‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 91 sur 113 · HECTIQUES · texte numérisé non relu

HECTIQUES

287. La fièvre hectique est une maladie si commune, qu’il n’est pas un seul praticien qui n’en ait observé plusieurs exemples. Hippocrate, Galien, Ætius , Paul d’Ægine, etc., ont décrit les symptômes de cette affection.

288. Trnka a eu la patience vraiment germanique de rassembler tout ce qu’on avait écrit sur la fièvre hectique , et il en a fait la base d’un ouvrage qui a pour titre : Historia febris hecticœ omnis œvi observata continens (1).

Cet ouvrage , précieux pour le temps où il parut, trouverait à peine un seul lecteur aujourd’hui.

Trnka 11’avait compris dans son Traité que la fièvre hectique, qu’il appelle essentielle , et il en avait exclu les fièvres hectiques provenant de la suppuration des viscères. De nos jours, on aurait bien de la peine à faire un gros volume sur la fièvre hectique, en la considérant sous le même point de vue que l’a fait Trnka.

289. Yingt ans après la publication de l’ouvrage de Trnka , M. Broussais composa sa Dissertation sur la fièvre hectique ; et, circonstance singulière, cet auteur , à l’imitation de Trnka, ne s’occupe que des cas « où la fièvre hectique se présente sans «être déterminée par quelque désordre local intéressant la texture d’un viscère (2). » Il donne également le nom d 'essentielle à cette fièvre hectique.

290. «Si la fièvre hectique se rapproche des «fièvres primitives sous plusieurs rapports , il faut «avouer aussi , dit M. Pinel, qu’elle est si souvent «symptomatique, qu’on ne saurait tout-à-fait la

(1) Vindobonæ, 1783.

(2) Recherches sur la fièvre hectique } considérée comme de'pendante d’une lésion d’action des differents systèmes , sans vice organique. Paris, an xi — i8o3.

«confondre avec elles (1) Dans un autre endroit de la Nosographie philosophique , on trouve cette proposition: «La fièvre hectique est quel* » quefois essentielle , mais le plus souvent sym- «ptomatique (2).»

291. On voit par la lecture de ces deux passages de Touvrage de M. Pinel , que cet auteur n’admet pas de différence essentielle entre la fièvre symptomatique et la fièvre essentielle . puisque, suivant lui, «la fièvre hectique ou chronique est tantôt «essentielle et tantôt symptomatique.» Il est évident que si M. Pinel eût pensé, en écrivant les passages indiqués , que la fièvre symptomatique était essentiellement différente de la fièvre primitive ou essentielle, il n’aurait pas avancé qu’une même fièvre est tantôt essentielle et tantôt symptomatique, Car, comment une même fièvre pourraitelle être tantôt essentielle et tantôt symptomatique , si la nature de la fièvre essentielle n’était pas la même que celle de la fièvre symptomatique ?

D’un autre côté, comment concilier cette opinion de M. Pinel sur l’identité qui existe entre la nature des fièvres essentielles et celle des fièvres symptomatiques , avec cette autre opinion du même auteur , savoir : « que les fièvres essentielles ne » doivent point être confondues avec les fièvres » symptomatiques , et qu’elles doivent former une

(1) Nosographie philosophique , toin. I , pag. "55j , 5e édit.

(2) Ainsi, après avoir dit que la fièvre hectique ne doit pas être confondue avec les fièvres essentielles, M. Pinel ajoute que cette même fièvre est quelquefois essentielle.

»classe séparée....» Il ne sera peut-être pas sans intérêt de comparer les idées renfermées dans les recherches de M. Broussais sur la fièvre hectique avec celles de M. Pinel.

2CJ2. « Parmi les causes dont dépend la lièvre «hectique, dit M. Broussais , il en est qui sont des «maladies : i° tous les vices organiques, l’hypo- «chondrie, les fièvres intermittentes , la dysenterie, «la gale, les fièvres continues ^ etc.; 2° d’autres ne »le sont pas sans l’hectique elle-même: la lactation, le travail du cabinet, la nostalgie, la fati- » gue générale , le froid et le chaud, les causes » inconnues ;3° d’autres enfin sont des indispositions «qui déterminent tous les jours des maladies «qu’on ne regarde pas comme leurs symptômes, «la dyspepsie, la cessation d’une hémorrhagie «avant qu’elle produise aucun désordre, la sueur «trop copieuse.

» Si de ces deux dernières séries il peut résulter «une fièvre sui generis , indépendante d’aucune ma - »ladie, comment la désignera-t-on , sinon par le titre ))de fièvre essentielle? Si cette fièvre, essentielle «dans ces circonstances, se représente une autre «fois avec des maladies et qu’elle en soit insépa- » rable , on l’appellera symptGmatique.

» Or , il est prouvé que des altérations non maladies et des altérations maladies produisent » une fièvre tout-à-fait semblable, qui est la fièvre « hectique.

» Donc la lièvre hectique est maladie essentielle «et maladie symptomatique. C’est comme si l’on

«disait: donc la fièvre hectique est maladie essen - » tielle et n est pas maladie essentielle , ou vice versa . «Or, cela est absurde; car une maladie essentielle «dans un cas, ne peut dans un autre cas n’être «pas essentielle , si elle est toujours la même : elle » serait tout au plus une complication.

