‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 106 sur 286 · ÉVÉNEMENTS POLITIQUES · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

A côté des grands bienfaits qu'elle a répandus sur la société, il est donc incontestable que la civilisation, dans sa marche, entraîne bien des causes de ruine, de misère sociale, mais, en définitive, au point de vue qui nous occupe, celui de l'augmentation du nombre des aliénés, il est évident que la question ne peut pas être maintenant résolue, et qu'elle se compose d'éléments trop complexes pour recevoir une solution satisfaisante et vraiment scientifique.

2° Préoccupations religieuses et politiques habituelles. — On a fait jouer un certain rôle aux idées religieuses ainsi qu'aux événements politiques, comme causes prédisposantes générales des maladies mentales. Les influences religieuses ont eu en effet autrefois une grande importance, dans les pays où la superstition et l'idolâtrie se manifestaient sans contrôle.

11 suffit de rappeler les faits de démonolàtrie, de possession, dont Calmeil, clans son si intéressant ouvrage sur la folie à travers les âges, nous a donné le saisissant tableau. — Actuellement il est incontestable que chez certaines natures, principalement chez les femmes, les idées religieuses semblent avoir une certaine influence pathogénique. On voit, en effet, certaines malades (principalement dans les classes élevées de la société) qui, sous le coup d'accès de lypémanie, s'imposent des jeûnes prolongés, refusent de prendre des aliments et se fatiguent en veilles répétées, pour expier des fautes imaginaires; elles ont des scrupules exagérés, au début, elles se sentent abandonnées de Dieu, etc., et, chose remarquable! ces malades qui, à l'état normal, sont d'une piété régulière, lorsqu'elles sont travaillées par la maladie, tombent dans une situation tout opposée : elles blasphèment volontiers et renient leurs anciennes adorations. — On est souvent porté à prendre ici l'effet pour la cause, et à rattacher le délire à l'influence religieuse qui lui donne seulement sa couleur. Dans ces circonstances, le stimulus morbide primitif est toujours un phénomène émotif de la sensibilité morale, auquel il faut savoir remonter (une contrariété, un chagrin de famille, une déception), pour ne voir dans la manifestation religieuse qu'un phénomène secondaire et subordonné, qui trahit les habitudes d'esprit et de sensibilité du sujet. — Les influences religieuses intrinsèques ne me paraissent donc pas avoir la portée qu'on leur attribue à tort. Ce n'est que le revêtement extérieur d'une excitation mentale préalablement existante.

Influence fies événements politiques. — - On a attribué aux événements

tiiil PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

politiques (I), wno certaine part dans le dévolopemeni des maladies mentales, et celte part nous semble avoir été singulièrement exagérée.

D'après les relevés de statistiques cités par Marcé, rien ne parait justifier cette manière de voir. 11 est incontestable que les commotions politiques ne font plus ou moins, que de développer des dispositions latentes et de précipiter les chutes des individus en quête d'une occasion (2).

La couleur du délire emprunte beaucoup aux idées politiques du jour, et ce n'est pas sans raison qu'Esquirol a pu dire qu'il pouvait reconstituer l'histoire, avec les individus aliénés qui prenaient des dénominations en rapport avec les idées du jour (3),

Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau suivant emprunté à la statistique générale des établissement d'aliénés et qui résume l'état des aliénés de 1817 à 1854.

Années. Aliénés. Années. Aliénés.

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