers, dont noi

n'avons que trop démontré la réalité, est-ce donc un si grar

sacrifice que de payer de quelques livres de sang la presep

certitude d'une guérison prompte, solide, complète? bai

doute, si, avec le temps, l'esprit humain, père de toutes

découvertes, nous enseigne une méthode aussi sure et pi

avare de sang que celle dont nous allons bientôt parler, «

devra la saluer comme un grand bienfait et s'empresser

l'adopter. Mais je crains bien que les temps d'une si precieu

découverte ne soient pas près de nous.

La méthode proposée par notre savant confrère et an M. le docteur Roche (1), ne diffère pas très notablement celle de Sydenham. La voici :

« Il ne faut pas hésiter à pratiquer une copieuse saignée C

(i) Art. arthrite du Dkt. de méd. et de chir. jirat.

le début du rhumatisme articulaire aigu , ni craindre d'y revenir trois quatre et cinq fois de suite, s'il est nécessaire, soit en mettant deux jours d'intervalle entre chaque saignée , comme le faisait Sydenham (1) , soit en la pratiquant toutes les vingt-quatre heures, ce qui nous paraît préférable. J'ai pratiqué, avec le plus grand succès, chez un individu très robuste, jusqu'à huit saignées de seize à vingt onces dans l'espace d'une quinzaine de jours (2). »

N'oublions pas, d'ailleurs, que M. Roche donne quarante jours pour moyenne de la durée du rhumatisme articulaire

1 aigu. Or , malheur à plusieurs des individus chez lesquels une fièvre rhumatismale a duré quarante jours î

Dans les Leçons de M. Chomel sur le rhumatisme, à l'occasion du traitement rationnel, éclectique qu'on y conseille contre le rhumatisme articulaire aigu , on s'exprime ainsi sur les émissions sanguines :

« Nous ne prodiguons pas les saignées, mais nous ne nous

' « les interdisons pas. Ainsi que la plupart des praticiens de « notre siècle , nous avons abdiqué la chimérique prétention

' « de faire avorter la maladie par la fréquente répétition de la « phlébotomie, et nous nous contentons, en général, d'ou- « vrir une ou deux fois la veine dans le seul but de modérer « la fièvre, ce que nous paraissons , en effet, obtenir (page

« Au début, chez les sujets jeunes et robustes, la phlébo- « tomie , une ou deux fois pratiquée, est, sans contredit, très

« utile

« Les saignées locales conviennent moins bien que la phlé- « bolomie dans le rhumatisme articulaire fébrile: car elles

(î) Ce n'est pas exactement ainsi que procédait Sydenham , connue on peut le voir dans la citation textuelle de sa formule qui se trouve un peu plus haut.

(2) Si ces huit saignées eussent été pratiquées dans un espace de quatre à cinq jours, et commencées vers le début, le rhumatisme articulaire dont il s'agit n'aurait pas duré jusqu'au quinzième jour. Il y a plus : c'est que, parmi moindre nombre de saignées, à la dose indiquée, mais plus rapprochées , le malade eût été plus piomptement guéri qu'il ne l'a élé.

2,k2 TRAITEMENT

« sont moins appropriées que celle-ci à une maladie évidem- « ment générale et pour ainsi dire constitutionnelle.... Cepen- « dant si l'articulation rhumatisée est en proie à des douleurs « tellement intolérables qu'il y ait des mouvemens convul- « sifs dans les muscles voisins, la saignée locale est indiquée. « On doit opérer l'évacuation sanguine à l'aide des sangsues « préférablement aux ventouses scarifiées (pag. 328-29). »

Je n'ai pas besoin de faire observer tout ce qu'il y a d'incomplet dans ces courtes considérations sur l'emploi des saignées. Il est aussi de mon devoir d'ajouter que je, déplore sincèrement le sort des individus qui, atteints d'un rhumatisme articulaire aigu intense, seront traités, comme on le dit, dans l'ouvrage cité, d'après les principes du traitement rationnel, suivant M. Chomel (pag. 328).

