‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 124 sur 286 · TROUBLES DE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE L'ÉCRITURE

En général, ce sont les paralytiques qui sont le plus expansifs et qui noircissent le plus de papier. Ils écrivent lettres sur lettres, font des plans, des dessins de toute sorte et exhalent ainsi le trop plein de leur activité.

Les hallucinés persécutés écrivent aussi beaucoup, soit pour rendre compte des persécutions dont ils sont l'objet et pour se plaindre aux autorités, soit pour tenir le médecin au courant de leurs souffrances intérieures en faisant un véritable journal des moindres incidents de leur vie.

Les aliénés qui ont eu le goût du dessin ou de la peinture, alors qu'ils sont envahis par les troubles spéciaux qui caractérisent leur situation mentale, expriment encore d'une certaine façon leur nouvelle manière d'être.

Ainsi les paralytiques font des dessins dans lesquels les proportions des choses usuelles, les rapports des membres de leurs personnages sont tout à fait exagérés. Ils dessinent des objets fantastiques en harmonie avec la grandeur ou la dépression de leur état mental. Leurs conceptions délirantes se fixent et prennent corps avec les dessins. — La perte de la mémoire les prive en même temps des notions acquises antérieurement sur la perspective, et ils font ainsi des tableaux, des scènes d'intérieur sans ordonnance régulière, et avec un oubli complet des principes de la superposition des plans. Les objets divers qu'ils représentent sont sur le même plan, comme s'il s'agissait de certaines images de création chinoise ou japonaise.

Les hallucinés, les hypocondriaques, les persécutés conservent pendant plus longtemps la hardiesse de leur coup de crayon habituel. — Ils traduisent d'habitude la tonalité générale de leur pensée par des scènes tristes; ce sont des pendus, des agonisants, des individus martyrisés qu'ils expriment souvent.

D'autres fois, dans les jours de lucidité, on est tout surpris de les voir retracer certains dessins avec une certaine verdeur d'exécution.

Au bout d'un temps variable, ces facultés d'exprimer la pensée, à l'aide soit de caractères écrits, soit du pinceau ou du crayon, s'éteignent au fur et à mesure que la démence fait des progrès, et il arrive un moment où l'individu qui a été intelligent et actif d'esprit, si vous lui mettez une plume ou un crayon entre les doigts, ne sait plus quoi en faire et reste immobile, ignorant ce que cela signifie (1); il devient complètement incapable de tracer quoi que ce soit.

(1) Max Simon. Études sur les dessins, plans, descriptions et costumes des aliénés. Annales méd. psijchol., 1876, t. II, p. 358.

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