‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 83 sur 113 · C. Symptômes du typhus oriental (Peste · texte numérisé non relu

C. Symptômes du typhus oriental (Peste

M. Dcsgencttes a tracé de la manière suivante la description des symptômes de la peste , qu’il eut occasion d’observer, en Egypte , pendant l’an YI1 ( 1 798 ) (1 ).

(1) On sait quel zèle déploya cet illustre me'decin pendant

La maladie présentait trois degrés.

« Premier degré . Fièvre légère , sans délire ; «bubons. ( Presque tous les malades guérissent «facilement et promptement.)

» Second degré. Fièvre , délire et bubons ; le «délire s’apaise vers le cinquième jour , et se ter- » mine , ainsi que la fièvre, vers le septième. (Plu- » sieurs malades guérissent).

» Troisième degré. Fièvre, délire considérable, «bubons , charbons ou pétéchies, séparément ou «réunis; rémission ou mort, du troisième au «cinquième ou sixième jour. ( Très peu de guérisons) (i).«

L’état fébrile qui accompagne la peste peut être, selon M. Pinel , inflammatoire, gastrique , adynamique ou ataxique (2). Les autres symptômes varient, dit -il, suivant que le principe contagieux a porté plus ou moins directement son impression sur les viscères de la tête , de la poitrine ou du bas-ventre , et suivant que ses effets

toute îa durée de cetle terrible épidémie : on sait surtout ( et la postérité la plus reculée en conservera le souvenir avec admiration), on sait que, pour rassurer les imaginations et le courage ébranlé de l’armée , M. Desgenettes s’inocula lui -meme la peste. Certes, une semblable action mérite d’être placée parmi les traits d’une intrépidité vraiment héroïque.

(1) Histoire médicale de V armée d Orient. Paris, 1802, in-8°.

(2) Nous savons maintenant à quelles altérations organiques rapporter les divers groupes de symptômes compris sous ces expressions.

se sont combinés avec l’influence des causes locales (i).

ARTICLE II

LESIONS ORGANIQUES OBSERVEES DANS LES TYPHUS.

A. Lésions organiques observées dans le typhus proprement dit.

224. Chirac , qui ouvrit plusieurs des malades qui succombèrent dans l’épidémie de Rochefort , observa les altérations suivantes : cerveau engorgé de sang d’un rouge foncé , ou livide dans toute sa substance ; foie pareillement enflammé , et engorgé de sang ; estomac et intestins rouges , enflammés et parsemés de taehes livides ; ventricules du cœur, veine cave , veine porte , ainsi que ses divisions , remplis de sang altéré , en grumeaux , plus ou moins caillé ; sérosité sanieuse entre les membranes du cerveau et dans l’abdomen.

Voici les résultats que Tringle a recueillis de l’ouverture de sept malades: chez le premier, on trouva trois onces de matière purulente dans les ventricules du cerveau , qui était flasque et mou ; une matière analogue existait sur le cervelet. ( Les symptômes dits ataxiques avaient été observés chez ce sujet. ) — ■ Le deuxième malade avait le cerveau suppuré. — Le troisième offrit une suppuration au cervelet. — Chez le quatrième et le cinquième , la substance corticale était

(1) Nosographie philosophique j tom. I, pag. 297.

enflammée , les intestins grêles étaient fort enflammés , et les gros corrompus. ( Il y avait eu de la diarrhée.) — Le sixième n’offrit aucune altération du cerveau.-— Le septième , avait un abcès dans les orbites , le cerveau très flasque , avec séf rosité dans les ventricules de cet organe.

Poissonnier-Desperrières a noté les altérations suivantes : « Malgré les symptômes cérébraux , le cerveau, coupé par tranches sur vingt cadavres , parut toujours dans letat sain (i) , si l’on en excepte deux sujets, chez lesquels les vaisseaux de cet organe étaient engorgés. Les viscères abdominaux, au contraire, offrirent des désordres sensibles. — Foie souvent livide , mollasse , parsemé de taches cendrées et noirâtres , sous lesquelles on apercevait des gouttelettes de sang grumelé et dénaturé. Des taches parsemaient, çà et là , les intestins de presque tous les cadavres, et chez quelques uns le sphacèîe s’était emparé d’une portion du cylindre intestinal, qui renfermait tantôt des vers, tantôt des excréments délayés, d’une puanteur insupportable.— Quelquefois , les poumons étaient le siège d’engorgements et de suppurations gangréneuses. —Le cœur était rempli d’un sang noir et dissous. »

Hildenbrand a remarqué les altérations que voici : parties molles „ friables, lâches, sans élasticité ; gaz abondants dans la cavité abdominale ;

(i) A l’ëpoque (1757) où Poissonnier-Desperrières fit des ouvertures , on ne savait pas à quels caractères reconnaître que le cerveau était plus ou moins différent de son état normal.

sang veineux ac/iteux , sans consistance; vaisseaux du cerveau engorgés, extravasation sanguine dans cette partie, abcès de la substance cérébrale, et suppuration des méninges; mollesse du cerveau; intestins communément enflammés, et quelquefois gangrénés.

