‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 27 sur 113 · I. SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

I. SYMPTÔMES

54. Langue couverte d’une couche blanchâtre ou jaunâtre, plus épaisse à la partie moyenne qu’aux bords et à la pointe de cet organe; rougeur de la membrane muqueuse buccale , plus apparente sur les bords et à la pointe de la langue que partout ailleurs ; sécheresse , empâtement , amertume de la bouche , anorexie , nausées ; soif plus ou moins vive , assez souvent nulle à l’origine de la maladie ; désir des boissons fraîches , acidulés; quelquefois teinte légèrement jaune de la conjonctive et des environs des ailes du nez et de la lèvre supérieure , avec rougeur plus ou moins foncée des joues ; vomissements bilieux plus ou moins nombreux , éructations nidoreuses , hoquet, sentiment de chaleur , d’embarras , de pesanteur, ou même véritable douleur dans la région épigastrique et dans les hypochondres ; tension et développement léger du ventre , avec ou sans dou-

leur à la pression ; coliques , borborygmes , dévoiement , selles bilieuses avec ou sans ténesme; quelquefois constipation ; céphalalgie sus-orbitaire , ou occupant toute la tête , insomnie , rêvasseries; malaise général ; sentiment de lassitude et de brisement dans les membres ; douleur dans la région lombaire; abattement, agitation. ---Peau chaude, sèche, âcre au toucher , surtout dans la région abdominale ; pouls fréquent , dur, développé , quelquefois petit , déprimé , irrégulier , intermittent. Urines peu abondantes, chaudes, d’une couleur safranée ou d’une teinte foncée.

Les symptômes que je viens de décrire se manifestent lentement ou d’une manière brusque et instantanée. Dans ce dernier cas, les malades éprouvent tout-à-coup un frisson plus ou moins général , plus ou moins long et plus ou moins violent, avec ou sans tremblement, et auquel succède de la chaleur.

Tous les malades ne présentent pas d’ailleurs l’ensemble des symptômes décrits ci-dessus : les uns n’éprouvent que ceux qui caractérisent l’irritation de l’estomac, du duodénum , du foie et du pancréas , et dont l’ensemble constitue X embarras gastrique des auteurs; les autres, au contraire, sont affectés de symptômes qui indiquent une irritation des intestins, et que les auteurs ont désignés sous le nom d 'embarras intestinal. Les deux états dont il s’agit peuvent exister à la fois chez le même individu; ils peuvent aussi , de l’aveu même de tous les pyréto-

graphes , se manifester , indépendamment de tout mouvement fébrile. Un semblable aveu , qui repose sur l’observation lapins exacte , a cependant de quoi nous surprendre de la part des médecins qui considèrent les états indiqués comme constituant un ordre particulier de fièvres. Il est assez singulier, en effet, de donner le nom de fièvre à des symptômes que l’on avoue exister assez souvent sans être accompagnés de fièvre ! Cette contradiction, et beaucoup d’autres semblables, étaient inévitables dans l’ancienne doctrine pyrétologique ; elles suffiraient seules pour la faire à jamais rejeter. Mais revenons à notre sujet.

55. Les symptômes de la maladie connue sous le nom de fièvre bilieuse ou gastrique offrent de remarquables différences suivant la nature et l’intensité des causes déterminantes , suivant les diverses complications , et suivant plusieurs autres circonstances qui, communes à toutes les maladies en général , ne doivent pas être l’objet de réflexions particulières. Nous dirons seulement ici que c’est probablement par l’intensité des causes morbifiques qu’il faut expliquer la gravité des symptômes que l’on observe dans cette nuance de fièvre bilieuse , que l’on a décrite sous le titre de choiera morbus, et qui peut entraîner la perte des malades dans l’espace de quelques jours, ou même de quelques heures. On reconnaît cette effrayante forme de fièvre bilieuse , c’est-à-dire de gastro-entérite , aux signes suivants : coliques violentes, sensation inexprimable de malaise dans

tout l’abdomen, vomissements et déjections alvines qui se succèdent avec une extrême rapidité, épreintes , ténesme insupportable, frissons, froid des extrémités , sueur froide et visqueuse , pâleur et décoloration du visage ; traits exprimant l’anxiété, le découragement et le désespoir ; pouls précipité, irrégulier, déprimé, petit, à peine sensible; agitation continuelle et comme convulsive: une bile verdâtre constitue en grande partie la matière des vomissements; les selles sont variables, tantôt sanguinolentes, bilieuses, analogues à du jaune d’oeuf, d’autres fois semblables à de la raclure de chair, gélatiniformes ou albumineuses; quelquefois noirâtres , constamment très fétides.

