FONCTIONS CIRCULATOIRES
Les perturbations des fonctions circulatoires doivent être étudiées, dans l'organe central de la circulation et dans les appareils périphériques.
1° Les troubles du fonctionnement du cœur n'ont présenté jusqu'à présent aucune manifestation bien précise. — Dans les premiers temps certains malades accusent, il est vrai, des anxiétés vagues, des sensations d'étouffement, des battements irréguliers. Ce sont surtout les névropathiques et les hypocondriaques qui se plaignent ainsi. A l'auscultation on signale, en général, peu de lésions; les bruits du cœur sont réguliers, quelquefois affaiblis, comme chez les lypémaniaques, d'autres fois irréguliers, précipités, comme dans certains cas de lypémanie anxieuse. — Inversement on rencontre quelquefois, par hasard, chez les aliénés, des
(1) Lailler, De la glucosurie chez les aliénés. Ann., méd.-psych., 1861, t. II, p. 1.
affections cardiaques, qui ne déterminent aucune réaction sympathique du côte dos différents appareils organiques.
Chez un malade, actuellement âgé de 82 ans, atteint de lypémanie, avec conservation de la lucidité, j'ai constaté, depuis quinze ans, une hypertrophie considérable du cœur, accompagnée seulement pendant quelques mois d' œdème aux malléoles. Le malade porte cette hypertrophie sans avoir la moindre anxiété pendant le jour, il circule avec grande facilité, moule les escaliers et ne présente de l'oppression que pendant la nuit lorsqu'il est dans la situation horizontale. — A ce moment il a de l'anxiété, et vocifère après ses voisins qu'il accuse de vouloir l'étouffer, mais il n'accuse aucune douleur du côté du cœur : c'est une simple conception délirante d'origine organique, et en même temps inconsciente.
2° Les troubles de la circulation périphérique sont souvent très apparents; ils se présentent sous forme de plaques rouges, diffuses, occupant soit les extrémités, soit le pavillon de l'oreille, qui sont très fortement injectés. — D'autres fois, c'est la peau du nez seule qui présente une tuméfaction rougeàtre, permanente.
Chez les maniaques la circulation céphalique est très énergique, la face est ordinairement rouge, les yeux fortement injectés, l'artère temporale agitée de pulsations réitérées.
Chez les lypémaniaques la circulation dans les téguments périphériques semble être très considérablement ralentie, à en juger par la pâleur des téguments et la décoloration de leurs muqueuses. Leur peau est froide au toucher, sèche et aride. La circulation encéphalique se fait avec lenteur, à en juger par les irrégularités des battements que l'on constate à l'exploration des temporales.
Il est à noter que dans ces circonstances la peau est généralement exsangue et plus ou moins anesthésique, c'est ce dont on peut s'assurer en pratiquant une piqûre qui n'est pas suivie de l'évacuation d'une gouttelette de sang. — Bien plus, la raréfaction des courants sanguins est telle à la périphérie cutanée, que les excitations rubéfiantes ordinaires restent très souvent sans effet. — Ainsi chez les lypémaniaques en stupeur, les substances vésicantes appliquées sur la peau ne produisent pas de réaction; lorsqu'on les plonge dans un bain sinapisé, avec une dose suffisante de farine de moutarde pour produire chez une personne saine une rubéfaction totale de la peau, en 20 minutes, chez ces malades, dis-je, on peut impunément les laisser pendant trois heures dans le même bain sans