LYPÉMANIES SIMPLES GÉNÉRALISÉES SANS DELIRE
La Iypémanie simple est caractérisée par un état de dépression et d'inertie des forces physiques et morales, sans troubles notables des facultés intellectuelles avec prédominance d'émotions tristes.
Les débuts de l'accès de Iypémanie simple passent dans les familles, la plupart du temps, inaperçus. Les malades conservant leur intelligence,
1) Billod. Des différentes formes de la Iypémanie, essai de classification et de sémiologie. Ann. méd.-psijch. 1856, p. :
nu du Motel. Études sur la mélancolie. Thèse, Paris. ! Mareadet. Essai sur la mélancolie. Thèse, Paris, 1870.
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ne sollicitent pas l'attention du milieu ambiant, par cela même qu'ils parlent comme tout le monde, et qu'ils sont encore lucides.
On constate bientôt qu'à la suite de certaines émotions intimes, de certaines contrariétés plus ou moins sérieuses, ils sont devenus tristes, inquiets, silencieux, qu'ils ont des scrupules insolites à propos de circonstances sans valeur. — Ils deviennent distraits, inattentifs, et, comme ils ont quelquefois des hallucinations, ils parlent avec eux-mêmes, ou bien ils restent silencieux et taciturnes pendant des heures consécutives, étant assis ou debout. Puis ils refusent de manger, ils croient voir des choses répulsives dans leurs aliments, etc.
Dans d'autres circonstances, ce sont des inquiétudes vagues qui se développent spontanément dans les régions émotives. Ils entendent des voix mystérieuses qui leur font des reproches ; ils voient des apparitions suspectes, et, s'il s'agit de personnes vouées aux pratiques religieuses, ils ont des scrupules dans leurs actions et se croient volontiers damnés (1).
En même temps que ces symptômes se dessinent, une légère excitation concomitante se manifeste; ils deviennent anxieux, ils se déplacent incessamment, se lèvent la nuit et parlent deterreurs imaginaires et d'inquiétudes vagues qui les envahissent (2).
On commence dans leur entourage à se préoccuper, on observe et l'on reconnaît bientôt que le malade est en proie à certaine agitation nocturne, et que cet état, qui a cessé d'être une simple exagération des habitudes et du caractère, présente des symptômes insolites qui sollicitent des préoccupations légitimes.
Lorsqu'on est appelé à constater l'état de malades arrivés à ce point, on remarque chez eux tout d'abord, un certain degré de langueur et d'affaiblissement des forces physiques. Ceux qui sont calmes répondentavec précision, à voix basse, comme une personne profondément exténuée; leur tenue est abandonnée, ils ont les bras pendants, leur allure est hésitante ; ils restent volontiers assis ou couchés sur le dos ; ils traînent les pieds et se font porter. Leur regard est vague, atone, dirigé vers la terre.
(1) Madame E..., atteinte d'accès de lypémanie aiguë, se croyait damnée parce qu'elle avait employé un corps gras un vendredi pour le pansement d'une plaie.
(2) C'est sous l'empire de ces impulsions réitérées au déplacement que l'on voit un certain nombre de malades en proie à des anxiétés vagues, quitter leur domicile, avoir en même temps plusieurs domiciles qu'ils habitent successivement pour dépister les poursuites dont ils sont l'objet, ou bien s'esquiver par des voyages répétés. — Un halluciné de cette catégorie avait pendant un certain temps élu domicile dans un train de chemin de fer qui voyageait entre Paris et Strasbourg, à peine arrivé à destination, il reprenait rite un billet et repartait par le train suivant. (Voyez à ce sujet le remarquable article d'Achille Foville : Aliénés migrateurs et persécutés [Annales médico-psijch., 1875, t. If, p. 1).
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Les traits sont grippés, contractés, les sourcils froncés, l'ensemble de la face exprime L'inquiétude et la souffrance. Puis on remarque que s'ils ont des hallucinations, ces hallucinations les envahissent subitement. Ils cessent de parler tout à coup, ils sont distraits, rentrent subitement en euxmêmes, et deviennent silencieux. — D'autres fois ils sont inquiets, anxieux, ils se présentent devant vous en gémissant, en s' accusant de fautes imaginaires; on veut les raisonner et ils coupent court à la conversation ; la plupart du temps ils cherchent à se dérober.
Si l'on poursuit l'examen des facultés mentales, on remarque encore, du moins dans les premiers temps, une lucidité complète de l'esprit. Les malades se rendent compte de leur situation, ils expriment leurs émotions intimes, les doutes qui les traversent, les anxiétés dont ils sont tourmentés, leurs remords incessants et la persuasion dans laquelle ils sont de leur culpabilité. Ils sont ruinés, il ne leur reste plus que la mort pour expiation, et toutes les formes usuelles du délire de persécution sont mises alors à contribution.