Lorsque la fièvre bilieuse des auteurs ne cède pas aux moyens de l’art, elle revêt ordinairement les caractères de la fièvre putride ou adynamique. Je dois me borner en ce moment à signaler ce genre de terminaison , pour ne pas anticiper sur des considérations qui seront placées plus convenablement dans le chapitre que nous consacrerons à l’histoire de la fièvre adynamique.

§11. ALTÉRATIONS ORGANIQUES , OU CARACTÈRES ANATOMIQUES DE LA FIÈVRE DITE BILIEUSE , OU DR l’iRRITATION GASTRO-INTESTINALE.

56. Nous savons que les malades ne succombent pas à la fièvre bilieuse proprement dite, ou, ce qui est la même chose , à ce degré de la gastroentérite qui produit la fièvre que je viens de nommer : par conséquent, l’autopsie cadavérique ne nous a presque rien appris sur les altérations que présen-

U 2 FIÈVRES BILIEUSES

tent alors les organes malades. Dans les cas assez rares où des individus atteints de fièvres bilieuses ont succombé, par suite d’une complication de cette fièvre avec une autre maladie , l’inspection cadavérique a fait voir que la membrane muqueuse gastro-intestinale était rouge, injectée, et plus ou moins épaissie. Pour nous , à défaut d’observations directes sur ce sujet , nous nous contenterons de rappeler ici le résultat des expériences consignées dans l’article premier de ce chapitre ; or, chez tous les chiens qui sont morts , le premier ou le second jour, de la fièvre bilieuse que nous avions développée en eux , par l’administration de quelques grains d’émétique , nous avons observé une injection considérable, une rougeur très vive, et des ecchymoses ou des taches de sang dans toute l’étendue de la membrane muqueuse gastro-intestinaie. Ce résultat est conforme à celui fourni par l’ouverture du corps des individus qui , comme je l’ai dit plus haut , ont péri par l’effet de la complication de la fièvre bilieuse avec une autre maladie.

Quant aux altérations que l’on rencontre chez les malades qui sont morts après avoir présenté les symptômes de la fièvre bilieuse grave , adynamique ou putride , elles sont parfaitement connues , et ont été décrites , dans ces derniers temps , avec une exactitude qui laisse peu de chose à désirer (î) ; on peut voir des exemples de ces altéra-

(i) Les ouvrages où les alterations dont il s’agit ont été le niiejix décrites, sont la Pyrêtologie de M. Boisseau, le

lions dans les observations quatrième, cinquième, sixième , septième, huitième, neuvième, dixième, et dans l’expérience cinquième de cet ouvrage; nous en présenterons plusieurs autres, dans les chapitres où nous nous occuperons de la fièvre adynainique et de la fièvre ataxique des auteurs. Ce n’est qu’après avoir exposé tous les faits particuliers que nous tracerons un tableau général'des altérations de la membrane muqueuse gastro-intestinale , observées dans les cas dont nous nous occupons. Mais, dès ce moment, nous devons indiquer toutes ces altérations, qui sont: la rougeur , l’injection , l’infiltration sanguine, l’épaississement, les plaques ovalaires, les ulcères, la gangrène , le ramollissement de la membrane muqueuse, la facilité avec laquelle on la détache des membranes sous-jacentes, dans toute l’étendue de l’inflammation. Le gonflement, le ramollissement , l'injection , la rougeur des ganglions mésentériques accompagnent presque constamment les altérations précédentes. Nous ne disons rien ici sur l’aspect extérieur des organes digestifs , ni sur les matières contenues dans leur ca-

nal ; nous y reviendrons ailleurs.

Page 1