ACTES IMPULSIFS AVEC CONSCIENCE
1° La première catégorie des malades, que nous venons d'indiquer, les impulsifs conscients, sont sujets à avoir parfois des accès morbides, sous une forme passagère.
A un moment donné, au milieu des préoccupations de la vie courante, ils ont, comme ils le disent quelquefois, une sorte d'attaque ; ils se plaignent de céphalalgie, se sentent fatigués, mal en train. Leur caractère, en même temps, devient impatient, taciturne et morose, puis ils éprouvent le besoin de briser quelque chose, de frapper malgré eux, d'ouvrir les portes, les fenêtres, de pousser des cris, d'articuler certaines paroles et en même temps, — chose étrange — ils n'ont aucun délire, ils sont de sangfroid et racontent très sincèrement que c'est plus fort qu'eux, qu'ils sont entraînés à agir ainsi, qu'ils ne peuvent s'arrêter (2).
Au bout d'un certain nombre d'accès, ces attaques d'impulsion subite sont susceptibles de disparaître insensiblement pour reparaître à une époque indéterminée.
Dans la plupart des cas les impulsions motrices automatiques ne se révèlent pas sous forme de processus isolés, comme dans les cas que nous venons de signaler. Elles sont associées à d'autres processus morbides en évolution, à des accès de manie subaiguë, à des accès de lypémanie anxieuse, à certaines formes de la paralysie générale même. Us se caractérisent alors par des troubles inconscients de la motricité.
Dans les cas de manie subaiguë et de paralysie générale au début, on voit en effet apparaître des troubles automatiques de la musculation, tantôt généralement, tantôt partiellement répartis.
Dans les premiers cas les malades éprouvent un besoin impérieux de locomotion. Ils ouvrent incessamment les portes, ils se précipitent clans les cours, ils marchent sans cesse et inconsciemment, sans avoir aucune
(1) Dagonet. Des impulsions dans la folie et de la folie impulsive. Ann. méd.-psych. 1870, t. IL p. 1.
Ritti. Impulsions homicides avec conscience. Diction, encyclopédique (article : folie avec conscience).
(2) Moreau (de Tours). Impulsions insolites, sans désordres de l'intelligence. Ann. méd.psych. 1857, p. 85.
nolion de la fatigue, sans s'apercevoir des blessures qu'ils se font aux pieds, et ils succomberaient, harassés par suite de cette tendance incoercible à la propulsion motrice, si on n'avait soin de les arrêter et de les fixer
sur un fauteuil.
Tantôt la suractivité motrice se révèle par une série de mouvements partiels inconsciemment accomplis. — Ils gesticulent sans savoir pourquoi, ils se mordent le bout des doigts, se rongent les ongles sans se préoccuper de ce qu'ils font; ils se déshabillent sans motif, ils arrachent leurs boutons, ramassent tous les objets qu'ils rencontrent en route, s'excorient la peau en disant qu'ils ne peuvent pas faire autrement, ou bien ils ne répondent pas et s'esquivent quand on les interroge, etc. Ils montent sur les meubles, font des grimaces, s'arrachent les sourcils, dérobent des objets sans valeur, etc.
Dans une autre catégorie de faits de ce genre, on voit certains malades qui, dans le cours d'une lypémanie anxieuse, tout en conservant leur lucidité, sont pris d'impulsions irrésistibles à commettre tel ou tel acte extravagant, des tentatives de suicide par exemple. — tics cas, quand on les observe avec attention, semblent fournir une démonstration très nette en faveur de la théorie de l'indépendance fonctionnelle des différentes régions cérébrales.
On voit, en effet, des sujets qui sont anxieux, émotifs, qui se rendent parfaitement compte de ce qu'ils font et qui luttent avec une grande énergie contre les tendances impulsives qui les envahissent et les poussent, par exemple, à frapper les personnes de leur entourage (PI. VI, fig. i ; PI. IV, fig. -2 et ;;).
.Mail nu. • L... offre un exemple d'une situation aussi poignante. D'une culture in I tuelle très distinguée, très affectueuse pour les siens, clic fut prise d'un accès de lypémanie anxieuse. Elle se mit à frapper les personnes qui lui étaient le plus chères. Elle frappait malgré elle, disait-elle; elle ne pouvait arriver qu'avec peine à se maîtriser, demandait qu'on vint à son aide en la fixant dans un fauteuil et, toujours anxieuse, toujours dans un état d'émotivité extrême, elle se défiait incessamment d'elle-même et de la minute qui allait suivre.
Madame X... douée d'une vive impressionnabililé, Ires heureuse en ménage, mère de plusieurs enfants, était prise, me disait-elle, à certains moments, d'idées étranges qui la poussent à tuer son mari pendant son sommeil. Ces idées l'obsédaient avec une telle persistance, qu'un soir, elle s'était munie d'un couteau pour les mettre à exécution, mais sentant combien elle était susceptible de succomber, elle eut l'inspiration heureuse de placer ce couteau dans un tiroir de la commode delà chambre, afin, disaitelle, que n'ayant pas un couteau dans la main, le temps d'aller le chercher lui laissât le délai nécessaire à la réflexion. J'ai appris depuis que ces tendances impulsives ont insensiblement disparu.