PROFESSIONS — MILIEU FAMILIAL
gressive qui s'étend sur toutes les facultés, et qui fait que le sujet ainsi frappé devient incapable de travail actif et passe à l'état de véritable nonvaleur sociale.
Le milieu familial est encore dans certains cas une cause de chute pour les organisations faibles, pour certaines natures délicates et sensibles, qui ne trouvent pas dans leur vie privée des éléments de résistance, suffisamment pour rectifier leurs allures fautives, et les faire marcher dans le droit sens.
On rencontre, en effet, dans la société un certain nombre de natures émotives, principalement chez les femmes névropathiques, ardentes, enthousiastes, qui succombent, à un moment donné, à leur tempérament nerveux, par ce seul fait qu'elles ont dans leur mari un être faible, pusillanime, émotif à son tour, et incapable de prendre la direction de l'esprit de la malade, de rectifier ses jugements, de raisonner ses écarts, alors que ces troubles divers ne sont encore qu'à leur premier début. Le mal s'envenime ainsi jusqu'au moment où il éclate, et alors, quand on arrive à pénétrer dans la vie intime de ces ménages, on reconnaît que la véritable cause efficiente de la maladie mentale est moins dans le tempérament morbide de la victime, que dans l'insuffisance de la direction de ceux qui l'entourent et qui aurait dû la soutenir dans ses premières défaillances.
C'est ainsi, ■ — qu'il s'agisse de l'influence d'un conjoint sur l'autre, ou de celle non moins émolliente de certaines mères sur leurs enfants, sur des garçons en particulier, — que l'action de la famille devient un milieu délétère, en quelque sorte, qui donne naissance à la maladie, et l'entretient sur place. Ces conditions morbigènes étant reconnues, l'intervention du médecin n'a plus qu'un objet comme moyen curatif de première nécessité, c'est l'énucléation immédiate du sujet malade de son milieu habituel et son installation dans un milieu différent (1).
5° Climats. Saisons. — Il est encore difficile de déterminer exactement la part qu'il faut faire au climat et aux saisons dans la production des maladies mentales.
Il est reconnu, seulement quant à l'influence des saisons, que les admissions dans les asiles commencent à être plus fréquentes au moment de l'ar-
(1) Voir encore dans le même ordre d'idées le très intéressant travail de Lassègue et de Jules Falret, sur la folie à deux ou folie communiquée, lequel met en relief la portée des influences du milieu familial sur le développement de certaines perturbations men» talcs. Am\, méd."psfjch., 1877, t. Il, p. 858,
rivée do premières chaleurs, et qu'au moment do l'automne le mouvemenl de recrudescence se fait pareillement sentir.
&° Imitation. — Parmi les causes qui peuvent encore déterminer dans certains cas l'explosion des maladies mentales, nous devons citer l'imitation.
Nous avons rappelé précédemment dans un de nos ouvrages (1), les principaux points qui touchent à révolution physiologique des phénomènes de l'imitation. Nous avons montré combien ces phénomènes avaient une raison d'être dans les conditions naturelles du fonctionnement (('relirai, et comment, dans leur essence, ils se rattachaient ta des actions automatiques et tout à fait inconscientes.
Ce mode de genèse des phénomènes de l'imitation qui échappe ainsi dans certains cas à la direction consciente de l'individu vivant est appelé quelquefois à prendre des proportions morbides en vertu de mêmes procédés, et à acquérir ainsi des caractères tout ta fait insolites (2). — C'est ainsi que les individus agglomérés et vivant en communauté deviennent aptes à subir les influences morbides, et cela avec d'autant plus d'intensité qu'ils sont plus impressionnables et plus jeunes. — Dans les grands asiles, dit Parchappe, les aliénés se lèvent ensemble, s'accordent ensemble par imitation, à la manière d'un troupeau (:{). Et l'on sait quel contingent considérable les femmes ont fourni aux épidémies de démonomanie qui ont sévi dans les siècles derniers.
11 est inutile de rappeler quelle est l'inlluence considérable qu'exercent les récits de scènes de suicide et des procédés employés pour arriver à ce but, sur les esprits prédisposés et avec quelle facilité ces procédés quelque nouveaux qu'ils soient, arrivent à être répétés.
« Un premier suicide se fait au moyen d'une allumette chimique, écrit Legrand du Saulle, et qui pourrait faire la statistique des cas de mort de ce genre. Un malheureux imagina un jour de se jeter sous les roues d'une locomotive; l'instantanéité de ce nouveau genre de suicide a aussitôt donne l'éveil à ceux qui aspirent à déserter la vie, et les imitateurs sont venus maculer de leur sang les roues de la lourde machine (4). »
(1) Luys, Actions réflexes du cerveau, 1871, page 89 et suiv.
(2) Hohnbaum, Observations des contagions de la peur . Ann.med.-psych., ls.">:!, \> 189.
Lassègue et l'alret, Contagion de lu folie, Folle à deux, idem, 1877, t. Il, p. li.".;!.
(3) Parchappe, Annales méd.psych, 185), p. I.".. PaulMoreau (de Tours), Contagion il u suicide, Paris, 1875.
(4) Legr^i'l du Saulle, La folie devant les tribunaux, p. 537, 539.