Dalmon (Charles), âgé de soixante-dix-neuf
FIÈVBES INFLAMMATOIRES,
ans, marié, fortement constitué, habituellement d’une bonne santé, était malade depuis treize jours, lorsqu’il entra à l’hôpital Gochin, îe 3 juillet 1822. Il n’avait pris, pour tout remède , que du vin sucré. Il nous offrit l’état suivant :
Bouche mauvaise , haleine fétide , langue blanchâtre , anorexie, vomissement de bouillon et du vin sucré qui lui ont été administrés ce matin ; urines rouges, céphalalgie , conjonctive jaunâtre , fièvre très ardente avec paroxysmes irréguliers, pendant lesquels la face s’injecte fortement, et qui sont suivis , au bout de trois ou quatre heures , de pâleur et d’un froid général; pouls grand, fréquent, vibrant. ( Org. oxymel , trois bouillons. )
4 juillet au matin, même état; le soir, fiè- -vre des plus ardentes : céphalalgie, peau brûlante , pouls plein , fort et fréquent; constipation. ( Lav. purg. ) — Le 5 , pas de changement. ( Lav. pug. bis , trois bouillons. ) — Le 6, à la visite du matin , fièvre vive, toux suivie de crachats épais, collants; douleur et crépitation au côté gauche de la poitrine; désir du vin. A la visite du soir , fièvre encore plus forte, peau brûlante, prostration , réponses lentes, mal assurées, incertaines; langue rouge et croûteuse ; soif ardente.
Le 7, assoupissement : pouls toujours très fort; battements du cœur profonds , assez sonores ; râle crépitant à gauche et en bas. ( Vésic. aux jambes). Le soir, état comateux : le malade se réveille quand onlepince, etprononce quelques paroles; il ne montre plus sa langue; sa peau est sèche et brûlante.
Le 8, continuation de l’état soporeux; l’avantbras gauche est fléchi et contracté; si l’on fait des efforts pour l’étendre , le malade pousse des gémissements et de faibles cris plaintifs.
Le 9, coma moins profond ; le membre est plus souple ; le malade peut montrer sa langue. A la visite du soir, retour de l’état comateux et de la raideur du membre ; trismus, respiration stertoreuse , pupilles contractées ; légère déviation de la bouche à droite; pouls et battements du cœur encore très forts; teinte jaune de la peau; murmure respiratoire naturel à droite.
Le 10, agonie; mort à neuf heures du matin, après un râle très prolongé.
Autopsie cadavérique , vingt-quatre heures après la
mort.
i° H abitude extérieure. — Rigidité cadavérique , muscles bien développés , graisse sous -cutanee abondante.
20 Organes encéphaliques. — En retirant le cerveau du crâne, il s’écoule une grande quantité de sérosité rouge; les deux feuillets de l’arachnoïde sont très injectés; toutefois, le feuillet cérébral l’est plus que le crânien, et plus aussi à droite qu’à gauche ; l’injection et la rougeur résistent au lavage. L’arachnoïde est épaisse , légèrement opaque et laiteuse. Les vaisseaux de la pie-mère sont gorges de sang. 11 existe une sérosité rougâtre à la base du crâne ; il s’en rencontre aussi une petite quan-
fièvres inflammatoires.
tité dans les ventricules, qui sont très vastes et injectés à leur surface. La substance cérébrale est un peu molle. Le cervelet et ses enveloppes présentent les mêmes caractères que le cerveau et ses méninges.
3° Organes respiratoires et circulatoires. — Adhérence entre les poumons et les parois pectorales , cellulaires partout, excepté en arrière, où elles sont encore glutineuses et jaunâtres. Les poumons crépitants , gorgés de sang en bas et en arrière , contiennent beaucoup de matière noire : les ganglions bronchiques sont également noirs; la membrane muqueuse respiratoire est dun rouge brun.
Le cœur et les gros vaisseaux contiennent une très grande quantité de sang , en partie liquide , en partie coagulé. Le ventricule gauche est sensiblement dilaté; le tissu du cœur est flasque , mou, friable ; la membrane qui revêt l’intérieur de ses cavités, surtout autour des valvules, est d’un rouge , brun. La membrane interne de l’aorte thoracique et abdominale est d’un rouge vif et parsemée de plaques osséo-terreuses.
4° Organes abdominaux. — L’estomac et l’intestin grêle contiennent une grande quantité de bile. La membrane muqueuse gastrique , généralement rosée , offre , vers la grosse extrémité , des vergetures d’un rouge plus foncé.
Le duodénum est coloré en vert par la bile.
Le jéjunum et l’iléon sont sains , sans injection ni rougeur : il en est de même du cæcum.
Le colon , contracté, est injecté et rosé vers sa partie moyenne.
La rate s’écrase en bouillie à une légère pression. Le foie s noirâtre, est d’un tissu plus compacte et plus dense que dans l’état naturel.
19. Dans le cas précédent nous ne voyons aucune phlegmasie viscérale qui puisse être considérée comme le point de départ de la fièvre des plus violentes que le malade présentait. Les lésions que nous avons rencontrées dans les organes respiratoires et digestifs nous paraissent trop légères pour être capables de produire des phénomènes fébriles aussi intenses que ceux dont il s’agit dans cette observation. Quant à la méningite dont nous avons trouvé les traces, il nous est impossible de lui attribuer ces mêmes phénomènes, puisqu’elle ne s’est manifestée que consécutivement à leur existence. Il nous paraît seulement indubitable que ce tte méningite avec épanchement séreux dans l’arachnoïde est la cause principale de la mort du sujet Ainsi la fièvre inflammatoire dont l’observation vient d’être rapportée dépendait d’une phlegmasie primitive ou idiopathique du cœur et de l’aorte. Il n’en sera pas de même dans la plupart des observations suivantes , car il est rare de rencontrer des fièvres inflammatoires indépendantes de toute espèce de phlegmasie locale.
2r{ FIÈVRES INFLAMMATOIRES.