DIAGNOSTIC DES FORMES DEPRESSIVES AVEC L'ACCÈS DE LYPEMANIE
Les formes dépressives et hypochondriaques présentent, dans un certain nombre de cas, une certaine difficulté de diagnostic avec l'hypochondrie simple et la lypémanie, dont elles ont pendant si longtemps pris les apparences.
En effet, les allures du malade, la dépression générale qui plane sur ses facultés physiques et morales, son inertie et son délire triste et dépressif, caractérisent également ces divers états morbides. — Mais il est bon de se rappeler que le délire des paralytiques déprimés présente les mêmes caractères d'hébétude que l'on trouve dans les formes expansives.
Ils s'imputent des crimes imaginaires et on leur prouve qu'il n'en est rien ; ils se disent ruinés et on leur montre que leur situation est prospère. — Ils ne discutent pas, ils ne comprennent pas la réfutation, ils parlent comme les précédents, par une sorte d'action réflexe, sans conviction aucune. Ils disent qu'ils n'ont plus de bouche, que leur gosier est bouché, et cependant on les fait boire devant soi, on leur présente des aliments, ils disent qu'ils sont morts et ils parlent, etc., etc.
Toutes ces modalités diverses du délire dépressif portent un cachet spécial de niaiserie et d'indifférence, propre aux processus sclérosiques de la paralysie générale, lesquels anéantissent insensiblement les régions de l'activité psycho-intellectuelle.
Le lypémaniaque franc conserve son intelligence, ainsi que l'hypochondriaque. Il voit son mal, il le raisonne et il réagit. — Il explique ses émotions, il les associe ainsi qu'un fait réel, il trouve dans les choses de la réalité îles prétextes plausibles pour expliquer ce qu'il ressent, il tient à l'aire partager sa conviction, il s'anime contre les objections, lutte et cherche les moyens de se rendre intéressant et de se faire plaindre par ceux qui l' écoutent.
D'un autre côté, dirigez l'attention de ces malades dans un cercle d'idées qui sort de leurs préoccupations habituelles, vous les trouverez lucides sur tous les sujets que vous passerez en revue, et serez surpris de la précision de leurs souvenirs, ainsi que de leur présence d'esprit. Les troubles somatiques du côté de la parole, des yeux, de l'estomac, font généralement défaut, et dans le cas de lypémanie simple, on ne rencontre pas d'habitude ces contractures musculaires, permanentes, que nous avons signalées dans les formes dépressives.