TROUBLES DES SÉCRÉTIONS
du crâne. — Chez les lypémaniaques, le ralentissement général qui plane sur toutes les fonctions se manifeste aussi du côté du tégument cutané ; la peau devient sèche, écailleuse (1), l'épidémie se détache par places, sous forme d'écaillés, et en même temps, les glandes sébacées du visage, des paupières, deviennent le siège d'une hypersécrétion morbide ; elles laissent écouler une matière visqueuse, huileuse qui s'étale sur les joues. Elle se répand sur le bord libre des paupières et se concrète, en formant de petites masses cérumineuses grisâtres. — La même hypersécrétion sébacée se développe, vraisemblablement, sur toutes les parties du tronc et en raison des acides gras, volatiles, qu'elle engendre, contribue à donner à certains aliénés cette odeur sui generis qui leur est propre, qui s'imprègne dans leurs vêtements, dans la literie, dans les chambres qu'ils habitent, et qui est tellement caractéristique qu'on la retrouve partout avec les mêmes caractères, quels que soient les asiles que l'on visite. Cette odeur est l'odeur propre à l'aliéné.
La sécrétion salivaire présente encore les modifications très appréciables que nous avons précédemment indiquées (2).
Nous n'avons encore aucun renseignement précis sur les troubles survenus dans les diverses sécrétions du canal gastro-intestinal, ainsi que sur l'état de la sécrétion biliaire.
L'étude des produits de la sécrétion urinaire est un des points de la symptomatologie générale des psychoses, sur lequel jusqu'à présent les travaux des auteurs, tant en pays étranger qu'en France, n'ont pas apporté des résultats suffisamment précis pour avoir une portée pratique.
On comprend, en effet, comment avec la mutabilité incessante des états psychopathiques qui se succèdent chez les mêmes sujets, les résultats fournis par l'examen des urines doivent varier aux différentes phases de la maladie en évolution, suivant que c'est l'excitation ou la dépression qui domine, et suivant que l'alimentation se fait d'une façon plus ou moins régulière.
Il est admis, généralement, que partout où les phénomènes de la nutrition organique sont languissants, comme dans les lypémanies, la quantité d'urine sécrétée diminue proportionnellement à l'arrêt du travail nutritif :
(1) Fèvre, Des altérations du système cutané dans la folie. Annales médico-psychol., 1876, t. I, p. 26.
(2) Berthier, Du Ptyalisme. Ann., méd.-psych., Ï864, t. II, p. 173.
Starck, De l'hypersécrétion salivaire che< les aliénés. Id., ib., 1872, t. I, p. 144.
l'urine devient raie, épaisse, pauvre en urée et en chlorures, suivant Rabmv (1).
Chez une femme atteinte de manie circulaire, le chiffre de l'urée tomba à 4,6 et celui des chlorures à 1,6 pendant le stade de la dépression, et remonta progressivement à mesure que la malade se rapprocha de la phase d'excitation.
D'après le même auteur, dans les périodes expansives de la paralysie générale, alors que les malades ingurgitent de fortes proportions d'aliments et boivent beaucoup ; la quantité de l'urée et des chlorures subit une augmentation proportionnelle à l'augmentation des substances ingérées ; et à mesure que les progrès de la démence s'accentuent, la quantité de l'urée et des chlorures diminue d'une façon absolue.
D'après Lachèze (2) il existerait dans certaines formes spéciales de la paralysie générale un élai alcalin de l'urine fraîche qui serait dû à la présence de carbonates alcalins en excès. — Peut-être y a-t-il, dans d'autres circonstances, une certaine quantité de phosphates en excès, qui passeraient dans les urines et signaleraient ainsi une accélération du mouvement de dénutrition des centres nerveux. Ce sont là des problèmes que je n'ai fait qu'entrevoir dans quelques analyses isolées, et dont je ne fais ici que signaler l'importance.
Nous n'avons encore aucun renseignement précis au sujet de la composition chimique, et des variations de l'urine dans les différentes formes d'aliénation mentale, chez les hallucinés chroniques, chez les déprimés avec idées de persécution et délire automatique, etc. Ce sont autant de recherches nouvelles à faire.
On a signalé quelquefois la présence de l'albumine, d'une façon passagère dans le cours de la paralysie générale; on Ta signalée pareillement dans certaines formes de manie puerpérale d'après Bunnett et Simpson (3), et dans ces cas l'excitation disparaissait et reparaissait avec l'albumine — mais ce sont encore là des phénomènes complexes, qui ne sont ni assez précis ni assez répétés pour avoir une valeur sémiologique sérieuse : il est bon néanmoins d'en tenir compte et de poursuivre leur étude.
(1) S. Rabow, De la composition de l'urine che~< les aliénés. Revue des sciences médicales, y. 242, 1877, t. IX.
(2) Lachèze, Des carbonates dans l'urine des aliénés, thèse, 1X77. Paris. Sutherland et Rigby, Des caractères que présente l'urine che< les aliénés. Ann. rnèd.,
psych., 1847, l. I, p. 145.
(3) Harcé, loco citato. 75.