Il est à peine question des saignées locales dans les précédentes méthodes. On sait que, dans l'école de M. Broussais , cette espèce d'émissions sanguines était presque exclusivement , souvent même tout-à-fait exclusivement employée. Je doute qu'on obtienne de grands succès de cette pratique dans les cas de fièvre rhumatismale intense. Mais, comme nous allons bientôt le voir, on les associe avec avantage aux saignées dites générales, et, quoi qu'en ait pu dire M. Chomel , les ventouses scarifiées ne conviennent pas moins dans le rhumatisme aigu que dans le rhumatisme chronique (1).

jVl. le docteur Malle, dont nous aimons à citer le nom, après avoir d'abord sacrifié à la pratique de l'immortel médecin du Val-de-Gràce , paraît assez disposé maintenant à lui préférer la formule que nous avons proposée : « Nous avoue - « rons, dit-il , que les succès que nous avons obtenus tout ré- « cemment des saignées à haute dose, dans deux cas de rhu- « matisme articulaire aigu , nous engageront à modifier, dans

(i) Dans l'Essai de M. (Jhutnei, ou lii : « Les ventouses scarifiées étant. « excitantes, en môme temps qu'elles procurent une évacuation sanguine, ne « peuvent convenir que dans le rhumatisme chronique.» La pratique journalière ne permet pas d'adopter la théorie de M. Chomel sur l'effet excitant des ventouses scarifiées, considéré comme contre-indication à leur emploi dans le rhumatisme aigu.

DU RHUMATISME A11T1CULA1KE AIGU. ôkô

« certaines circonstances au moins , notre traitement et à recourir plutôt aux saignées générales qu'aux saignées loca- « les qui en avaient jusqu'ici fait en grande partie la base.

« En vain , ajoute M. Malle , les adversaires des saignées « coup sur coup prétendent que l'emploi de ce moyen doit être « dans la plupart des cas funeste aux malades qui y sont sou- « mis, et ils furèteraient moins dans les ouvrages de l'anti- « quité pour démontrer que celte méthode n'est pas nouvelle, « si Y événement ne démentait pas chaque jour leur prophé-

« tie (1). »

Quoi qu'il en soit, Pringle avait , l'un des premiers, insisté sur les avantages des saignées locales dans le rhumatisme. Mais il les employait en trop petit nombre et à des intervalles trop 'éloignés, pour pouvoir en obtenir des effetsbien marqués dans les cas de rhumatisme articulaire intense (2).

Je ne crois pas devoir insister plus long-temps sur la pratique des médecins qui, avant nous, ont employé les saignées comme élément principal de leur médication contre le rhumatisme. Je ferai seulement remarquer que nul d'entre eux n'a procédé, d'une manière complètement exacte, dans l'étude des effets ou des résultats thérapeutiques de la formule suivant laquelle il administrait ce moyen. Où sont , en effet, les masses de faits bien détaillés , bien analysés , bien catégorisés , à l'appui des préceptes et des règles qu'ils posent? Quelle est, aussi approximativement que possible, la moyenne du nombre des saignées et de la quantité de sang qu'ils ont retiré dans telle ou telle catégorie de cas? Dans quel espace de temps rigoureusement déterminé pour chaque catégorie de cas, ont-ils pratiqué les émissions sanguines? Comment en ont-ils modifié l'emploi selon une foule de circonstances individuelles? Quels sont les moyens accessoires ou adjuvans qu'ils ont associés aux émissions san-

(i) Voyez le journal l'expérience, n° du 24 janvier i83y.

(2) « Pringle faisait appliquer des sangsues au nombre de quatre eu cinq « sur la partie malade, et répéter ce moyen pendant trois à quatre jours de « suite fpuis il les employait à des intervalles progressivement plus longs et « diminuait de même le nombre des sangsues » (M. Chomel , Essai sur le rhumatisme , art. traitement).

ollh TRAITEMENT

guiues? Ladièle a-i-elle été prescrite dans toute sa rigueur, et s'il en a été ainsi jusqu'à quelle époque a-t-elle été prolongée, etc., etc.?

On chercherait en vain dans les auteurs une réponse à toutes ces diverses questions.

