TROUBLES DES FONCTIONS DIGESTIVES
qu'on les empoisonne; ils trouvent des goûts spéciaux de plomb, de cuivre, de soufre, aux aliments qu'on leur présente.
Quand la stupeur est complète, les malades, après avoir tergiversé pendant longtemps, arrivent à se refuser activement avec grande énergie à toute espèce d'alimentation. C'est la phase d'aphagie qui commence, et envers laquelle il convient d'avoir recours à l'alimentation forcée, suivant les procédés que nous avons indiqués plus loin .
Les perversions de l'appétit se font remarquer chez une certaine catégorie de malades, chez les hystériques en particulier, qui recherchent surtout les crudités et les substances fortement assaisonnées, chez les déments, chez les idiots, chez les hallucinés.
On est surpris de la facilité avec laquelle ces sujets avalent les ordures qu'ils rencontrent sur leur chemin; on les voit mâcher des feuilles et des herbes — j'ai vu un idiot rechercher les hannetons ; d'une façon rapide et instantanée, il les suspendait au dessus de sa bouche et les gobait tout d'un trait, sans sourciller. — J'ai vu une dame du monde, une ancienne hystérique, hallucinée, rechercher les chattes en période de lactation et sucer avec volupté le lait de leurs mamelles. — J'ai vu pareillement un dément vider avec plaisir tous les soirs le contenu d'une veilleuse remplie d'huile à brûler et boire cette huile avec grande satisfaction. Tous les aliénisles ont noté ces tendances dépravées de certains individus qui ont bu leur urine et avalé les matières fécales des latrines communes.
On voit souvent apparaître une sialorrhée plus ou moins abondante, les malades sont pris d'un hypersécrétion salivaire considérable s'écoulant d'une façon incoercible. La salive s'accumule dans la bouche, et alors tantôt ils la conservent silencieusement sans la rejeter au dehors, tantôt ils l'expulsent sous forme de jet subit, ou par petits efforts d'expuition répétés qui deviennent comme une habitude automatique.
Les perturbations profondes, survenues dans l'appréciation des choses extérieures, ainsi que dans l'enchaînement des actions motrices, jettent naturellement une grande perturbation dans la série des mouvements qui concourent à la préhension, à la mastication et à la déglutition des substances alimentaires.
Les aliénés hallucinés, en général, sont distraits, du moins ceux qui sont en période d'hallucination. Sont-ils à table, ils oublient de faire usage de leurs membres pour couper leur pain et porter les aliments à leur bouche, ils oublieraient de boire, si on n'y prenait garde. Il faut, la plupart du temps,
qu'on les stimule et qu'on leur rappelle les mouvements qu'ils ont à faire à chaque repas. Une fois qu'ils ont été entraînés, ils continuent machinalement, d'eux-mêmes, les mouvements commencés, souvent avec de nombreuses distractions intermédiaires.
Lue fois le bol alimentaire dans la bouche, les choses ne vont pas encore toutes seules ; — nouvelles distractions des muscles masticateurs, dont les actions réflexes ne se développent pas, et on est tout étonné île voir quelquefois les malades garder quelques minutes chaque bouchée, sans la déglutir.
Les mouvements de ladéglutilion pharyngée présentent encore des moments d'hésitation des plus remarquables, et quelquefois (\v> phases d'inertie fonctionnelle, dont il faut savoir se méfier, celles-ci pouvant avoir les conséquences les plus graves au point de vue d'une suffocation subite.
Chez les paralytiques, au début, ceux chez lesquels les processus sclérosiquesse sont tout d'abord localisés du côté du bulbe, on constate quelquefois une paralysie passagère des muscles du pharynx et du voile du palais. Ces malades ont le timbre de la voix nasonné, ils parlent lentement et déglutissent lentement. Alors qu'ils ont déjà commencé à prendre leur repas, on est surpris, tout d'un coup, de voir qu'ils ne peuvent pas déglutir un morceau de pain non trituré, un morceau de fruit, et qu'ils s'étranglent instantanément.
La suffocation peut être immédiate, si le malade n'est pas secouru à temps et, chose remarquable ! — celte paralysie momentanée des muscles pharyngés peut disparaître quelques heures après, et être remplacée par un retour complet des fonctions motrices.
On constate parfois encore des spasmes dans lesrégionsdu pharynx, et ce sont ces spasmes qui dans certaines circonstances mettent obstacle au passage du bol alimentaire et portent le malade à refuser les aliments. Il lui semble, comme il l'exprime avec raison, que son gosier est bouché.
Dans d'autres circonstances, ils refusent directement toute sorte d'alimentation, et il suffit de faire le cathétérisme œsophagien pendant deux jours de suite, pour arriver à rétablir les choses dans leurs conditions naturelles.
Les désordres survenus dans le jeu des muscles pharyngiens méritent encore de fixer sérieusement l'attention au point de vue de la déglutition des liquides.
Les malades agités prennent les boissons d'une façon brusque et saccadée; ils avalent facilement de travers et sont souvent suffoqués. Les paralytiques, dans leur dernière période, ont grand'peine pareillement à déglutir