M. Pinel, sur un militaire mort du typhus, en 1 8 1 4 ? observa «une congestion dans les mem- )>branes muqueuses de Pamère-bouche.» Chez un autre, on trouva « une forte affection des mem- » hranes muqueuses intestinales , que l’on pourrait » définir, ditM. Pinel, non une inflammation fran- » che , mais une espèce d3 excitation catarrhale (i). »

B. Lésions organiques observées dans la fièvre jaune.

MM. Bally, François et Pariset, sur dix-neuf sujets qu’ils ont ouverts pendant lepidémie qui a ravagé la Catalogne, en 1821, ont trouvé les altérations suivantes :

« i° Aspect extérieur des cadavres . Peau pres- » que toujours d’un jaune d’ocre ou de citron, avec «plaques brunes aux paupières, au front, à la face, «aux membres, et quelquefois au tronc; rougeur «cadavérique des parties déclives très prononcée ; «pétéchies plus ou moins nombreuses , rosées, ou » tirant sur le brun ; gonflement inflammatoire des «régions parotidiennes, érythèmes, et excoria- «tions noirâtres du scrotum , chez quelques sujets.

(1) M. Brcschet, chez plusieurs sujets morts du typhus , a trouvé des traces évidentes d’inflammation dans les veines encéphaliques et dans les sinus veineux du crâne.

«Muscles en général sains, fermes, et n exhalant » aucune odeur particulière ; quelquefois les ecchy- » moses pénètrent jusque dans leur tissu ; quelque- »fois aussi, mais rarement, leurs fibres se déclii- » rent très facilement.

» 2° Encéphale et ses dépendances . Sinus longi- «tudinaî supérieur assez souvent rempli dun sang » fluide ; arachnoïde et pie-mère sans altérations «sensibles, dans plusieurs cas; chez certains su- » jets , opacité de la première de ces membranes, «avec enduit albumineux, ou comme gélatineux «à sa surface; pulpe cérébrale saine, du moins en » apparence ; même état du cervelet, quantité mé- «diocre de sérosité dans les ventricules ; quelque- » fois il existait des collections sanguines à la base » du crâne , ou bien entre le crâne et la dure-mère ; «protubérance annulaire et moelle alongée sans «lésion remarquable. La portion cervicale du rachis » n’a présenté aucune altération ; il en était de «même, dans la majorité des cas, de la région «dorsale, où Ton trouvait cependant quelquefois «un épanchement sanguin ; dans les régions lom- «baire et sacrée, le cordon rachidien était presque «toujours environné d’une copieuse quantité de «sérosité jaunâtre, limpide, où l’on voyait surnager quelques gouttelettes huileuses. ( Le poids » du liquide variait depuis deux gros jusqu’à celui «de deux onces et demie environ. ) La dure-mère «vertébrale, lorsqu’on avait enlevé les apophyses » épineuses, était fortement distendue par cette sé- » rosité ; les membranes de la moelle ont rarement

» offert des altérations; chez un malade seulement, » une portion de leur étendue était vivement injectée; après l’incision des méninges, la pulpe mé- »dullaire paraissait molle 9 et en quelque sorte » difflaente; la queue de cheval était peut-être plus » molle que de coutume; peut-être aussi les cor- »dons sacrés offraient-ils plus de rougeur; à la » partie inférieure de la région dorsale du canal »> rachidien , et à la partie supérieure de sa région «lombaire, entre le corps des vertèbres et la dureamère, existait très souvent un épanchement de «sang fluide; l’épanchement s’opérait quelquefois «dans le sac.de l’arachnoïde.

« 5° Appareil de la respiration et de la circulation. «Dans des cas fort rares, la membrane mu- «queuse bronchique, vers la bifurcation des bron- « ches, a paru superficiellement phlogosée , et la «plèvre plus rouge que de coutume; on a trouvé » une fois un épanchement sanguin dans la plèvre. «Les poumons étaient presque toujours sains; «deux fois seulement ils ont été trouvés gorgés «de sang et peu crépitants; leur extérieur sem- «blait plus noir que de coutume. Le péricarde «contenait souvent de la sérosité jaunâtre (chez » un petit nombre de sujets, on en a recueilli quantre à cinq onces ) ; il renfermait aussi quelque- » fois une certaine quantité d’un sang noir et fluide. «On n’apercevait point de traces d’inflammation «sur le cœur; sur trois sujets seulement, cet or- «ganc se déchirait avec une grande facilité. Le «sang contenu dans ses cavités est noir et fluide,

«et présente à peine quelques caillots petits et dif- »lluents ; il en est de même de celui renfermé dans »les vaisseaux artériels et veineux.

