CETTE MALADIE
i° Altération anatomique de l'encéphale et des méninges. — Dans le degré le moins élevé de la maladie (1), voici ce que l’on rencontre. Les vaisseaux des méninges et de l’encéphale sont injectés, ce qui donne à ces parties une teinte rouge plus prononcée que celle qui leur est naturelle ; en même temps , le réseau cellulo-vaseulaire qui constitue la pie-mère est sensiblement développé. — Dans un degré plus élevé, l’injection des méninges et du cerveau est très considérable , la pie-mère est gorgée ou même infiltrée de sang ; ce liquide découle en gouttelettes nombreuses de la surface des incisions que l’on pratique dans la substance cérébrale ; l’arachnoïde est légèrement opaque, et la pie-mère manifestement épaissie. La substance cérébrale est, en général, plus ferme, plus consistante que dans l’état naturel ; quelquefois sa densité est telle que l’on croirait que cette substance a macéré pendant quelque temps dans un acide étendu (2). — - Dans un degré encore plus
(1) Lorsque les phénomènes ataxiques sont peu prononce's , et produits sympathiquement par une inflammation plus ou moins éloignée du cerveau , l’irritation encéphalique dont ils dépendent peut ne laisser aucune trace matérielle appréciable de son existence.
(2) M. Pinel met l’augmentation de consistance de la pulpe cérébrale au nombre des altérations que l’ouverture des cadavres lui a fait apercevoir * j il en est de même de M. Broussais.
* Nosographie philosophique, tom. I , pag. 260, 5e édit.
FIÈVRES MALIGNES. 3g 1
élevé de la maladie, outre les caractères anatomiques dont nous venons de parler, on trouve un épanchement plus ou moins abondant de sérosité ou de matière purulente dans la cavité de Faradi-
« Si , dit-il, la mort arrive avant que l’irritation du cerveau «ait eu le temps de se convertir en phlegmasie , l’autopsie ne «découvre que de l’injection et de la dureté dans la substance «cérébrale, de l’injection dans la pie-mère ou de l’opacité dans «l’arachnoïde *. « M. Lerminier, qui a fixé depuis long-temps son attention sur l’endurcissement général de la substance cérébrale, le regarde comme un des caractères anatomiques les plus constants de la fièvre dite ataxique. M. le docteur Gaudet, l’un des élèves les plus distingués de cet habile praticien , considère ce même endurcissement comme l’une des causes matérielles de cette fièvre **. Enfin, j’ai moi -même publié un mémoire sur l’induration dont il s’agit, dans les Archives générales de la Médecine , mémoire où je me suis efforcé de prouver que cette induration pouvait être considérée comme un des effets de l’encéphalite aiguë.
Je sais que cette opinion n’est pas encore généralement ad^ mise. Elle est cependant conforme aux faits que l’observation attentive des caractères anatomiques de l’inflammation nous présente chaque jour. En effet, cette observation ne prouvet elle pas que, dans les phlegmasies des parties molles en général, les premiers phénomènes anatomiques qui se manifestent, sont l’afflux du sang vers la partie irritée, et, partant, l’injection , la rougeur des capillaires les plus ténus , la tuméfaction et l’augmentation de consistance de l’organe malade? C’est avec raison que plusieurs physiologistes , et entre autres M. Richerand, ont comparé les phénomènes d’une phlogose naissante à ceux de l’érection. Que si cette comparaison est juste, faut -il donc s’étonner que l’induration accompagne l’un des premiers degrés de l’encéphalite , c’est-à-dire d’une
* Histoire des phlegmasies chroniques , tom. II, pag. 4o5, 3e édit.
** Becherchcs sur l’endurcissement général de l’encéphale , considéré comme l’une des causes matérielles des fièvres dites ataxiques, thèse soutenue à l’école de Paris, le i3 mai i8z5, par M. Gaudet.
3q2 fièvres malignes.
noïde, des granulations albumineuses , une sorte d’infiltration purulente de la pie-mère : dans ce degré , les méninges sont opaques , comme laiteuses, épaissies; elles se déchirent avec plus de facilité que dans l’état naturel ; c’est particulièrement la pie-mère qui présente cette particularité; elle est devenue fragile et se rompt à la traction, ou s’écrase sous la pression des doigts , comme une portion de tissu cellulaire enflammé. — La face interne de l’arachnoïde est quelquefois recouverte de fausses membranes plus ou moins étendues. La sérosité épanchée , soit dans la propre cavité de l’arachnoïde , soit dans les cavités ventriculaires , est plus ou moins abondante , légèrement trouble , quelquefois laiteuse , d’autres fois rougeâtre. La substance cérébrale est souvent plus molle que dans l’état naturel, quelquefois
maladie qui n’est en quelque sorte alors qu’une érection pathologique de la substance cérébrale ?
On objectera, peut-être, que l’inflammation du cerveau ayant été décrite, dans ces derniers temps, sous le nom de ramollissement de cet organe, il est étrange de considérer l’augmentation de consistance de ce même organe comme un caractère de son inflammation. Que signifie une semblable objection ? quoi ! parceque la phlegmasie du tissu cellulaire et de quelques organes parenchymateux, parvenue à un certain degré, en produit le ramollissement et la liquéfaction , faudrat-il dire que cette phlegmasie, dans sa première période , ne détermine pas un engorgement et une induration très remarquables des parties indiquées? Une telle conclusion serait démentie par les faits les plus incontestables. Avouons donc que l’augmentation et la perte de consistance de la pulpe cérébrale ne sont que deux degrés différents d’une même maladie, que deux nuances de l’encéphalite.
FIÈVRES MALIGNES. 090
infiltrée d’une certaine quantité de pus , ou même parsemée de petits abcès.
2° A Itérations anatomiques des organes autres que Vencèpkale. Dans la fièvre ataxique simple dont nous nous occupons actuellement , l’appareil cérébro-spinal est le seul qui présente des altérations notables.
Il est évident que dans les fièvres ataxiques compliquées , telles que celles dites gastro-ataxiques , ataxo-adynamiques, etc., on rencontre les altérations propres aux maladies complicantes , altérations que j’ai décrites dans les précédents chapitres de cet ouvrage. Enfin, comme il n’est presque aucune phlegmasie un peu grave qui ne puisse déterminer consécutivement les symptômes ataxiques, il est clair que l’on peut également trouver après la mort les traces de toutes les diverses plilegmasies.
Les altérations matérielles du cerveau que l’on rencontre dans la fièvre dite ataxique , se réunissent en quel’ que sorte aux symptômes pour prouver de concert q ue cette maladie est une véritable encéphalite aigu ë : voyons maintenant si l’exposition des causes nou s conduira au même résultat.