‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 108 sur 286 · PROFESSIONS — MILIEU FAMILIAL · texte numérisé non relu

PROFESSIONS — MILIEU FAMILIAL

On voit donc que dans les départements, ainsi qu'à Paris, où l'influence des révolutions se fait plus particulièrement sentir, les années qui ont été les plus fécondes en agitation politique n'ont nullement été signalées par une augmentation plus considérable dans le nombre des aliénés.

Lunier, qui dans son travail cité a étudié l'influence de la guerre en 1870-1871 sur le développement des maladies mentales en France, est arrivé à une série de conclusions qui tendent à faire reconnaître que si le retentissement a été réel, dans certaines limites, il n'a pas une portée aussi considérable qu'on serait porté à le croire.

Suivant lui, les événements de 1870-1871 ont déterminé, plus ou moins directement, du lei juillet 1870 au 31 décembre 1871, de 1700 à 1 800 cas de folie.

Pendant cette même période, les asiles français ont reçu 1 300 aliénés de moins que dans la période correspondante de 1869 et 1870; circonstance particulière, qui doit être attribuée aux troubles survenus dans le mécanisme des admissions.

Mais, dès la fin de 1871, le chiffre des admissions tendait à prendre sa marche ascensionnelle et, en 1872, il a présenté un accroissement tout à fait exceptionnel (2 785).

En 1873, l'augmentation n'a été que de 872, proportion qui se rapproche beaucoup de la moyenne.

Les maladies mentales déterminées par les événements de 1870-1871 ont été plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. La recrue descence constatée dans les entrées, depuis le commencement de 1872, semble au contraire avoir porté sur les femmes, mais dans l'un et l'autrcas, la différence est peu sensible.

La prédisposition héréditaire n'a joué relativement qu'un rôle peu important dans la genèse des maladies mentales. Elle n'a été notée que dans 24 cas sur 100; tandis que dans les conditions ordinaires, on constate son influence, à des degrés divers, 63 fois sur 100 (1).

3° Professions. — Nous manquons de statistique précise pour établir, même d'une façon approximative, la part qu'il y a à faire à telle ou telle profession dans la genèse des maladies mentales. — Les résultats doivent en effet beaucoup varier suivant que les observations sont prises dans tel ou tel milieu social. Les causes multiples qui agissent dans le même sens, telles que l'alcoolisme, les dérèglements des mœurs, l'hérédité, etc.,

(1) Lunier, Influence des événements de 1870-1871, sur le mouvement de l'aliénation mentale, Ann. méd.-psych., 1879, p. 386, 387.

|6fi PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

sont tellement complexes dans leur modo d'action, que véritablement nous considérons, jusqu'à présent, comme un problème impossible à résoudre, l'influence directe de telle ou telle profession sur l'explosion d'une maladie moniale quelconque.

Néanmoins, en calculant, par profession, le chiffre des aliénés (idiots non compris) admis chaque année dans les asiles, pour la période de 185G-18G0, Lunier est arrivé à conclure que les militaires et les personnes qui exercent des professions libérales sont beaucoup plus exposés que les autres à devenir aliénés, et qu'il y a sous ce rapport, entre eux et les cultivateurs, une différence qu'exprime approximativement la proportion :: 10 : 1.

Dufour (1), en s'appuyant sur des recherches statistiques spéciales, est arrivé à des conclusions à peu près semblables. Il admet que la folie se présente dans l'armée avec un caractère de gravité inusitée, et que le pronostic, pour l'avenir, est d'autant moins favorable, que la paralysie générale paraît suivre une progression bien nettement ascendante, dont rien ne fait présager la décroissance.

4° Milieu familial. Éducation. — L'influence du milieu familial et de l'éducation sont susceptibles, dans un certain nombre de cas, d'avoir une action directe sur le développement des troubles psychiques.

Il est incontestable que dans le système d'éducation qui appelle les jeunes gens dans les luttes de concours, un certain nombre dépensent dans leur première jeunesse tout ce qu'ils peuvent avoir de sève et d'activité. Les travaux ardus, les mathématiques, les exercices forcés de la mémoire, entraînent le cerveau dans un véritable état de surmenage, que les organisations faibles ne peuvent pas supporter; c'est ainsi, que l'on rencontre un certain nombre de jeunes gens qui, à un moment donné, ne pouvant plus rester dans les rangs de leurs condisciples, sont rendus à la famille, et vont expier dans le silence d'une vie inactive les excès de labeur cérébral auquel ils oui été intempestivemenl soumis.

Dans ces circonstances, on constate des tendances congestives répétées vers les centres nerveux, quelquefois même les symptômes de la paralysie générale; dans d'autres cas, c'est une sorte d'agitation, d'inquiétude vague, de mobilité incessante dans les idées et les résolutions prises, qui se manifeste pendant un certain temps, puis une sorte d'hébétude lente et pro-

(1) Dufour, De la folie chez, les militaires. Ann. médico-psych., 1872, t. II, p. 5S Lunier, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, t, V, p. 30-1.

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