DE L.'. STUPEUR SIMPLE
Lorsque le processus lypémaniaque suit son cours envahissant, peu à peu les symptômes précédents s'aggravent et Ton arrive en quelques jours à une phase extrême de dépression profonde comparable à la léthargie, et qui n'est autre que la stupeur simple.
Les malades ainsi frappés deviennent indifférents de plus en plus à tout ce qui se passe autour d'eux. Ils sont passifs et inertes pour tout ce qu'on leur demande. Ils refusent de s'habiller, de se déshabiller, ils demeurent volontiers des journées entières couchés horizontalement dans leur lit. Ils sont fixes et inertes, leur physionomie est morne et immobile, leurs yeux sont largement ouverts et sans expression. Quand on les interroge, ils donnent quelques réponses à voix basse et monosyllabiques. Et cependant, ils ne sont pas paralysés, car en les excitant du geste ou de la voix, on reconnaît qu'ils peuvent volontairement mouvoir leurs membres, que .ces mouvements sont accomplis avec faiblesse et nonchalance, il est vrai, mais qu'il s'agit là d'une véritable asthénie généralisée, et non pas d'un véritable état paralytique.
Dans cet état d'affaiblissement général de toutes les activités nerveuses, qui peut être tout à fait comparé à une véritable phase d'hibernation transitoire, les malades ont encore une notion confuse et vague de ce qui se passe autour d'eux.
Ils perçoivent comme à travers un brouillard tout ce qui se dit et se fait; ils remarquent les allées et venues des personnes qui circulent autour d'eux, ils sont aptes eux-mêmes à garder le souvenir des visites qu'ils ont reçues: mais ils ne peuvent réagir, et c'est avec une extrême lenteur qu'ils arrivent à faire acte de spontanéité intellectuelle et, chose bien remarquable! malgré ses apparences,— cet état spécial n'est qu'une dépression exagérée; ce n'est pas là de la véritable tristesse, comme on est porté à le croire quand on prononce le mot mélancolie
Les mélancoliques au point de vue de la sensibilité morale, émotive, sont incapables de réagir. Ils sont complètement analgésiques au moral, l'arlez-leur de leurs anciennes affections, ils n'y songent pas, ou bien ne veulent pas en entendre parler.