‹ Traité clinique et practique des maladies mentalesChapitre 190 sur 286 · LYPEMANIE PARTIELLE SANS DELIRE, AVEC CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LYPEMANIE PARTIELLE SANS DELIRE, AVEC CONSCIENCE

Les régions cérébrales psycho-motrices, qui dans les conditions normales concourent à donner l'expression somatique aux opérations psycho-intellectuelles, sont susceptibles, isolément, de subir le collapsus spécial lypémaniaque (l'ischémie partielle) et de donner naissance à des manifestations morbides qui ont un caractère spécial.

i7i) PATHOLOGIE SPÉCIALE. — ISCHÉMIES LOCALISÉES.

Dans la partie physiologique de ce travail nous avons fait ressortir la multiplicité des éléments qui entrent dans la constitution des actes moteurs, et montré quel rôle spécial l'activité psycho-motrice joue au milieu d'eux. — Cesont les incitations psycho-motrices, avons-nous dit, qui à l'état normal donnent à nos actes volontaires leur expression somatique, ce sont encore les mêmes incitations physiologiques qui en période d'excitation incocrcihle se superposent au délire et constituent le symptôme excitation.

Or, dans l'ordre d'idées que nous exposons ici, ce sont encore les mêmes forces psycho-motrices qui sont en jeu; — seulement au lieu d'apparaître avec des manifestations dynamiques exagérées, elles se révèlent au contraire avec une tension moindre et une véritable rétrocession progressive. — De même que les éléments nerveux qui les engendrent sont susceptibles de s'élever à des tonalités ultra-normales, de même ils sont susceptibles de s'abaisser à une phase ultra-normale qui est la phase de dépression de l'activité psycho-motrice. Lorsque les canaux sanguins se raréfient dans la trame cérébrale, la vie se ralentit et s'arrête du même coup. Là où le sang cesse d'apporter la stimulation naturelle, la sécrétion de force nerveuse se tarit sur place, les cellules psycho-motrices frappées d'inanition comme leurs congénères ne produisent plus d'incitation motrice.

Les malades ainsi frappés partiellement dans les éléments générateurs de leur volonté effective, conservent la pleine possession de leurs facultés intellectuelles. Ils s'expriment régulièrement, ils se rendent compte de ce qui se passe en eux, ils veulent agir et sentent qu'ils se heurtent à des difficultés intimes d'exécution.

Et cependant, il ne s'agit pas ici de paralysie ordinaire, ni même de simples parésies musculaires. Ce sont des troubles afférents aux régions psychiques, aux régions mères où s'enfante la volonté et d'où la personnalité consciente s'exprime en manifestations somatiques. Le malade veut exprimer au dehors ses résolutions et il se sent frappé d'impuissance dans l'exécution. Il sent en lui, suivant l'expression de l'un d'eux, des points morts. Il ne se meut qu'avec peine, essaye, comme il dit, de vouloir, de se décider à vouloir et reste ainsi indécis et incertain de ses résolutions (1).

(1) Dagonct. Folie morale ou folie intellectuelle. Ann. méd.-psijch. 1877, t. I, p. 40 et suiv.

LYPÉMANIES SANS DÉLIRE. 471

Esquirol a parfaitement décrit cet état mental et mis en relief dans l'observation suivante ce qu'il présente de caractéristique. Il s'agit d'un ancien magistrat :

« Sa conversation, dit-il, était aussi raisonnable que spirituelle ; lui parlait-on de voyager, de soigner ses affaires, il répondait : Je sais que je devrais, que je peux le faire, vos conseils sont très bons, je voudrais suivre vos avis, je suis convaincu, mais, faites que je puisse vouloir, de ce vouloir qui détermine et exécute. — Il est certain, disait-il, un autre jour, que je n'ai de volonté que pour ne pas vouloir, car j'ai toute ma raison, je sais ce que je dois faire, mais la force m'abandonnelorsque je devrais agir (1). »

(1) Esquirol, t. I, p. 208.

B. — ISCHÉMIES GÉNÉRALISÉES

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