SYMPTÔMES DES TYPHUS
A. Symptômes du typhus proprement dit , ou du typhus noslras (2).
2 2 3. i° Lésions des fonctions sensitives et intellectuelles. Céphalalgie plus ou moins vive * face étonnée, offrant l’apparence d’un état d’ivresse ou de stupeur profonde; tintements, bourdonnements d’oreilles, pesanteur de tête, vertiges, délire obscur et taciturne , incohérence des idées , hallucinations variées , assoupissement d’où , lorsque la maladie n’est pas très intense , les malades sortent assez facilement ; retirés de cet assoupissement , ils regardent autour d’eux avec un air d’étonnement et d’indifférence mêlée de tristesse , prennent les boissons qu’on leur présente, sans paraître y faire la plus légère attention , et répon-
(1) Les auteurs qui se sont occupes spécialement des typhus sont : Chirac, Poissonnier-Desperrières , Pringle , Hildenbrand, MM. Pinel, Dalinas , Devèse , Baüy , François, Pariset , Audouard , Moreau de Jonnès, Thomas , Rochoux, Lassis , Dcsgenettes , Larrey , etc. Nous renvoyons à leurs ouvrages ceux qui voudront connaître en détail l’histoire de ces maladies.
(2) La description que je vais pre'senter des symptômes du typhus est copiée sur celle qu’en ont donnée Hildenbrand et M. le professeur Pinel.
dent lentement, mais quelquefois avec justesse, aux questions quon leur adresse; répétition involontaire et automatique des actions particulières à la profession des malades ; au plus haut degré de la maladie , articulation confuse de mots d’autant plus inintelligibles , que la croûte sèche et noirâtre qui recouvre la langue gêne considérablement les mouvements de cet organe; les malades sortent difficilement de l’état comateux où ils sont plongés , et y retombent presque aussitôt qu’ils en ont été retirés ; quelques uns sont agités d’un délire frénétique , auquel succède un état soporeux et comme apoplectique ; leur sommeil est inquiet , troublé par des rêvasseries ; une agitation intérieure violente tourmente tous les sujets, même ceux qui paraissent dormir; ils éprouvent un sentiment de malaise général , de lassitude et de brisement dans les membres et dans les lombes ; le tact , l’ouïe , la vue , le goût , l’odorat, passent d’une exaltation extrême dans un état demoussement paralytique.
2° Lésions des fondions musculaires. Prostration des forces musculaires, décubitus en supination, parole faible, lente, analogue à celle d’une personne à moitié endormie , quelquefois brève , précipitée et avec une sorte de bredouillement ; les malades ont de la peine à montrer la langue, -et, quand ils Font montrée , ils l'oublient pendant quelques moments hors de la bouche , et ne la retirent que lentement; les membres sont souvent agités de tremblements spasmodiques , ou fléchis
^(>4 fièvres épidémiques.
convulsivement; les tendons éprouvent des soubresauts, les mâchoires sont serrées ; quelques malades éprouvent des convulsions assez violentes dans diverses parties, et des grincements de dents.
5° Lésions de la circulation de la calorification et des sécrétions. Pouls fréquent, plein sans être raide , dans la première période de la maladie ; fréquent, petit, déprimé , irrégulier, dans la dernière période; il offre cent vingt, cent trente pulsations, et meme plus, par minute; quelquefois il est à peine sensible , ou tout-à-fait éteint dans un bras; la dilatation de l’artère est plus marquée que sa contraction. ( Hildenbrand. ) — Frissons , tremblements , entremêlés de bouffées de chaleur, au début de la maladie; puis , sentiment d’une chaleur générale , soit extérieure, soit intérieure ; la chaleur de la peau est sensible au tact de l’observateur; elle est sèche, âcre et brûlante, ou douce et h a 1 i tueuse ; vers le 4e j le 5e , ou le 6e jour , il se manifeste à la surface du corps des rougeurs , de petites pustules et des pétéchies ; il survient quelquefois un ictère , plus tard une desquamation. de l’épiderme; il n’est pas très rare d’observer de petits épanchements de sang dans le tissu cellulaire , et un gonflement inflammatoire des ganglions lymphatiques , et même un véritable phlegmon des régions parotidiennes ; suivant Hildenbrand , il apparaît , dans certains cas , des taches gangréneuses et des charbons ; M. Desgenettes, dans l’épidémie de Torgau , a vu , chez un malade , survenir un anthrax ; des hémorrhagies
des membranes muqueuses , et particulièrement des épistaxis, se manifestent; en même temps ces membranes sont rouges et injectées , du moinslàoù elles sont appareilles , comme aux yeux, dans les fosses nasales et dans la bouche ; elles sont sèches , ainsi que la peau , ou , au contraire , recouvertes d’une couche de mucosités plus abondantes que dans l’état naturel, lesauelles en se desséchant, et en se combinant avec une certaine quantité de sang, forment des croûtes qui obstruent les narines , et tapissent la langue, les dents, les gencives et les lèvres ; les urines sont peu abondantes, en général assez claires, bien que plus ou moins foncées en couleur et très chaudes.
