‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 32 sur 113 · DES FIÈVRES PUTRIDES OU ADYNAMIQUE S · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES PUTRIDES OU ADYNAMIQUE S

Considérations préliminaires.

71. Les adjectifs angio-ténique , gastrique et adéno-méningée placés à la suite du mot fièvre , en indiquant le siège primitif de la maladie, déposaient en quelque sorte contré le système d 'essentialité que les pyrétologistes , en dépit des faits et en contradiction avec eux-mêmes , avaient si laborieusement élevé; il n’en est pas de même de l’adjectif adynamique ou putride. Plus abstrait , plus officieux que les autres , il jette le voile le plus impénétrable sur le siège de la maladie.

Il faut convenir d’ailleurs que, étymologiquement parlant, les mots putride et adynamique sont loin de représenter la même idée. Le premier pa-

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raît préférable au second , en ce qu’il est moins vague, et qu’il ne peut pas s’appliquer, comme lui , à une foule cle maladies dans lesquelles on ne remarque aucun signe de putridité : quoi qu’il en soit , dans tout ce chapitre , nous nous servirons de ces expressions , comme étant pafaitement synonymes.

72. On a beaucoup disputé pour savoir s’il était possible d’observer sur l’homme vivant des symptômes d’une sorte de décomposition putride ; Haller, Tissot, Cullen , Huxham , etc., se prononcent pour l’affirmative, d’autres, avec Mil— mann et la plupart des solidistes , soutiennent la négative. Nous respectons également toutes ces autorités ; mais comme elles sont opposées, elles sé font en quelque sorte équilibre , et se neutralisent réciproquement. Nous ne pourrons donc nous former une opinion positive sur le problème qui nous occupe, qu’après avoir examiné , discuté les faits déj à recueillis, et avoir consulté de nouveau l’infaillible oracle de l’expérience et de l’observation. Que de vaines disputes , que. d’éternelles controverses on éviterait , si l’on suivait toujours cette marche vraiment philosophique , et si l’on suspendait son jugement , lorsque les faits se taisent absolument sur les questions à examiner , ou lors qu’ils sont tellement obscurs, tellement vagues, que leur témoignage ne peut être d’aucune importance !

Mais, avant d’aller plus loin, nous ne pouvons nous empêcher de faire observer que sous

l’expression de fièvre putride se trouvent comprises les idées de deux états morbides essentiellement différents. En effet, quel rapport y a-t-il entre la décomposition putride et la fièvre, double phénomène , dont l’expression de fièvre putride emporte l’idée avec elle ? Et s’il n’existe réellement aucune ressemblance, aucune analogie entre l’un et l’autre de ces phénomènes , n’est-il pas évident qu’il faut les étudier chacun à part , et ne pas considérer comme simple la double maladie dans laquelle ils se trouvent réunis, sans être confondus? En un mot , les phénomènes putrides ou la putridité constituent une complication de la fièvre, soit que celle-ci dépende d’une irritation primitive du système circulatoire , soit qu’elle résulte d’une irritation de ce système , consécutive à une phlegmasie locale.

7 5. D’ailleurs, quelque distinctes que soient entre elles l’irritation et la putridité, il est très vrai que la première est souvent la cause occasionelle de la seconde ; en effet, on sait que l’irritation, ou si l’on veut l’inflammation, se termine quelquefois par la désorganisation et la gangrène des parties qu’elle affecte ; or, qu’arrive-t-il lorsque cette funeste terminaison a lieu ? les parties désorganisées , privées de la vie , ne tardent pas à devenir le siège d’une véritable décomposition putride. C’est ce que l’on observe, par exemple, dans les phlegmons ou les érysipèles gangréneux. Mais une circonstance bien propre à nous faire sentir la différence essentielle et vraiment énorme qui

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existe entre l’inflammation et la putréfaction, c’est que l’une suppose nécessairement la vie dans les parties qu’elle occupe, tandis que l’autre y suppose nécessairement la mort. Il existe donc , pour ainsi dire, entre les deux phénomènes que nous étudions la même différence qu’entre la vie et la mort ; ils ne peuvent jamais exister simultanément dans le même point; ils ne s’y manifestent que successivement, et l’un après l’autre. Ce n’est, enfin , qu’après avoir été totalement désorganisée et mortifiée par suite d’une inflammation, qu’une partie quelconque del’économie vivante devient le siège de la putréfaction. L’inflammation et la putréfaction ne sont donc pas des phénomènes seulement distincts ; elles constituent réellement des phénomènes d’une nature essentiellement différente; l’inflammation est un phénomène vital ; la putréfaction , au contraire , est un phénomène de mort.

74. Personne , je crois , ne conteste l’existence de la putréfaction locale , suite de gangrène ou de mort partielle.

75. Quant à la putréfaction générale , en prenant ce mot dans toute la rigueur de son acception , il est évident qu’elle ne peut se développer pendant la vie , puisque , d’après ce que nous venons de voir, son développement supposerait une mort générale ; ainsi donc, les phénomènes généraux de putridité dans les fièvres putrides seraient une pure chimère , si l’on entendait par cette expression les phénomènes d’une putréfaction universelle des solides et des liquider. Mais enfin,

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d’où proviennent, demandera-t-on, les phénomènes putrides dans les fièvres du même nom ? Nous 11e voulons répondre à cette question, qu’après avoir rapporté les observations et les expériences, propres à dissiper, sinon entièrement , du moins en partie , les épaisses ténèbres dont elle est encore environnée ; et comme les fièvres dites putrides sont consécutives, tantôt à une inflammation gastro-intestinale , tantôt à une phlegmasie , d’organes’, autres que les viscères digestifs , nous partagerons nos observations en deux séries: dans la première série , nous placerons celles relatives aux fièvres putrides , consécutives à une gastroentérite ; la seconde renfermera les observations des fièvres putrides, consécutives à une phlegmasie autre que cette dernière.

ARTICLE PREMIER

OBSERVATIONS PARTICULIERES SUR LES FIEVRES DITES PUTRIDES OU ADYNAMIQUES.

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