OBSERVATION II
Symptômes de fièvre inflammatoire ou angio-ténique des auteurs. — Phlegmasie de la membrane interne du cœur et de l’aorte, avec pleuro-pneumonie.
20. Lamongeois (Antoinette), âgée de soixantequatre ans , d’une assez bonne constitution , disait être malade depuis quatre jours, lorsqu’elle entra à l’hôpital Cochin , le 14 avril 1822. Elle présentait les symptômes suivants : fièvre; pouls fort, fréquent et dur; chaleur et moiteur de la peau; céphalalgie violente ; un peu de délire ; langue d’un rouge de sang sur les bords; teinte jaune de la face; vomissements ; douleur dans le côté de la poitrine ; crachats rouillés ; oppression très forte ; respiration presque nulle à la base de la poitrine. On employa , sans succès , les saignées générales et locales, les vésicatoires. La malade succomba le quatrième jour après son entrée.
Autopsie cadavérique > trente -six heures après ta
mort.
Inflammation de la plèvre, de la membrane muqueuse, des bronches et du parenchyme pulmonaire. Le poumon gauche était plus enflammé que le droit ; le péricarde contenait deux ou trois cuillerées d’un liquide sanguinolent, et était injecté, surtout à gauche. La membrane interne du cœur était enflammée et rouge; la rougeur était foncée sur les valvules mitrale et tricuspide : cette dernière était comme fongueuse, et fixée aux pa-
rois du ventricule par des adhérences tendineuses. L’origine de l’aorte et ses valvules étaient également rouges et parsemées de petites ulcérations superficielles et de plaques terreuses ou fibro-cartilagineuses.
On sait que la fièvre inflammatoire ou angio-ténique accompagne particulièrement les inflammations phlegmoneuses , telles que le phlegmon proprement dit , la pleuro-pneumonic , l’hépatite , etc. Cette fièvre , de l’aveu de tous les auteurs , dépend de la réaction exercée par la phlegmasie locale sur l’appareil circulatoire; or, cette réaction cette sympathie , pour me servir de l’expression reçue, est nécessairement de même nature que la maladie dont elle émane; par conséquent la modification pathologique qui en résulte pour le système circulatoire est bien réellement une phlogose plus ou moins intense , et c’est dans celle-ci qu’il faut placer la cause des phénomènes fébriles. Ce que nous avançons ici n’est pas fondé sur le simple raisonnement, puisque , comme l’attestent les deux observations précédentes et une grande masse d’autres semblables , on rencontre dans l’appareil circulatoire des traces indubitables de phlegmasie, chez les sujets qui ont été affectés de la maladie décrite sous le titre de fièvre inflammatoire ou angio-ténique. Que si l’on nous objecte qu’il existe des cas de fièvre angio-ténique dans lesquels on n’a pas trouvé de rougeur de la membrane interne du cœur, ni de l’aorte , ni des autres vaisseaux , nous répondrons qu’il ne faut pas en
fièvres inflammatoires.
conclure que ces organes n ont pas été irrités pendant la vie , et qu’il n’est pas démontré que de simples irritations , que de légères plilogoses laissent toujours sur les cadavres des marques sensibles, des traces évidentes de leur existence. Ainsi donc, de ce que l’on ne trouverait pas constamment la membrane interne du système vasculaire dans un état d’inflammation évidente, dans les cas de fièvre angio-ténique , il ne faudrait en inférer rien autre chose , sinon que les signes anatomiques qui distinguent le degré le moins élevé de cette phîogose sont tellement fugitifs , qu’ils se dérobent à nos moyens d’investigation , et qu’il est même rigoureusement possible que la mort fasse disparaître les faibles traces de l’existence de cette maladie pendant la vie.
21. Je pourrais rapporter ici plusieurs autres exemples de rougeur et d’inflammation, soit du cœur, soit des gros vaisseaux, coïncidant avec la fièvre angio-ténique , que j’ai recueillis moi-même, mais j’aime mieux offrir le suivant, qui a été déjà publié par M. L. Yan Dekeere (1).