4& Lésions des fondions digestives.XJ ne soif plus ou moins ardente accompagne la rougeur et la sécheresse de la bouche et surtout de la langue; celle-ci, d’abord rouge et plus ou moins saburrale, devient rugueuse , racornie, dure , brune ou noirâtre , et semble pour ainsi dire brûlée ou rôtie ; la membrane muqueuse du pharynx est rouge, engorgée , la déglutition difficile; l’appétit est nul , des nausées et des vomissements se déclarent; les malades éprouvent un sentiment de constriction dans la région épigastrique; les hypochondres sont tendus, sensibles à la pression ; l’abdornen se météorise ; ilsurvient ordinairement des selles liquides, jaunes, verdâtres, noirâtres, quelquefois sanguinolentes et dysentériques, toujours très fétides.
5° Lésions de la respiration. L’haleine des malades est chaude et fétide ; quelques uns éprouvent
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de la douleur au larynx, ou dans les côtés de la poitrine, et de l’oppression ; ils toussent et n’expectorent qu’avec difficulté, ce qui tient, sans doute , en grande partie, à ce que les muscles respirateurs partagent la prostration du système musculaire en général ; la toux les fatigue beaucoup : crachais quelquefois mêlés de sang , hoquet , gémissements , soupirs involontaires.
Dans certains cas , tous les symptômes se dissipent graduellement, et il se manifeste en même temps quelque évacuation plus ou moins abondante , telle qu’une hémorrhagie nasale, une cliaphorêse d’une odeur particulière (Hildenbrand), une diurèse, une diarrhée. — La convalescence est longue.
Lorsque la maladie doit se terminer d’une manière funeste, les malades présentent l’état suivant: langue noire, fuligineuse, fétidité plus prononcée de l’haleine, des selles, de l’urine et de tout le corps ; lividité de la peau , augmentation de l’étendue des pétéchies, hémorrhagies, eschares gangréneuses et ulcération des parties qui supportent le poids du corps ; gangrène des plaies des vésicatoires qui ont pu être appliqués dans le cours de la maladie ; météorisme et douleur de l’abdomen plus considérables, tremblement convulsif universel, convulsions, délire, gesticulations, carphologie, hoquet, trismus, sorte d’état hydrophobique.... Ces symptômes sont suivis d’un état comateux, avec paralysie universelle des sens, des mouvements et de 1 intelligence. Une sueur froide et visqueuse couvre le corps , et les malades succombent.
