‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 75 sur 113 · SIMPLE · texte numérisé non relu

SIMPLE

§ Ier. S YM PTOM E S.

212. Les symptômes de cette maladie sont de deux ordres : les uns peuvent être désignés sous le titre de phénomènes d’irritation , et les autres sous celui de phénomènes de prostration ou de collapsus.

i° Phénomènes d’irritation.

A. Lésions fonctionnelles des organes des sens , de r entendement et des mouvements volontaires. — Une céphalalgie plus ou moins intense se déclare; tous les sens présentent une susceptibilité extraordinaire ; l’œil ne peut supporter l’impression de la lumière , la pupille est contractée , les malades éprouvent des éblouissements ; le moindre bruit blesse l’ouïe, et il se manifeste des tintements d’oreille ; l’attouchement le plus léger irrite les malades, et détermine quelquefois des secousses spasmodiques ; plusieurs de ces malades n’ont que des idées incohérentes plus ou moins bizarres, ils ne reconnaissent plus les personnes qui leur sont les plus chères , leurs réponses sont ordinairement étrangères aux questions qu’on leur fait ; quelques uns cependant , dont on parvient à fixer l’attention, répondent avec justesse à certaines questions;

FIÈV11ES MALIGNES. 387

les uns sont assez calmes, gais même, et chantent au milieu de leur délire; les autres sont plus ou moins agités, et éprouvent des mouvements convulsifs ; alors, les membres sont le siège de tremblements spasmodiques, les muscles fléchisseurs les courbent dans leur sens , et les y retiennent avec énergie; les tendons sont agités de soubresauts; les yeux roulent convulsivement dans leurs orbites, le sourcil se fronce , la face éprouve des contorsions variées , et l’on observe des grimaces de toute espèce , des grincements de dents avec serrement violent des mâchoires (trismusj; quelquefois, les muscles respiratoires eux-mêmes sont atteints de spasmes convulsifs, et de là, l’agitation plus ou moins violente de la respiration; dans quelques cas, il se manifeste des accès convulsifs qui ressemblent à ceux de l’hystérie ou de l’épilepsie ; chez certains individus, les traits de la face, le regard, la voix, la parole , les gestes, tout respire la menace, la colère, la fureur , et inspire l’effroi ; si l’on n’entourait de liens ces furieux, ils s’élanceraient de leur lit , et commettraient , soit sur les personnes qui les approchent, soit sur eux-mêmes, les actes les plus violents; leur délire, en un mot, ressemble à celui de la rage(i), et peut-être est-il arrivé quelquefois qu’on a pris pour un véritable

enragé un individu simplement affecté de la ma-

(1) Le sujet de l’observation xlviiï était dans un état que l’on aurait pu confondre avec celui d’un homme enragé. Cet homme était une espèce de tableau vivant de la fureur.

588 fièvres malignes.

ladie dont nous venons de tracer Feffrayant tableau.

B. Lésions fonctionnelles des organes de la respiration * de la circulation , de la calorification , de la digestion et des sécrétions. — Respiration fréquente, saccadée et convulsive pendant les accès convulsifs généraux; gémissements, soupirs, cris plaintifs, hoquet, quelquefois sentiment de constriction à la gorge, avec menace detouffement (1) ; pouls fréquent, vif, serré , résistant, plus ou moins développé , augmentant considérablement de vitesse pendant les accès convulsifs ; injection et chaleur de la peau en général , et de celle du visage en particulier ; chaleur plus marquée à la tête que partout ailleurs; rougeur de la conjonctive et de la membrane muqueuse buccale. — Perte absolue de l’appétit, soif vive, quelquefois vomissements; urines, en général , rares, plus ou moins foncées en couleur ; transpiration cutanée ordinairement supprimée ; quelquefois cependant, et principalement à la suite des convulsions , la peau se couvre d’une sueur abondante , épaisse et visqueuse ; l’œil , en même temps qu’il est injecté , est ordinairement sec; quelquefois néanmoins, il est arrosé de larmes involontaires ; la bouche est également sèche dans le plus grand nombre des cas ; quelquefois elle est abreuvée d’une salive abondante et visqueuse.

(i) Le sujet de l’observation xlvi nous a présenté un exemple remarquable de ce phénomène.

FIÈVRES MALIGNES

2° Phénomènes de prostration.

Hébêtement , paralysie de la vue, de l’ouïe, de la sensibilité générale , de l’intelligence et des mouvements volontaires ; assoupissement , état comateux; les membres, de roides et contractés qu’ils étaient, retombent comme des corps inertes, lorsqu’après les avoir soulevés, on les abandonne à leur pesanteur; les yeux ne sont plus fermés par la contraction convulsive des paupières , mais bien par la chute en quelque sorte paralytique de la paupière supérieure au-devant du globe oculaire ; si l’on relève celle-ci, elle ne tarde pas à retomber ; la dilatation des pupilles succède souvent à leur contraction ; la circulation et la respiration se ralentissent ; le pouls devient quelquefois irrégulier, intermittent; quelquefois aussi , la respiration devient elle-même irrégulière, inégale , stertoreuse ; la chaleur générale diminue, ainsi que la congestion faciale et la rougeur des yeux. *

Il n’est personne qui ne reconnaisse dans le tableau que nous venons de tracer de la fièvre ataxique, une phlegmasie aiguë et fébrile de l’encéphale et de ses membranes.

21 3. Examinons maintenant si les altérations organiques confirmeront les inductions fournies par les symptômes.

FIÈVRES MALIGNES

5go

Page 1