B. A l'époque ou le tartre stibié à haute dose était proclamé comme le meilleur moyen que l'art pût employer contre la pneumonie , un certain nombre de praticiens essayèrent ce même moyen contre le rhumatisme articulaire aigu. Mais de tous les observateurs qui ont eu occasion d'employer euxmêmes ou de voir employer le tartre stibié à haute dose , Dance est le seul qui ait publié des recherches vraiment dignes d'attention sur ce point important de pratique (1). Cet excellent observateur, dont la médecine ne saurait trop déplorer la perte prématurée , déclare qu'il a voulu , par des observations détaillées , faire voir que cette médication n'est pas : 1° toujours praticable dans les cas auquels on l'a spécialement appliquée ; 2° qu'elle n'est pas toujours innocente ; 3° que mettant de côté ces chances défavorables, son efficacité dans le rhumatisme articulaire aigu ne l'emporte point sur celle des méthodes ordinaires de traitement. •

Le nombre des rhumatisans chez lesquels Dance a étudié les effets thérapeutiques du tartre stibié à haute dose , est de vingt.

Je vais analyser les vingt cas dont il s'agit sous les points de vue qu'il nous importe de connaître en ce moment.

Il divise ses vingt malades en quatre classes principales , suivant que l'émétique a été favorable, insuffisant ou nul pour combattre les rhumatismes dont ils étaient atteints, ou bien que des accidens ont été le résultat de ce traitement.

Les premiers, au nombre de cinq, ont été guéris complètement dans l'espace d'un très petit nombre de jours , mais

(i) Mémoire sur l'emploi du tartre stibié à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu, inséré dans les cahiers des archives. générales de médecine pour les mois d'avril et de mai 1S29.

DU RHUMATISME \RTiCUL\IRE AIGU. 345

ils étaient affectés de rhumatismes d'une acuité médiocre ou touchant à leur terminaison.

Le premier malade, jeune homme de dix-huit ans, fut admis à l'hôpital , au quatrième jour de son rhumatisme (aigu peu intense) , et la durée totale en fut de huit à dix jours.

Il prit en sept jours 78 grains d'émétique.

Le second malade, jeune homme de vingt-deux ans, était au sixième jour de son rhumatisme (aigu peu intense) , dont la durée totale fut de douze à quatorze jours.

Il prit 112 grains d'émétique en huit jours.

Le troisième malade , jeune homme de vingt-huit ans, était au dixième jour de son rhumatisme (aigu assez intense) , dont la durée totale fut de quatorze à seize jours.

Il prit 42 grains d'émétique en six jours.

Le quatrième malade , jeune homme de vingt-neuf ans , était arrivé au trentième jour de son rhumatisme (aigu peu intense) , et la durée totale en fut de cinq semaines environ.

Il prit 108 grains d'émétique en neuf jours.

Le cinquième malade , homme de cinquante ans , comptait vingt-et-un jours de maladie, et celle-ci alors recrudescente, après avoir cédé aux saignées, dura en tout un mois.

Il prit 112 grains d'émétique en huit jours.

Les seconds, au nombre de trois, ont paru d'abord retirer un soulagement notable, mais après une courte suspension des douleurs articulaires, la, maladie a récidivé et s'est montrée rebelle au même traitement.

Le premier de ces malades, jeune homme de vingt-cinq ans, prit 156 grains d'émétique en dix jours. La durée totale de son rhumatisme (aigu) fut de six semaines. Il était au quinzième jour de sa maladie au moment de l'entrée.

Le second malade , jeune femme de seize ans, prit 194 grains d'émétique en dix jours, et la durée totale de son rhumatisme (aigu) fut de six semaines. Au moment de son entrée, le sujet comptait dix-neuf jours de maladie.

Le troisième malade , femme de quarante-six ans , prit 70 grains d'émétique en six jours, La durée totale du rhuma-

tisme (aigu), qui datait de neuf jours à l'entrée, fut d'environ un mois.

ut.

Les troisièmes, au nombre de dix, étaient atteints de rhumatismes , ou très aigus , ou médiocrement intenses , ou fixés sur un petit nombre d'articulations, et il est à noter qu'un certain' nombre des malades avait été soumis préliminairement au traitement antiphlogistique.

Le premier malade, jeune homme de vingt-quatre ans , prit 84 grains d'émétique en sept jours, et la durée totale de son rhumatisme (sur-aigu) , datant de cinq jours à l'entrée , fut de six semaines.

