TROUBLES DES FONCTIONS DIGESTIVES
les liquides, et il convient de les leur présenter par doses fractionnées, avec un biberon, de façon à permettre aux muscles pharyngiens de se préparer et d'agir avec synergie.
Les troubles gastriques sont relativement très rares dans les maladies mentales, les vomissements mêmes, dans le cas de surcharge de l'estomac, sont très peu fréquents.
La constipation est en quelque sorte l'état normal de l'aliéné; soit par le fait de l'atonie des muscles intestinaux, soit par le fait de l'émoussement de la sensation de la défécation ; un certain nombre, en effet, n'ont pas la notion de la plénitude de leur intestin. — La plupart du temps, la paralysie frappe, soit d'une façon passagère, soit d'une façon permanente les sphincters, et amène par cela même l'incontinence des matières intestinales.
Les maniaques n'ont aucune notion du fonctionnement de leur intestin; en plein délire ils sont souvent maculés, sans qu'ils en aient conscience. Il en est de même des lypémaniaques. Les hallucinés quelquefois font effort pour ne pas aller à la selle; ils se figurent qu'il y a des personnes dont les yeux indiscrets les guettent. Ils entendent des voix qui leur disent que leur intestin va sortir avec les matières, et qu'en même temps ils vont perdre toute leur chaleur vitale, etc.
La diarrhée est rare, au contraire, à moins que le malade n'ait été soumis à quelque écart de régime; quand elle apparaît, elle doit être surveillée avec soin, car elle amène rapidement l'affaiblissement des forces et l'amaigrissement.
L'excrétion involontaire des matières fécales et des urines apparaît dans les différentes formes des maladies mentales et à différentes périodes de ces maladies, elle peut tenir à différentes causes.
Chez les maniaques, c'est principalement la distraction qu'il faut accuser. Ils vont, viennent, parlent sans cesse, leur délire les abstrait de la réalité et ils n'ont aucune notion de l'état de leur intestin.
Chez les lypémaniaques avec stupeur, il y a vraisemblablement uneanesthésie des muqueuses intestinales inférieures. — Ils n'ont pas plus la sensation soit des liquides qui distendent leur vessie, soit des matières fécales en contact avec leur muqueuse intestinale, qu'ils ne sentent le pincement que l'on pratique sur leur peau, ou les titillations qu'on exerce sur leur conjonctive.
Chez les déments et chez les paralytiques, au contraire, l'incontinence doit être principalement imputée à la paralysie des appareils musculaires, des réservoirs pelviens.
Les fonctions do la nutrition générale subissent dans les différentes phases des psycliopathies des perturbations profondes.
Dans les premiers temps et surtout dans les formes aiguës, alors que les malades s'alimentent avec difficulté, qu'ils ne se nourrissent que très irrégulièrement dans leur famille, on note un dépérissement rapide; la nutrition générale se fait mal, la peau prend une coloration blafarde, terreuse et sèche ; elle s'amincit par places, sur la région dorsale des mains principalement, etc. L'amaigrissement du tronc et de la face fait des progrès rapides, les muscles deviennent saillants sous les téguments ; les saillies osseuses se dessinent avec netteté, et. lorsque le malade est agité, qu'il ne se refait pas par le sommeil, en quelques jours, il fond en quelque sorte à vue d'œil. Son haleine devient fétide, des eschares apparaissent au siège, si on n'a pas soin de veiller à le nourrir avec méthode, c'est-à-dire en lui donnant fréquemment des aliments, et en petites quantités h la fois, on est effrayé de la rapidité avec laquelle s'effectue la déperdition de la substance même de l'économie.
Chez les lypémaniaques, les hallucinés obsédés par de fausses conceptions, la nutrition demeure languissante d'une façon en quelque sorte persistante. Ils vivent d'une façon végétative, dans un état de demi-santé, sans augmenter notablement de poids, — le délire intérieur qui existe toujours à l'état permanent les sollicite inconsciemment et devient une cause incessante d'inquiétude, qui met obstacle au mouvement d'assimilation régulière. Lorsque, au contraire, cet état d'excitation intérieur tend à s'éteindre, ei que le calme se fait dans toutes les sphères mentales, il se fait une période de réaction. Le travail d'assimilation nutritive se développe avec énergie ; c'est la période de la chronicité confirmée, dans laquelle les malades engraissent et présentent l'aspect florissant d'une personne en bonne santé. Dans ces conditions spéciales, les malades déments peuvent prolonger leur existence pendant de longues années dans les asiles où ils sont acclimatés (I).
Les fonctions sécrétoires des différents appareils de l'économie sont aussi très notablement troublées.
La sécrétion cutanée d'abord présente des modifications souvent très apparentes. — Chez les individus excités, violents, les sueurs se manifestent avec une grande abondance, principalement sur la peau du visage et celle
(1) Symptomalologie de la folie; du poids du corps chez les aliénés. Lombroso et Laurent, Annales médico-psychol., 1867, t. I, p. 216.