En même temps que les facultés supérieures de l'activité mentale sont ainsi frappées d'alanguissement général, l'action modératrice qu'elles exercent normalement sur les activités réflexes du cerveau cesse de se faire sentir; aussices dernières apparaissent-elles d'une façon saccadée sous forme de manifestations automatiques. — C'est en vertu de cette rétrocession de la cérébration consciente que l'on constate chez les lypémaniaques ces gestes incohérents et multiples qui n'ont aucune explication, — ces tics de la face, — ces spasmes pharyngés, — ces tendances impulsives à la locomotion, ils s'asseyent et se lèvent sans but ni direction. C'est encore en vertu du même mécanisme que l'on voit se développer ces raideurs, ces contractures localisées dans tel ou tel groupe de muscles et qui donnent à leur corps des attitudes insolites. — On voit encore des malades qui mâchonnent sans cesse et qui accomplissent à vide une série de mouvements de déglutition. D'autres se tortillent continuellement les doigts. Chez d'autres on note une tendance automatique à casser les objets, à déchirer leurs vêtements, à se déshabiller, etc., etc., sans qu'ils se rendent le moindre compte des actions qu'ils accomplissent ainsi sans motifs.
En même temps que ces troubles généraux se manifestent, des symptômes d'aggravation rapide se montrent du côté des appareils de la vie organique.
Sous l'empire de ces inquiétudes vagues et des anxiétés incessantes qui lesdévorent, les malades dépérissent rapidement, leur physionomie s'altère, elle se creuse. La surface cutanée prend un aspect terreux, terne; lacalorification se fait mal, la peau devient froide. Aux extrémités, les capillaires sont frappées d'inertie. On voit cà et là quelques dilatations variqueu ses,
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principalement sur la face, qui se dessinent nettement sur un fond de pâleur générale. Le pouls est petit et fréquent, les battements du cœur sont en général éclatants, énergiques, comme dans un état de suractivité morbide.
Les fonctions digestives sont surtout intéressées. — Les malades ont très souvent des hallucinations du goût; ils trouvent souvent des saveurs désagréables aux substances qu'ils ingurgitent; les liquides salivaires sont plus ou moins modifiés et donnent à leur haleine une fétidité spéciale. Ils ont le dégoût des aliments, et souvent cette répulsion est entretenue par des idées spéciales de nature hypochondriaque : — Ils disent qu'ils ont l'estomac bouché, que leur gosier est oblitéré, que leur intestin est imperforé, etc.
Le processus lypémaniaque étant ainsi constitué, il peut ou bien se terminer par une résolution franche au bout de deux ou trois semaines, surtout lorsqu'il est simple et qu'il n'est pas accompagné par un état hallucinatoire continu. Ou bien, il peut aller en s'aggravant et descendre jusqu'à la stupeur plus ou moins complète; ou bien encore il passe à l'état chronique. — Dans cette circonstance, il va directement, sous la même forme symptomatique, jusqu'à la démence complète; — dans d'autres circonstances il alterne avec un accès de manie et constitue alors avec lui le premier stade dépressif d'une folie périodique.
Dans le cas de lypémanie simple, lorsque les phénomènes hallucinatoires sont peu importants, lorsque le malade est traité d'une façon méthodique, qu'il est jeune encore, et que les causes qui ont déterminé la maladie sont réelles et sérieuses; le repos prolongé, le calme de l'esprit, les exhortations et les encouragements s'adressant aux facultés intellectuelles qui sont ordinairement respectées, jointes à une alimentation sérieuse, ainsi qu'à une médication tonique suffisent, au bout de quelques semaines, pour remettre le malade en santé.
A mesure que la médication sédative et reconstituante manifeste ses effets, les facultés mentales renaissent peu à peu, le repos de la nuit se manifeste de plus en plus, et avec lui le retour insensible de l'appréciation judicieuse des choses ambiantes.
Le malade sort comme d'un long sommeil et prend peu à peu connaissance de tout ce qui se passe autour de lui, les progrès sont rapides et la convalescence s'opère d'une manière plus hâtive, proportionnellement, que dans la manie.
C'est ainsi que les choses se passent dans les cas de lypémanie simple, caractérisés essentiellement par une dépression physique et morale, sans
isl PATHOLOGIE SPÉCIAL^. — ISCHÉMIES GÉNÉRALISÉES.
qu'il y ait eu, à proprement parler, de conceptions délirantes bien caractérisées, et surtout permanentes.