B. Sypmtômes du typhus jaune (Fièvre jaune) (1).
\° Lésions des fonctions sensitives et intellectuelles. Céphalalgie vive et aiguë , rachialgie souvent déchirante, sentiment de lassitude et de malaise général, douleur à l’épigastre et à l’ombilic, sensibilité exagérée des sens , surtout quelques jours après l’invasion de la maladie; la peau, chez un grand nombre de malades , est tellement sensible* qu’on ne peut les toucher sans leur faire jeter des cris ; face présentant un air d’étonnement , de stupeur, d’inquiétude ou de mélancolie; vertiges, insomnie, ou sommeil troublé par des rêvasseries; plusieurs malades sont sans délire marqué pendant les premiers temps de la maladie , mais ce symptôme est assez commun dans la dernière période; le délire est rarement frénétique, mais obscur et taciturne ; quand on les interroge , les malades regardent d’un air hébété avant de répondre, parlent lentement, ou au contraire d’un ton brusque, bref, et avec impatience, et ne tardent pas à retomber dans la stupeur et l’assoupissement; ils tirent la langue lentement, et oublient quelquefois de la retirer ; quelques uns ne profèrent aucune parole , d’autres poussent des cris douloureux; la paralysie plus ou moins complète des
(i) C’est particulièrement dans l’ouvrage de MM. Bally , François et Pariset que je puiserai , pour tracer les symptômes delà fièvre jaune. On sait d’ailleurs que, sous le rapport de ses symptômes , cette maladie n’est l’objet d’aucune controverse.
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sens et des fonctions intellectuelles succède souvent à leur exaltation.
2° Lésions des fonctions musculaires . Abattement, prostration plus ou moins profonde, décubitus en supination , quelquefois agitation générale , rigidité ou tremblement convulsif des muscles, soubresauts des tendons ; chez quelques sujets , les mouvements convulsifs des membres sont très violents; les membres thoraciques restent souvent dans un état de flexion spasmodique.
3° Lésions de la circulation , de la calorification et des sécrétions. (Première période de la maladie.) Le pouls est vif et fréquent (1), la chaleur générale augmentée, la transpiration cutanée plus ou moins abondante ; des frissons précèdent ordinairement l’élévation de la température du corps, et l’apparition des sueurs ; dans cette période , il ne se manifeste point d’hémorrhagie , si ce n’est l’epistaxis, laquelle survient elle-même très rarement à cette époque ; la face et les yeux sont rouges, brillants, injectés.
( Seconde période. ) Le pouls perd tout- à coup sa fréquence et sa vivacité, il devient même plus lent que dans l’état naturel, se rapetisse et se ramollit; le soir, le nombre de ses pulsations augmente sensiblement; des épistaxis se manifestent ; les matières vomies contiennent des filets de sang, et ce liquide commence à suinter sur quel-
(i) MM. Bally, François et Pariset affirment que, dans l’epidémie de Barcelonne (1821), le pouls n’atteignait jamais cent pulsations.
ques points de la membrane muqueuse buccale ou intestinale (1); quelques taches pétéchiales apparaissent à la surface du corps; la rougeur, l’injection de la face et des yeux, diminuent; l’ictère commence à se manifester.
( Troisième période. ) Les hémorrhagies se renouvellent et deviennent plus abondantes; elles ont lieu à l’intérieur comme à l’extérieur; les pétéchies augmentent d’étendue et de profondeur; l’hémorrhagie buccale se manifeste chez un très grand nombre de sujets , et elle augmente considérablement la fétidité de l’haleine; un sang noirâtre souille les lèvres, le menton, les joues et le cou des malades; la matière des vomissements est composée, en grande partie, de sang, et bientôt cette matière devient semblable à du marc de café ( mélanhème ou vomissement noir) ; certaines de ces hématémèses sont excessives , et l’on a peine à concevoir comment les malades peuvent survivre pendant plusieurs jours à des hémorrhagies aussi prodigieuses (2) ; le pouls devient de plus en plus petit , lent et misérable ; syncopes ; le pouls dis-
(1) Des selles sanguinolentes annoncent l’existence de l’hémorrhagie intestinale.
(2) MM. Bally, François et Pariset n’ont trouve' dans les ■produits du vomissement aucune odeur particulière ; lorsque c’est du sang pur ou du mélanhème que l’on flaire , on sent une odeur fade et nauséabonde : suivant ces médecins, les matières vomies , posées sur la langue , y laissent une faible impression d’apreté qu de suh-acidité. Ils pensent que le mélanhème pourrai contenir des atomes d’acide sulfurique , mais ils n’osent l’affirmer.