«Puisque nous ne saurions empêcher qu’elle ne » soit essentielle , et que pour le bien de l’art il «importe de ne pas la considérer comme un sym- «ptôme, disons que c'est une fièvre essentielle qui , « toujours la même ^ se présente tantôt seule , tantôt » compliquée à certaines maladies dont elle marque » une période .

« il est avantageux à l’art que la fièvre hectique «soit considérée pour elle-même et isolée de toute «maladie, en observant qu’elle se complique avec «un grand nombre d’autres parmi lesquelles il y «en a de mortelles et d’autres qui ne le sont pas ; » et la raison de cet avantage est fort simple. Ainsi «présentée avec ses traits caractéristiques, elle «sera toujours reconnue, parcequ’elle est trop «simple pour s’effacer jamais de la mémoire. Si à x côté de son image se trouve empreinte celle de «ses causes, le premier mouvement, quand on «rencontrera une hectique, sera de parcourir les «fonctions pour découvrir quelle est celle dont la «lésion la détermine et pour apprécier cette lésion «elle-même. Par conséquent , malgré la multitude «des causes de l’hectique, il n’en est aucune qui «puisse échappera l’attention

«Puisque la fièvre hectique est essentielle, elle

» doit trouver place dans un cadre nosologique; o c’est une fièvre , elle doit donc entrer dans » cette classe; mais toutes les fièvres dépendent de la » lésion d’un système , et la nôtre est commune à « toutes les lésions : elle ne peut donc s’interposer » entre elles. Toutes les fièvres peuvent la détermi- 7>ner, autre raison pour ne pas la placer avant » chacune d’elles. Je voudrais donc quelle fût dé- » crite la dernière de toutes. Il en résulte qu’elle » formerait un ordre par son type fébrile, un seul » genre > jusqu’à ce qu’il soit prouvé qu’il s’en » trouve de rémittentes ou d’intermittentes ; les » espèces naîtraient de la lésion de chaque système, «soit que cette lésion formât une autre maladie, «soit quelle ne fût qu’une altération cause de ma- » ladie. Les variétés résulteraient de la distinction «des diverses causes qui lui donnent lieu en agissant sur ces systèmes. C’est ici qu’oü distingue- »rait parmi ces causes, des vices organiques de « différentes sortes et des lésions d’action également «variées par leurs causes et par leurs phénomè- » nes(i).»

293. Le passage que l’on vient de lire prouve qu’à l’époque où M. Broussais le composa, cet auteur, plus essentialiste que M. Pinel, était cependant sur la voie de la découverte de la grande vérité qu’il n’a proclamée que plusieurs années après.

En effet, il dit que la fièvre hectique «est une

(1) Page 110 et suiy.

» fièvre qui, toujours essentielle, se présente tan- » tôt seule , tantôt compliquée à certaines maladies » dont elle marque une période.»

Si nous généralisons cette idée, nous dirons que les fièvres, soit aiguës, soit hectiques ou chroniques, sont toujours essentielles , et que l’on ne peut en admettre de symptomatiques , à moins que leur nature ne soit la meme que celle des essentielles. Or, si les fièvres essentielles et symptomatiques sont de même nature, il est absurde d’en faire deux classes distinctes de maladies. Donc la division des fièvres en essentielles et en symptomatiques ne repose sur aucun fondement solide.

Cette conclus/ion découle naturellement des principes émis dans le passage que nous avons cité ; ajoutons maintenant que l’auteur des Recherches sur la fièvre hectique s’est efforcé de prouver que cette maladie dépend de causes irritantes , et généralisons cette pensée : il en résulter a que toutes les fièvres sont produites par des causes irritantes, ou, ce qui est la même chose, quelles dépendent toutes d’une irritation. Or , c’est là précisément ce que soutient aujourd’hui M. Broussais.

IN o us pouvons conclure de ces réflexions que M. Broussais n’avait qu’à féconder les idées qu’il avait publiées dès en i8o3 , pour en faire naître la doctrine pyrétologique qu’il professe aujourd’hui.

294. Que la fièvre affecte une marche aiguë ou chronique, sa nature est toujours essentiellement' la même ; par conséquent la fièvre hectique des

fièvres hectiques.

auteurs ne diffère des fièvres aiguës que nous avons étudiées précédemment , qu’en ce qu’elle parcourt ses périodes avec moins de rapidité. En un mot, la fièvre hectique est aux fièvres aiguës , ce qu’est l’inflammation chronique aux inflammations aiguës: celte proposition est d’autant plus exacte, que la fièvre elle-même n’est autre chose que le symptôme d’une irritation générale du système vasculaire.

Les observations que je vais rapporter dans le premier article de ce chapitre, concourront avec celles rapportées précédemment à prouver que l’irritation du système vasculaire, à laquelle correspond la fièvre , laisse quelquefois après elle des traces sensibles de son existence.

Tous les cas que je présenterai sont relatifs à la fièvre hectique consécutive à une phlegmasie chronique et désorganisatrice de l’un ou de plusieurs des systèmes dont se compose l’économie vivante. Je conviens qu’une irritation primitive du système vasculaire général devenue chronique , pourrait donner lieu à la fièvre lente; mais je ne possède aucune observation complète de cette espèce.

À R. T I C L E PREMIER

OBSERVATIONS DE FIEVRES HECTIQUES OU CHRONIQUES, COÏNCIDANT AVEC UNE AN GIO- CAR DITE.

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