» 4° Appareil digestif et ses annexes. On trouvait assez souvent une certaine quantité de sang » dans la bouche , et quelquefois des érosions «comme scorbutiques des gencives; dans ces cas «seulement , la bouche exhalait une odeur fétide. «On n’observait rien dans le pharynx ni dans l’œ- «sophage. Quant à l’estomac, il était bien rare- «ment exempt d’inflammation. Sa membrane in- « terne était rouge , violette, ecchymosée. La rou- «geur existait par plaques arrondies, peu étendues, «distinctes ou oblongues , et se confondant entre » elles ; l’inflammation était tantôt générale et tan- » tôt partielle; dans ce dernier cas, elle siégeait «plus spécialement vers les orifices de l’estomac. «On trouvait rarement la membrane muqueuse de » cet organe gangrenée; ses autres membranes étaient «intactes. Les intestins grêles participaient en «général à l’état de l’estomac; ils étaient même » quelquefois le foyer d’une inflammation plus pro- » fonde; mais plus on approchait de la fin du tube » intestinal, moins les traces d’inflammation étaient «apparentes, et elles existaient rarement dans les «gros intestins. On a trouvé du sang pur dans l’es- «tomac : il était fluide , et en remplissait quelque- » fois toute la capacité. Rien de semblable n’exisî>tait dans les intestins. Le sang ainsi épanché, à » l’état de pureté, se rencontrait dans le huitième «des cadavres environ. L’estomac contenait quel-

» quefois une espèce de bouillie grisâtre, semblable »à de la farine de graine de lin délayée et altérée; „ dans ces cas , l’inflammation gastrique était plus «vive, plus étendue; cette matière n’avait aucun «rapport avec la nature du sang, ni avec celle du » mélanheme ; on ne la rencontrait point dans les «intestins. Dans les sept dixièmes des nécropsies , «l’estomac contenait un liquide brunâtre, mêlé » de flocons plus ou moins abondants , et sembla- «blés à du marc de café ou à de la suie délayée » dans l’eau ; ce liquide était quelquefois noir «comme de l’encre. La matière brunâtre s’éten- «dait communément jusque dans le rectum ; plus «elle s’éloignait de l’estomac, plus elle devenait «épaisse et noire. Il s’échappait, par les ouvertu- » res faites à l’estomac et aux intestins , des gaz «d’une odeur désagréable. Des vers lombrics, or- «dinairement morts , se rencontraient quelquefois «dans l’estomac et les intestins. La rate était le «plus souvent parfaitement saine; deux fois seu- «lement elle fut trouvée mollasse, facile à déchi- «rer, et se réduisant, par la pression , en une es- «pèce de bouillie couleur lie de vin. Le pancréas, «le mésentère , l’épiploon et le péritoine n’offrirent » rien de particulier. Le foie n’offrait non plus aucune altération dans sa structure; mais il était » d’un jaune rhubarbe , et souvent très volumineux. «La vésicule du fiel avait une couleur tantôt d’un » vert foncé, tantôt d’un brun noirâtre ou d’un rouge «obscur très singulier ; habituellement pleine, elle «était cependant quelquefois rétrécie et comme

» flétrie. La bile était rarement jaune, mais ordinairement noire, verdâtre ou rouge. Jamais les » reins ni leurs dépendances ne présentèrent de «lésions. La vessie était tantôt pleine , tantôt vide , «tantôt distendue, tantôt rétrécie; dans certains «cas , sa membrane interne était phlogosée et ec- «chymosée; deux fois on trouva cette membrane » tapissée d’une matière noire et poisseuse, produite «probablement par un léger suintement de sang.»

Les lésions les plus constantes observées par M. Rochoux sont : l’inflammation de l’estomac , l’inflammation de la vésicule et des canaux biliaires, l’inflammation des reins (i).

M. Audouard a observé les mêmes altérations que MM. Bally, François et Pariset.

M. Thomas, secrétaire général de la Société de médecine de la Nouvelle-Orléans , sur dix cadavres qu’il ouvrit, pendant l’épidémie de 1822, trouva chez la plupart un épanchement considérable de sang noir dans le rachis et les muscles environnants, une couleur rosée des membranes de la moelle épinière , et des traces certaines d’inflammation gastrique (2).

(1) Rochoux, Recherches sur la fièvre jaune ; Paris, 1822, in-8°. — Il est douteux que la maladie observée par M. Rochoux, dans les Antilles , fut réellement miasmatique et contagieuse. M. Rochoux pense même le contraire : il pense également qu’il n’en e'tait pas ainsi de celle de Barcelone. Comme je ne m’occupe ici que des maladies vraiment miasmatiques , je ne pourrai faire aucun usage de l’ouvrage intéressant de cet observateur distingué.

(2) Thomas, Essai sur la fièvre jaune cl’ Amérique j Paris, j823, in-8° , pag, i5o.

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