MANIES INTELLECTUELLES
un besoin irrésistible de faire leurs confidences et, de donner libre cours à leurs élucubrations en ayant toujours la plume à la main.
Dans ces circonstances le processus morbide est presque uniquement localisé dans les régions intellectuelles et concentré dans un cercle restreint d'idées qui forment les occupations habituelles du malade. — Ce sont en effet des souvenirs du passé qui bouillonnent et remontent à la surface. On voit, alors qu'il s'agit de gens d'esprit cultivé, la mémoire et l'imagination aidant, combien ils se laissent aller à des improvisations brillantes et combien ils deviennent susceptibles de faire des associations d'idées imprévues, des jeux de mots les plus spirituels, et de se montrer, comme s'ils étaient dans une simple période d'ébriété, sous un jour tout à fait nouveau et avec des richesses intellectuelles tout à fait insolites.
Il est à noter que les phases de suractivité purement intellectuelle lorsqu'elles se répètent itérativement chez les mêmes sujets, qui par profession ont sans cesse l'esprit en fermentation et d'une autre part sont vivement entraînés par les émotions de la vie publique, tels que les écrivains, les littérateurs, les hommes politiques, sont susceptibles à un moment donné de troubler l'harmonie des facultés et de déterminer peu à peu leur effondrement.
Lorsque dans ces circonstances, des mesures radicales ne sont pas employées avec énergie, lorsque les sujets envahis n'ont pas le courage de s'abstraire de leur milieu habituel et de leurs occupations favorites, ils succombent fatalement; car, l'activité prolongée du cerveau appelle et maintient l'état d'éréthisme de la cellule nerveuse, et, avec l'éréthisme, la stase sanguine concomitante. — Celle-ci à son tour amène des exsudations passives, des thromboses vasculaires, des ramollissements consécutifs et, finalement, la série fatale des destructions lentes des instruments de la pensée.
Le pronostic, dans la plupart des cas, est souvent aggravé par d'anciennes habitudes alcooliques auxquelles les malades peuvent difficilement se soustraire, et quelquefois encore par des influences héréditaires.