Le second malade, jeune homme de vingt-quatre ans, prit 152 grains d'émétique en dix jours, et son rhumatisme (suraigu), datant de trois jours à l'entrée, dura en tout un mois environ.

Le troisième malade, homme de quarante ans, prit 126 grains d'émétique en six jours. Datant de quinze jours à l'entrée, son rhumatisme (peu intense) eut une durée totale d'un mois et demi.

Le quatrième malade , jeune homme de vingt-cinq ans, prit 24 grains d'émétique en trois jours, et son rhumatisme (sur-aigu), développé trente jours avant l'entrée, dura deux mois en tout (le traitement antiphlogistique fut, dans ce cas, associé au tartre stibié).

Le cinquième malade, /emme de trente-six ans, prit 70 grains d'émétique en huit jours, et son rhumatisme (aigu), datant de quatorze jours à l'entrée , dura deux mois en tout (le traitement antiphlogistique fut encore associé à l'émétique).

Le sixième malade, jeune femme de vingt-cinq ans, prit 54 grains d'émétique en cinq jours , et son rhumatisme (aigu très mobile), datant de trente jours à l'entrée, dura deux mois en tout (association du traitement antiphlogistique à l'émétique).

Le septième malade, jeune fille de dix-sept ans, prit 36 grains d'émétique en quatre jours, et son rhumatisme (aigu

fixe) , datant de seize jours à l'entrée, dura deux mois en tout (association du traitement antiphlogïslique à l'émétique).

Le huitième malade , homme de soixante ans, prit 122 grains d'émélique en six jours, et son rhumatisme {aigu fixe), datant de huit jours à l'entrée, eut une durée indéfinie.

Le neuvième malade, femme de trente-deux ans, prit 56 grains d'émétique en cinq jours, et son rhumatisme {aigu fixé), datant de quinze jours à l'entrée, eut une durée totale de six semaines (association du traitement antiphlogistiqueà l'émétique).

Le dixième malade, homme de quarante ans, prit 162 grains d'émétique en douze jours, et son rhumatisme {chronique et sans fièvre, fixe) , eut une durée indéfinie (les vésicatoires furent associés à l'émétique).

Enfin, les quatrièmes, au nombre de deux, éprouvèrent, à la suite du traitement par l'émétique , des symptômes d'irritation dans les voies digestives.

Le premier malade, jeune femme de vingt-trois ans, prit en huit jours 62 grains d'émétique et son rhumatisme {aigu), datant de quatorze jours à l'entrée , dura six semaines en tout (association du traitement antiphlogistique à l'émétique).

Le second malade, homme de trente-deux ans, prit 42 grains d'émélique en six jours, et la durée totale de son rhumatisme {aigu) fut de six semaines (mais il sortit dans un état de convalescence douteuse). Trois saignées (et non pas une , comme Dance l'a noté par erreur dans son tableau) furent pratiquées quand on eut diagnostiqué la pneumonie.

« D'après cet exposé , dit Dance , il semble que , pour prononcer définitivement sur l'efficacité de l'émétique à haute dose contre le rhumatisme articulaire aigu, il ne s'agirait que de compter le nombre des malades guéris ou non guéris, soulagés ou bien amenés à un état pire; mais cette supputation facile ne conduirait a des conséquences certaines qu'autant que l'on aurait égard à toutes les circonstances qui ont pu influer sur les résultats : telles sont en particulier la susceptibilité des sujets , l'ancienneté de la maladie, son degré d'acti-

3ft8 TRAITEMENT

vite, ses complications, les modifications apportées dans le traitement qui , quoique essentiellement le même pour tous, a cependant varié quant aux doses de la substance qui en forme la base, et du véhicule qui la tenait en dissolution. »

Après quelques réflexions sur diverses questions qui se rattachent à l'emploi du tartre stibié à haute dose, considéré d'une manière générale, Dance conclut ainsi :

« Si nous avions recours à cette médication contre le rhumatisme, ce serait au début de cette maladie , et non à une période avancée ; mais nous aurions une plus grande confiance dans le traitement antiphlogislique , et nous n'insisterions pas sur l'emploi du tartre stibié dans la persuasion où nous sommes que le rhumatisme aigu a quelque chose de fixe dans sa marche et sa durée , malgré les moyens les plus actifs et les plus perturbateurs (1).

