RAPPORT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. XV
des cellules pavimenteuses des vésicules pulmonaires, etc. H serait tout à fait impossible d'exposer ici les caractères distinctifsqui, suivant M. Feltz, établissent entre ces produits une différence sensible et que fournit le microscope. Nous ne ferons qu'indiquer les sources diverses que M . Feltz assigne aux embolies : les unes étrangères au système circulatoire, les autres nées dans une partie de ce système. Substances étrangères: l'air, la graisse liquide ou en globules , les débris albumino-fibrineux , des produits de néoplasmes; substances propres au système: phlébite du cœur droit ou de l'artère pulmonaire, caillots veineux ou cardiaques, néoplasmes divers qui perforent les veines et deviennent la source d'embolies capillaires.
«Système aorlique. — M. Feltz suit le même mode de recherches dans le système aortique. Les expériences qu'il a faites pour le système veineux, il les répète dans le système artériel ; les injections de poussière sont faites dans le cœur par la carotide; il produit ainsi des morts subites plus rapides encore; quelques secondes suffisent à la produire, qu'il injecte de la poussière de fibrine ou du pus. Elle est le résultat de l'anémie cérébrale. Si l'injection est faite au contraire dans le bout périphérique, la mort arrive beaucoup plus lentement, et souvent même on ne sait si on doit l'attribuer à l'oblitération seule des artérioles, car la force qu'on est obligé d'employer pour l'injection dans une artère où il n'y a plus de circulation déchire presque toujours la substance cérébrale ; la distribution des poussières se fait plus lentement, et les accidents cérébraux durent plus longtemps.
« Dans ces expériences, la mort survient de la même façon . quelles que soient les poussières employées. M. Feltz pense que dans toutes les morts subites où l'on ne trouve pas la lésion matérielle à l'œil nu, il faut chercher les embolies capillaires ou autres.
XVI HAI'l'OKT DE LACAUÉMIE DES SCIENCES.
« Les accidents cérébraux du rhumatisme articulaire doivent avoir souvent pour eause de» embolies capillaires, suivant M. Feltz; mais il n'en donne aucune observation. Dans une autre série d'expériences laites avec la poussière de tabac, le pus étendu d'eau, la fibrine . l'expérimentateur obtient des ramollissements cérébraux; le ramollissement est rouge et paraît une fragmentation de la substance cérébrale. Dans les cas d'oblitération d'un tronc considérable, le ramollissement est plutôt blanc que rouge; il se lait alors principalement par défaut de nutrition.
«M. Feltz produit aussi des ramollissements cérébraux par thrombose des sinus de la dure-mère et des veines cérébrales; ils se distinguent par une liquéfaction extraordinaire.
•< Dans une série d'expériences destinées à produire des infarctus multiples, M. Feltz injecte des matières étrangères, poudres diverses , pus étendu d'eau, dans le bout périphérique des artères ; il arrive en effet à développer des phénomènes multiples qu'il compare aux effets du rhumatisme suppuré et auxquels il rattache toute l'histoire de l'infection purulente.
« Ainsi, en résumé, dans les embolies capillaires du système aorlique, un certain nombre de morts subites s'expliquent par l'anémie cérébrale et tiennent à des embolies capillaires dans les artères cérébrales, qu'elles bouchent dans leurs radicules terminales.
« Elles rendent compte aussi de la mort immédiate dans les cas où la circulation cérébrale se trouve entravée par des bouchons fermant incomplètement des troncs plus gros, ou par toute autre cause.
« Elles déterminent souvent des ramollissements dont la caractéristique est la fragmentation brusque de la substance nerveuse par des raptus capillaires multiples. Il en est, sous ce rapport, de la moelle épinière comme du cerveau.
RAPPORT DE L ACADÉMIE DES SCIENCES. XVli
« Parties du cœur, les embolies capillaires peuvent prendre toutes les directions, arriver dans tous les tissus, les viscères, les membranes. Dans les membranes, elles détermineut des ecchymoses, dans les viscères, l'infarctus hémorrhagique et souvent à la suite l'abcès graisseux.
« Dans ces embolies du système aortique, les accidents cérébraux sont les plus fréquents, les accidents pulmonaires sont les plus rares.
«Embolies du système de la veine porte. — Le foie est, comme le poumon , un centre de circulation veineuse : il doit arrêter tout ce qui dépasse le diamètre de ses capillaires. En tant que centre circulatoire , il représente la rate et tout le tube digestif. Si on y trouve des lésions eruboliques , c'est du coté de ces organes qu'il faut en chercher le |>ointde départ, mais il dépend aussi du système aortique, et s'il n'y a pas de causes d'embolie dans le système de la veine porte , il faut alors rechercher les troubles dans les organes qui ne relèvent pas de cette veine.
« Les expériences doivent, pour arriver à coup sûr dans la circulation du foie, s'adresser aux veines mésentériques ou aux veines de la rate. L'injection des poussières remplit facilement les capillaires du système de la veine porte dans le foie, produit l'anémie de l'organe et jamais l'ictère. Les maladies de l'intestin donnent souvent lieu à des abcès du foie qui dérivent des embolies dues à des débris organiques ou à des thronibus capillaires fragmentés. L'évolution des embolies dans le foie est la même que dans les autres organes, mais d'ordinaire le processus est plus lent.
« Terminons ce compte rendu des expériences de M. Feltz en disant que jamais il n'est parvenu à faire traverser le système capillaire aux poussières ou liquides injectés.
FELTZ, Embolie», f «lit.
XVUI RAPPORT DE t/ACADÉMIE DES SCIENCES.
«Telles sont les diverses sources des embolies capillaires suivant M. Feltz; il a de plus donné la preuve d'un mode de généralisation des néoplasmes à peine soupçonné, dit-il, jusqu'ici. Des faits qu'il a cités on tire de curieux renseignements sur l'évolution ultérieure des embolies de néoplasmes cartilagineux et Obro-plastiques : ils démontrent jusqu'à l'évidence que des parcelles très-minimes de ces tumeurs peuvent se développer et y prendre des proportions considérables eu faisant disparaître par refoulement la |>aroi du vaisseau et le tissu pulmonaire voisin.
« Il n'a jamais pu toutefois obtenir de résultats semblables chez les animaux avec des substances prises sur les cadavres: il croit que la condition essentielle de reproduction et de généralisation par embolie du néoplas'me se trouve dans la vie des éléments qu'on transplante. Il n'a jamais pu reproduire par injection du tubercule ou du cancer sans nier que sur le même individu la matière tuberculeuse ou cancéreuse ne puisse être transportée par les voies lymphatiques ou circulatoires, et devenir ainsi cause de généralisation de la maladie.
« Votre Commission a cru devoir récompenser de laborieuses expériences, très-consciencieuses, multipliées, et qui ont conduit l'auteur à des descriptions analomiques minutieusement suivies et appuyées par des planches exécutées avecsoin, et qui en facilitent l'intelligence. Elle désire encourager aussi la direction de ce genre d'études, car c'est dans des recherches semblables d'anatomie pathologique, aidées du microscope, que réside la solution d'une foule de problèmes pathologiques encore iuexpliqués. •
« En conséquence, elle propose à l'Académie d'accorder à M. Feltz une mention honorable.»
TABLE DES MATlftltKS.
Avant-propot yjj
Extrait du rapport île l'Académie df?s sciences sur le prix «le médecine et de chirurgie x
l'REHIËItK PAIITIE.
ConMlcl<">rntlon» lil»t orlqucii.
l'.HAHITKK l'HKMIKH. Historique 1
r.HAP. II. Bibliographie 9