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paraît quelquefois complètement plusieurs heures avant la mort. (Chez deux hommes, MM. Bally, François et Pariset ont vu une suspension complète du pouls qui dura plusieurs jours. ) Dans certains cas , le pouls se relève , et bat avec rapidité dans les derniers jours de Inexistence des malades ; il est parfois irrégulier et intermittent ; la chaleur baisse d’une manière très remarquable, et finit par s’éteindre entièrement ; l’ictère fait des progrès et s’étend quelquefois à tout le corps , en même temps que la conjonctive est d’un jaune foncé; il n’est pas rare quelle soit le siège d’un engorgement sanguin très considérable; quelques observateurs assurent même avoir vu survenir des hémorrhagies de l’œil. ( Ces hémorrhagies n’ont pas été observées dans l’épidémie de Barcelonne. ) Les urines , qui n’avaient présenté rien de notable durant les deux premières périodes, sont de moins en moins abondantes dans celle-ci , et finissent par se supprimer complètement ; il survient quelques fois des parotides.
Les médecins qui ont décrit l’épidémie de Barcelonne n’ont jamais vu de bubons; ils ont observé des inflammations gangréneuses de la peau et du tissu cellulaire, tantôt survenues spontanément, et tantôt consécutives aux plaies des vésicatoires, etc.
4° Lésions des fondions digestives. ( Première période. ) Langue blanche, ou d’un rouge assez vif, tantôt molle et aplatie, tantôt dure et contractée ; soif peu prononcée , sentiment de quelque chose de lade dans la bouche , disposition au ptya-
lisme , répugnance pour les aliments, quelquefois sentiment de douleur et de constriction à la gorge, nausées , éructations sèches ( ascos secos des Espagnols), sentiment de pesanteur , d’anxiété , de constriction ou de véritable douleur dans la région épigastrique; vomissements de mucosités claires, ou d’une bile jaune plus ou moins amère, sans mélange de sang; constipation, point de météorisme du ventre, coliques plus ou moins aiguës, ordinairement sourdes et profondes, occupant la région ombilicale, et n’augmentant pas à la pression du ventre.
( Deuxième période. ) La langue ne présente pas de grands changements; les nausées , les éructations et les vomissements continuent; les produits de ces derniers sont mêlés d’une petite quantité de sang; les douleurs abdominales persistent , les selles sont rares.
(Troisième période. ) Langue sèche, fendillée, rouge, saignante, douloureuse, quelquefois brune, noirâtre, contractée, dure, racornie, et comme rôtie , d’autres fois recouverte d’une couche muqueuse , jaune ou blanche * qui se détache par fragments, et qui masque la rougeur de l’organe ; vomissement de sang pur , noir, ou d’une matière analogue à du marc de café, ou à de la suie délayée dans un liquide (1); éructations continuelles très pénibles, ordinairement tout-à-fait gazeuses; le
(i) Chez quelques individus, il ne se manifeste pas de vomissements noirs , bien que , à l’ouverture de leur corps , on trouve l’estomac rempli de mélanhème ,
gonflement des hypocondres et de l’épigastre, le météorisme et le ballonnement du ventre, ne sont pas très considérables ; les malades rendent par les selles des matières analogues à celle du vomissement; les déjections alvines sont donc sanguinolentes , brunâtres, ou entièrement noirâtres, épaisses, poisseuses, et d’une extrême fétidité; elles contiennent quelquefois des vers.
5 0 Lésions de la respiration. ( Première période.) Cette fonction est en général peu troublée; quelquefois les mouvements d’inspiration sont plus courts et plus fréquents ; quelques malades éprouvent des hoquets , soupirent ou gémissent involontairement ; il existe rarement de la toux ou des douleurs de côté ; l’haleine est un peu chaude et fétide.
( Deuxième période. ) L’état de la respiration reste à peu près le même , la chaleur de i’haleine semble seulement diminuer un peu.
( Troisième période.) Les hoquets , les soupirs et les gémissements sont plus fréquents ; plusieurs maladespoussent des cris déchirants, aigus, comme s’ils étaient menacés d’un grand danger; la fétidité de l’haleine est plus prononcée.