« On se tromperait beaucoup si l'on pensait que cette médication est moins débilitante que les émissions sanguines, et les praticiens qui redoutent la saignée dans le rhumatisme , parce qu'elle affaiblit l'énergie vitale et nuit à la résolution de t inflammation , ne trouveront pas , dans tous les cas, leur compte à substituer sous ce rapport l'émétique aux antiphlogi s tiques. »

Certes , ceux qui se donneront la peine de comparer avec les résultats obtenus sous l'influence du"traitement que nous proposerons plus bas, les résultats ci-dessus indiqués par Dance dans les conditions de traitement qu'il a fait connaître, n'auront pas de peine à se décider entre les deux méthodes ainsi comparées.

Déjà, à l'occasion de la durée du rhumatisme articulaire, nous avions cité les observations de Dance. Insistons encore un moment sur ce point, et invitons le lecteur à ne pas oublier que la durée moyenne dans les cas d'une certaine intensité a été de six semaines au moins. Je dis au moins , car thez les dix malades de la troisième classe, il en est quatre dont le rhumatisme a duré deux mois, deux dont le rhumatisme a

(i) Si Dance avait élc témoin des effets de la méthode dont nous parlerons toul-à-1'heure, il se serait bien garde d'exprimer une semblable opinion.

mi MTCMATISMÏ ARTICULAI»!; AIGU. 349

eu une durée indéfinie, trois dont le rhumatisme s'est ^revendant six semaines , et un seul dont le rhumattsme

"' «tinets pas sans ajouter quelques mots sur les deux"»; dans lesquels Dance a reconnu que le tartre subie a i,o«to Anw a Droduit des effets fâcheux. Tsderft des cas dont il s'agit étaient dans «n état encore douteux de gnérison on de convalescence, lorsqu ,1s sortent de hôpital N'est-ce pas ici l'occasion de rappeler aueï n des sujets chez lesqnels le rhumatisme articulaire !",us'ësUermnéparlan,ort,et dont les observâtes ont é I con ™ es dans notre premier chapitre (observaLv) , uvait é" Lité par M. Chôme. , a» moyen du tartre sttbie a haute dose, précédé d'une seule saignée (1)?

,,, Notons enfin , en payant, que chez ««c«» » vingt malades, dont les ob Itns Ï*dU ont « rapportées par Da„ce,,e e.nr a e e e sa a Pobiet de la moindre exploration, du momdre examen, et que dan, ce a àÏ es observateurs les plus distingués de l'époque, ,1 n'est pas du „n seul Z la coïncidence des inllammauon. du eœnr avec le rhumattsme art, utee a n Tan. il es, vrai qu'avant nos propres recherches, le sujet don, ,1 C, a a été à-pe„-prés entiéremeu. négligé, et que les mcHeurs observa- S modernes «aient même oublié, f,. ne .ignoraient ££-£-£ ce que quelques-uns de leurs prédéeesseur, avaten, pu due de la me,***

X^r .^plusieurs des malades de Danee chez lesquel, certai-

en particulier, était due à la eoïneidenee d'une endocardrte ou d une pertear "Ja-le rhumatisme artieul.ire. Je soupc.onne l'existence de £ £„emen, chez le sujet de l'observation xx d„ nrémorre, lequel, au bout de „* Lines ,u'ii quitta l'hôpital, offraU « M*» -*•« *-*•* «

";:;;r:3:ier,a,io„ «* n. .u**. m * ». .«- -

,oré aTuin, entré le quatrième jour d'un rhumatisme .rt.cl.ure a,su ,u .1 aTa 1 con, ce après ,'etre beaucoup tatigué à scier du hors. . La rcp.ratmn

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71 T Le- iours suivans le» douleur, articulaires se concentrent dan, le

I pÏÏie^:;';! s'engorge comme an début de la mal.dte; 1, malité e, I,

■ TRAITEHIEXT

§ II. Exposition de la méthode employée par l'auteur de ce traité- résumé stam astique des succès qu'il en obtient depuis huit années d'une expérience four. nalière; attaques dirigées contre cette méthode ; influence des constitutions dites médicales sur son emploi.

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